Titre : Rien qu'un baiser, chapitre 2
Auteur/Artiste : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème (numéro et nom) : 3. Scandale
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire n'importe quoi.
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Chapitre 3 : Scandale
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Ce qui était bien avec les escales, en plus de pouvoir réapprovisionner le navire, c'était qu'on n'avait plus à voir constamment la tête de ses camarades. En se débrouillant bien, cela pouvait même durer plusieurs jours, jusqu'au départ du vaisseau.
Et Sanji détestait cela.
Certes, il y avait toujours de nouvelles choses à voir, des mets nouveaux et exotiques à découvrir. Les femmes aussi étaient un bon point ; il se délectait de la présence de Nami et de Robin à bord, mais un peu de changement était loin d'être désagréable, au contraire. Il avait toujours été un parfait esthète des beautés féminines et de leurs trésors. Belles, douces, les femmes étaient pour lui aussi importantes que la nourriture qu'il aimait tant manipuler pour créer des plats exquis et raffinés.
Certains auraient disserté avec ironie et une pointe de philosophie sur ses goûts qui démentaient quand même quelque peu ses pratiques ; lui, ne s'en formalisait pas tant, ou du moins il essayait. En effet, sa liaison avec le second du capitaine, le célèbre ex-chasseur de primes Zoro Roronoa, n'était un secret pour aucun membre de son équipage. Même Luffy s'en était rendu compte. En fait, il l'avait vu depuis longtemps mais il n'avait jamais rien dit, plus par oubli que par pudeur véritable. Mais on s'éloignait du sujet.
Le fait que Sanji aime autant les femmes et pourtant couche avec un homme, qui plus est une brute épaisse, était-ce donc si contradictoire ? Malgré tout le flegme dont il faisait preuve lorsqu'on l'interrogeait à ce sujet, il lui arrivait de se poser quelquefois la question, lui aussi. Il n'avait jamais eu de liaison « sérieuse » auparavant. En tout cas, jamais avec un homme. Il ne s'était même jamais demandé s'il avait une quelconque attirance pour le même sexe. C'était non. Pour lui, seules les femmes comptaient.
Et il couchait avec l'un des pires spécimens de mâle macho qu'il avait jamais rencontré. Oui, certains pouvaient effectivement parler de contradiction, voire d'illogisme.
Quand cela était-il arrivé ? Sanji se l'était souvent demandé. Comment lui, un tel amateur de femmes, avait-il pu se rabaisser à désirer autant un homme ? Il n'avait rien contre les homosexuels. Certains de ses amis l'étaient, comme par exemple ce crétin de Luffy qui lui avait avoué en riant, après avoir avalé par erreur un verre de rhum en pensant qu'il s'agissait de jus de fruits, qu'il fantasmait à mort sur son idole, le fameux capitaine Shanks le Roux. Mais c'était Luffy. Il n'avait été ni horrifié, ni dégoûté, parce que c'était Luffy, leur capitaine, l'homme qu'il avait décidé de suivre pour atteindre son rêve. Et parce que c'était Luffy, il avait abordé la question de l'homosexualité en général avec plus de calme que s'il avait été seul face à ses doutes.
C'est pourquoi, durant toute la période où Zoro avait refusé de lui adresser la parole et qu'il s'était efforcé de l'éviter de son côté, il n'avait pas fait de crise d'angoisse en se demandant le soir venu, quand tout le monde dormait et qu'il était censé le faire lui aussi, quelle était sa véritable relation avec le bretteur. Il avait abordé les choses avec colère certes, mais aussi infiniment plus de lucidité que s'il n'avait jamais rencontré ce genre de situation.
Et c'est ainsi qu'il avait mis à nu son coeur, patiemment et dévotement, comme on aurait pelé petit à petit les couches d'un oignon au goût particulièrement fort. Il avait beaucoup pleuré en cachette mais en fin de compte, tout s'était arrangé pour le mieux. Et les baisers de cet imbécile étaient bien le mets le plus délicieux qu'il ait jamais goûté, quoi qu'il en dise.
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- Cette fois-ci, je vais vraiment le tuer, marmonna Sanji en serrant exagérément les paquets qu'il tenait contre lui.
Pipo fit une grimace. C'était pas de chance, pour une fois qu'il voulait aider Sanji à faire les courses, il avait fallu qu'ils tombent sur cette scène ! Il ne savait plus où se mettre.
- C'est... Ce n'est peut-être pas ce que tu crois, bégaya-t-il à l'intention de son ami. C'est peut-être quelqu'un qui lui ressemble.
- T'en connais beaucoup toi, des mecs avec une coupe de cheveux et des fringues aussi démodés ? Et qui portent trois sabres sur le côté ?
- Euh... non, mais...
- C'est fini. Au retour, je lui fous la raclée de sa vie et je le jette à bouffer aux requins.
- Mais...
- Et je suis encore trop gentil ! J'aurais dû lui couper les couilles quand j'en ai eu l'occasion, à cette espèce de queutard dégénéré !
Pipo soupira bruyamment. Sanji était parti dans ses récriminations et il doutait pouvoir en tirer quoi que ce soit avant un moment. Il se demanda où se trouvaient les autres.
Les courses entre les mains de son ami firent un bruit inquiétant de craquellement et de pression humide... Pipo se dépêcha d'attraper les paquets avant que leur contenu ne finisse en bouillie. Sanji n'y fit même pas attention et continua de fixer l'endroit où avait disparu Zoro en charmante compagnie.
- Je suis sûr qu'il y a une raison, fit Pipo avec conviction.
- Tu parles qu'il y en a une ! Môssieur Zoro a eu la bite en feu et a pris la première demoiselle assez cordiale pour accepter ses avances, et maintenant il s'amuse !
L'expression furieuse qu'il eut fit reculer quelque peu le garçon au long nez.
- Mais... il ne te trahirait pas sans raison, n'est-ce pas ? Je veux dire, vous êtes un couple tous les deux !
- Je...
Sanji se tut brusquement, à la surprise de Pipo.
- Quoi ?
- Je ne sais pas, fit-il bêtement.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu ne sais pas ?
- On est un couple ?
Sanji le fixait d'un air hagard, sa colère de tantôt mise de côté (pour le moment). Pipo fit une moue dubitative.
- Vous couchez ensemble, vous faites tout un tas de trucs ensemble en fait, et quand on veut savoir où est l'un il suffit de demander à l'autre ! C'est pas ça, être un couple ?
- C'est...
Mais il n'avait manifestement rien à ajouter. Sanji secoua la tête.
- Si c'était le cas, il n'irait pas ailleurs.
- C'est pas son genre, de courir la gueuse. En fait, si on m'avait demandé, j'aurais plutôt dit que c'était le tien, et il se mit à sourire d'un air convenu.
- Comment ! fit Sanji en lui jetant un regard noir.
Surpris, Pipo se recroquevilla sur lui-même.
- Euh... rien. J'ai rien dit.
- Mouais...
Mais il décida de laisser couler, surtout parce que les provisions commençaient à avoir mauvaise mine. Sanji attrapa les paquets encore intacts et se dirigea d'un pas ferme vers le port, Pipo sur ses talons.
- T'as peut-être pas tort, il devait avoir une raison.
- Ah ben tu vois !
Ça ne l'empêcha pas de faire mentalement une liste des tortures éventuelles à infliger à son amant au retour. Il y pensa sur tout le trajet de retour au Going Merry, puis son esprit passa à autre chose.
Après tout, il avait bien acheté spécialement une bouteille du meilleur vin qu'il avait pu trouver. Il avait vraiment hâte que cet imbécile revienne pour y goûter ensemble. Les baisers de Zoro étaient toujours meilleurs lorsqu'ils étaient entachés d'alcool.
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Cet imbécile n'était pas rentré de la nuit. La bouteille mise au frais dans un bac à glaçons flottait à présent misérablement dans sa robe d'eau, et la chaleur du petit matin devait en avoir terni le goût... Sanji n'avait pas fermé l'oeil. A quatre heures précises, il s'était mis à préparer un repas digne des plus grands rois. Il n'allait pas se morfondre dans le grand hamac vide que Pipo avait aménagé à leur intention en attendant, n'est-ce pas ? Alors autant se rendre utile en préparant à manger pour toute l'île si besoin. Il n'en avait rien à faire, d'ailleurs, que le bretteur découche une nuit ou deux. Vraiment pas. C'était sa vie, après tout, et s'il voulait jouer les play-boy il n'avait qu'à faire ce qu'il voulait, et tant pis pour le cuistot pathétique qui l'attendait en pestant dans leur petit nid d'amour inexistant !
Dans sa rage, Sanji n'avait pas remarqué qu'il avait réduit en bouillie infâme le poisson qu'il était censé découper en tranches fines pour un sashimi. Il contempla avec consternation le désastre. Tant pis. Il en ferait une farce pour des légumes.
Il jeta une poignée de gousses d'ail dans une poêle chaude, se battit un instant avec un bol de pâte récalcitrant, touilla un peu la soupe qu'il avait laissé mijoter doucement dans un coin. Ses gestes, précis et mesurés, s'effectuaient automatiquement, son esprit étant occupé ailleurs. Aussi furieux qu'il était, il devait admettre que le comportement de Zoro n'était pas très normal. Il ne l'avait jamais vu s'intéresser à une fille depuis qu'il l'avait rencontré, sur le pont du Baratie. Il ne l'avait jamais vu s'intéresser à personne, d'ailleurs, si l'on exceptait Oeil-de-Faucon et peut-être cette fille à lunettes de la Marine avec qui il avait un peu discuté durant l'incident Crocodile. Mais ce n'était ni cette fille, ni Oeil-de-Faucon qui posait problème, mais plutôt une charmante personne blonde avec laquelle il était rentré dans un hôtel de passe la veille. Pipo avait affirmé qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre. Sanji n'en était plus aussi sûr.
Lorsqu'il sortit enfin de sa cuisine pour servir un petit déjeuner un peu plus copieux que d'habitude aux membres de l'équipage, il s'aperçut que ceux-ci l'attendaient sans un mot sur le pont, la table déjà mise et le sourire un peu crispé. Robin lui prit gentiment la marmite de soupe des mains et la posa sur le côté. Chopper se mit à servir tout le monde aidé de Pipo, Nami lui servit une tasse de thé, tandis que Luffy se contentait de baver paisiblement dans son coin, les yeux fixés sur la nourriture.
- Bien dormi, Sanji ? finit par demander Pipo, la voix tremblotante.
- Non.
- Ah bon...
Et il plongea les yeux dans son bol de soupe aux légumes, sans toucher au contenu. Nami lui mit des petits gâteaux sous le nez, ses préférés. Sanji haussa un sourcil inquisiteur.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Mais rien, voyons ! s'exclama la jeune fille rousse, l'air mal à l'aise.
- Nami chérie, avec toute l'adoration dont je te fais preuve, tu ne m'as jamais servi à table depuis que nous nous connaissons. Alors pas de ça.
La manière dont elle et Pipo échangeaient un regard contrit ne le rassura pas du tout. Ce fut Robin qui toussa et s'avança vers lui.
- Zoro vient de nous laisser un message.
- Ce crétin ? Et qu'est-ce qu'il a ?
- On l'ignore. Mais il semblerait qu'il veuille... nous quitter un certain temps.
- Quoi !
Sanji se leva d'un bond, renversant sa chaise sur le pont d'un geste brutal. Nami fit une grimace.
- Et pourquoi ça ? Il n'a aucune raison de partir !
- C'est ce qu'on se demande aussi, mais bon Luffy a déjà accepté sa requête...
- Impossible ! Luffy ?
Mais à quoi cet imbécile sans cervelle pensait-il donc ! Laisser derrière Zoro, alors qu'il était l'un de leurs camarades ? Alors qu'il était son second ? Alors que Sanji avait spécialement acheté tout ce qu'il aimait pour lui mijoter de bons petits plats durant le voyage ?
- Luffy ! fit-il en se tournant vers son capitaine. C'est quoi ces histoires ?
Le garçon au chapeau de paille secoua la tête en boudant.
- Il a dit que c'était important et qu'il nous rejoindrait dès qu'il aurait fini.
- QUOI !
Sanji n'en croyait pas ses oreilles. Il serra les poings si forts qu'il était sûr de retrouver les marques de ses ongles dans la paume de ses mains un peu plus tard.
- Mais...
- Je lui fais confiance. S'il dit qu'il nous rattrapera, il nous rattrapera.
- Mais...
- C'est ma décision. Maintenant, j'ai faim, et si on mangeait !
Sanji sentit le souffle lui manquer. C'était sûrement une erreur, n'est-ce pas ?
- Où est ce message ?
- Ce n'est pas vraiment un message écrit, dit Pipo en faisant la moue. Il est venu très tôt ce matin pendant le tour de garde de Luffy et lui a parlé. On l'a appris juste avant que tu n'arrives avec la nourriture.
- Et vous admettez ça, tous ? fit Sanji avec incrédulité en se tournant vers les autres.
- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? intervint Nami. Tu le connais, c'est une vraie tête de mule.
- Le ramener, tiens !
- Il a dit qu'il nous combattrait si jamais on essayait de l'arrêter, ajouta Luffy d'un air pensif.
- Et alors ? C'est tout ? Depuis quand ça t'intimide ?
- Il a dit que c'était vraiment important. Qu'il ne pourrait pas être un membre à part entière de l'équipage s'il ne faisait pas cela. Je lui fais confiance.
- C'est déjà un membre à part entière de notre équipage ! Un compagnon indispensable !
- Et qu'il ne pourrait jamais plus te regarder en face s'il ne réglait pas cette affaire.
Pour le coup, Sanji en resta muet. Il fixa bêtement Luffy, mais il paraissait blessé. Les autres le virent trembler légèrement, se mordre les lèvres de rage contenue, puis il tourna les talons et alla se réfugier dans sa cuisine, faisant claquer la porte de celle-ci derrière lui.
- Ça, c'est à moi d'en juger ! eut-il le temps de hurler avant de s'enfermer.
La pression tomba d'un coup sur le pont. Pipo ramassa la louche que Sanji avait fait tomber dans sa hâte et la posa sur la table.
- C'était prévisible, fit-il d'un air désolé. Mais qu'est-ce qui lui a pris, à Zoro ! Et à toi aussi, Luffy ! Sanji a raison, ça ne te ressemble pas de laisser un compagnon !
- Je ne voulais pas, avoua Luffy. Mais il avait un drôle d'air, Zoro.
- Ah ?
- Il reviendra, fit-il avec conviction.
- Et on fais quoi, alors ? demanda à son tour Chopper. Comment va-t-il faire pour nous rattraper si on est loin ? Et comment il va savoir où on est ?
- C'est Zoro. S'il y quelqu'un qui peut accomplir un tel tour de force, c'est bien ce bougre de crétin, fit Nami en riant, mais elle se forçait bien un peu. Mais c'est vrai que j'aurais bien voulu lui causer en face, à cette tête d'algue.
- J'ai bien peur que cela ne puisse plus être possible, fit à son tour Robin.
- Et pourquoi ?
- J'étais réveillée quand il a parlé à Luffy, et je l'ai suivi un peu. Il a embarqué sur un immense navire à l'autre bout du port et ils ont levé les voiles.
- Hein ? Et tu n'as pas cherché à le suivre ?
- Il m'a vue et m'a adressé un au revoir assez déterminé. Je me suis dit qu'il devait avoir ses raisons pour agir de la sorte. En tout cas, je suis de l'avis de Luffy. Nous devons lui faire confiance.
- Mouais, soupira Nami, si seulement on pouvait convaincre aussi facilement Sanji... Tu parles d'un scandale de pacotille, je m'en serais bien passée... Déjà qu'avec leur dernière dispute, la bouffe avait été pas loin d'être en partie médiocre, qu'est-ce que ça va être là !
Mais ils n'avaient plus vraiment le choix. Ils déjeunèrent du mieux qu'ils purent avec ce qu'ils avaient, et chacun retourna à son train-train tandis que le Going Merry s'éloignait du port, minus un membre de son équipage. L'atmosphère morose qui semblait régner parmi eux ne fut pas démentie par le fait qu'ils ne revirent pas Sanji de la matinée, même lorsque Luffy le supplia de lui donner à manger.
Quant à Sanji, il jeta le vin à présent imbuvable à travers le hublot de la cuisine. La bouteille atterrit dans la mer où elle coula d'une traite.
A suivre dans le prochain thème...
