Hello hello !

Bon, ben s'il y en a encore que ça intéresse, voici mon petit épisode hebdomadaire… Rassurez-vous, il n'y en a plus pour très longtemps…

Chapitre V

Une fois revenu à Poudlard, dans sa propre vie, Neville regretta amèrement d'avoir mis les pieds dans l'intimité de celui qu'il haïssait de toute son âme.

Auparavant, la vie était simple : Lord Voldemort était un être malfaisant, avide de puissance, qui jouissait du simple fait de terroriser et de torturer tous ceux qui l'entouraient ou se mettaient sur sa route ; un reptile sans âme dont le vocabulaire ignorait jusqu'à l'existence de mots tels que "pitié" ou même "sourire"…

Alors que désormais, après avoir vu la détresse du petit garçon rejeté par ceux en qui il avait placé tous ses espoirs et sa confiance, Neville avait perdu ses belles certitudes si confortables.

Même en sachant ce que cet enfant allait devenir, comment pouvait-il ne pas éprouver de compassion pour lui ? Comment réprimer ce besoin de le prendre par la main et de l'emmener loin, très loin, là où l'amour et l'amitié rendaient le soleil plus chaud ?

Il eut envie d'abandonner. De se créer sa pensine pour oublier tout ce qu'il avait appris durant ces dernières semaines. Tout cela était trop douloureux… Trop perturbant.

Mais il y avait Mimi.

Mimi qui avait recommencé à pleurer dans ses toilettes, à insulter la terre entière, à se venger sur tous ceux qui passaient sa porte…

Seul Neville savait ce qu'elle éprouvait. Lui seul comprenait sa douleur, son remords de n'avoir pas pu, pas su dire les choses qu'elle ressentait… pas osé apporter à Tom cette tendresse qui aurait peut-être tout changé…

- Allez, Mimi, viens, on y retourne, décida un jour le garçon, en pénétrant en trombe dans la salle dévastée. On va peut-être trouver quelque chose de plus gai. Après tout, c'était juste un tout petit moment de sa vie… Rejoins-moi là-bas, je descends au lac.

Cette fois-ci, les deux adolescents savaient comment se passait le voyage. Aussi, ils atterrirent en silence et en douceur dans le même dortoir sombre, au milieu des petits lits emplis d'enfants endormis.

Tout était calme, mais pas silencieux. La pièce résonnait de mille petits bruits : des grincements de ressorts, des accès de toux, des pouces sucés avidement, des petits cris, des paroles marmonnées dans un sommeil agité… et tout près des visiteurs clandestins, des sanglots étouffés.

Un enfant pleurait, la tête dans l'oreiller, pour le plus grand agacement de son voisin, qui se tournait et retournait dans son lit avec des soupirs excédés et des "chut" impatients.

- C'est Tom, là, murmura Mimi, en déposant un baiser immatériel sur le front plissé par la contrariété. Il a grandi… Quel âge il peut avoir ? 8, ou 9 ans ?

- J'en sais rien, peut-être. En tous cas, il n'a pas l'air commode.

En effet, son visage autrefois poupon et doux, s'était durci. Des rides au coin de sa bouche rendaient son expression dédaigneuse, et son regard doré semblait lancer des éclairs, alors qu'il fixait le plafond en serrant les poings.

Subitement, comme s'il avait été conscient de l'attention dont il était l'objet, il se retourna et enfonça la tête dans son coussin, en rabattant les bords sur ses oreilles dans une vaine tentative de ne plus entendre son voisin.

Il resta ainsi couché sur le ventre durant quelques seconds, avant de pousser un profond soupir, et de se glisser hors de son lit. Avec une aisance que seule pouvait donner la force de l'habitude, il rampa sans bruit, tel un reptile, sans éveiller l'attention du surveillant endormi dans un fauteuil près de la porte.

- Qu'est-ce qu'il fait ? Tu le vois ?

- Non… Oh, mais tais-toi, Mimi… Et ne passe pas à travers moi comme ça, c'est énervant !

- Oh, pardon votre altesse ! Excusez-moi d'avoir froissé votre robe…

Pendant qu'une nouvelle dispute distrayait pour un temps l'attention des deux complices, Tom avait ouvert la porte de son armoire avec moult précautions, et en avait sorti quelques-uns des rares vêtements en sa possession. Avec une dextérité trahissant une grande expérience, il les fourra dans une chaussette, jusqu'à lui donner la forme d'un serpent, qu'il glissa dans la manche de son pyjama avant de rebrousser chemin.

Toujours sans aucun bruit, il passa sous les lits, jusqu'à celui de son camarade, toujours inconsolable. Sans un mot, il sortit son "animal", et le glissa sous la couverture, en surveillant du coin de l'œil que personne ne remarquait son manège.

- Billy… Tiens, prends ça…

Il ne put terminer sa phrase. Surpris par le boudin qui se glissait soudain entre ses bras, le petit réveilla toute la maison en poussant un hurlement terrifié. Redoublant de sanglots, il se recroquevilla à la tête de son lit, en criant à Tom de ne pas l'approcher.

- Billy ! Que se passe-t-il ? Allons, cesse de pleurer, et raconte-moi…

Éveillé en sursaut, l'éducateur avait immédiatement pris l'enfant dans ses bras, et le calmait doucement, tout en fusillant du regard "l'agresseur", toujours agenouillé sur le sol, son doudou improvisé entre les mains.

- M'sieur, c'est lui… Il a voulu me faire du mal…

- Tom ! Qu'est-ce que tu as à répondre à ton camarade ?

Même ceux qui n'étaient que "de passage", purent comprendre, au ton employé, que Tom était déjà jugé et condamné. Et pourtant, bravement, le garçon commença à plaider sa cause en brandissant sa chaussette comme preuve de sa bonne foi.

- Mais, M'sieur… Je voulais juste qu'il se taise… ça fait une semaine qu'il arrête pas de chialer toutes les nuits…

- Ça suffit, Tom ! Je ne sais pas ce que tu cherches avec ton petit camarade, mais tu vas arrêter ça tout de suite ! Et pour t'aider à réfléchir à ton comportement, tu vas aller finir la nuit sur la bûche ! Allez, exécution ! Et les autres, vous vous recouchez !

- Oh non ! C'est pas juste ! J'ai rien fait de mal…

- Mais bien sûr ! C'est pour ça que tu es assis parterre, ce machin ridicule dans les mains… Un conseil, mon lascar, arrête tes salades, ça aggrave ton cas… Si tu continues, tu vas rester en punition jusqu'à midi demain !

La menace de la sanction, associée à la haine manifeste de l'adulte, dissuada immédiatement Tom d'essayer une nouvelle protestation. Silencieusement, le visage farouche, il se dirigea d'un pas traînant vers le fond de la salle, escorté par une Mimi déchaînée, qui s'époumonait à force d'hurler son indignation.

Neville, désormais habitué aux débordements de sa camarade, ne daigna pas lui prêter attention, préférant se concentrer sur la découverte du genre de punitions pratiquées dans les orphelinats de son propre pays, quelques 50 ans plus tôt.

- Il ne va quand-même pas passer toute la nuit sur ce truc, tout de même !

L'estomac au bord des lèvres, il ne put réprimer un cri de révolte, en voyant son futur ennemi s'agenouiller sur un prie-Dieu dont le coussin avait été remplacé par une bûche de bois brut.

- Ben tu t'attendais à quoi ? En ce temps-là, la discipline était autrement plus dure que maintenant, même dans les meilleures famille… commença Mimi, avant de découvrir ce qui avait révolté son camarade. Oh, le scélérat, le monstre sans cœur ! Punir comme ça un pauvre gosse qui ne voulait qu'être gentil avec un plus petit que lui !!! C'est scandaleux !

Pour une fois d'accord avec elle, Neville la laissa insulter l'éducateur avec ce vocabulaire imagé et spontané qui lui était propre, jusqu'à ce qu'elle se calme spontanément, devant la douleur manifestée par le jeune orphelin.

Car le petit, profitant du fait qu'il tournait le dos à toute la pièce, avait laissé tomber son masque, pour montrer enfin la détresse qui était la sienne. Essuyant d'un revers de manche rageur et désespéré les larmes qui menaçaient de déborder de ses yeux dorés, il se mordit la lèvre jusqu'au sang, dans le seul but de contenir les sanglots qui malgré tout faisaient tressaillir sa poitrine.

Il resta ainsi longtemps, luttant contre les pleurs, dans un silence absolu, sous les regards compatissants et impuissants de Neville et Mimi. Jusqu'à ce que l'inconfort de sa position transforme sa souffrance en révolte, et qu'il extériorise ses sentiments avec des murmures revanchards…

- Il ne perd rien pour attendre, le Billy ! Un jour je me vengerai. Je deviendrai riche, et tout le monde voudra être ami avec moi. Mais moi, j'aurai besoin de personne ! Et Billy, il pourra faire ce qu'il voudra, il pourra jamais m'approcher ! Il saura pourquoi il passera ses nuits à pleurer, le pauvre petit fifils à sa maman ! Je prendrai tous ses lapins, et je les tuerai tous, l'un après l'autre, et je les mangerai pour mon dîner !

Poussé par ses pensées de puissance, le garçon semblait oublier l'injustice dont il était victime. Le visage éclairé d'une expression dure et exaltée, il paraissait hors du temps, hors de lui… déjà un mage noir inconscient de sa puissance.

- Billy va jamais revoir son lapin. Je veux qu'il sorte de sa cage, et qu'il aille se pendre ! Il faut qu'il disparaisse de la vie de ce ver-de-terre… Il aurait jamais dû le prendre avec lui, c'était pas normal, de toutes façons…

- Neville, viens, on s'en va. Il me fait peur, quand il est comme ça… Allez, ramène-nous à Poudlard.

- Pourquoi tu veux rentrer maintenant ? Comment tu peux vouloir l'abandonner comme ça, alors qu'il est tout seul, et qu'il a toute la nuit à passer là-dessus ? Il faut qu'on le soutienne… il doit bien y avoir un moyen de lui faire comprendre que…

- Neville… Ce que tu ne sais pas, c'est que le lapin du gosse, il est vraiment allé se pendre ! Ils l'ont retrouvé un matin pendu à la poutre du toit… Je suis sûre que c'était le lendemain… Tu avais raison, c'était déjà un monstre… Il pouvait déjà agir sur les choses et les animaux…

- Non, Mimi, c'est pas possible. Tu as vu comment il essayait de ne pas pleurer… Il n'était pas encore méchant… Tout ça, c'était simplement du désespoir, il ne savait pas qu'il pouvait pousser une bête au suicide… Ce n'était qu'un gosse… Tu sais ce que c'est, toi, quand on a l'impression qu'on est tout seul contre le monde entier ! Mais bon, puisque tu le veux… allons-y !