Aujourd'hui, Tonks se rend à une réunion exceptionnelle de l'Ordre. Mc Gonagal n'a pas précisé de quoi il s'agissait mais elle avait l'air assez excitée, ce qui n'est pas fait pour rassurer la jeune Auror et lorsqu'elle pénètre dans le quartier général, elle est surprise d'entendre des rires en provenance de la cuisine.
Remus est assis sur l'un des bancs, les jumeaux Weasley d'un côté, Kingsley de l'autre. Harry et Ginny sont debouts près de la fenêtre, tournés vers la table. Ron est appuyé au comptoire de la cuisine, un sourire aux lèvres, les yeux tournés vers Hermione, assise en face du loup garou. Un peu à l'écart du groupe se tiennent Neville et Luna, une expression lègèrement désaprobatrice sur leur visage.
Visiblement Rémus était en train de leur raconter quelque chose mais l'arrivée de Tonks l'a interompu. Elle lui sourit en s'approchant pour l'embrasser, entamant un geste pour lui dire de continuer mais quelque chose dans son expression l'arrête.
- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
Mais avant qu'il ait pu répondre, la porte s'ouvre, dévoilant une Minerva Mc Gonagal souriante qui se dirige droit vers lui le sourire aux lèvres.
- Ah Remus ! Notre héros du jour ! Encore toutes mes félicitations : réussir à regagner la confiance de Greyback en si peu de temps, c'est merveilleux !
Mais face au silence glacé qui lui fait face, sa voix diminue d'intensité jusqu'à s'éteindre complètement. Tonks est devenue livide et Remus fouille la pièce du regard à la recherche d'un moyen de s'enfuir. Enfin la voix de Tonks brise le silence. A peine plus haute qu'un souffle, il semble pourtant à toutes les personnes présentes qu'elle a crié.
- Qu'est ce que c'est que cette histoire ?
- Tonks, laisse-moi t'expliquer ...
- M'expliquer ! Alors là oui, il va falloir m'expliquer ! Et tu as intérêt à trouver une sacré bonne excuse pour justifier le fait que tu as risqué ta vie volontairement et sans même juger bon de m'en avertir !
Elle a crié ces derniers mots.
- Tonks ... voyons ... calme-toi ... Nous avons besoin de quelqu'un auprès des loups garoux. Je suis le mieux placé ici pour me lier avec eux et ...
La jeune femme l'interompt d'une voix qui a retrouvé tout son calme même s'il s'y mèle un peu de tristesse.
- Ce n'est pas de cela que je te parle Remus. Je sais très bien que nous avons besoin de quelqu'un pour infiltrer les loups garoux. ... J'aurais juste voulu que tu juges utile de me prévenir que tu allais risquer ta vie. Je croyais qu'en temps que ... petite amie ... j'aurais eu le droit de savoir ...
- Tonks ...
Mais elle lève la main pour l'arrêter, secouant la tête.
- Non Remus ... Pas maintenant ...
Et sans lui accorder un autre regard, elle sort de la pièce.
Et elle n'est pas calmée, deux heure plus tard, lorsqu'elle transplane chez Severus. Son énervement lui vaut un haussement de sourcil de la part de l'ancien maitre des potions qui s'abstient pourtant de tout commentaire.
Elle s'assied en face de lui à la petite table et se plonge sans un mot dans la lecture des parchemins qui y sont étalés et reprennent des informations qui pourraient leur être utiles dans la recherche des Horcruxes. Mais ses yeux parcourent les lignes sans parvenir à se concentrer suffisament pour en comprendre le sens. Et au bout d'un moment passé à soupirer et à gigoter sur sa chaise, elle a un geste d'énervement et renverse une bouteille d'encre sur les parchemins.
Aussitôt elle est debout, tentant d'éponger pour limiter les dégats mais ne réussissant qu'à étaler l'encre un peu plus. Un étaux d'acier sur son poignet l'oblige à arrêter et elle lève les yeux pour les poser sur le visage sévère de Severus. Pointant sa baguette en direction des parchemins, il murmure une incantation et tout retourne à la normale.
Ses yeux se fixe de nouveau sur le visage de la jeune femme et son regard comme sa voix sont durs et secs lorsqu'il rompt le silence.
- Si tu ne peux pas te concentrer, je te sugère de rentrer chez toi. Parfois, je me demande sérieusement comment ta ... boule de fourure ... parvient à te supporter.
Quelle que soit la réaction à laquelle il s'attendait, ce n'était surement pas celle là. Il lève la main, surpris, et la porte à sa joue qui rougis déjà sous la force de la giffle. Les yeux de la jeune femme lançent des éclairs.
- Je t'interdis de parler de lui de cette facon ! Nos relations ne te regardent pas et ... et ...
Un sourire sarcastique se fait jour sur ses lèvres.
- Oh oh, y aurait-il des accros dans ta petite vie si bien rangée ?
Elle le regarde, surprise. Sa petite vie si bien rangée ? Sa petite vie si bien rangée !
Elle a un rire dur et amer qui ne lui va pas et sa voix dégouline soudain de sarcasme.
- C'est vrai, j'avais oublié : ma si parfaite petite vie.
Elle se dirige vers lui menaçante.
- Alors écoute moi bien : tu crois tout savoir mais en réalité tu ne sais rien. Ce que tu vois, ce n'est que la moitié de l'histoire. Il y a d'autres versions de moi : il y a celle que je suis ici, la fille qui sourit tout le temps, je suis celle que tu connais mais je suis aussi quelqu'un d'autre et ... oh, si seulement tu savais ...
A nouveau sa voix, sérieuse et tranchante par moment comme pour ponctuer ses phrases, se fait sarcastique.
- Oh mais je vais bien, bien sur : j'ai tout ce que j'ai toujours souhaité. Je vis un rêve ... Oh oui, tout ce que j'ai toujours voulu. Tu penses vraiment que les choses sont toujours comme elles parraissent ? ...Que je suis une chanceuse dont tous les rêves se sont réalisés?
Sa voix se fait plus douce et il lui semble l'espace d'un instant qu'elle tremble.
- Mais ... en dessous de tous ça, des cheveux roses, des sourires, ... je suis juste comme toi. Je ne suis pas si différente, je préfère tout garder à l'intérieur de moi. Seule la carapace est différente. Tu vois, la moitié du temps, j'ai mon nom dans la lumière ... et l'autre moitié ... je suis à tes côtés.
Il a un léger mouvement de recul comme si elle l'avait de nouveau frappé. Il l'écoute, comme fasciné par la dureté de sa voix, de son visage. Et par le fait qu'il sait qu'à tout moment elle pourrait éclater en sanglot.
- ... nous sommes pareil mais tu ne le vois même pas. Je suis comme toi : je suis juste une fille ordinaire dans un monde qui me dépasse. J'essaie de vivre, de survivre, de me battre, d'aider les miens. J'essaie juste d'être moi-même ...
Elle baisse la tête et se laisse tomber sur sa chaise, comme épuisée. Sa voix n'est plus qu'un soupir et elle se brise par moment.
- Moi même ... Oh oui, c'est tout ce que j'ai jamais voulu. C'est peut-être vrai après tout : en apparence, je suis une chanceuse dont tous les rêves se sont réalisés. Mais ... en dessous de tous ça ...
Elle relève la tête et son regard lui fait mal.
- ... je suis juste comme toi.
