Titre : Rien qu'un baiser, chapitre 4
Auteur/Artiste : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème (numéro et nom) : 4. Toi et moi
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire n'importe quoi.
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Chapitre 4 : Toi et moi
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Deux mois. Zoro était resté absent durant tout ce temps. L'équipage du Going Merry avait poursuivi sa route, bon gré mal gré, leur second en moins. Aucun incident notable n'avait agité leurs journées monotones, mais l'atmosphère était sensiblement plus tendue, et chaque jour qui passait le prouvait bien... Zoro manquait à tous, à commencer par Sanji.
Oh, il avait bien essayé de ne pas y penser les premiers jours. Tout était de la faute de cet imbécile de sabreur, après tout. C'était lui qui était parti sans explication. C'était lui qui avait ses petits secrets qu'il refusait de partager avec ses compagnons de voyage. Merde, il n'avait même pas laissé transparaître son désir de partir à son amant attitré !
De quel droit se permettait-il de parler d'eux deux en termes d' « amants », d'ailleurs ? Des amants admettaient une relation régulière, et c'était tout sauf ça entre eux. Zoro était parti. Il leur arrivait de se disputer, de se faire la gueule, de se taper dessus pour un oui ou pour un non. Le bretteur n'en faisait souvent qu'à sa tête, et cela énervait Sanji plus que tout. Si seulement il pouvait se montrer utile sur le navire ! Mais non, ce bon à rien n'avait que la baston pour lui. Il était incapable de mener un navire à bon port, de préparer un repas correct, de nettoyer comme il faut le Merry. A peine pouvait-il faire un peu de vaisselle, et encore c'était parce que Sanji le harcelait avec ça. Non, Zoro n'était pas utile à leur équipage. Ils étaient même mieux sans lui.
Il s'était répété cette litanie toute une semaine, et ça avait eu l'air de marcher. Tandis que ses camarades se plaignaient constamment du départ du bretteur et se demandaient quand il reviendrait, Sanji vaquait tranquillement à ses tâches habituelles sans un mot en relation avec « cette personne ». C'était ridicule. Sans nul doute, la liaison qu'ils avaient brièvement eue n'était qu'une phase déjà oubliée de leur voyage. Un peu comme une période d'ennui ou d'essai passager, il n'avait pas à se faire de souci. Zoro n'était plus que de l'histoire ancienne.
Et pourtant. Tard le soir, alors que tout le monde était profondément endormi et que c'était son tour de garde, il se rappelait les mots souvent moqueurs, quelquefois tendus, rarement tendres de son ami. La façon dont il lui souriait d'un air confiant lorsqu'ils se lançaient à corps perdus dans la bataille. La sueur qui perlait de son torse à chacune des séances herculéennes d'entraînement qu'il s'imposait chaque jour. Ses cheveux verts hirsutes qui ressemblaient à de l'algue vivante. Même ses ronflements d'ogre, ses manies irritantes de rustre sans manières, l'éclat de sa voix après l'orgasme. Tous ces détails lui assaillaient l'esprit et il se surprenait souvent à ratisser le pont du bateau de long en large, agité, insatisfait. C'était la faute de Zoro, et de lui seul ! Évidemment que c'était lui ! Qui d'autre le ferait pester à la bise matinale, serrer les dents en avalant un sanglot de rage, et espérer, souhaiter du fond du coeur qu'il revienne, qu'il soit là, à ses côtés ?
Et ça le mettait en rogne. Réellement. Sanji se surprenait quelquefois à regarder l'horizon jusqu'à ce que ses yeux lui fassent mal, en quête d'un navire, d'une embarcation quelconque qui contiendrait un idiot en train de ronfler comme si les soucis ne pouvaient pas l'atteindre. Le souffle brûlant du four préchauffé de sa cuisine, lorsqu'il ouvrait la porte pour tester la température, lui rappelait les baisers ardents de Zoro, la manière dont il se collait à lui après avoir abondamment sué durant ses échauffements. Là, ce coin de table, c'était son lieu favori pour s'installer et manger un morceau. La petite jarre colorée que Sanji cachait soigneusement sous sa table de travail, celle qui contenait le lubrifiant parfumé qu'ils utilisaient en cas de besoin (il l'avait achetée un jour en espérant l'utiliser avec Nami mais elle ne l'avait finalement jamais vue), se trouvait toujours là, à sa bonne place. L'odeur était censée être aphrodisiaque, un mélange de gingembre et de jasmin. Sanji la débouchait quelquefois et inhalait longuement son parfum pour apaiser le sentiment de panique qui l'envahissait lorsqu'il se remémorait tout ce qu'il avait vécu avec l'autre homme rien que dans cette cuisine.
Les autres commençaient à s'inquiéter pour lui. Pipo lui montrait sans cesse les nouvelles inventions qu'il avait créées pour l'occuper, Chopper lui demandait de nouvelles recettes à base de légumes, Luffy venait envahir son espace pour chiper de la nourriture un peu plus souvent qu'auparavant. Nami passait plus de temps avec lui, aussi, quant à Robin, elle ne disait rien et n'agissait pas plus étrangement que d'habitude, mais de temps en temps, lorsque personne ne regardait, Sanji pouvait sentir un regard intense dans son dos, un soupir résigné, la pointe d'une excuse. Se sentait-elle coupable de ne pas avoir pu arrêter Zoro ? Sanji n'était pas sûr, et il jugeait plus pertinent de ne pas demander. Le déni était une chose extraordinaire pour ceux qui n'avaient pas d'autre choix.
Il allait déjà un peu mieux au bout du premier mois... du moins c'était ce qu'il aurait voulu se convaincre. Il n'arrivait pas concilier l'attente et le regret ; il avait déjà du mal à envisager sa relation avec Zoro... Ce qu'ils avaient eu ensemble, qu'en avait-il été vraiment ? Deux amants, deux amoureux se parlaient, entretenaient un échange constant. Une femme avec qui il avait eu une brève liaison, avant qu'elle ne parte rejoindre son mari pirate revenu de voyage, lui avait dit que son couple résistait à toutes leurs liaisons extra-conjugales parce que l'un admettait l'existence égalitaire de l'autre, parce qu'ils se complétaient malgré leurs différences (et leurs infidélités).
- Toi et moi, ça ne peut pas marcher, avait-elle dit au moment de le quitter, parce qu'en vérité il y a toi, et il y a moi. Lorsque tu sauras concilier les deux ensemble, tu comprendras pourquoi je retourne vers mon mari.
Il n'avait rien compris, bien entendu. C'était une femme étrange, un peu artiste sur les bords. Elle vendait d'ailleurs des cadres ouvragés à la main aux touristes qui passaient par la petite ville-port où elle habitait. C'était de cette manière qu'il l'avait rencontrée, alors qu'il cherchait un cadeau d'anniversaire pour Zef. Il avait tout de suite été séduit par son charme exotique. Elle, elle avoua avoir du temps à passer en attendant le retour de son mari.
Sanji n'avait jamais été jaloux. Il avait admis qu'il n'était pas son « Toi », qu'il n'était qu'un « Lui » passager comme un autre. Son « Toi » à lui, il ne l'avait pas trouvé, et ce n'était pas demain la veille que ça arriverait, séducteur comme il l'était.
Ça n'était pas près d'arriver, n'est-ce pas ?
Pourquoi se posait-il la question, d'ailleurs ? Pourquoi repensait-il à elle ? Il ne l'avait jamais aimée, il en était certain. Elle avait été belle et douce, experte au lit, une vraie femme en somme. Zoro n'était qu'une brute épaisse qui dégainait son sabre aussi vite qu'il baissait son pantalon, il n'avait pas une once de romantisme dans son esprit grossier. Rien en lui n'était délicat, en y repensant. Pas ses muscles saillants en sueur, pas son corps d'athlète, pas son obstination légendaire, pas son rêve de devenir le meilleur manieur de sabres. Pas sa manière brutale de faire l'amour.
Zoro était un butor. Zoro n'avait aucune considération pour lui.
Zoro lui manquait horriblement.
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- Tu es sûr que ça va aller ?
- Oui, oui.
La jeune femme blonde regarda son ami avec scepticisme. La minuscule barque dans laquelle il était monté semblait vouloir couler à chaque instant ; elle se balançait précairement au fil de l'eau, droite, gauche, gauche, droite, et chaque nouvelle vague la faisait se pencher davantage, basculer jusqu'à ce qu'un peu d'eau rentre...
- Il faudra que tu écopes souvent, si tu ne veux pas couler, fit-elle, résignée. Cette coque de noix n'est pas faite pour les longs trajets, m'est avis qu'elle te laissera tomber avant la fin de la journée.
- Ce sera bien suffisant.
Zoro lui fit un sourire assuré. Son teint basané par le dur soleil de la Route de Tous les Périls rendait ses dents aussi blanches que de la porcelaine. La jeune femme laissa échapper un autre soupir.
- Tu aurais au moins pu nous laisser te raccompagner.
- Pas la peine.
- Laisse-le, fit une nouvelle voix dans son dos. S'il veut se noyer, c'est son droit.
Un homme de stature imposante, au visage rayé de rides sévères, rejoignit sa compagne sur le pont, près des canots de sauvetage. Il haussa un sourcil dubitatif en voyant la taille du canot que Zoro empruntait mais ne fit pas d'autre remarque.
- Au revoir, Regal, fit Zoro sans se démonter. Occupe-toi bien de Sania.
- T'inquiète pas pour ça, s'exclama en riant son interlocuteur en saisissant la taille de la jeune femme, je m'en charge, de ma blonde. Dépêche-toi plutôt d'aller rejoindre la tienne !
Zoro émit un petit rire condescendant. Il allait se gêner, tiens ! Deux mois sans cet imbécile de cuistot, et il avait déjà envie de lui en coller une par principe... et de le jeter sur une table pour le prendre violemment par plaisir.
- Ça, tu peux compter sur moi, bougre de racaille, cria-t-il alors que son embarcation s'éloignait du navire où se trouvaient ses deux amis.
Il leur fit de grands signes de la main qui furent abondamment imités. Lorsque le bateau ne fut plus qu'un point à l'horizon, il attrapa les rames et se mit à souquer ferme. Sania lui avait dit que la direction du courant le ramènerait directement au Going Merry, qui se trouvait quelques miles plus loin. Il n'avait pas envie d'attendre que le flot change de cap ; et un peu d'aide lui permettrait d'arriver plus vite...
Il avait hâte de voir la tête des autres ! Ils seraient tous excités, sans aucun doute. Luffy ferait des bonds partout avec Pipo et Chopper, Nami et Robin lui feraient un grand sourire. Il y avait aussi le dernier membre de leur équipage, mais il préférait de pas trop y penser pour l'instant à vrai dire...
La réaction de Sanji ? Il n'en était pas certain. Cela faisait quand même deux mois, et il avait à peine laissé un petit mot à Luffy, qui sait comment ce diable de cuistot avait pu accueillir son départ précipité ? Il avait très bien pu se mettre en rage comme ne rien dire du tout. Et puis deux mois, c'était quand même bien long. Un peu trop quand on songeait que Sanji était un bourreau des coeurs invétéré qui ne pouvait pas se passer d'amour. Il avait très bien pu se trouver quelqu'un d'autre durant ce laps de temps. Il avait très bien pu se mettre en ménage avec Nami ou Robin ou n'importe quelle fille qui passait. Zoro ricana.
Au moins, il était sûr du sexe de son éventuelle nouvelle partenaire. Pas de doute, Sanji était hétéro jusqu'à la moelle. Bon, il avait bien été la petite exception mais à part lui, il ne le voyait pas vraiment avec un homme. Et ce n'est pas comme si Zoro avait été particulièrement... quémandeur. Bien au contraire. Il s'était amplement servi en voyant que Sanji n'était pas spécialement contre (mais ça ne voulait pas dire pour autant qu'il était complètement pour). Après tout, qu'avait-il comme autre choix dans cet équipage ? Nami et Robin. Les deux femmes n'étaient pas particulièrement ouvertes aux avances de leur cuisinier. Luffy était trop innocent, Pipo aurait refusé, Chopper était hors de question. Il ne restait plus que Zoro pour satisfaire sa libido, et en plus de ça c'était bien pratique pour quelqu'un qui ne voulait pas de liaison sérieuse. Ce n'était pas vraiment le genre de Zoro de proclamer partout un amour indéfectible pour un camarade.
- Qui vivra verra, fit-il, philosophe et je-m'en-foutiste.
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Deux mois et un jour. Sanji se dit que cocher mentalement un calendrier dans sa tête n'était pas une activité très saine pour quelqu'un de confiné sur un bateau pendant des mois. Il fallait qu'il s'aère l'esprit.
Il était de tour de garde, une nouvelle fois. Le temps était frais, le soleil venant à peine de se lever. Sanji se blottit dans la veste chaude en daim qu'il avait achetée à leur dernière escale. Cette même escale qui avait vu leur second disparaître, en quête d'ils ne savaient quoi... Il secoua la tête pour chasser ces pensées dangereuses. L'heure n'était plus aux regrets.
Au-dessus de lui, le ciel se teintait de rose et d'orange. Les rares nuages présents s'amassaient à l'horizon, autour du soleil levant. Il contempla un instant la splendeur qui s'affichait devant lui, l'air serein. Il vit même une mouette solitaire planer un peu plus loin. Ils devaient se trouver à proximité d'une île. Il fallait qu'il en parle à Nami à son réveil.
Un cri puissant attira son attention. Il venait de la direction contraire à l'endroit où son regard s'était attardé. Il lui sembla reconnaître cette voix. Il se retourna lentement.
Sur une barque minuscule qui paraissait vouloir rendre l'âme à chaque roulement de l'océan, Zoro, tous sourires, lui faisait de grands signes de la main.
Sanji laissa tomber sa veste.
A suivre dans le prochain thème...
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Je me suis rendue compte que mes fins de chapitres étaient horriblement vides et impersonnels. C'est assez habituel chez moi mais quand même, j'ai tendance à blablater un peu sur la fic et surtout à remercier mes lecteurs pour leur fidélité et tout ça. Il le faut, cette histoire va prendre trente chapitres qui se suivent et il faut nécessairement un baiser dedans, alors j'ai l'impression que ça va être peut-être un peu répétitif à la longue... Enfin, on verra bien.
Merci de me suivre jusqu'au bout et à la prochaine fois !
