Titre : Rien qu'un baiser, chapitre 8

Auteur/Artiste : Mokoshna

Couple : ZoroXSanji

Fandom : One Piece

Rating : M

Thème : 8. Jardin secret

Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire n'importe quoi.

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Chapitre 8 : Jardin secret

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Le Baron Tortuga était un homme au physique imposant qui faisait plus penser à un vieux bourgeois idiot qu'à un illustre membre d'une quelconque aristocratie. Il avait la tête surmontée d'une perruque et était fardé comme une fille de joie ; ses vêtements semblaient tout droit sortis d'un étal de costumes de théâtre, tellement ils étaient bariolés et de mauvais goût. Sanji repensa à Mr 02 de l'organisation Baroque Works, avec son « Travelo Way »... et ne put se retenir de pouffer de rire. Fort heureusement, personne ne fit attention à lui, et il se replongea à loisir dans l'observation de leur hôte.

Celui-ci respirait la décadence sans mesure et puait le nouveau riche ; un parfum qui avait toujours hautement déplu à Sanji depuis son enfance... Toute idée de respect qu'il avait pu se faire de lui disparut comme par enchantement. Le Baron se précipita à leur rencontre sitôt qu'ils eurent passé le perron de la porte, soufflant comme une forge mal réglée. Sanji pouvait voir les rougeurs de ses joues malgré la couche épaisse de fard. Plus que jamais, il eut envie de fuir.

Leur bruyant cortège était arrivé au palais au terme d'un voyage assez court et haut en couleurs. La foule s'était amassée tout autour des terres du Baron, se tassant de son mieux contre les hautes grilles de fer qui s'étaient refermées immédiatement après le passage de Sanji et de sa suite. Le palais ressemblait à une demeure de calife dans les Mille et une nuits ; immense, peint de couleurs éclatantes qui auraient attiré l'attention d'un aveugle de naissance, il couvrait une large part du flanc de la montagne qui dominait l'île, sur le côté sud. Zoro et lui n'auraient pas pu le voir de là où ils avaient accosté. Sanji se demanda si les touristes avaient la vue basse, pour supporter ainsi constamment la vision de cette horrible bâtisse dans le paysage...

Un bataillon de pas secs claquèrent devant lui, le tirant de sa torpeur indécise. Il détailla avec appréhension et une certaine excitation les rangées de serviteurs qui les accueillaient au garde-à-vous. Surgi de nulle part, un majordome au costume amidonné voulut ôter sa veste légère et les sabres de Zoro ; il en fut quitte pour une peur quand le bretteur lui fit voir à quel emploi il destinait lesdits sabres... Son costume finit en confettis raides qui décorèrent le sol de marbre blanc. Sanji jeta un regard en direction de Zoro, aussi discrètement que possible. Le bretteur observait la scène d'un air méprisant ; sans doute avait-il déjà assez de tout ce fatras de minauderies formelles... Il détourna la tête et ses yeux croisèrent le regard glacé de Sanji qui l'enjoignit d'un geste de se tenir tranquille. Cela ne l'empêcha pas de continuer à fixer le décor et les gens d'un air irrité.

— Bienvenue ! scanda le Baron une fois qu'il fut directement devant eux, ignorant totalement le majordome qui rampa de terreur en direction d'une ouverture et y disparut. Je vous attendais. Vous avez fait bon voyage ?

Il caressa son menton nu avec la satisfaction de ceux qui ont obtenu leur content de bonnes nouvelles dans une journée ; son front était rayé de rides épaisses qui craquelaient le fond de teint. Sanji eut un haut-le-coeur en le voyant ainsi se rengorger devant eux.

— Je vous remercie de votre invitation, Baron, se força-t-il à dire, bien que je sois un peu surpris. Je pensais pourtant être incognito ?

Quitte à jouer l'imposteur, autant le faire jusqu'au bout. Sanji adressa un sourire mielleux au vieil homme qui leur faisait face et il récolta en retour un rire tonitruant et ravi.

— Ha ! s'écria Tortuga en se tenant le ventre. On ne trompe pas un vieux singe comme moi ! Mais vous devez être fatigués par le voyage. Pourquoi ne pas laisser Layla vous mener à vos appartements ?

Sanji glissa un regard concupiscent en direction de la jeune femme, ondulant jusqu'à elle avec la grâce habituelle dont il faisait preuve en présence d'une jolie femme. Zoro se contenta de soupirer et de les suivre.

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— C'est quand même pratique, qu'il ait disparu justement il y a quelques jours.

Zoro fut le premier à rompre le silence qui s'était installé entre eux au départ de Layla. Celle-ci les avait laissé dans une chambre aussi grande qu'un petit port de plaisance, exquisément décorée et avec tout ce qu'un homme pouvait imaginer en matière de produits essentiels. Comme Zoro n'avait besoin que du strict minimum avec ses sabres et qu'il n'avait aucune imagination, il avait scruté les menus objets de la pièce avec une circonspection raide qui avait agacé son camarade.

— Que veux-tu dire ? demanda Sanji alors qu'il se retenait de lui lancer un coup de pied après que Zoro planta son arme dans un coussin brodé d'or et de pierreries, le soulevant de la pointe de son sabre avec curiosité.

— Sur le chemin, j'ai discuté avec les gardes qui nous accompagnaient. Il paraît que ce Leon King a disparu mystérieusement il y a quelques jours sans crier gare. Tous ses fans sont en émoi.

— Je ressemble vraiment à ce type ?

— J'en sais rien, moi ! On m'a dit que oui, et les gens sont persuadés qu'il s'agit de toi. C'est pas plus mal. Comme ça on accès au palais et on pourra chercher Oeil-de-Bois.

Sanji émit un grognement dubitatif mais n'insista pas. Il s'installa plus confortablement dans le divan moelleux qui occupait le centre de la pièce et qui avait l'air de faire office de lit. Il avait remarqué que sa forme était parfaitement modulable, changeant au gré de la personne qui s'y allongeait... Lui qui avait si mal dormi depuis des mois, il se trouvait parfaitement à l'aise dans cette chambre exquise.

Et il n'osait pas se l'admettre, mais la présence de Zoro y était aussi pour beaucoup...

— Si tu me disais plutôt ce que tu veux de ce type ? demanda-t-il sans faire attention aux battements irréguliers de son coeur alors qu'il détaillait son compagnon du coin de l'oeil.

Leurs regards se croisèrent. Gêné, Zoro détourna les yeux. Il ne voulait pas l'avouer au vu des rejets auxquels il avait dû faire face, mais la vision du cuisinier sensuellement étendu sur ses coussins, la chemise légèrement entrouverte qui laissait voir un morceau de peau dorée et ferme, le mettait au supplice et lui donnait envie de sauter sur lui sans tarder, et au diable les conséquences...

— Eh, tu m'écoutes ? fit la voix courroucée de son compagnon.

— Ah ?

— Je te demandais ce que tu veux à ce type !

— Qui ? Leon King ?

— Mais non, tête d'algue pourrie ! hurla Sanji en se retenant une nouvelle fois de lui asséner un coup violent. Oeil-de-Bois ! Pourquoi sembles-tu si intimement persuadé qu'il va nous mener à un trésor ?

— Parce que c'est son boulot, tiens.

— Hein ?

Zoro toussota.

— Tu connais les diseurs de trésor ?

— Je connais les chercheurs de trésor et les diseurs de bonne aventure, mais les diseurs de trésor, non.

— C'est normal. Il y en avait beaucoup avant, mais pour des raisons évidentes il n'y en a presque plus. Trop dangereux.

— Et alors ? Ils font quoi ?

— Comme leur nom l'indique, ils révèlent l'emplacement des trésors. Les vieux pirates qui avaient accumulé une fortune colossale et qui étaient sur le point de mourir sans héritier la cachait et utilisait les diseurs de trésor pour donner des indices à ceux qui étaient intéressés. Ça rendait la piraterie intéressante, autrefois, les gens jouaient le jeu. Seul le diseur connaissait l'emplacement du trésor et inventait des énigmes pour le découvrir. Le premier arrivé le prenait pour lui.

— Ça a l'air intéressant, comme système, réfléchit Sanji. Luffy aurait beaucoup aimé.

— Tu m'étonnes ! Malheureusement, on ne fait plus ce genre de choses de nos jours. Des pirates bons à rien se contentaient de menacer les diseurs de trésor pour connaître l'emplacement de l'héritage.

Sanji fit la grimace.

— Ça doit pas être drôle.

— Bah. Il en reste quand même quelques-uns. Et si tu les connais et que tu joues le jeu, il te donnent sans problème les énigmes et la carte qui va avec, quand il y en a une.

Sanji leva un sourcil suspicieux en direction de son compagnon. Zoro fit mine de ne rien voir. Il devinait à peu près le genre de questions qui devait traverser l'esprit de son amant...

— Et comment ça se fait que tu saches tout ça, hein, sabreur de mes deux ? Et que tu connaisses cet Oeil-de-Bois ?

Bingo. Il savait qu'il aurait dû se taire, mais faire en sorte que Sanji le suive sans lui parler de ses plans était suicidaire... Et maintenant qu'il avait craché le morceau sur Oeil-de-Bois, son compagnon en réclamait plus et ça, ça n'arrangeait pas du tout ses affaires.

— Je sais, c'est tout.

— Ça a un rapport avec ce Regal ?

Le visage de Zoro se referma comme une huître.

— Ça ne te regarde pas.

— Comment... !

— Je vais faire un tour, fit son ami un peu précipitamment, et avant que Sanji ait pu se lever pour lui dire en face ce qu'il pensait de ses petits secrets à la manque, Zoro avait disparu de l'autre côté de la porte d'entrée.

Le cuisinier du Going Merry fixa sans rien dire le mur, outré. Puis il explosa d'un coup, furieux, humilié, et tout le palais put entendre son cri de colère, qui enfla de plus en plus jusqu'à couvrir tous les bruits environnants...

— ZOROOOOO !

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Zoro s'éloigna autant qu'il le pouvait sans se perdre. Il se savait doté d'un sens de l'orientation exécrable et il préférait ne pas tenter le diable, même si la perspective de rentrer avec un Sanji hors de lui ne lui plaisait pas trop... Il se rendait compte qu'il était injuste envers le cuistot, mais franchement qu'aurait-il pu faire d'autre ? Son amant ne devait absolument pas savoir la vérité. Évoquer Regal serait évoquer les circonstances de leur rencontre, et c'était bien la dernière chose dont il voulait parler avec lui... même s'il se doutait qu'avec un peu de bonne volonté il aurait pu défendre son point de vue. Sanji n'était pas idiot, il savait ce qu'une vie d'errances impliquait à l'échelle des gens comme lui...

Ou peut-être pas, en y repensant. Il était très droit dans son genre, malgré ses sautes d'humeur et ses réactions débiles envers les femmes. Zoro avait un peu paniqué lorsqu'il avait parlé de Regal. Il n'était pas prêt à supporter le regard de haine du cuistot. Le baiser fougueux qu'il avait imaginé lui donner en guise de réconciliation s'était transformé dans la réalité en autres prémices d'engueulade. Et en bon lâche qu'il était pour ces choses-là, il avait préféré fuir.

C'était donc pour cette raison qu'il se retrouvait dans ce couloir immense, à chercher un indice sur la localisation d'Oeil-de-Bois (du moins, c'était ce qu'il essayait de se convaincre). Les hauts murs de pierre étaient bordés de torches que des serviteurs invisibles avaient allumées juste après leur installation dans la chambre, émettant une lumière glauque qui étirait son ombre et la rendait presque vivante. Comment avait-il fait pour se retrouver là ? Il se revoyait sortir brusquement de leurs appartements, bifurquer à droite et à gauche en espérant semer le cri de colère de Sanji... et il avait finalement abouti dans une succession de couloirs en pierre qui ne laissaient filtrer aucune lumière naturelle. Il ignorait même si la nuit était déjà tombée. Nulle trace d'être vivant ou d'ouverture depuis plusieurs minutes. Il s'était égaré.

D'habitude, lorsqu'il se perdait tout seul et qu'il fallait aller le chercher, ses amis tiraient à la courte paille celui qui serait assez malchanceux pour le faire. Cela tombait immanquablement sur Sanji, ce qui énervait au plus haut point le cuisinier. Zoro savait que Pipo avait sa propre méthode de triche à la courte paille et cela le faisait rire. Il attendait tranquillement que Sanji arrive, quelquefois il avait même le temps de faire une petite sieste. Leurs retrouvailles étaient toujours tendues ; depuis qu'ils étaient amants, elles étaient agrémentées d'une touche sexuelle des plus délicieuses. Ils prenaient plus de temps pour retrouver leur chemin, temps durant lequel, en remerciement du service que lui rendait Sanji en le ramenant au Merry, Zoro le laissait prendre le dessus...

Un air de flûte infiniment doux tira le bretteur de ses pensées salaces. Il regarda autour de lui, honteux comme un enfant qu'on aurait surpris avec la main dans le pot de confiture. Y avait-il un orchestre dans le coin ? Le couloir se poursuivait droit devant, et c'était de là que venait la musique. Il s'y dirigea en hâte. Peut-être arriverait-il à retrouver son chemin tout seul, en fin de compte.

Une ouverture luisante à sa droite semblait mener vers l'extérieur. La lumière du jour ? Zoro s'y engagea, les mains plaquées sur ses sabres en cas de mauvaise surprise. Il fut aveuglé en un instant.

— Qui êtes-vous ? fit une voix au timbre jeune et clair.

La musique avait cessé. Les yeux de Zoro s'habituèrent à l'étrange lumière dorée qui perçait les ténèbres ; il s'aperçut avec surprise qu'il faisait nuit. Un vent frais sifflait tout autour de lui, produisant un son peu rassurant qui contrastait avec la mélodie harmonieuse de la flûte qu'il avait entendue plus tôt. Au-dessus de lui, un ciel infini parsemé d'étoiles, bien qu'elles fussent un peu obscurcies par la lumière intense du jardin. Car c'était bien dans un jardin qu'il avait atterri, un jardin décoré de plantes luisantes qu'il ne reconnut pas, aux formes tarabiscotées et généreuses de jeunes femmes. De hauts murs semblaient délimiter cet espace irréel, suffoquant sa vision, brouillant ses sens.

Au milieu de la jungle luxuriante que formaient les femmes-plantes se tenait un garçon d'une quinzaine d'années. Il avait la grâce et la beauté d'une jeune fille et Zoro crut un instant qu'il en était une, qu'il n'était qu'une entité féminine de plus dans cet attroupement de beautés luisantes...

Le garçon se leva du dos de la femme accroupie sur lequel il était assis et le fixa de ses yeux clairs, sa flûte pointée vers lui en signe de menace. Torse nu, son pantalon, d'inspiration orientale comme le reste du palais, descendait très bas sur ses hanches ; le tissu transparent n'était pas sans charme... Distraitement, Zoro se demanda ce qu'un tel costume donnerait sur Sanji. Quelque chose d'exquis et d'exotique, sans aucun doute, et il rosit légèrement à cette pensée. Le garçon haussa un sourcil ; avait-il cru que cette rougeur lui était adressée ? Le bretteur reprit ses esprits et contempla le décor. Il ne reconnaissait pas les lieux.

— Où suis-je ? fit-il sur un ton bourru.

— Je vous ai posé une question avant, dit avec force le garçon. Qui êtes-vous pour interrompre le fils unique du Baron Tortuga ?

À la bonne heure. Zoro était tombé sur la progéniture de ce déchet d'homme qui se faisait appeler Baron. C'était donc lui, l'enfant passionné de théâtre qui avait voulu voir Sanji ? Il ne ressemblait en rien à son père. Le Baron n'avait pas ces cheveux blonds cascadant en boucles blondes sur un visage d'ange ; sa silhouette élancée était loin d'être aussi disgracieuse que la forme de tonneau de son géniteur présumé...

— Je me suis perdu, se contenta de dire Zoro. Je suis le garde du corps de Leon King.

Le visage du garçon s'illumina.

— C'est vrai ? Il est ici, alors ?

— Oui. Je viens de le quitter à l'instant.

— Merveilleux ! Il est sûrement dans la chambre royale.

En un éclair, le garçon lui avait saisi la main et l'entraînait à toute vitesse à travers les couloirs, en sens inverse de la direction de laquelle il était venu. Zoro se laissa faire en grommelant, et, tout en scrutant la silhouette oblongue de l'enfant qui lui rappelait un peu celle de Nami (les seins en moins), il se demanda si Sanji lui pardonnerait s'il lui faisait des excuses sincères...

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— La chambre est-elle à votre convenance ?

Sans que Sanji s'en aperçoive, Layla était revenue en portant un plateau de liqueurs diverses. Le jeune homme salua son retour d'une pirouette enamourée. L'intendante posa son fardeau sans faire attention à lui.

— Layla, vous êtes plus ravissante qu'il y a une demi-heure !

— Merci, mais le ton de la jeune femme ne montrait aucune émotion.

Sanji attrapa une carafe en cristal remplie d'un liquide rosé et en versa un peu dans deux verres assortis. Il en présenta un à la jeune femme qui le prit machinalement.

— Buvons à votre beauté !

— Votre garde du corps n'est pas là ?

— Qu'importe ce rustre ! grogna Sanji.

— Le Baron vous fait demander.

— Ah.

Posant son verre, il lorgna son interlocutrice d'un air curieux. Celle-ci ne broncha pas.

— Je me demande, quelle est la couleur de vos yeux ? Ils doivent être très beaux.

— Dois-je dire au Baron que vous êtes indisposé ?

Il secoua la tête.

— Non, je... Non. Je vous suis.

Elle se dirigea vers la porte sans un regard en arrière.

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— J'étais pourtant sûr que c'était par là...

Zoro soupira. Cela faisait bien une demi-heure qu'il traînait avec ce gamin bizarre, et pas trace de Sanji. Il était de retour dans les couloirs sombres en pierre, et son instinct lui chuchota qu'il fallait peut-être attendre que son compagnon vienne le chercher, en définitive...

— Tu es sûr de savoir où on va, morveux ?

— Je m'appelle Ken !

— Ouais, peu importe. Ken. Ça fait un moment qu'on tourne en rond, Ken.

Le garçon fit mine d'ignorer le léger ton de moquerie qu'avait pris son accompagnateur. Au lieu de ça, il s'arrêta sans prévenir, faisant presque trébucher Zoro lorsqu'il entra violemment en contact avec lui.

— Fais gaffe quand tu t'arrêtes !

— Désolé.

Il s'affaissa sur le sol en riant, laissant tomber sa flûte qui roula en tintant sur le carrelage. Zoro poussa un grognement sourd.

— Tu fais quoi, là ?

— On est perdus ! fit Ken en pouffant. Je connais pas cette partie du palais !

— Ça j'avais remarqué, gamin. On fait quoi, maintenant ?

— On attend les secours ?

— Mouais.

Soupirant, Zoro s'affala à côté de son compagnon. Pourvu que ce crétin de cuistot arrive au plus vite, il n'avait pas envie de s'attarder dans le coin.

— C'est quoi, ton nom, garde du corps de Leon King ? demanda soudainement l'enfant.

— Zoro.

— On dirait un nom de criminel.

— Si tu n'aimes pas, tant pis pour toi. J'aime mon nom.

— Je n'ai jamais dit que je n'aimais pas.

Un silence confortable s'installa entre eux. Zoro observait Ken du coin de l'oeil. Son visage était rouge et de temps à autre, il risquait un regard en sa direction...

— Comment ça se fait que t'aies trois sabres ? se décida-t-il à dire, les yeux brillants.

Il en était venu naturellement à le tutoyer. Zoro sourit malgré lui. Quelque part, ce gamin lui rappelait Chopper, et cela était suffisant pour qu'il le tolère. Il avait un peu de mal avec les enfants en temps normal, mais quelqu'un qui ressemblait à son ami ne pouvait pas être si mauvais, n'est-ce pas ? Il s'était toujours senti assez proche du renne qu'il considérait un peu comme un petit frère d'adoption sur lequel il fallait veiller, et il savait qu'il n'était pas le seul. En plus d'être le médecin de l'équipage du capitaine au chapeau de paille, Chopper était aussi en quelque sorte sa mascotte et le petit dernier, le chouchou. Ken éveillait en lui le même genre de sentiment, sauf qu'il était peut-être moins timide et moins innocent...

— J'aime ça, c'est tout.

— Mais où tu mets le troisième ?

— Entre les dents.

L'enfant ouvrit sa bouche en grand, les yeux constellés d'étoiles.

— Sérieux ?

L'avait-il seulement trouvé un tant soit peu séduisant un peu plus tôt, ce petit bout d'homme mal dégrossi ? Sûrement, cela avait dû être une illusion créée par la présence de ces drôles de plantes...

— Ouais.

Et ce fut tout. Étrangement, Ken n'insista pas, et ils restèrent ainsi sans parler, sans plus se regarder même. Zoro ne savait pas quoi en penser.

— Au fait, c'était quoi ces plantes bizarres ? se décida-t-il à dire pour meubler le silence.

Ken tourna vers lui ses yeux verts. N'avaient-ils pas été bleus un peu plus tôt ? Zoro secoua la tête pour essayer de faire passer cette drôle d'impression, mais elle resta malgré tout, comme si quelque chose n'allait pas, un élément qui n'était pas à sa place...

— Aucune idée, répondit Ken en rompant sa concentration. Elles sont jolies, n'est-ce pas ?

Zoro détourna le regard et préféra fixer le mur d'en face. Ses mains tremblaient ; une sueur glacée coulait le long de son cou jusqu'à son dos... Cet enfant, comment ne l'avait-il pas vu plus tôt ? Il se souvint des yeux bandés de Layla, la jeune femme qui les avait menés au palais. Si sa théorie était juste, il fallait qu'il rentre au plus vite auprès de Sanji, il ne devait surtout pas rester seul avec elle...

— Comment ça, tu ne sais pas ? poursuivit-il d'une voix qu'il espérait assurée. T'as pas pensé à demander à ton jardinier ?

— Personne ne les cultive.

Ken sourit avec tendresse. Zoro retint un frisson à la vue de ses iris qui prenaient une teinte pourpre surnaturelle.

— Elles ne poussent que la nuit. Je suis déjà revenu le matin, elles avaient disparu.

— Ah.

— Il n'y a que moi qui connaît cet emplacement. C'est mon jardin secret, en quelque sorte. J'y vais quand je me sens triste ou déprimé.

— Ah.

— Et toi, Zoro, tu as aussi un jardin secret ?

Zoro eut en tête l'image fugace d'un petit navire qui ne payait pas de mine, tout rond et chaleureux. Le pavillon du capitaine au chapeau de paille ornait triomphalement sa voile principale qui claquait au vent, et le drapeau accroché au mât lui donnait une fière allure. Luffy trônait sur la figure de proue en forme de bélier, criant avec enthousiasme sa joie de vivre. L'équipage hétéroclite derrière lui vaquait à ses occupations, une ambiance bon enfant régnait dans l'air. Pipo inventait divers mécanismes tous plus burlesques les uns que les autres. Chopper pilait quelques herbes qu'il conserverait en vue d'une utilisation future pour des blessures ou des maladies. Nami vérifiait leur route sur la carte, prenait des mesures à l'aide de ses instruments de navigation. Robin, perchée en haut de la vigie, lisait tranquillement l'un de ses livres, baissant quelquefois les yeux vers ses amis avec un sourire heureux, comme si elle avait enfin trouvé sa place dans le monde. Un fumet délicat s'élevait alors de la cuisine, un cri, un coup de pied qui faisait valser la porte. Sanji en surgissait, de lourds plateaux surchargés de nourriture dans les bras, et le vaisseau tout entier s'animait à la perspective du repas qui prendrait bientôt place. Et lui, Zoro, celui qui faisait la sieste dans un coin ou s'entraînait à soulever de lourds haltères faisant trois fois sa taille, rejoindrait ses compagnons avec la satisfaction d'une journée bien remplie bien que monotone, et la certitude d'être exactement là où il voulait être, au milieu de ces gens étranges dont il ne pouvait plus se passer, au milieu de sa famille. Sanji lui sourirait, doucement, comme un secret, et il se mettrait à table au milieu de l'agitation de ses amis, riche d'un sentiment d'appartenance qu'il n'avait pu trouver nulle part ailleurs.

— Oui, répondit-il doucement, j'en ai un.

Ken sourit avec malice.

A suivre dans un prochain thème...

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Bon, plus que vingt-deux chapitres... C'est long, c'est long ! Je ne m'attendais pas à mettre autant d'éléments dans l'histoire, à vrai dire, mais plus j'avance et plus elle s'étoffe, et en plus je reprends mes vieilles habitudes de détailler les textes que j'écris... Bon, tant pis. Ça vous fera juste un peu plus de lecture. Comme d'habitude, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez et à bientôt !