Tuer. Encore et toujours tuer.

Il n'y a que ça de bon.

Sentir le dernier battement de cœur. Sentir la déchirure de la chair. Le jaillissement du sang chaud. Le dernier hurlement. L'agonie. Le dernier soupir.

L'explosion. La cendre. Le souffre.

La mort au creux de deux mains. La vie resserrée entre ces mains.

Ça m'a toujours plu. Ça me plaira toujours.

Tuer.

Surtout que ça défoule. Ça aide à tout oublier en l'espace de quelques instants.

Moi ? Je n'ai jamais aimé personne. Je n'ai jamais eu de famille. J'ai toujours tué, j'en suis sûr. Tuer, c'est une chose que l'on n'apprend qu'une fois et que l'on peut refaire infiniment sans l'oublier.

Seulement j'avais trop tué ce jour-là, on dirait.

Quelqu'un m'avait plaqué à terre. Il avait appelé des renforts. Je me débattais. Je voulais qu'il me lâche, qu'il me laisse partir. Mais quand il était parti, j'avais entendu le son d'armes à feu dont en enlève la protection.

- Eh bien, Crimson, un problème ?

Crimson. Deuxième petit surnom débile.

Basque Grant se posta devant moi et me regarda de haut, un sourire ironique sur le visage. Moi, un problème ? Ouais, toi, ta tronche, lui et vous tous.

- C'est que rien ne vous enlèverait votre sourire de dément, n'est-ce pas, Kimblee ?

Ah, je souriais encore ? … Tiens oui. J'avais pas envie d'effacer ce sourire. De toute façon, j'y serais pas arrivé.

Alors que je m'étais levé, le général a interpellé le soldat qui m'avait maîtrisé.

- En tout cas, beau travail, Caporal Mustang. Continuez comme ça et vous prendrez du grade.

Je m'étais retourné. Le Mustang était bien droit, faisait le salut militaire. Ses cheveux noirs courts étaient emmêlés et ses yeux sombres soulignés de cernes. Comme nous tous, quoi. Enfin, eux tous. Moi j'avais les cheveux longs et je dormais bien toutes les nuits. Et puis merde.

- Allez vous débarbouiller, Crimson. Il y a une réunion dans quelques heures.

Je grommelais et me dirigeais vers ma tente. Une fois à l'intérieur, après m'être lavé le visage, je me suis regardé dans la glace.

Mes yeux brillaient. Et je souriais toujours. J'étais vraiment à faire peur.

Et je me mis à rire.

Lorsque je m'arrêtais, plus un son ne provenait de dehors.

Je suis sorti.


- Donc, alchimistes, je suis fier de vous présenter la dernière trouvaille de l'alchimiste de Cristal…

Basque Grant désigna un type, les cheveux gris et noirs, qui baissait la tête, comme honteux. Puis le général ouvrit une boîte. Son contenu se refléta dans nos yeux à tous. Il sortit une fiole, remplie d'un liquide rougeâtre. Il la passa à l'alchimiste de Cristal, qui l'ouvrit avant de faire glisser le contenu dans sa main, qui prit, à notre stupéfaction, une forme ronde, ovale.

- Ceci, messieurs…

C'était marrant, sa voix qui tremblait. Comme s'il n'y croyait pas lui-même.

- … est la pierre philosophale.


Nous étions tous là, rassemblés, chacun muni d'une pierre rouge. La mienne était en collier, autour de mon cou. Je souriais. Pas besoin de cercle. Pas obligé de toucher la victime. C'était génial.

Nous nous étions répartis aux alentours d'une ville. Il faisait nuit.

Puis un coup de feu donna le signal.

J'avais dévalé la pente, avant de commencer à détruire les habitations, les habitants. Hommes, femmes, enfants, vieillards, nourrissons, animaux… tous. Je les tuais tous. Leur sang à tous me recouvrait. Et moi je riais, j'étais heureux, je pouvais tuer à volonté, sans m'arrêter…

Et puis, malheureusement, la ville n'était pas si grande que ça. Une fois le travail fini, nous sommes rentrés. Et la plupart des regards se tournaient vers moi.

J'étais le seul couvert de sang qui arborait un sourire.


Un groupe d'Ishbals. Seuls. Ils essayaient de fuir le massacre. Mais c'est trop tard, je les avais vus et suivis. Un sourire vint déformer mon visage alors que je signalais ma présence en explosant l'un d'entre eux. Puis un vieillard se jeta sur moi, me suppliant. De quoi ? Aucune idée. « Pitié » veut dire pleins de choses. Je l'avais regardé dans les yeux, insensible, avant de l'exploser. Puis un jeune Ishbal aux cheveux blancs s'était jeté sur moi. Je l'avais arrêté en posant ma main destructrice sur son visage. Puis je lui avais parlé de mon idée de l'exploser morceau par morceau. En commençant par son visage.

J'y avais fait une belle croix, il hurlait en tombant à genoux. Oui. La chair à vif, ça fait mal. Puis un autre débile s'interposa. Et ma pierre se détacha, alla se poser sur son front avant qu'elle ne disparaisse, les tatouages sur le corps de l'homme avaient irradié d'une lumière rouge. Il m'avait prit ma pierre. J'aurais bien voulu le buter mais une détonation m'a fait renoncer. Basque Grant arrivait, tirant dans tous les sens. Putain, le con.

Je jetais un dernier coup d'œil aux Ishbals. Le type à qui j'avais explosé la face avait un bras en moins, il allait crever de toute façon.

Puis j'étais partit. Je tenais à ma peau.


Arrêté. Pourquoi ? Je n'en savais rien. Tout ce que je savais c'est que mes mains étaient attachées dans une planche en bois, de façon à ce que je ne puisse joindre les paumes.

Tuer me manquait maintenant. C'était désolant, je m'y étais fait, à cette vie. Tuer avec pour seule raison « c'est les ordres », tuer avec cette pierre rouge, tuer sans, tuer hommes, femmes, enfants, alliés…

Ah, voilà le couac : « alliés ». J'aurais peut-être dû m'abstenir de tuer ces militaires. Mais je ne les avais pas reconnus, dans ma folie destructrice. Et ça m'importait peu en plus. Alliés, ennemis, peut importe ? Tant que ça fait une victime en plus, c'est bon. Mais personne ne voudrait me comprendre. Pour l'être humain, tuer est une banalité monstrueuse. Je dois me rapprocher plus de l'animal. Enfin, quoique, l'animal tue par nécessité. Mais moi ? Je ne suis qu'un animal qui n'a pas eu sa dose de meurtres. Animal et pas humain. Sinon, pourquoi est-ce qu'on me traiterait de monstre ?

Allons savoir.

Tout d'un coup la pièce s'obscurci. Je tournai la tête vers la porte, seul endroit d'où filtrait de la lumière.

Je ne connaissais pas cet homme, mais en même temps j'avais l'impression que si. Il me regardait, il me dévisageait comme un criminel, car j'en étais sans doute un, mais son regard était rempli de haine.

- Tu veux ma photo, grand-père ?

Oui, il était plutôt vieux. Les cheveux gris, un peu blancs. Mais je ne voyais pas son visage. J'ai juste entendu sa voix.

- Que ferais-je de la photo d'un incapable et d'un lâche, sinon que de la brûler ?

Puis il était parti. Sans un mot de plus, me laissant seul avec ma certitude que j'étais un parfait crétin.


La prison, c'est lourd. C'est chiant. C'est monotone.

Il y a des monotonies qui sont sympas, comme celles de la guerre d'Ishbal. Mais il y en a d'autres qui sont insoutenables, comme celles de la prison. La prison, c'est toujours la même chose, mais c'est pas amusant. En prison on ne sort qu'une fois par jour. Moi je ne sortais pas. Je ne faisais que rester là, dans la semi obscurité, sur mon lit, à regarder mes mains dans cette fichue planche en bois. Mes mains, qui avait tant tué, qui m'avaient donné une vie de tueur. Mes mains, dont le toucher était mortel. Des mains humaines, pourtant.

Mais un jour, je le savais, je finirais par m'évader.

Parce qu'une vie qu'on vit enfermé alors qu'on a annoncé votre mort partout, c'est pas joyeux. Et puis, ça doit être marrant de voir des gens qui me prendraient pour mon propre fantôme.