Necklaces – Colliers

« Mais au même moment, une voix aiguë, retentissante, s'écria :

- Ron-Ron ! et Lavande Brown surgit de nulle part pour se jeter dans les bras de Ron.

Il y eut quelques ricanements autour d'eux. Hermione éclata d'un rire cristallin et dit :

- Je vois une table libre, là-bas…Tu viens avec nous, Ginny ?

- Non, merci, j'ai promis à Dean d'aller le retrouver, répondit-elle.

Mais Harry ne put s'empêcher de remarquer qu'elle n'avait pas l'air très enthousiaste. Laissant Ron et Lavande enlacés dans une étreinte qui ressemblait à une prise de catch, Harry entraîna Hermione vers la table. »

- Lav, attends…

Ron se dégagea de sa bouche pour respirer. Elle gloussa et s'agrippa à lui. Non, elle se scotcha littéralement à lui, elle le serrait si fort qu'il se demandait si même un sort pourrait la décoller. Les yeux de Ron volèrent jusqu'à Hermione et Harry qui s'étaient lancés dans une intense discussion, à l'autre bout de la pièce. Lavande profita de son mouvement pour lui planter des baisers humides sur la joue avant de lui murmurer :

- Je t'ai manqué ?

« Non. »

« Attends, d'où c'est venu cette pensée ? »

- Ouais, dit-il, gêné par le fait qu'il n'était pas honnête avec elle.

En fait, il était soudain gêné par la quantité d'élèves présents dans la Salle Commune et par les regards qu'ils leurs lançaient, ponctués de chuchotements.

- Est-ce que tu le portes ?

- Hein ?

Ron cligna des yeux en se souvenant qu'il tenait une fille dans ses bras.

- Le cadeau que je t'ai offert, idiot ! gronda Lavande. Fais voir !

- Oh, ça, dit-il. Euh, non, je ne le porte pas.

« En fait, il est toujours sous mon oreiller, au Terrier, et il y restera pour toujours. »

- Pourquoi ? bouda Lavande. J'en ai un moi aussi, regarde !

Elle sortit alors de sous son pull un collier tape à l'œil sur lequel était inscrit, à la plus grande horreur de Ron, « Copine de Ron ».

Et bien…au moins, il n'y avait pas Ron-Ron écrit dessus…

- Euh, sympa… mentit Ron.

- Je pensais qu'on pourrait les porter ensemble, tu vois ? expliqua Lavande, en le prenant par la main pour le mener sur ce qu'elle avait baptisée « leur » chaise.

Ron la laissa l'entraîner, tout en s'empêchant de regarder dans la direction d'Hermione. Il se doutait que Harry lui parlait de ses doutes concernant Malefoy et Rogue. Hermione avait une expression qui lui était très familière, Ron l'avait surnommée « Le visage septique » : elle fronçait les sourcils et ses lèvres étaient légèrement plissées. C'était totalement adorable…

« Stop. Stop. Elle te déteste, tu te souviens ? Elle pense que tu n'es pas assez bien pour elle ! Alors qu'est-ce que tu fais à perdre ton temps en pensant à elle ? »

- Ron-Ron ?

Ron se tourna vers Lavande qui levait les yeux vers lui, une faible lueur dans le regard.

- Tu ne veux pas t'asseoir avec moi ?

« Pas vraiment. »

Il s'assit et elle se tortilla jusqu'à ce qu'elle soit pratiquement assise sur ses genoux. Son horrible collier lui semblait incroyablement brillant et énorme et il aurait aimé qu'elle le remette sous son pull pour que personne ne le voie. Mais malheureusement, un groupe de filles de quatrième année, Romilda Vane dans le lot, chuchotaient déjà, gloussaient et montraient Lavande du doigt.

Ron regarda Hermione à nouveau.

- Ron-Ron, qu'est-ce qui ne va pas ?

« Ron-Ron…Par les chaussettes de Merlin, mais OU avait-elle déniché ça ? »

- Rien, mentit-il.

Les yeux de Lavande se plissèrent.

- Tu n'es pas encore fâché à cause d'Hermione, j'espère ?

« Si. »

- Non, dit-il en haussant les épaules.

Mais il regarda ensuite Lavande. Il n'arrivait pas à comprendre son expression mais le fait qu'elle lui ait demandé quelque chose - qu'elle lui ait ENFIN demandé quelque chose sur ce qu'il ressentait, plutôt que de l'embrasser ou de le coller – ça, c'était nouveau. Il ressentit alors le besoin grandissant de tout lui raconter. Bon, d'accord, peut-être pas tout, mais d'au moins lui avouer qu'Hermione lui manquait. Juste en tant qu'amie.

- En fait, si, avoua-t-il. Je crois que… En fait, on est amis depuis des années et maintenant…

Lavande ricana et leva les yeux au ciel.

- Ron, elle t'a insulté, tu te souviens ?

- Elle m'insulte toujours, répondit Ron. J'ai l'habitude.

« Elle ne disait pas que tu n'étais pas assez bien pour elle avant. Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Pourquoi est-ce que ce qu'elle pense t'importe autant ? »

« Elle me manque, d'accord ? Voilà, je l'ai dit ! »

« Non, tu ne l'as pas dit, tu l'as juste pensé »

« Peu importe, c'est pareil ! »

- Arrête d'y penser, d'accord ? continuait Lavande. Franchement, je suis là, je porte ce super collier, je suis tellement contente de te revoir et toi tu ne penses qu'à cette stupide Hermione !

« Elle n'est pas stupide ! »

Mais Ron ravala sa remarque car Lavande avait maintenant un air meurtrier. Et puis bon, Hermione le détestait, alors Lavande marquait un point. Il devrait arrêter d'y penser et se concentrer sur Lavande, qui était plutôt jolie, à part ce…

« Mon Dieu, elle ne pourrait pas ranger ce stupide collier ! »

- Tu as raison, réussit-il à dire en lui souriant faiblement.

Elle sourit aussi et se pencha vers lui. Il se figea et se demanda si elle allait l'embrasser à nouveau, il n'avait soudain plus envie de le faire là, devant tout le monde – ce qui était étrange car avant Noël, il embrassait Lavande tout le temps et de façon évidente. Mais au lieu de l'embrasser, elle tendit les mains et se mit à lui chatouiller les côtes. Il éclata de rire involontairement et s'arracha à son emprise, son visage virant au rose tandis que Romilda et ses amies gloussaient à nouveau.

- Lav, arrête ça, marmonna-t-il en attrapant ses poignets avec une seule main.

- Quoi ? dit-elle en faisant la moue.

- Ecoute, est-ce qu'on pourrait éviter de faire ça ici ?

- Faire quoi ?

- Tu sais…dit-il d'une voix grave, ses yeux faisant le tour de la pièce.

Il aperçut Hermione en train de rire suite à une remarque de Harry, et ses entrailles brûlèrent de jalousie. C'était lui, Ron, qui la faisait rire avant.

« Maintenant, tu sais juste la faire pleurer. »

« Ouais, mais elle ne vaut pas mieux ! Au moins, Lavande ne me traite pas comme un moins que rien ! »

« Non, elle t'achète juste des colliers hideux et t'appelles Ron-Ron. »

- Ne me dis pas que tu es embarrassé, s'étonna Lavande, sans avoir remarqué ses regards furtifs en direction d'Hermione.

- Et bien… Je suis préfet, dit-il faiblement. Peut-être que…Peut-être que je devrais montrer l'exemple…

Lavande plissa à nouveau les yeux mais finit par sourire.

- On pourrait aller ailleurs…

Ses yeux étincelaient et sa phrase était on ne peut plus claire.

- Euh, d'accord, dit-il, en se convainquant que quelques baisers arrangeraient peut-être son humeur.

Lavande se leva et lui offrit sa main, qu'il accepta avant de la suivre hors de la Salle Commune. Il pouvait sentir le poids d'un regard dans son dos et lorsqu'il se retourna, il vit Hermione en train de le regarder. Elle le regardait nonchalamment, mais ses yeux marron reflétaient une certaine tristesse, comme si…

« Comme si elle était désolée ? »

« Ben voyons. Si elle est si désolée que ça, pourquoi est-ce qu'elle m'a ignoré quand je suis revenu et que j'ai essayé de lui parler ? »

« C'est toi qui t'es mis à embrasser Lavande juste devant son nez. »

« Elle a dit que je n'étais pas assez bien pour elle ! Qu'est-ce que j'étais censé faire ? »

« Peut-être que tu n'aurais pas dû paniquer en apprenant qu'elle avait embrassé McLaggen. »

« C'est McLaggen ! Comment elle a pu embrasser cet idiot ? »

« Harry a dit qu'il ne pensait pas que ça ait marché entre eux, tu te souviens ? »

« Ouais, mais même. McLaggen ! »

« C'est toi qui as commencé. Tu t'es énervé à cause de Krum et ensuite tu t'es rabattu sur Lavande. »

« Je n'ai pas commencé. C'est elle qui a commencé. Elle n'aurait jamais dû embrasser Krum. Si elle n'avait pas embrassé Krum… »

« Si tu l'avais invitée au Bal, elle aurait fini par t'embrasser toi au lieu de Krum, mais tu ne l'as pas fait ! »

« Je ne finirais donc jamais de payer pour le fait que je n'ai pas invité Hermione à ce stupide Bal ? »

- Ron-Ron ?

Il cligna des yeux et se rendit compte qu'ils étaient juste devant le portrait de la Grosse Dame. Il se retourna encore, rapidement, et vit qu'Hermione ne le regardait plus, elle reparlait à Harry et riait.

« Regardez-la. Elle n'a pas besoin de moi, et elle ne veut certainement pas de moi. Peut-être qu'elle et Harry sortiront ensemble, maintenant qu'il est si attirant et qu'il peut la faire rire comme…comme moi je la faisais rire… »

- On y va, s'entendit-il dire tandis qu'il suivait Lavande dans le trou du portrait.

- Mais qu'est-ce qui t'arrive ?

Lavande était essoufflée et semblait maussade, sans oublier décoiffée. A un certain moment, Ron avait détaché sa queue de cheval et elle avait retiré son pull. Elle commençait à défaire les boutons de sa chemise lorsque Ron l'arrêta.

- Rien, dit-il. Ecoute, je crois que je suis pas d'humeur, d'accord ?

Lavande ricana.

- Tu plaisantes là ?

- Non, répondit Ron, sur la défensive.

- Oh, enfin, dit-elle en levant les yeux au ciel. Depuis quand tu n'es pas d'humeur pour ça ?

Et elle défit le troisième bouton de sa chemise, dévoilant ainsi le haut d'un soutien-gorge blanc en dentelle.

Ron se laissa regarder –

« C'est un joli soutien-gorge ! »

- avant de reboutonner lui-même sa chemise.

- Depuis maintenant, dit-il en se redressant.

- Ron ! s'exclama-t-elle. Je croyais que tu voulais qu'on soit seuls pour pouvoir…tu sais…

- Pour pouvoir quoi ? demanda-t-il.

- Oh, ne sois pas idiot ! cracha-t-elle. Tu ne te souviens pas de ce que je t'ai dit avant Noël ?

Oh, ça.

- Ouais, je m'en souviens.

- Et ? pressa-t-elle. Tu y as réfléchi ?

- Bien sur, répondit-il. J'y ai beaucoup pensé.

« Quoi, c'est pas une blague, j'y ai pensé. Je suis un mec ! »

- Bon, c'est bien, dit-elle en souriant et en lui passant une main dans les cheveux. Alors, tu en as envie.

- Je n'ai pas dit ça, ajouta Ron rapidement.

- Quoi ? cria-t-elle. Tu ne veux pas ?

- Je n'ai pas dit ça non plus ! grogna-t-il. Arrête de me faire dire ce que je n'ai pas dit !

« Les femmes ! Elles me rendent complètement fou. Elle est presque pire qu'Hermione ! »

- Alors qu'est-ce que tu es en train de dire Ron ? demanda Lavande. Tu veux ou tu ne veux pas ?

- Je ne veux pas, répondit-il, mais il ajouta rapidement en voyant son regard assassin : pas encore.

Elle ouvrit la bouche pour parler puis la referma.

- Oh, dit-elle enfin. Tu…Tu veux attendre alors ?

- Oui, répondit Ron immédiatement.

Il était soulagé de pouvoir retomber sur cette excuse mais il essayait tout de même de ne pas écouter la petite voix dans sa tête qui lui disait que son mensonge ne tiendrait pas longtemps…

- Enfin voilà… C'est assez important, tu vois. Je ne veux pas me précipiter.

Les traits de Lavande s'adoucirent.

- Tu es trop mignon, dit-elle en lui caressant la joue. Pas étonnant que je sois folle de toi.

Le visage de Ron s'enflamma.

« Oh non. Non, non, non. Elle ne va pas me le dire… Elle ne peut pas ! »

- Tu sais Ron, je me disais qu'on devrait parler, annonça-t-elle.

« Oh merde ! Encore pire ! Fuis ! »

- Vraiment ? dit-il, sa voix se brisant comme jamais depuis sa puberté.

- Et bien, on sort ensemble depuis deux mois et douze jours, affirma Lavande en lui prenant les mains.

- Ah oui ? Ca fait si longtemps ?

- Et il vient un moment où un couple doit évaluer sa situation, tu n'es pas d'accord ?

- Euh, oui ?

- Et bien, je pense qu'il est temps qu'on parle de nous.

« Oh, mon Dieu. C'est vraiment mauvais. Vite ! Trouve quelque chose ! »

- Euh, ouais…C'est une bonne idée, dit Ron, cherchant une façon de faire dériver la conversation. Mais, euh… Tu sais, Lav, peut-être que ce soir c'est pas le bon soir. On vient de revenir et -

- Mais on est seuls là, protesta-t-elle, ses lèvres se tordant en une moue que Ron trouvait maintenant insupportable. Avait-elle toujours fait ça, ou pire, avait-il un jour trouvé ça mignon ?

- Je sais, rassura-t-il, s'obligeant à rester concentré pour ne pas parler de leur relation. Mais, avec le nouveau trimestre demain et tout le reste… et mes obligations de préfet…enfin tout ça quoi…

Les yeux de Lavande se plissèrent de nouveau.

- Est-ce que tu essayes d'éviter cette discussion ?

- Non ! protesta-t-il, sa voix se brisant à nouveau. Je disais juste…

« Oh mon Dieu, allez trouve quelque chose ! »

- Et puis Noël a été très dur cette année, avoua-t-il.

- Oh non ! dit-elle de sa voix la plus enfantine que Ron trouvait exaspérante plutôt qu'attachante. Bon sang, qu'est-ce qui clochait chez lui ? Ou plutôt chez elle ? Etait-elle toujours aussi irritante ? Comment avait-il pu ne pas le remarquer ?

« Peut-être parce que tu avais ta langue dans sa bouche et tes mains sur-»

« Ouais, ouais, ouais, j'ai compris… »

- Tu as passé un mauvais Noël ? demandait Lavande.

- Ouais, dit Ron, affichant un air de chien battu. Percy est venu et il s'est disputé avec nous et Maman a pleuré.

C'était la vérité, après tout.

Lavande fronça les sourcils.

- Percy ?

Ron la fixa des yeux.

- Percy, dit-il, mon grand frère.

- Oh ! Oui, bien sur, dit-elle en gloussant. Attends, c'est lequel lui déjà ?

- Oublie ça, répondit-il, vexé.

Il ne lui avait parlé de sa famille qu'une douzaine de fois ! Il aurait cru qu'au bout de deux mois et douze jours elle aurait retenu. Hermione l'aurait retenu, elle…

- Oh, ne sois pas triste, chéri, roucoula-t-elle avant de l'embrasser sur la joue, puis le long de sa mâchoire. Je peux te remonter le moral… (et elle mordilla le lobe de son oreille)

- Stop, dit-il en se détachant d'elle. Ecoute, Lavande, si ça ne t'intéresse pas de parler avec moi, est-ce qu'on ne pourrait pas s'asseoir et ne rien faire ?

- Ne rien faire ?

- Ouais, confirma Ron. Ca ne t'es jamais arrivé de rester assise à côté d'une personne, sans rien dire ?

- En faisant quoi ?

- Rien ! C'est le but ! Rester assis et ne rien faire !

- Ca a l'air vraiment ennuyeux, tu ne trouves pas ?

Il la regarda et sentit son estomac s'alourdir, comme rempli par du plomb.

Et c'était là, juste devant son nez. Ca avait toujours été là, seulement il avait été trop occupé à l'embrasser, à la peloter et à se comporter comme un porc en chaleur pour le remarquer.

Elle ne le connaissait pas du tout. Elle ne le comprenait pas. Elle ne semblait pas vouloir de vraie relation avec lui à moins de ne pouvoir dicter sa conduite pour satisfaire ses caprices. Il regarda son joli visage, confus à l'idée qu'il pourrait aimer être assis avec quelqu'un, profitant simplement du silence, et il se rendit compte que jamais il ne s'était senti aussi seul.

- Oublie ça, dit-il. Je vais me coucher.

- Quoi ? Attends !

- Je suis vraiment fatigué, Lav, ok ? dit-il, et cette fois il n'avait pas besoin de mentir. Noël ça m'a déprimé et c'est une journée importante demain, j'ai besoin de sommeil.

- Oh, dit-elle, en se mordant la lèvre. Tu… Tu n'es pas fâché ?

- Non, insista-t-il. Et si on rentrait, d'accord ?

Les épaules de Lavande s'affaissèrent mais elle hocha la tête. Elle remit son pull, et merci mon Dieu, glissa son collier hideux en dessous.

- On pourra parler de…enfin, de nous, plus tard dans la semaine, pas vrai ? demanda-t-elle timidement.

- Je pense, oui, dit Ron en haussant les épaules.

Elle sourit et l'embrassa sur la joue.

- Peut-être qu'on devrait partir séparément, suggéra-t-elle. Comme ça personne ne pensera qu'on était…enfin, tu vois.

Ron hocha la tête, bon sang, c'était la première bonne idée qu'elle avait eue de la soirée.

- J'y vais en premier, annonça-t-elle une fois arrivée devant la porte.

Elle se retourna et lui donna un baiser humide.

- N'oublie pas de mettre ton collier demain…mon Bien-aimé…

Puis, elle partit.

Ron tomba comme une masse sur son lit et ferma les yeux, mais le sommeil ne vint pas. Au lieu de cela, seules des pensées vinrent à lui, tourbillonnantes, confuses. Des pensées folles concernant les filles, sur le fait qu'elles étaient confuses et qu'elles rendaient fou.

Il avait cru que les choses avec Lavande seraient simples, et pendant un temps, ce fut le cas. Quel soulagement d'enfin pouvoir traîner avec une fille qui ne l'embêtait pas tout le temps, qui ne remettait pas en question chacun de ses gestes, qui ne défiait pas chacune de ses paroles, qui ne lui demandait pas des choses qu'il ne pouvait faire ou qui ne lui embrouillait pas l'esprit avec des signaux bizarres.

Qu'est-ce qui avait mal tourné ? Ron essaya de faire marche arrière dans sa mémoire afin de trouver le moment où tout avait changé, mais tout ce qu'il voyait était ce satané collier, fourré sous son oreiller, dans la chambre au grenier du Terrier.

Quelque part, ce simple et hideux bijou semblait résumer à lui seul ce qu'il représentait pour Lavande : un petit ami, et rien d'autre.

Et ce n'était pas suffisant pour lui.

« Qu'est-ce qui serait suffisant ? Qu'est-ce que tu veux ? »

Il ferma violemment ses paupières, ses yeux s'étaient mis à picoter dans l'obscurité de son lit à baldaquin.

« Hermione. Je veux Hermione. »

« Ah, bien sur. Dommage qu'elle te déteste. »

« Peut-être qu'elle ne me détesterait pas si je n'avais pas été me fourrer avec Lavande. »

« Elle a dit que tu étais pathétique, elle a dit que tu n'étais pas assez bien pour elle, tu te souviens ? Alors pourquoi tu insistes ? »

« Parce que… Parce que… »

Ron cacha son visage dans ses mains et serra les lèvres. Il n'allait sûrement pas pleurer maintenant. Il ferma les yeux si fort pour combattre ses larmes qu'il en eût mal à la gorge. Et la dispute qu'ils avaient eue juste avant les vacances. Il lui avait dit tellement de choses horribles…

« Elle t'a dit des choses horribles aussi, tu te souviens ? »

« Parce que je le méritais ! Elle a raison, je suis un hypocrite, et je ne suis pas assez bien pour elle. »

« Alors pourquoi tu insistes, bon sang ? »

La question ne cessait de tourner dans sa tête : Pourquoi tu insistes ?

« Parce que je l'aime. »

Les yeux de Ron s'ouvrirent brutalement et il faillit éclater de rire.

« L'amour. Ben voyons, qu'est-ce que tu sais de l'amour ? »

« Je n'en sais rien ! Je sais juste que c'est moi qui suis censé la faire rire et c'est moi qui suis censé l'ennuyer et c'est moi qui suis censé la protéger et c'est moi qui suis censé la reprendre quand elle est autoritaire et c'est moi qui suis censé lui dire à quel point elle est brillante et c'est moi qui suis censé lui remonter le moral quand ça ne va pas. Ce n'est pas à Harry de le faire, ni à personne d'autre. C'est à MOI de le faire. C'est MON rôle, ça a toujours été mon putain de rôle et je n'ai plus ce rôle et c'est vraiment à chier. »

Des larmes coulèrent lentement le long de ses joues. Et puis merde, il s'en fichait maintenant. Hermione pouvait bien le trouver pathétique, stupide ou n'importe quoi d'autre. Elle pouvait bien lui dire les pires méchancetés possibles, le rabaisser comme elle voulait.

Tout ce qu'il voulait, c'était reprendre son rôle.