Oui, c'est court. Mais bon, je me voyais mal continuer ce chapitre...


Je me regardais dans la glace. J'avais dû m'attacher les cheveux en queue de cheval. Ça m'allait un peu mieux que les cheveux détachés. Par contre, j'avais une longue mèche qui me retombait sur le front.

Je suis ressortit des toilettes du train et je suis retourné m'asseoir, le coude sur le rebord de la fenêtre, la tête reposant dans ma main, le regard fixé sur le paysage.

Le train filait à toute allure de Dublith vers le front d'Ishbal.

J'avais été admis en tant qu'Alchimiste d'Etat trois semaines auparavant. On ne m'avait pas encore donné mon nom d'alchimiste, on attendait de voir mes compétences sur le terrain. Tss. Des noms de codes pour les alchimistes. C'était stupide.

En face de moi, il y avait un type nerveux, à coté duquel était assit un autre qui écrivait une lettre. Sans doute à sa famille… ou sa fiancée ?

J'aurais voulu soupirer. Je ne l'ai pas fait. Ce n'était pas dans mes habitudes, d'être nostalgique. Et pourtant, elle me manquait. Mais je n'allais pas rentrer, non. On attendait de moi que je tue. J'allais le faire.

J'avais déjà tué deux personnes. Trois, si on comptait l'accident. Mais j'en avais tué deux de moi-même. Je pourrais aisément en tuer d'autre que je ne connais pas.


Une fois arrivés, on nous a assigné des camarades de tente. Et puis, un bruit énorme a retentit, les faisant tous sursauter. Moi non. Les explosions ne me font pas sursauter. Elles me fascinent. Elles me rappellent des souvenirs…

- Vous aimez les explosions ?

J'ai levé la tête vers un type plutôt grand, au teint mat. Il portait plusieurs étoiles sur son uniforme et il arborait une énorme moustache qui remontait sur les côtés. Son crâne était chauve et ses petits yeux sombres et brillants me fixaient, alors qu'il avait un air moqueur.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

- La façon dont vous souriez, peut-être.

Je ne m'en rendais même pas compte, en plus. C'était plutôt bizarre.

- Et votre façon de sourire alors que vous entendez le bruit d'une explosion me plaît bien…

Je l'ai regardé, haussant un sourcil. Il a éclaté de rire.

- Je sens que vous allez nous être utile pendant cette guerre, soldat…

Il n'avait pas tellement tort.

Après la première virée au front, on m'avait donné le surnom d'Alchimiste Ecarlate. Ce surnom m'est resté, dès le second jour tout le monde l'avait adopté. En effet, j'étais leur seul qui rentrait tous les jours couvert de la tête aux pieds d'un sang qui n'était pas le mien.


Un an déjà était passé. Je tuais des Ishbals le jour, je dormais la nuit, rêvant de massacres. J'aimais ça.

Il m'était arrivé de repenser à Alex. Je voulais savoir ce qu'elle était devenue, au moins. Savoir si elle m'avait oubliée. Savoir si je pouvais l'oublier.

Et puis, un jour, un soldat m'a demandé si moi j'attendais du courrier comme eux. J'ai rit et je lui ai dit que je voyais mal les gens qui me connaissaient m'écrire. Mais je suis quand même allé voir.

Deux lettres. Une qui datait de plusieurs mois, une plus récente, qui datait de seulement trois mois plus tôt. Je les ai emmenées dans ma tente, que j'occupais seul depuis un moment. Plus personne n'osait dormir sous la même toile que moi.

J'ai ouvert la plus vieille et j'ai déplié la lettre.

Cher Zolf,

Déjà, je tiens à te dire que Lily ne s'est pas remise de t'avoir vu tuer ta mère. Tu es tombé encore plus bas que je ne le pensais. Mais bon, ce n'est pas pour cela que je t'écris. J'ai quelque chose à te dire. Je suis enceinte, Zolf. J'aimerais que tu rentres. Je ne sais pas quoi faire. J'ai peur, sans toi. Je crois que je vais le dire à Lily. Puis à mon père. Mais rentre, je t'en prie. Je n'ai pas envie qu'il naisse tout seul, notre petit Lenwë. Je t'aime.

Alex.

PS : si tu ne rentres pas, je comprendrai.

J'ai relu la petite lettre. En quelques lignes, Alex avait réussi à me faire manquer la crise cardiaque. Ça n'était pas possible… Comment aurais-je pu, en une nuit ?

J'ai regardé l'autre enveloppe. Elle devait annoncer la naissance. Je l'ai prise et l'ai dépliée lentement. Ce n'était pas la même écriture.

Zolf,

Je suis le père d'Alex, Sam. Et je tiens à te dire que ce que tu as fait était complètement égoïste. Tu as mis ma fille enceinte et tu es parti. Elle a dû supporter sa grossesse toute seule, elle t'a attendu pendant neuf longs mois. Elle ne t'attend plus maintenant. Ou alors peut-être, mais ailleurs. Tu m'as volé ma fille. Ton enfant a volé sa vie. La moindre des choses aurait au moins été de venir la voir.

Sam.

Je n'ai pas versé de larmes. Je n'ai pas eu un hoquet de surprise, de choc. Je n'ai pas hurlé que le monde était injuste. Je suis simplement resté là, les lettres en mains. Moi j'ai prit mon briquet et je les ai brûlées, avant de me prendre la tête à deux mains.

Pourquoi n'avais-je pas eu ces lettres plus tôt ? Pourquoi est-ce que je n'étais pas allé les chercher ? … Pourquoi était-elle morte ?

Morte…

Je n'arrivais même pas à percuter.