Titre : Rien qu'un baiser, chapitre 11

Auteur/Artiste : Mokoshna

Couple : ZoroXSanji

Fandom : One Piece

Rating : M

Thème : 11. Fleur

Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire n'importe quoi.

À partir de maintenant, je tâcherai de publier un chapitre par semaine pour éviter que ça me prenne des plombes, sans doute en fin de semaine. S'il n'y a rien, c'est que je n'ai pas eu le temps.

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Chapitre 11 : Fleur

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Sanji fronça les sourcils.

— Le Roi de Pique ? Le Dix de Pique ? Qu'est-ce que c'est, une organisation de joueurs de cartes ?

— Bah, ce serait bien si c'était aussi simple, en fait.

— Alors quoi ?

Oeil-de-Bois se mit à soupirer et s'assit.

— T'as déjà entendu parler de All Game ?

— C'est un casino ?

Le poète éclata de rire, faisant onduler le hamac au rythme des soubresauts de son corps.

— T'as de la suite dans les idées, toi !

Sanji prit une cigarette dans la poche avant de son veston et l'alluma d'un geste nerveux. Oeil-de-Bois fixait l'horizon d'un air inquiet, jetant de temps en temps un coup d'oeil à l'arrière du navire pour voir si personne ne venait. Lorsqu'il fut rassuré sur ce point, il continua.

— All Game était une organisation secrète spécialisée dans le crime. J'y étais à l'époque où j'essayais de me reconvertir de mon boulot de diseur de trésor, il y a cinq ans. Le gamin aux sabres était là aussi, avec Regal et les autres.

Sanji sentit un poids désagréable peser sur son estomac.

— Une organisation criminelle, hein ?

— Ouais.

Un silence gêné s'installa. Sanji considéra ce qu'Oeil-de-Bois avait dit. Zoro, un ancien criminel ?

— C'est impossible, dit-il avec conviction. C'est un imbécile, mais il est réglo. Il était chasseur de primes avant.

— Et maintenant il est pirate. Il m'a l'air d'un gars qui a pas peur de changer de carrière comme ça lui chante.

Sanji se mit à faire les cent pas devant son interlocuteur en fumant, l'esprit aussi agité qu'après la première fois où Zoro et lui avaient finis par coucher ensemble. Il s'était posé mille questions à cette occasion, juste pour aboutir à cette conclusion : il valait mieux ne pas trop se poser de questions quand il s'agissait de Zoro.

— Bon, admettons qu'il ait été un ex-brigand ou bandit ou je ne sais quoi, qu'est-ce que ça change ? Il est pirate maintenant, c'est pas mieux.

Oeil-de-Bois ricana.

— Oui, mais il y a pirate et pirate, si tu vois ce que je veux dire.

— Non, grogna le jeune homme blond. Et puis de toute façon, Zoro est trop idiot pour être un criminel de son propre chef.

— Et toi, t'as une trop belle gueule pour être pirate, et alors ?

Sanji sourit.

— Je suis un dandy, dit-il avec fierté. Les dandy sont universels.

— Passionnant, le coupa le poète. Bon, je vais prendre une autre approche. Que sais-tu exactement de son passé ?

— Pas grand-chose, dit Sanji d'un air morose. Mais c'est pas comme si je passais mon temps à lui raconter ma vie non plus. Dans notre équipage, on considère que notre présent est bien suffisant.

— Ah, c'est une bonne maxime. Mais j'ai bien peur de ne pas marcher exactement pareil. L'expérience, tu vois.

— Je déteste les vieux radoteurs, grogna Sanji.

— Et moi j'adore le rhum mais c'est mauvais pour ma santé. Chacun ses problèmes. La question est, est-ce que tu veux écouter ce que j'ai à dire ou pas ?

Sanji ricana à son tour.

— Vas-y. Comme ça, je pourrais me foutre de sa sale face d'algue la prochaine fois que je le verrai.

Mais il avait peur, en vérité. La cigarette qu'il avait en bouche tomba par terre du fait du tremblement nerveux de ses lèvres. Il l'écrasa d'un mouvement de botte et en alluma une autre.

— Pourquoi me parler de ça ? Je pourrais très bien aller répéter à Zoro.

— Tu ne le feras pas. Je t'ai bien observé depuis le début, tu brûles de savoir, non ? Je peux comprendre les motivations de ce type, mais c'est pas comme ça qu'il arrivera à faire face.

— Faire face à quoi ?

— À ce qu'il a vécu. Et au retour d'All Game.

— Hein ?

— All Game a été dissout il y a quatre ans par la Marine. Les membres survivants ou ceux qui n'ont pas été capturés se sont dispersés un peu partout. J'en fait partie. Poète, ça paie pas des masses mais c'est déjà mieux qu'ex-criminel.

— Super. Et Zoro, dans tout ça ?

— Il a dû se reconvertir en chasseur de primes. Ça, ça le regarde. Mais perso je préférerais être sûr qu'il a changé, et en bien. Ça m'a l'air d'être le cas, mais on sait jamais, hein ?

Sanji fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il racontait, ce vieux grigou ? Zoro était un type bien, quoi qu'on dise. Certes, il lui arrivait quelquefois de commettre une bourde ou deux mais rien d'irrattrapable. Irrité mais curieux, il alla prendre une caisse en bois qui servait de siège au mousse chargé de pêcher et l'installa en face d'Oeil-de-Bois. Il s'y assit après avoir vérifié que le bois ne risquait pas de salir son beau costume.

— Accouche, vieille baderne, fit-il avec humeur. Et fais ça court, j'ai pas ma journée.

— Pff, ces jeunes, soupira Oeil-de-Bois. Toujours pressés.

Il se cala néanmoins un peu plus confortablement dans son hamac et croisa les bras.

— C'était il y a cinq ans, donc. J'étais l'un des derniers diseurs de trésor. Le métier n'était plus aussi glorieux que du temps de Gold D. Roger, par exemple. J'ai donc pensé à changer, devenir carrément pirate peut-être. C'est là que j'ai été contacté par un vieil ami que je croyais avoir perdu de vue. Un pirate, comme toi. Il était sur son lit de mort et réclamait ma venue pour m'indiquer l'emplacement de son magot. C'était un vrai pote, alors j'ai pas pu refuser.

— Il n'avait pas d'héritier ?

— Le vieux Johnson ? Aucun. C'était un ermite fini. Le truc, c'est qu'en plus de l'emplacement de son trésor, il m'a aussi légué sa place de Trois de Pique. Jusqu'à ce que je trouve un remplaçant, avait-il dit.

— Il ne pouvait pas le faire lui-même ou laisser ses camarades décider ?

— Pas eu le temps. Il avait été blessé lors d'une rixe avec la Marine, et dans All Game la tradition est de choisir soi-même son héritier si c'est possible. Il avait personne d'autre que moi vers qui se tourner. J'ai accepté. C'était... mon ami, et sa voix chancela bien un peu en disant ces derniers mots.

Sanji hocha la tête, compatissant.

— Les Piques étaient les plus réglos, continua le vieil homme, leur chef, Regal, se spécialisait dans le trafic d'art et la contrebande de produits de luxe. De la bonne vieille contrebande honnête et sans fioriture.

Le jeune homme en face de lui ricana. De la contrebande honnête ? Pourquoi pas, après tout. L'équipage du capitaine au chapeau de paille était réputé honnête et pourtant ils étaient des pirates, à n'en pas douter. Seulement, ils ne pillaient personne et ne s'attaquaient en aucun cas aux innocents. Ce n'était pas dans leur style.

— Et Zoro dans tout ça ?

— J'y arrive. Quand je suis venu dans la bande de Regal, le gamin aux sabres n'y était pas encore. Il faut savoir que nous les Piques, on était les moins sanglants des All Game, c'est pour ça qu'on était pas tellement apprécié par les autres. Les Coeurs s'occupaient plutôt de prostitution et de de contrebande humaine, les Trèfles, leur truc c'était la politique et les complots, avec meurtres à la clé si c'était nécessaire. Mais les Carreaux... les Carreaux, c'était autre chose. Eux, ils aimaient la terreur et le meurtre en eux-mêmes. C'étaient les assassins du groupe, en quelque sorte.

Sanji retint son souffle.

— Le gamin est arrivé un jour, directement envoyé par un gars de Carreau. Cinq, si je me souviens bien. Il l'a jeté à Regal. Il était super mal en point.

— Comment ça ?

— Des blessures partout, et des pas jolies avec ça. Regal et Sania l'auraient pas soigné comme il faut pendant des semaines, il y serait passé.

— Sania ?

— La Dame de Pique. La femme de Regal. Un joli brin de femme bien comme il faut.

— Et après ? Qu'est-ce qu'il lui était arrivé ? le pressa un Sanji qui commençait à paniquer.

— D'après ce qu'a raconté Cinq de Carreau, le gamin avait voulu postuler à Carreau. Seulement, ils prennent pas n'importe qui, là-bas. Ils font passer une sorte de test pour voir si t'es digne d'y accéder. Le gamin l'a passé comme les autres.

Sanji soupira.

— J'imagine.

— Non, tu vois rien du tout, le coupa Oeil-de-Bois. Le petit l'avait réussi, son examen d'entrée.

— Alors pourquoi...

— Ils en voulaient pas, c'est tout. Le chef de Carreau était un sacré salaud de première. Une fois passé le test, il a jeté le gamin après lui avoir collé une raclée pour ne serait-ce qu'avoir pensé à rentrer chez eux. Il en voulait pas parce que sa tête lui plaisait pas.

— C'est injuste ! s'écria Sanji en se levant brusquement.

— Y'a pas grand-chose de juste en ce bas-monde, c'est moi qui te le dit, mon gars. Maintenant rassieds-toi, j'ai pas fini.

Sanji suivit son conseil en grommelant.

— On a su qu'après en quoi consistait le test. Tu connais Esperanza ?

— Non.

— C'est le nom d'une petite ville côtière dans West Blue. Enfin, du moins c'était.

— C'était ?

— Ouais. Le test de Zoro était de piller la ville à lui tout seul. Et tu sais quoi, il y est arrivé, le bougre de monstre. L'endroit était un avant-poste de la Marine avec six mille âmes. Tous décimés.

— Je ne vous crois pas ! hurla de nouveau Sanji, et cette fois il renversa la caisse sur laquelle il était assis et l'expédia au loin.

Oeil-de-Bois lui adressa un sourire qui tenait de la grimace.

— Y'a pas un mot de faux dans ce que je t'ai dit, mon gars.

— Zoro aurait tué six mille personnes de sang-froid ?

— Ouais. Dont deux mille femmes, enfants et vieillards. Tous morts.

Sanji le contempla, atterré. Le souffle court, les yeux affolés, il saisit le bras d'Oeil-de-Bois et le secoua avec rage.

— Mais pourquoi a-t-il fait ça ? Il n'est pas comme ça ! Il ne s'attaquerait jamais à des innocents !

— Eh bien...

Une explosion violente attira soudain leur attention, tout près de leur navire. Une vague d'eau de mer fut soulevée et tomba sur le pont, mouillant quelque peu les deux hommes. Un marin cria.

— On est attaqués !

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Zoro fut tiré de son sommeil par le sifflement d'un boulet dans l'air. Attrapant ses sabres d'un geste nerveux, il se mit sur pieds et fouilla les environs du regard à la recherche de l'ennemi. Des cris se firent entendre, des bruits de pas frénétiques qui tentaient de reprendre le contrôle du navire malmené, plusieurs marins s'affairaient autour de lui. La porte d'une cabine s'ouvrit à la volée et Zoro put voir Ken en sortir en toute hâte.

— Zoro ! fit-il en se précipitant vers lui.

Layla le suivit de près, pâle comme un linge.

— Ne reste pas là ! grogna le bretteur. C'est dangereux !

— Il a raison, Ken, intervint Layla en prenant le bras de son fils, viens !

— Non ! Pas sans les autres !

Le pont trembla. Un boulet frôla un mât et atterrit dans la mer en les éclaboussant. Layla s'était précipitée sur Ken en poussant un cri de terreur et le couvrait de son corps.

— Tu vas obéir, bordel ! se fâcha Zoro.

Et sans un regard vers le visage blessé du garçon, il se précipita du côté d'où venait les tirs. Il savait que dans son dos, Layla devait avoir attiré Ken à l'abri. La « Belle des Océans » amorça un virement de cap vers leur agresseur. Zoro attrapa un matelot qui passait et le secoua.

— Qu'est-ce que vous foutez ?

— On essaie de rester en vie ! fit le pauvre homme en tremblant.

— Merde !

Lâchant le marin, Zoro alla vers l'avant et ne fut pas surpris de voir Sanji et Oeil-de-Bois en train de regarder l'horizon. Il les rejoignit en un rien de temps.

— Qui nous attaque ?

Sanji sursauta et lui lança un coup d'oeil gêné. Bizarre. Oeil-de-Bois scrutait l'océan sans rien dire.

— Un navire, ça se voit pas ? fit le cuisinier avec hargne.

Zoro décida de laisser passer pour se concentrer sur leur ennemi... et fronça les sourcils en signe d'inquiétude. À environ deux lieues de leur petite caravelle, se dressait une gigantesque frégate de la Marine, tous canons dehors. Une autre salve traversa l'air.

— C'est quoi ce monstre ? Pourquoi il nous tire dessus ?

— Il a su que tu étais là, peut-être ? Ta tête est mise à prix, après tout, « Zoro Roronoa », dit Oeil-de-Bois.

Zoro lui lança un regard mauvais.

— Et comment savent-ils que je suis sur ce navire ?

— Ne me regarde pas comme ça ! s'écria le poète. Beaucoup de gens nous ont vus à l'île de la Tortue ! Ils ont bien pu te dénoncer aux soldats qui étaient là !

La frégate se trouvait à présent à portée de voix. Les coups de canon avaient cessé. Zoro vit un homme avec un manteau typique d'officier se tenir bien droit sur le pont, un escargo-mégaphone à la main. Des centaines de soldats armés s'alignaient autour de lui en une ligne féroce.

— Rendez-vous ! tonna-t-il. Nous savons que vous avez un criminel à bord !

Les deux pirates échangèrent un regard. Sanji fut prit d'une impulsion et, tout en gardant un oeil sur leur ennemi, il se rapprocha de Zoro et lui saisit l'épaule. Le baiser chaste, presque effarouché qu'il lui donna n'avait rien de sensuel ; à peine l'effleura-t-il de ses lèvres. Zoro en resta bouche bée.

— Juste au cas où, fit son amant avec vénération. Et j'ai confiance en toi, tête d'algue.

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Le débarquement se fit sans heurt, malgré les protestations de Zoro. Oeil-de-Bois convainquit ses deux compagnons d'attendre sagement la venue de leurs ennemis sans se battre, afin de connaître leurs véritables intentions. Ils pourraient toujours riposter s'ils se révélaient trop obstinés ou dangereux. Pour l'instant, le plus important était de préserver leur navire et la vie des innocents qui s'y trouvaient. Il pensait notamment à Layla et Ken.

« Jardin d'Eden » était le nom du navire qui les abordait. Sanji put en effet voir, une fois qu'il se fut approché d'eux, qu'un artiste sans doute un peu hippie avait peint sur la coque une multitude de fleurs multicolores stylisées. La figure de proue représentait une charmante nymphe habillée de fleurs et les voiles vertes ressemblaient à des arbres imposants dont le tronc, en l'occurrence le mât, laissait échapper un feuillage folâtrant au gré du vent.

Les soldats arrivèrent en masse sur leur petite caravelle et arraisonnèrent Zoro une fois sur le pont. Une batterie de fusils fut mis sous son nez, on confisqua ses sabres et on lui mit sur les mains et les jambes des fers solides de l'épaisseur d'un tronc de chêne centenaire. Le bretteur se laissa faire en grommelant tandis que Layla retenait un Ken en larmes. Sanji et Oeil-de-Bois ne furent pas une seule fois inquiétés, on pouvait même dire qu'on les ignorait totalement.

— Bien joué, soldats, fit le capitaine en posant un pied sur le pont.

Sanji fit la grimace. Quel accoutrement ! Portant à bout de bras le manteau militaire propre aux officiers (sauf que celui-ci était rose et avait en motif les mêmes fleurs de la coque de son navire), le capitaine du « Jardin d'Eden » était ridiculement petit et frêle, plus encore que Ken. Il avait une immense moustache grise qui lui mangeait le visage et le rendait plus minuscule encore ; son chapeau aux plumes multicolores et son ample manteau semblaient le recouvrir entièrement. Il fit sonner ses bottes à éperons et marcha droit sur Zoro.

— Ha, vous pensiez pouvoir vous enfuir en toute impunité, n'est-ce pas, scélérat ? Mais l'amiral Tournesol veille au grain !

Il saisit un côté de sa moustache et l'enroula autour d'un doigt d'un air satisfait. Puis il se tourna vers les autres passagers de la « Belle des Océans ».

— Saviez-vous, messieurs-dames, de qui il s'agit ? fit-il en montrant le bretteur.

Oeil-de-Bois s'avança vers lui, le pas mal assuré. Il fit signe à ses amis de le laisser faire.

— Non, monseigneur, dit-il avec humilité. Pourquoi nous avoir arrêtés ? Nous ne sommes que de pauvres gens en voyage.

— Des pauvres gens qui ont à leur bord un criminel !

— Monsieur Zoro ? Nous l'avons engagé à notre dernière escale avec le reste de l'équipage.

— Et vous êtes ?

— Oeil-de-Bois, monseigneur, un humble poète itinérant, pour vous servir. Je vais d'île en île pour proposer mes maigres talents, avec ma fille Layla et mon petit-fils.

— Sur ce navire ? fit Tournesol avec suspicion. Vous faites de bons bénéfices.

— J'ai économisé toute ma vie pour ça, dit simplement le vieillard, et on a été très généreux avec nous à notre dernière escale.

— Ne me dites rien... L'île de la Tortue, c'est ça ?

— Cela même, monseigneur.

Tournesol se planta devant lui de toute sa hauteur (qui n'était pas grand-chose).

— Saviez-vous que le Baron Tortuga était mort ?

— Le seigneur de l'île ? parut s'étonner Oeil-de-Bois. Pas du tout, monseigneur !

— Des témoins affirment que cet homme en est la cause, dit le petit homme en désignant Zoro. Il serait arrivé avec un autre personnage suspect et aurait attaqué tout le monde avant de disparaître avec le trésor de Tortuga.

— Je ne sais rien, monseigneur.

Une voix les interrompit soudain.

— J'ai trouvé le magot ! fit un soldat en se précipitant vers son chef avec un énorme sac à la main.

Il le jeta devant Tournesol, et aux yeux de tous, un tas d'or et de pierreries, brillant de mille feux, s'étala sur le pont. Les marins murmurèrent.

— Où l'avez-vous trouvé ? demanda Tournesol.

— Dans la deuxième cabine, monsieur ! Celle avec un lit géant !

Les discussions reprirent de plus belle.

— Qui occupe cette cabine ?

— Moi, dit un jeune homme blond en s'avançant vers Tournesol.

L'amiral ouvrit de gros yeux en remarquant enfin sa présence. Bafouillant, il demanda :

— Mon... monsieur Le... Leon King ?

La surprise orna les traits de Sanji un court instant, puis il se reprit et fit un grand sourire à l'amiral Tournesol. Apparemment touché, ce dernier se mit au garde-à-vous à la grande surprise de tout le monde.

— Monsieur, je suis votre plus grand fan ! Mais... comment ça se fait que vous soyez là ? On m'avait communiqué votre disparition ! Et ce sac...

— Si vous me laissez parler, je peux tout vous expliquer, dit calmement le cuistot en jetant un coup d'oeil à Zoro. Mais vous devez me promettre de ne pas faire de mal au reste de l'équipage et aux passagers.

— S'ils sont innocents, il n'y a pas de raison.

— Nous sommes donc d'accord. Autre chose, je préférerais que nous en discutions en privé, si ça ne vous dérange pas. Je n'aime pas les réunions trop nombreuses, sauf pour mes représentations.

— Bien entendu ! s'écria Tournesol avec entrain. Vous n'avez qu'à venir dans ma cabine !

Sanji hocha la tête et fit un sourire confiant à ses amis.

— Je vous suis.

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Oeil-de-Bois tapota la tête d'un Ken qui sanglotait dans les jupes de Layla. Les soldats les avaient consignés dans leur cabine en attendant que leur capitaine ait fini de discuter avec Leon King. Idem pour l'équipage de leur navire qu'on avait mis en arrêt à la cale. Quant à Zoro, il était déjà dans les cachots du « Jardin d'Eden ».

— C'est ma faute, ne cessait de répéter Ken.

— Allons, ce n'est pas vrai...

— Si c'est moi ! C'est moi qui ait mis le trésor dans la cabine de Zoro !

Oeil-de-Bois haussa un sourcil.

— Pourquoi t'as fait ça ?

Le jeune garçon essuya ses larmes et leva des yeux bouffis.

— Je voulais juste le remercier de nous avoir sauvé... et puis il m'a dit qu'il cherchait un trésor pour pouvoir rester avec Sanji, alors...

Le poète soupira.

— C'est pas aussi simple que ça, gamin, dit-il. Mais c'était gentil de ta part.

— Et à cause de ça, il va être mis à mort !

— Je ne crois pas, intervint Layla. Au contraire, Ken, ton acte nous a peut-être sauvé la vie, et à lui aussi.

Ken la regarda sans comprendre.

— Pourquoi ?

— Réfléchis, mon chéri. Ils ne semblent pas faire le rapprochement entre nous et Tortuga. Ils auraient trouvé le sac dans notre cabine, ils nous auraient soupçonnés et mis aux fers aussi. Zoro et Sanji peuvent se débrouiller seuls, mais s'ils doivent nous protéger en même temps...

— Tu crois qu'il va bien, Sanji ?

— Sans doute, dit Oeil-de-Bois. Il est malin, il saura inventer une histoire pour nous tirer de là. On ne peut pas faire grand-chose de notre côté. Il faut leur faire confiance.

Ken contempla un tableau sur le mur représentant la « Belle des Océans ».

— C'est vrai que Tortuga est mort ? Il allait pourtant bien quand on l'a quitté.

Oeil-de-Bois lança un bref coup d'oeil en direction de Layla.

— Il lui est peut-être arrivé un accident, qui sait, et on a blâmé le premier suspect venu. T'inquiète pas pour ça.

— Mais maman, dit le garçon en se tournant vers la jeune femme, tu l'as vu non, Tortuga ? Il allait bien ?

— Il n'était pas là, n'est-ce pas Layla ? fit Oeil-de-Bois à sa place.

— N... non, chuchota la Méduse. Il n'était pas là.

Ken passa un long moment à scruter le visage de sa mère. Les mains de Layla tremblaient. Oeil-de-Bois retint son souffle et pria.

Puis, alors que Layla était sur le point d'éclater en sanglots, il fit un immense sourire qui illumina son visage auparavant anxieux. La jeune femme poussa un cri ; Ken lui prit les mains et posa la tête sur ses genoux.

— Tout ira bien, dit-il avec assurance. J'ai confiance.

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Sanji accepta avec complaisance le verre de vin que lui offrait Tournesol. La cabine de l'amiral était richement emménagée, dans un style très floral et rétro qui le fit sourire. Au mur, derrière un bureau en pin massif qui scintillait tellement il était propre, un portrait agrandi du personnage occupait toute la surface. Un lit de petite taille dans un coin, une bibliothèque, un buffet rempli de spiritueux, des tapis précieux et plusieurs petits meubles, fauteuils, tables basses, tout dans la pièce respirait l'aisance. Tournesol lui montra avec fierté sa collection de livres sur le théâtre, tous reliés dans des couvertures de cuir.

— Je suis un grand amateur de belles lettres, fit-il pompeusement. Malheureusement, ma position d'homme d'action ne me permet pas de fréquenter comme je le voudrais les salons mondains.

— C'est bien dommage, fit Sanji en y jetant à peine un coup d'oeil.

— N'est-ce pas ? Vous prendrez bien un cigare ?

Sanji le remercia avec profusion et se pencha pour que le petit homme allume l'embout avec le briquet en forme de pistolet à silex qu'il sortit d'un tiroir. Tournesol fit de même avec le sien et ils passèrent la minute suivante à savourer leur cigare. Le cuisinier retourna dans sa tête toutes informations qu'il avait reçues. Apparemment, les témoignages concernant leur fuite étaient faussés ou tout du moins incomplets : on ne le mentionnait pas directement, ni lui ni ses trois amis restés sur la « Belle des océans », et seul Zoro était accusé de meurtre (sans parler de la prime sur sa tête). Pour quelle raison ? Tournesol n'avait pas non plus mentionné la cause de la mort de Tortuga. Parce qu'il l'ignorait ? Ou avait-il sciemment omis de le dire pour piéger l'assassin ? Si c'était le cas, Zoro ne pouvait être inculpé puisqu'il ignorait tout de ce qui s'était passé.

La voix grêle de Tournesol le tira de ses pensées.

— Vous avez faim ? Il va bientôt être l'heure de déjeuner.

— Ce ne serait pas de refus, en effet, concéda le jeune homme blond.

— Bien. Dans ce cas...

Il se saisit d'une clochette dorée qui traînait sur le bureau et la fit tinter. Peu de temps après, la porte s'ouvrit et une jeune fille brune aux cheveux mi-longs, habillée comme un mousse, apparut.

— Sora, nous avons un invité de marque. Dis au cuisinier de nous préparer un festin !

— Bien, monsieur ! fit la jeune fille en saluant, et elle repartit aussi sec.

Sanji la vit s'en aller avec surprise.

— Vous engagez des petites filles dans la Marine, maintenant ?

— Oh, c'est ma nièce. Elle rêve de devenir officier dans la Marine, alors je lui ai trouvé un emploi d'assistante ici.

— Cette enfant ?

— Bah, elle a déjà quinze ans. Et vous ne la connaissez pas aussi bien que moi. Elle est d'un entêtement rare ! Si je ne l'avais pas mise à ce poste, elle se serait introduite en douce sur un autre vaisseau pour y être mousse. Et j'ai bien peur que tous les marins ne soient pas aussi gentlemen que vous.

— J'imagine, dit Sanji.

Il fit un autre sourire ravageur qui réjouit Tournesol.

— Bon, et si nous discutions de notre affaire ?

À suivre dans le prochain thème...

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Ouf ! Allez savoir pourquoi, j'ai eu énormément de mal avec ce chapitre, alors ne vous étonnez pas si certains passages paraissent bancals. L'histoire avance par à-coups ; j'ai déjà modifié quelques petites choses pour que tout s'enchaîne à peu près logiquement. Comme il reste encore pas mal de chapitres, ça avance lentement... Plus que dix-neuf avant la fin !

Merci de votre fidélité et à bientôt !