Eh ben voilà... juste avant les vacances, il était temps de terminer ma fic. J'espère qu'elle aura plu à certains. Quant aux autres, on essaiera de faire mieux la prochaine fois... Merci en tous cas de tout coeur à ceux qui ont eu la patience de la lire jusqu'au bout.
Chapitre VIII
- … Joyeux anniversaire, Mimi… Joyeux anniversaire !!!
Neville y était allé au culot. Après un hiver passé à lui adresser un petit coucou discret en passant devant la porte des toilettes des filles du deuxième étage, il avait eu envie de montrer à Mimi l'affection qu'il éprouvait pour elle en célébrant son anniversaire. Aussi, sans même vérifier si elle était présente dans son antre, il avait poussé la porte du pied tout en portant à deux mains un gâteau au chocolat surmonté de 11 bougies allumées, et en chantant à tue-tête.
Surprise en pleine rêverie, Mimi eut le réflexe de plonger dans un lavabo, avant de réaliser que son visiteur intempestif était venu pour elle.
- Ça alors ! Neville ! Quel bon vent t'amène ? Tu es tombé sur la tête ou quoi ? Qu'est-ce que c'est que cette mise en scène ?
Visiblement, le calendrier et la notion du temps ne faisaient pas partie de ses préoccupations principales. Aussi, quelque peu déstabilisé, le garçon regarda le gâteau avec une grimace, avant de le brandir fièrement en direction de Mimi.
- Ben… on est le premier mars… Tu m'avais dit que c'était ton anniversaire, non ? Tiens, regarde, je t'ai mis onze bougies… ça correspond avec ton… enfin… tes… euh… tes boutons…
Conscient de risquer de s'attirer les foudres de la jeune fantôme avec sa déclaration maladroite, Neville accompagna son explication d'un sourire charmeur, qui désamorça instantanément l'irritation perceptible dans la moue de Mimi.
- Oh, mon Nevillou, tu es trop chou ! s'écria-t-elle en retrouvant toute son énergie. Depuis que je suis ici, tu es le premier à penser à moi à ce point… ça fait si longtemps que je n'ai plus fêté mon anniversaire ! Même celui de mort, je ne le fête pas.
- Ben alors profites-en, coupa Neville, dont le sourire avait pali devant l'émotion de son amie. Vas-y, fait un vœu, et souffle les bougies.
- Ah oui, c'est vrai, il y a ce rituel. Alors, allons-y… Qu'est-ce que je pourrais bien vouloir ? Ah oui, j'y suis…
Subitement euphorique, Mimi ferma les yeux, avant de passer à travers la tourte de manière à créer un courant d'air assez puissant pour éteindre les onze flammes.
- Voilà, c'est fait. Tu veux savoir ce que j'ai fait comme vœu ?
- Euh, il ne faut pas que ça reste secret pour que ça se réalise ? hasarda le garçon, peu enclin à connaître les désirs les plus intimes d'un revenant de 11 ans.
- Ben, il paraît, mais comme tu es le seul à pouvoir l'exaucer, il faut bien que je te le dise.
- Allons bon, en voilà une bonne ! Et qu'est-ce que je peux faire pour son altesse ?
Sans relever l'ironie contenue dans le ton, Mimi se fit câline, et tenta de charmer son interlocuteur par des battements de cils et un regard langoureux.
- S'il te plaît, mon Nevillou. C'est mon anniversaire. Tu veux bien retourner à la pensine ?
- Oh, Mimi, on avait dit qu'on n'y retournerait plus… ça ne nous a amenés à rien du tout !
- Je t'en prie… Juste une fois… une toute petite fois. Rien qu'un petit voyage.
- Et ça serait pour aller voir quoi ? Si c'est Tom que tu veux, je peux fixer une photo de lui sur la porte des toilettes.
- Quoi ? Tu serais prêt à aller voler celle de la salle des trophées pour moi ?
- Il n'y a rien que je ne ferais pour vous, votre altesse…
Malgré la révérence et le clin d'œil complice, Neville avait perdu son envie de plaisanter. Il avait mis des semaines à reformer dans son esprit l'image de Voldemort telle qu'il l'avait avant de se lancer dans l'aventure, et il n'avait aucune envie de se replonger dans le monde perturbant d'un jeune homme pareil à n'importe quel autre.
Et pourtant, il donna rendez-vous à Mimi le lendemain, devant le tonneau dissimulé sous un amas de planches. Fidèle à sa promesse, il était décidé à retrouver n'importe quel souvenir, sauf celui du jour de l'anniversaire de Tom.
- Pourquoi pas ? minauda la jeune fille, lorsqu'il lui posa sa condition. Pourtant c'était le moment le plus génial de toute cette année…
- Justement, il faut le garder pour toi… Tu risques d'être déçue, si les images que Tom en a gardées ne sont pas les mêmes que les tiennes.
- Peut-être… Mais on ne le saura jamais. Ne t'inquiète pas, ce n'est pas ça que je veux voir. Il y a autre chose que j'aimerais revivre… enfin, c'est une façon de parler, disons plutôt « remourir ».
- Quoi ? Tu veux qu'on retourne au jour où il a ouvert la chambre des secrets ?
- Ben, on ne peut pas dire que j'en aie gardé un souvenir impérissable, expliqua-t-elle, en mimant les guillemets ajoutés au qualificatif pour bien en relever l'ironie. En fait, je ne sais rien de ce qui s'est passé, après avoir vu les yeux jaunes. J'aimerais bien voir la réaction de Tom, quand il a compris ce qu'il avait fait… S'te plaît, Nevillou, accepte… Et après, tu pourras tout détruire, c'est promis.
Pour toute réponse, l'adolescent plongea sa baguette magique dans les souvenirs de son pire ennemi, à la recherche de la scène désirée par Mimi pour son anniversaire.
- Ça alors, c'est moi cette chose échevelée qui sort des toilettes ?! s'exclama la jeune fille, lorsque leur chute les déposa dans son antre au moment où Tom était en train d'appeler le Basilic. J'avais oublié combien je pouvais être moche ! Elles avaient quand même raison, Olive et les autres, il faut bien l'avouer. Vois-tu, Neville, c'est une des seules choses que je ne regrette pas, en tant que fantôme : je ne peux plus me regarder dans un miroir, et mon teint pâle peut se confondre avec les murs, ça n'agresse plus le regard des autres…
A quoi bon relever cette remarque d'une lucidité désarmante, alors que devant leurs yeux, le serpent gigantesque approchait lentement de Tom en courbant la tête en signe de soumission.
Sans surprise, Neville constata que le futur Mage Noir n'avait plus rien de l'adolescent angélique et attendrissant qui avait conjuré le sort placé sur le balai de Mimi. Tout dans sa posture, dans son expression, dans l'aura qui l'enveloppait, et même sa voix pendant qu'il parlait fourchelang, était menaçant, inspirait la crainte et glaçait le sang.
Trop absorbé pas sa conversation avec le reptile, il n'avait pas entendu la Mimi d'alors lui ordonner de quitter les lieux réservés aux filles. Ce ne fut que lorsque le monstre détourna son attention de son maître que celui-ci remarqua la présence de son amie.
Immédiatement, l'horreur s'afficha sur ses traits émaciés. Une peur pure, totale, impossible à réprimer, agrandit ses yeux en amandes, éclairant ses prunelles dorées d'étincelles grenat.
Et soudain, l'explosion se produisit. Sortant de l'état de pétrification dans lequel l'irruption de Mimi l'avait plongé, Tom hurla à s'en faire éclater les poumons « Mimi, non ! Referme cette porte !!! », avant de s'adresser au reptile avec autant de force.
Mais le mal était fait. Malgré le retour immédiat du Basilic dans le conduit des lavabos, l'irréparable s'était produit. Mimi gisait sur le sol, sans vie, avec sur le visage une expression de surprise totale.
- Eh ben, même la mort ne m'a pas arrangée, murmura la jeune fantôme, en tournoyant autour de son corps. Neville, rassure-moi, je ne ressemble plus à ça ! Non mais, regarde-moi ce gros tas ! Et cette tache sur mon gilet… dis-moi qu'elle n'y est plus !
- Ben… euh… Regarde plutôt Tom. C'est plus intéressant, répliqua l'interpellé, perturbé par cette réaction d'une macabre ironie.
- Ouais, t'as raison, c'est pas bien de mentir… Mais, qu'est-ce qu'il fait, Tom ?
- Tu ne le vois pas ? Il essaye de te réveiller.
En effet, il avait commencé à secouer doucement l'épaule de la morte, tout en caressant tendrement ses cheveux épars. Mais, voyant qu'il ne recevait aucune réponse, il se laissa tomber à genoux à côté du corps de la défunte et la dévisagea en silence durant quelques secondes. Puis, délicatement, toujours sans un mot, il enroula ses doigts autour de la main inerte, et la souleva jusqu'à sa joue, à la recherche d'une ultime caresse.
Lorsque le bras retomba mollement sur la poitrine immobile, Tom sembla vraiment réaliser la situation. Lentement, il remit alors de l'ordre dans la tenue de Mimi, et se redressa.
Tout au long de la scène, Tom était resté de marbre. Son visage n'avait trahi aucune émotion durant tout le temps où il s'était penché sur son amie. Et ce fut ce qui rendit plus tragique encore le dernier regard qu'il adressa à la défunte, au moment de sortir de la pièce.
Subitement, toute la misère, le malheur endurés depuis bien avant sa naissance, semblèrent s'abattre sur lui. Le masque impassible se brisa pour dévoiler une détresse immense, la même qui avait été la sienne dans la caverne, lorsque les deux orphelins avaient exprimé leur peur de lui.
Et soudain une larme, une seule petite goutte salée, franchit la barrière de cils, et roula lentement sur sa joue trop pâle, sans qu'il ne fasse un geste pour l'essuyer.
Cette faiblesse ne dura qu'une fraction de seconde, le temps pour l'entrée du passage de la chambre des secrets de se refermer dans un grincement de métal rouillé.
Ce fut l'aboutissement, la fin logique de tout ce à quoi Neville et Mimi avaient assisté depuis le début de leur exploration. Plus que le Basilic, la chambre des secrets engloutit la sensibilité de Tom, tout ce qui faisait de lui un garçon presque pareil aux autres.
Au moment même où la larme termina sa route sur le nœud de sa cravate, Voldemort se dressa devant les deux voyageurs effrayés. La haine anima son regard doré, transpira de tout son être, enlaidissant son si beau visage. Même sa voix fut pareille à du venin, acide, hautaine, méprisante, lorsqu'il déclara avec force « Plus jamais ça », en guise d'oraison funèbre.
Le reptile qu'il était devenu se tourna alors, et s'enfuit en éclatant d'un rire lugubre, qui résonna longtemps dans les couloirs déserts de Poudlard.
Jamais Neville n'aurait imaginé voir Mimi aussi effondrée. Ses larmes et ses lamentations n'avaient rien de comparable avec les scènes qui avaient rendues infréquentables les toilettes des filles du 2ème étage. Sa douleur était terrible, sincère, d'une dignité absolue. Son sort n'était pas en cause, son enveloppe charnelle ne l'intéressait plus depuis qu'elle en avait détaillé l'aspect. Par contre, la perte de son ami, la mort du premier et dernier garçon de qui elle avait tenu la main, l'avait anéantie.
Agenouillée devant la porte close, elle pleura silencieusement, et resta immobile dans sa position longtemps encore après avoir quitté le souvenir de Tom.
Lorsque les deux adolescents reprirent pieds dans leur univers, ils se trouvèrent nez à nez avec le professeur Dumbledore, qui les attendait, paisiblement assis sur le tas de planches posé à côté du tonneau.
- Alors, mes enfants, vous avez trouvé les réponses à vos questions ? interrogea-t-il, en promenant son regard pétillant de vie sur les visages défaits des deux voyageurs. Pénétrer à l'intérieur de l'âme humaine peut être perturbant, n'est-ce pas, Monsieur Londubat !
- Eh bien… oui… en effet, répliqua Neville, pris en faute. Mais que… qui… comment vous… ?
- Fermez la bouche, Monsieur Londubat, les mouches risqueraient de la prendre pour une salle de bal, interrompit malicieusement le directeur de Poudlard, avant d'ajouter, d'un ton plus grave. Croyez-vous réellement que la pensine de Tom Jedusor avait pu échapper à la vigilance du plus grand sorcier de l'école ? Voyons !
L'idée paraissait stupide, en effet. Assez pour inciter le garçon à ne pas épiloguer.
- Vous avez aussi visité ? s'enquit-il pourtant, comprenant que son compagnon attendait l'opportunité de parler de ce que contenait le tonneau.
- Tout bon général vous apprendra que pour vaincre un ennemi, il faut le connaître. Alors oui, Neville, j'ai eu la curiosité de me pencher sur les souvenirs de Tom. Et c'est pour cela que je suis venu vous attendre. Ce que renferme la pensine est très lourd… trop pour des enfants de votre âge. Même si vous êtes deux, je crois que vous avez besoin d'un adulte pour parler de ce que vous avez vu…
- Non, Professeur ! protesta Mimi, enfin sortie de sa torpeur. Qu'avons-nous besoin de vous interroger au sujet de Tom ? L'histoire est finie. Voldemort a gagné, mon Tom est mort…
Hurlant de désespoir, la jeune fille plongea dans le lac, sous le regard interloqué de Neville et compréhensif du professeur Dumbledore.
- Ne vous en faites pas, Neville. Mimi Geignarde va rapidement retrouver son état normal, rassura le professeur en posant une main amicale sur l'épaule de l'adolescent. Dans quelques jours, Rusard va de nouveau venir se plaindre de l'état des toilettes du 2ème étage. Un fantôme ne se laisse jamais longtemps perturber par ses émotions… Qu'est-ce que vous diriez de rentrer à notre tour ? La pluie ne devrait plus tarder…
- Dites, Professeur… Vous croyez que Tom serait devenu Voldemort si le Basilic n'avait pas tué Mimi ? Il m'a paru vraiment affecté par ce qui est arrivé à Mimi…
Il y avait longtemps qu'ils marchaient en silence sur le sentier de terre, et que Neville hésitait à poser la question qui l'obsédait depuis qu'il avait vu la larme rouler sur la joue du Mage Noir. Et il fallut encore quelques mètres effectués d'un pas pensif, pour que le Professeur Dumbledore daigne répondre d'un ton sentencieux.
- Il est vain d'essayer de savoir si l'histoire aurait été différente avec ou sans cet événement. Ce qui est fait est fait… Mais si vous cherchez ma conviction profonde, j'imagine que la guerre aurait commencé beaucoup plus tôt s'il n'avait pas rencontré Mimi. Croyez-moi, j'ai visité tous les souvenirs contenus dans la pensine, et la relation que Tom a nouée avec votre jeune amie était totalement extraordinaire, et n'avait jamais eu son pareil au cours de la vie du garçon…
A sa grande surprise, Neville se sentit soulagé d'entendre que l'affection que Mimi éprouvait pour son Tom était réciproque, qu'elle n'avait pas été victime d'un mirage né au milieu de sa solitude.
- Il faudra le lui dire, cela va lui faire plaisir.
- Je vous laisse le loisir de vous en charger, riposta Dumbledore, en adressant un clin d'œil malicieux à son compagnon. Mais pour en revenir à l'état d'esprit de Tom, j'ai eu la surprise de le voir lutter contre son penchant maléfique. Combien de fois n'a-t-il pas été sur le point d'enterrer le fruit de ses recherches concernant sa famille ! Après chaque tête à tête, il enfouissait tout son matériel au fond de son coffre. Mais ses bonnes résolutions disparaissaient le lendemain, quand il voyait que rien n'avait changé dans son quotidien…
- Oui, je crois que je comprends…
- Il y a des blessures que même la meilleure magie ne peut cicatriser complètement, Monsieur Londubat. Et c'est pour cela que je suis convaincu que, Mimi ou pas, Tom Jedusor aurait fini par se laisser détruire par la haine.
- Vous voulez dire que…
- Hélas, vos parents auraient tôt ou tard, dû payer leur courage au prix fort… C'est là votre triste destin, Neville, tout comme c'est celui de votre ami Potter.
Neville ne répondit rien. Plongé dans ses pensées, il se laissa distancer par le professeur.
La boucle était bouclée. Il avait obtenu tous les renseignements qu'il avait cherchés, en ouvrant la partie intime du journal de Mimi.
Qu'avait-il gagné au cours de ses escapades ? Des cauchemars, une pitié malsaine, des images dérangeantes… et une amie.
Oui, c'était la seule chose qu'il voulait garder de cette aventure : une amie. Plus encore, une confidente, avec laquelle il avait partagé bien des disputes, mais aussi quelques éclats de rire, et une complicité qui l'aiderait désormais à surmonter les mauvais moments de sa scolarité…
Mais plus que tout, il était persuadé que si Harry Potter avait raison en annonçant le retour de Voldemort, il n'aurait aucun scrupule à utiliser absolument toutes les armes en sa possession pour abattre son ennemi.
Car il savait désormais que le Mage Noir n'avait plus aucune trace d'humanité en lui, que ce qui faisait de lui un Homme avait disparu, s'était évaporé en laissant une trace blanche de sel sur sa joue, devant le corps sans vie d'une enfant innocente et pleine d'amour pour lui.
Fin
