Titre : Rien qu'un baiser, chapitre 6
Auteur/Artiste : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème : 6. Entre le rêve et la réalité
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire n'importe quoi.
xXxXxXxXx
Chapitre 6 : Entre le rêve et la réalité
xXxXxXxXx
Zoro fixa Sanji avec des yeux vides. Le silence qui suivit la révélation du cuisinier dura bien dix bonnes minutes, dix minutes intenses durant lesquelles l'équipage du Going Merry attendit la réaction du bretteur en retenant son souffle. L'air était si tendu qu'inconsciemment ou pas, la plupart des spectateurs se tenait prêt à bondir au moindre signe d'hostilité de la part de l'un ou de l'autre... jusqu'à ce que Zoro, enfin, détende l'atmosphère en réagissant de la seule manière possible pour lui.
Il éclata de rire.
Un Sanji outré lui jeta un regard noir. Autour d'eux, les autres membres du Going Merry minus Nami commençaient à s'agiter, chacun à sa manière. Robin était déjà partie à la recherche de la jeune fille rousse. Chopper et Pipo étaient en train de paniquer, dépassés par les événements. Luffy fixait le ciel d'un air idiot, se demandant sans doute pourquoi ses hommes faisaient tant de manières pour si peu... et pourquoi ils ne se réconciliaient pas en se foutant une beigne et en finissant au lit, comme à chaque fois qu'ils se disputaient un tantinet.
Zoro s'essuya une larme à la fin de sa crise d'hystérie ; l'effort qu'il faisait pour ne pas se rouler par terre pliait son corps en deux. Hilare, il regarda Sanji de nouveau... et ne put retenir un autre fou rire.
- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, grogna son ancien amant. Tu as entendu ce que je viens de dire, crétin ?
Zoro hocha la tête, les lèvres déformées en un rictus comique. Nerveusement, Sanji se rapprocha de lui et lui saisit le bras en serrant de toutes ses forces. Cela ne sembla pas même perturber le bretteur qui le laissa faire, tous sourires.
- Mais réagis, bougre de sabreur ! Je te quitte pour Nami ! C'est tout l'effet que ça te fait ! hurla presque le jeune homme blond.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, playboy de mes deux ?
Sanji sentit une vague de fureur lui vriller les oreilles et assombrir ses yeux. Mais à quoi pensait-il, ce barbare de première catégorie ? Pour qui se prenait-il ? Leur relation (si on pouvait appeler comme ça leurs séances de coucheries régulières et sans finesse) comptait donc si peu pour lui ? Il serra plus fort, les doigts rendus moites par la colère et un brin d'angoisse incontrôlable... Ce fut à ce moment que Zoro leva les yeux vers lui et lui sourit. Sanji le lâcha, surpris.
Son ami arborait un sourire carnassier et possessif, rempli de promesses pas vraiment engageantes. Le bretteur avait une manière hypnotique de plonger ses yeux dans les siens, des yeux qui brillaient d'un éclat étrange, fantomatique, qui lui fit presque peur, et ce sourire, ce sourire qu'il lui semblait avoir déjà aperçu dans ses pires cauchemars... Où ça ? Son esprit chercha frénétiquement la réponse. Il entrevit un éclat métallique dans les yeux de Zoro, un éclat cruel qui réclamait du sang... Entre rêve et réalité, sa mémoire l'emporta très loin en arrière, des années avant qu'il ne rencontre Zeff. Spectres de cris, de larmes et de sang. Il porta sa main au visage. Des visions et des sons l'entouraient de partout, menaçant de l'engloutir... Un village assiégé, ses habitants hurlant de terreur, un enfant blond aux sourcils tordus cherchant sa mère au milieu de la tourmente, affolé, perdu. Des pirates ? Le reflet d'une lame l'aveugla un instant. Il tourna les yeux en sa direction, et il vit...
Une toux énergique le tira de sa transe. Un peu déboussolé par le brusque changement d'atmosphère, il réalisa qu'il avait titubé en avant, directement dans les bras de Zoro. La proximité du bretteur le fit rougir. Sa peau exhalait une odeur brute, quasi animale. Sanji lui avait constamment reproché de puer la sueur, mais en réalité le parfum de musc qui accompagnait en permanence l'autre homme le rassurait, se mêlait avec délice aux effluves de l'eau de cologne qu'il affectionnait pour créer autre chose, comme l'association savoureuse de deux mets différents aux saveurs complémentaires... Lorsque Zoro lui passa une main hésitante dans les cheveux, il en oublia un instant le monde, et, ravi, ronronnant presque, il se coula contre lui.
- Sanji ? fit la voix toute féminine de Nami.
Il se dégagea en un instant, bien que Zoro laissât un bras enserré autour de sa taille. Le manieur de sabres lança à la jeune fille un regard hostile. Celle-ci se contenta de sourire et d'agiter vers elle l'éventail de plumes blanches qu'elle avait emmené. Superbe dans sa tenue de soirée rose pâle (elle avait donc pris la peine de se changer ?), elle les fixait avec hauteur, ses chaussures à talons aiguilles dirigées vers le couple. Elle fit un clin d'oeil à Sanji qui lâcha illico Zoro pour se précipiter vers elle.
- Nami chérie ! Que tu es belle dans cette robe !
C'était un piètre compliment, mais le trouble dans lequel l'avait mis Zoro l'empêchait d'en formuler un meilleur... Et de toute manière, cela suffisait amplement. Nami réagit au quart de tour et se colla à lui, langoureuse. Ses longs doigts s'agitèrent autour de son corps, enserrant son cou, et le souffle chaud de son amie lui brûla le visage. Zoro ne les avait pas quitté du regard un seul instant.
- Tu as compris, face d'algue ? lança Sanji d'une voix légèrement tremblante. Toi et moi, c'est fini, fini, fini. Nami est l'amour de ma vie, j'ai été bien con de tomber dans tes filets. Je...
Ce beau discours tomba dans le vide. Zoro avait tourné les talons, et, doucement, s'éloignait d'eux en direction de l'avant du navire. Son expression était devenue neutre, à la limite de l'indifférence... Sanji pesta. Il avait envie de lui crier des obscénités jusqu'à lui assourdir les tympans, de lui taper dessus encore et encore, jusqu'à ce que son corps ne soit plus que miettes, jusqu'à ce que le bretteur réplique en lui tailladant la gorge, et les larmes, des larmes brûlantes, mi-rage mi-désespoir, commençaient à lui emplir les yeux...
- Tu fuis, Zoro ? fit la voix claire de Nami, retentissant dans l'espace comme un son de cor. Tu me laisses donc Sanji sans te battre ? Espèce de lâche. C'est à se demander pourquoi tu continues encore de croire que tu deviendras le meilleur manieur de sabres du monde, vu quel trouillard tu es.
- Nami ? murmura-t-il à son intention, surpris et un peu inquiet pour elle.
- Joue le jeu, fut la réponse qu'elle lui donna, si basse qu'il eut l'impression d'avoir rêvé.
Zoro se planta devant eux. Sanji ne l'avait même pas vu s'approcher. Il se mit en garde, redoutant la réaction violente de l'autre homme. Il se devait de protéger Nami de son mieux.
- A quoi vous jouez ? dit-il sans se presser.
- Un duel, ça te dit ? répliqua la navigatrice. Toi contre moi.
- Et qu'est-ce que j'y gagne ?
- Sanji. Mais si je gagne, tu quittes l'équipage pour de bon et tu nous fais plus chier. Plus jamais.
La mine paniquée de Sanji parut amuser Zoro. Il contempla un instant la jeune femme en face de lui, la jaugeant peut-être...
- Je suis plus fort et plus habile que toi. Tu ne peux pas gagner.
- Sauf si on choisit un combat où j'ai toutes mes chances.
- Comme quoi ?
Elle fit un immense sourire où se voyaient toutes ses dents.
- On est des pirates, non ? Et que font les pirates ?
- Ils pillent les villages sur leur chemin ? hasarda le bretteur.
Nami lui fit une moue contrariée.
- Mais non, pauvre type ! Ils cherchent des trésors ! Et ils les trouvent !
- Ah ?
Le regard atterré qu'il jeta fit sourire Sanji. Enfin, il retrouvait le crétin sans cervelle avec qui il sortait. L'homme au charme magnétique qu'il avait vaguement entrevu un peu plus tôt en Zoro ne lui disait rien de bon. Mais ce Zoro-là, crétin sur les bords, passionné et pourtant désinvolte à la fois... Oui, le plan de Nami pouvait marcher. Et même si ça n'était pas le cas, ils en étaient quittes pour une bonne aventure, alors tout allait bien.
- La pari, continua Nami, porte sur un trésor. Celui ou celle qui trouvera le meilleur gagne.
- Mais comment savoir qui est le meilleur ? Si j'apporte un truc immense et toi un machin sans valeur, cet idiot de cuistot serait bien capable de te désigner gagnante juste parce que c'est toi...
- Alors on demande aux autres de choisir. Ça te va comme plan, tête d'algue?
Ils avaient tous deux pris une expression propre aux gens de compétition. Grand bien leur fasse, soupira Sanji. Il n'avait pas l'intention de jouer d'autre rôle que prix final de leur jeu. Déjà qu'il avait eu un mal fou à annoncer sa soit-disant rupture avec Zoro...
- Mais comme j'ai un sérieux handicap de force avec toi, continua Nami, je propose qu'on prenne un autre membre de l'équipage avec nous en équipe de deux pour la quête. Comme ça, le nombre de jurés restants sera impair, ce sera mieux pour nous départager.
- Bof, si Sanji fait partie du jury, t'as déjà un point pour toi.
- On n'a qu'à tirer au sort notre coéquipier, insista la jeune fille. Si ça se trouve, il fera partie de l'une des équipes.
- Quoi ! firent ensemble Sanji et Zoro.
Ils se regardèrent un instant, l'air hébété... et détournèrent les yeux d'un même mouvement boudeur. Le reste de l'équipage, qui s'était rapproché durant les négociations entre le second du navire et leur navigateur, se mit à rire, rassuré. La situation n'était pas aussi grave qu'ils l'avaient redoutée, pour que les deux hommes continuent à se faire la gueule de manière aussi enfantine.
- Je pars avec toi, Nami chérie ! s'écria Sanji avec des coeurs dans les yeux. A nous deux, nous sillonnerons les mers tel un couple d'aventuriers pirates amoureux !
- Qu'est-ce qu'il faut pas entendre, railla Zoro.
- Ta gueule, pauvre type.
- Toi même, belle gueule.
- Tu sais ce qu'elle te dit, la belle gueule ?
- Messieurs ! intervint Nami en haussant le ton. Il y a un moyen de nous départager. Pipo !
Le jeune homme ainsi interpellé sursauta de terreur.
- Euh... oui ?
Pauvre Pipo. Lui qui détestait se mettre dans des situations dangereuses (mais en même temps, il avait lui-même choisi d'être pirate, alors il n'avait que ce qu'il méritait, pensa Sanji). Il vit Nami le prendre à part et murmurer quelques mots à son oreille. L'expression du garçon au long nez s'éclaira en un instant ; il fit un signe de victoire à Sanji qui se mit à paniquer... mais fort heureusement, Zoro regardait paresseusement en direction de l'océan et ne vit rien. Nami frappa un coup sec dans la nuque de Pipo, furieuse, et il s'excusa d'un geste en promettant de faire de son mieux. Sanji soupira. C'était un miracle que Zoro n'ait encore rien vu. Il aperçut Robin lui adresser un sourire complice qu'il renvoya avec peine ; Chopper et Luffy, dans leur coin, les regardaient faire sans comprendre...
Quelle situation ridicule, mais il était mal placé pour se plaindre. Après tout, c'était lui qui avait accepté la proposition de Nami. Alors advienne que pourra.
- Et voilà les pailles ! fit Pipo quelques minutes plus tard.
Il avait passé un certain temps dans la cale, soit-disant pour chercher de la paille... Sanji savait pertinemment, comme chaque membre de l'équipage, qu'il en gardait une petite réserve dans la cuisine en cas de besoin. Il réapparut en brandissant avec affectation une gerbe, pas peu fier.
- Chacun à part Nami et Zoro va prendre une paille, s'écria-t-il dans son enthousiasme. Dans le tas, il y en a une avec un bout rouge et une avec un bout bleu. La personne qui aura la paille rouge ira avec l'équipe rouge et la personne qui aura le bout bleu ira avec l'équipe bleue. Les autres seront le jury qui départagera le trésor.
- Je suis l'équipe bleue, grogna Zoro.
- Et moi la rouge, alors, fit une Nami sereine.
C'était quand même gros, comme plan. Soit Zoro était vraiment un crétin fini au même niveau que Luffy, soit il se doutait de quelque chose et laissait faire. Sanji poussa un soupir ennuyé. Tout ce cinéma juste pour les réconcilier. Il aurait pu faire simple et sauter dans ses bras et basta, mais non, son amour-propre refusait de lui pardonner aussi facilement. Et puis cet imbécile devait comprendre qu'une relation n'était pas du tout-cuit. Il devait faire sa part du travail de son côté aussi, et foi de coq ! Il lui en ferait baver avant qu'il n'obtienne son prix. Et puis il devait l'avouer, l'idée d'être l'enjeu d'un combat entre ses deux amis, même fictif, était assez excitante. Sanji savait que Nami ne ferait que le strict minimum, pour la forme. Mais Zoro ? Jouerait-il le jeu jusqu'au bout ? Si jamais il décidait d'abandonner en cours de route, Sanji le truciderait... Il en fit le serment. Il lui ferait la peau, et s'il restait encore en vie après ça, il l'enchaînerait au mât du Merry pour lui apprendre à vivre. Fichu sabreur qui ne se rendait même pas compte de tous les efforts qu'il faisait pour rester avec une espèce de mâle puant et sans manières qui passait son temps à se battre et à dormir, quand il ne se saoulait pas aux escales qu'il faisait ! Il tira une paille.
Bleu. Bien évidemment.
xxxxx
- Tu n'y as pas été de main morte, cette fois, sourit Robin en voyant la barque de leurs deux amis s'éloigner au loin. Défier ainsi Zoro, c'était assez hardi de ta part.
- Tu trouves ?
La jeune fille rousse éclata de rire, ravie. Elle avait sorti une chaise longue et prenait nonchalamment le soleil en maillot de bain, un cocktail à portée de main. Assise à ses côtés sous un parasol, Robin parcourait l'horizon du regard. La silhouette de l'embarcation ne faisait déjà plus qu'une tache approximative sur l'eau. Elle la vit disparaître avec les dernières mouettes qui s'agitaient au-dessus de leur tête. Droit devant, une île gigantesque se découpait au-dessus de la mer. Ils l'avaient croisée une heure auparavant avec le Going Merry et Zoro avait décidé qu'elle était parfaite pour commencer ses recherches. Sanji l'avait suivi sans un mot, et à eux deux ils étaient montés dans la même barque qui avait ramené le bretteur après sa mystérieuse escapade.
- Zoro n'est pas stupide malgré les apparences, dit Nami en sirotant sa boisson. Et puis on n'a pas été super fin non plus. Il a dû comprendre que c'était du chiqué, tout ça.
- C'était gentil de ta part.
- Bof. Il fallait bien que quelqu'un fasse quelque chose, sinon ces deux mâles avec leur ego de la taille d'une baleine auraient continué leurs caprices. Je te jure, des fois j'ai vraiment l'impression d'être la nounou d'un équipage de gamins décérébrés. Chopper, passe encore, mais les autres...
Elle soupira tandis que son amie la dévisageait du regard.
- Je me demande...
- Oui ?
- Qu'est-ce qui s'est passé vraiment ? Tu es restée très longtemps avec Sanji.
Nami ricana.
- Pas grand chose, à vrai dire. J'ai voulu tester une théorie.
- Ah bon ?
- Elle était totalement foireuse. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences...
- Tu veux parler du coq ?
- Et de ses tics abrutis de séducteur. Ces mecs, soupira-t-elle, plus c'est bruyant et moins c'est sérieux.
- Et ?
- Alors rien. Pas le moindre pet de réaction. Parlez-moi de la libido animale des hommes après ça ! En fin de compte, ce sont de grands romantiques. En tout cas, Sanji l'est.
Robin lui fit un immense sourire.
- Eh bien espérons que ça s'arrangera pour eux. Je dois dire que la vision de notre bretteur embrassant le cuisinier à pleine bouche me manque un peu.
- Ah ?
- L'anthropologie est une branche mineure de l'Histoire, mais elle garde son importance.
- Mon dieu, Robin, de quels rêves étranges et érotiques sont peuplées tes nuits ? fit en riant son amie.
La jeune femme brune se contenta de se pencher sur elle, doucement, et, d'un mouvement calculé qui fit frissonner la navigatrice, elle colla ses lèvres aux siennes en un chaste baiser.
Nami lâcha son cocktail.
A suivre dans le prochain thème...
xXxXxXxXx
Désolée pour ce retard, vacances oblige ! Et puis j'avoue avoir eu un peu plus de mal avec ce chapitre. L'histoire est en train de dévier de mes plans originaux, c'est affreux. Enfin, j'ai l'habitude, alors ça va. Merci de continuer à me lire et pour ceux qui ont un peu de temps et de volonté, de me dire ce qu'ils en pensent !
