Lorsqu'elle reprend connaissance, elle est assise sur une chaise les chevilles et les poignets attachés par un sort et un morceau de tissu sur la bouche. La pièce autour d'elle lui semble vide pour autant qu'elle puisse distinguer quelque chose dans la pénombre : la seule fenêtre est noire de crasse et malgré la taille plutôt réduite de la pièce la lumière ne peut en atteindre tous les coins.
La jeune femme n'a pas le temps d'observer d'avantage sa prison que l'unique porte s'ouvre livrant passage à une ombre noire qui se dirige vers elle. L'homme s'assied en face d'elle et d'un mouvement de baguette, il allume les torches accrochées aux murs. Aveuglée, Tonks ferme les yeux. Lorsqu'elle les ouvre de nouveau, quelques instants plus tard, elle sent son cœur manquer un battement en reconnaissant l'homme devant elle.
Il la regarde avec son calme habituel qu'elle a toujours trouvé tellement énervant et ne semble pas s'inquiéter le moins du monde de ses yeux qui lancent des éclairs et de ses regards chargés de haine qui hurlent en silence.
Traître.
C'est écrit sur son visage aussi lisible que de l'encre sur un parchemin. Il ne réagit pas. Il s'attendait à cette réaction de sa part, à son dégoût, à sa haine. Il ferme quelques secondes les yeux et soupire intérieurement. Sans un mot, il s'approche d'elle et pointe sa baguette dans sa direction. Ses yeux s'agrandissent mais ne supplient pas. Il ne peut s'empêcher d'admirer un instant son courage alors qu'il prononce l'incantation.
- Finite incantatem.
Les cordes qui liaient ses poignets et ses chevilles disparaissent, le morceau de tissu se volatilise. Aussitôt, sans chercher à comprendre les raisons de son geste, elle se lève d'un bond. Mais sa main ne rencontre au fond de sa poche que du vide.
- Ce n'est pas la peine de chercher. Vous ne la trouverez pas.
Sa voix, comme toujours, est calme, sans expression si ce n'est peut être un peu d'ennui. Et, comme pour appuyer ses paroles, il sort de sa poche la baguette en bois de cerisier de la jeune femme.
- Je vais vous la rendre…mais vous devez d'abord écouter jusqu'au bout ce que j'ai à vous dire. Vous pouvez vous rasseoir, j'ai pensé que ce serait plus agréable pour vous sans ces sortilèges mais je ne vois aucun inconvénient à vous rattacher si vous ne me laissez pas le choix.
- Je ne veux rien savoir venant de la bouche d'un traître.
Il poursuit avec un soupir.
- Je ne suis pas un traître. Malgré les apparences, je suis toujours fidèle à l'Ordre du Phénix.
- Les apparences! Vous appelez ça des apparences! Vous avez tué Dumbeldore!
Pendant un bref instant le visage du Mangemort frémit. Mais ce n'est qu'un frison et emportée par sa rage, elle ne le remarque pas. Elle continue, la colère et la haine évidentes dans sa voix.
- Vous nous avez trahi, vous nous avez menti pendant tout ce temps et vous avez le culot de parlez d'apparences!
- Je n'ai fait qu'obéir…
- Obéir, oui ! C'est tous ce que vous savez faire ! Obéir aux ordres du monstre qui vous sert de maître. Comme un gentil petit chien bien sage!
Elle peut voir un éclair de colère dans ses yeux mais elle poursuit malgré tout, heureuse de le voir enfin réagir. Sa voix pas plus haute qu'un souffle est tranchante comme une lame.
- Vous êtes un lâche…
Elle a craché ce mot comme s'il lui brûlait les lèvres. A nouveau sa voix enfle, ses yeux lancent des éclairs.
- Dumbeldore avait confiance en vous! Il vous a offert une deuxième chance quand personne d'autre ne vous aurait écouté. Et c'est comme ça que vous le remerciez? En…en…
- En accomplissant sa dernière volonté!
Il a hurlé ces derniers mots. La rage et la douleur sont évidentes sur son visage. Les yeux de la jeune femme s'écarquillent d'incrédulité. Mais il continue, l'empêchant de reprendre la parole.
- Il m'avait donné des ordres. Si on en arrivait là … Si j'avais à choisir entre sa vie et ma couverture … Je devais faire ce qu'il voulait de moi.
La voix de la jeune Auror est à peine plus haute qu'un murmure lorsqu'elle reprend, encore sous le choc de cette colère si soudaine.
- Comment osez-vous? Comment osez-vous sous entendre que Dumbeldore aurait donné un tel ordre… Qu'il aurait choisit de mourir, de nous abandonner. Et tout ça pour protéger votre couverture ! Vous avez choisit ! Choisit de sauver votre vie au prix de la sienne!
Il a un rire sec et sans joie. Et lorsqu'il les fixent sur elle , ses yeux ont retrouvé leur froideur habituelle.
- Ce serais si simple n'est ce pas ? Le fourbe Serpentard, lâche et traître, prêt à tuer n'importe qui pour survivre… cela couvrirait l'image que vous avez de moi …Cela vous permettrait de continuer à vivre votre vie en noir et blanc… mais rien n'est jamais noir ou blanc, ma chère Nymphadora. Vous devriez le savoir mieux que quiconque… Rien n'est simple. Rien n'est jamais aussi simple.
Elle hésite un instant, secoue la tête, essayant de toutes ses forces de repousser cette idée. D'une voix faible, presque plaintive, elle tente de retenir les lambeaux de son monde qui s'écroule.
- Non … Dumbeldore n'aurait jamais ordonné ça… il savait que nous avions besoin de lui…il…
- Il était mourant.
Son ton est calme, froid, détaché. Il énonce un simple fait. La jeune femme se fige, incrédule.
- Cela ne veut pas dire que j'aurais fait la même chose si les circonstances avaient été différentes, mais … Etant donné l'état des choses, je n'avais pas le choix … Peu avant le début de l'année scolaire, Voldemort m'a fait venir et il m'a fait part de son plan.
Bien que le but principal ait été d'avoir quelqu'un sur qui se défouler. Et peut être aussi de me montrer ce qui arrivait à ceux qui déçoivent le Seigneur des Ténèbres.
- Il était dans une colère noire contre Lucius pour s'être laisser prendre et pour ne pas avoir su lui rapporter la prophétie. Et, quoi que les gens puissent penser, Lucius a toujours aimé son fils. Sa famille était ce qu'il y avait de plus important pour lui. C'est pour cette raison que Voldemort a condamné Draco a mort ... Je suis revenu auprès de Dumbeldore et je lui ai fait part de ce que j'avais appris … ce n'était à l'époque qu'une menace de plus. Personne ne s'attendait à ce que Draco soit capable d'accomplir sa mission ...
Il a un sourire de dérision.
- Pas même sa propre mère … Narcissa est venue me voir peu après. Elle était accompagnée de Bellatrix qui était … on pourrait dire résistante à l'idée de s'adresser à moi … depuis quelques temps, ils y avaient des rumeurs parmi les Mangemorts… certains d'entre eux, en grande partie conduits par Bellatrix, craignaient que je ne soit trop proche de Dumbeldore ...
Il a un sourire sarcastique à cette pensée mais qui ne parvient pas à effacer la tristesse dans ses yeux.
- Narcissa m'a demandé de protéger son fils. Elle était en larmes : contrairement à Draco, elle n'avait aucune illusion sur les véritables raisons de cette mission. Je lui ai promis de faire de mon mieux pour veiller sur son fils. Bellatrix a rit. Je venais de lui servir les mensonges de base sur mes véritables loyautés, démontant chacune de ses critiques au moyen des excuses mises au point pendant des heures avec Dumbeldore mais ça ne semblait pas l'avoir convaincue. Alors Narcissa m'a demandé de faire un Serment Inviolable … Refuser aurait ranimer en quelques secondes les accusations de Bellatrix … Accepter mettait fin aux suspicions … Je pensait qu'elle voulait s'assurer que je ferais tout mon possible pour protéger Draco et puisque c'était mon intention dès le départ …
Il a un rire sans joie avant de continuer d'une voix froide et calme.
- Mais Narcissa m'a piégé. Elle n'a jamais pris part aux activités des Mangemorts mais j'aurais du savoir que pour protéger sa famille, elle avait la rage d'une louve … Les deux premiers serments ont été plutôt innocents … Surveiller Draco … Empêcher dans la mesure du possible qu'il ne lui arrive du mal … Et puis le dernier vœux … Accomplir sa tâche s'il s'avérait qu'il en était incapable …
Tonks écarquille les yeux, sous le choc de sa déclaration mais il ne semble pas même s'en rendre compte et il continue sans s'interrompe.
- Si j'avais refusé, j'était mort en quelques secondes … Alors oui, j'ai choisi de vivre… Pour un an du moins : mon intention était de prévenir Dumbeldore de ce qui se passait, je voulait pouvoir lui être utile encore un an en temps qu'espion avant de devoir rompre mon serment.
Il se tait un instant le temps de lui laisser digérer l'information. C'est une Auror. Elle connait les conséquences pour celui qui rompt se genre de serment. Sa voix est douce lorsqu'il reprend, sans la froideur qui y est toujours mêlée.
- J'était prêt à mourir, Nymphadora… J'avais décidé de ramener le plus d'information possible durant cette année, de sauver le plus de vie possible et puis j'aurais briser mon Serment… Mais Dumbeldore ne m'en a pas laisser la possibilité … Stupide courage de Griffondore!…Il m'a annoncé avec un calme olympien que j'allait accomplir la mission de Draco … Que je lui avais fait une promesse à lui aussi et que je devais la tenir, protéger ma couverture quel qu'en soit le prix … Vous devez être au courant pour les Horcruxes, n'est ce pas?
Elle hoche la tête, étonnée par le brusque changement de sujet.
- Dumbeldore était à leur recherche depuis quelque temps. Mais même pour un sorcier tel que lui c'était une tache dangereuse…le sort qui l'a touché lorsqu'il a détruit cette bague ne s'est pas contenté de lui brûler la main… il le dévorait à petit feu. Mes potions ont retardé l'inévitable mais il savait qu'il allait mourir. C'est la raison pour laquelle il a choisit de donner des cours particuliers à Potter. Il voulait lui transmettre ce qu'il avait besoin de savoir avant qu'il ne soit trop tard. Et c'est pour cette raison qu'il m'a demandé de tenir mon Serment. Il voulait que sa mort serve à quelque chose … Mais il ne voulait pas que Draco aie du sang sur les mains …. les miennes en étant déjà couvertes …
A nouveau cet éclair de peine dans le regard mais qui disparaît aussi vite qu'il est venu.
- Nous avons eu plusieurs discutions assez… animées…à ce sujet durant l'année mais il est toujours resté sur de lui… Il savait que je lui obéirait…
Il soupire de nouveau et ferme les yeux un instant, résistant à l'envie de se masser les tempes quelques instants pour faire disparaître la douleur dans sa tête.
- Quand Filius est venu me chercher ce soir là … j'ai immédiatement compris ce qui se passait…Et lorsque je suis arrivé sur le toit et que je les ai vu: Fenrir était couvert de sang, Draco tremblait comme une feuille, il aurait été incapable de prononcer l'Impardonnable … et en face d'eux Dumbeldore… Il souffrait le martyr, c'était évident et pourtant, par je ne sais quel miracle, il tenait encore debout…J'ai vu ses yeux s'éclairer lorsque je suis arrivé…Un tel soulagement …je l'ai haï à cet instant, plus que jamais…et je me suis haï moi-même… parce que je savait que j'allais lui obéir…
Le silence qui tombe sur la pièce est assourdissant. L'ancien maître des potions a les yeux fixés sur la jeune Auror.
Et il sait qu'elle le croit. Même si elle se bat avec elle-même en ce moment, elle sait qu'il vient de dire la vérité.
Il est capable de mentir, de détourner la vérité. Il peut donner au mensonge toutes les apparences du réel. Mais il ne peut pas feindre ça. La douleur dans ses yeux, il peut peut être la dissimuler, l'écarter pour un moment, après tout il est passé maitre dans l'art de la dissimulation, mais il ne peut pas la feindre. Elle est trop crue, trop vive et trop tranchante.
Sa voix est à peine plus haute qu'un murmure lorsqu'elle reprend, rendant elle-même les armes.
- Harry a dit qu'il vous avait demandé…quand ils sont revenus … quand ils ont vu la marque … il lui a dit d'aller vous chercher et de vous ramener… que c'était la seule chose importante…
Il sent son cœur se serrer devant ces mots mais il a encore une tache à accomplir avant de pouvoir se laisser aller. Sa voix a reprit un ton neutre lorsqu'il continue.
- Mon intention en vous…invitant…ici, n'était pas uniquement de prouver mon innocence… J'ai besoin de votre aide …
Vous aidez? Vous aidez à quoi?
- J'ai besoin d'un messager, quelqu'un capable de porter les informations que je pourrais récolter aux membres de l'Ordre … Ma petite preuve de fidélité a fait de moi l'un des favoris du seigneur des ténèbres. Mais je doute que quelqu'un me fasse confiance si j'apportait moi-même les informations …on me tuerait probablement avant que j'ai pu ouvrir la bouche … sans compter que mes absences paraîtraient suspectes aux autres Mangemorts ... C'est pour cette raison que j'ai besoin de votre aide.
- Pourquoi moi? Je ne…
- Votre capacité de Métamorphomage vous permettra d'être irrepérable. Vous pourrez ainsi prévenir l'Ordre des attaques et fournir à ce cher Potter toutes les informations que je pourrais réunir sur les Horcruxes.
Il la fixe en silence, s'attendant à des protestations ou au moins une hésitation. Mais la jeune femme se contente de lui rendre son regard avant de demander d'une voix calme et décidée.
- Quelle sera ma couverture après de vous?
Il sourit.
- Pour tous les Mangemorts, vous serez Ariana Prince.
- Prince?
- Ma cousine. Du coté maternelle. Elle vit aux Etats Unis. Je vous fournirais une photo mais il y a peu de chance que vous rencontriez quelqu'un qui la connaisse. Pour tous vous serez de retour pour apprendre la magie noire au près de moi. Cela vous donnera une parfaite raison d'être chez moi à n'importe quel moment de la journée.
Elle hoche la tête doucement absorbant toutes les informations, retombant instinctivement dans la logique des missions d'infiltration pour le Ministère. Mais jamais elle n'a eu une mission de cette importance.
- Comment communiqueront nous?
Il sort de sa poche un fin anneau d'argent qu'il lui tend.
- Je possède le même. Tu n'auras qu'à lui faire faire un tour complet et je saurais que tu veux me parler. Si c'est moi, qui t'appelle, tu n'auras qu'à penser mon nom en transplanant pour me rejoindre où que je sois.
Elle hoche la tête en silence, surprise par le tutoiement soudain. Mais étant donné qu'ils sont désormais cousins, elle va devoir en prendre l'habitude.
- Des questions?
Elle relève les yeux vers lui et hésite un instant …
- Oui, une seule … pour Draco et Narcissa …? Est-ce qu'ils sont …?
Il arque un sourcil et elle reprend d'une voix un peu précipitée.
- Ils sont tout de même une partie de ma famille, même si … et je voulais juste …
- Ils vont bien.
Elle lève les yeux vers lui surprise par la douceur du ton.
- Ils sont à l'abris. Ni le Seigneur des ténèbres ni le Ministère ne les retrouvera.
Elle sait qu'il ne lui en dira pas plus. C'est mieux comme ça. Elle glisse la bague à son doigt et a un mouvement de surprise lorsqu'elle relève les yeux vers l'homme en face d'elle. Un éclair de douleur à traverser son visage et sa main est crispée sur son avant bras.
- Voldemort ...
Il tourne les yeux vers elle surpris qu'elle utilise ce nom sans broncher.
- "Refuser de nommer une chose que l'on craint ne fait qu'accroître la peur de la chose elle-même"…. C'était de Dumbeldore.
Il hoche la tête un instant avant de lui rendre sa baguette.
- Il n'a pas l'air de bonne humeur… Je ferais mieux d'y aller.
Et sans un mot de plus il transplane, laissant derrière lui une jeune Auror abasourdie essayant encore de réaliser ce qui vient de se passer.
