Titre : Rien qu'un baiser, chapitre 11
Auteur/Artiste : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème : 12. De bonne humeur
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire n'importe quoi.
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Chapitre 12 : De bonne humeur
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Sanji savoura longuement le verre de vin rouge que son hôte lui avait servi. L'expression d'exquise délectation qu'il afficha aurait fait sourire n'importe quel homme averti et ce fut sans honte qu'il en redemanda une goutte.
— Un Château-Bellefine 1762, dit-il doucement. Une excellente année.
— Je vois que M. King est un connaisseur, dit Tournesol. Cette bouteille fait partie de ma collection personnelle. Il n'y en a plus qu'une dizaine au monde. Je me suis dit que l'occasion en valait la peine.
— Divin, susurra Sanji.
— La nourriture est-elle à votre goût ?
Le cuisinier du Going Merry baissa les yeux vers la sublime pièce de viande sur son assiette. Cuite à point, avec une sauce au vin qui en soulignait le goût tout en ne le masquant pas, parfaitement adapté à la boisson. Il y avait en outre force rôtis, brochettes, viandes en gelée, salades, fruits naturels ou confits, gâteaux en tous genres, un foisonnement de mets divers qui n'aurait pas déplu à Luffy et ses amis. Sanji se jugeait meilleur cuistot que celui qui avait préparé tout ça mais il fallait avouer que le coq du « Jardin d'Eden » se défendait.
— Délicieuse, admit-il entre les dents.
Il détestait reconnaître la cuisine des autres, sauf si l'auteur était une jolie femme. Sa fierté de futur meilleur cuisinier au monde ne le lui permettait pas. Néanmoins, il avait un rôle à jouer ; faire le difficile n'aurait pas arrangé la situation. Il avala tout ce qu'il put en ayant une pensée vers ses amis : mangeaient-ils à leur faim, là où ils étaient ? Il avait appris à s'inquiéter du régime alimentaire des matelots en tant que cuisinier de bord ; c'était un tic dont il ne pourrait jamais se défaire, quoi qu'il fasse. On devait sans doute les traiter avec un minimum d'égards au vu des ordres de l'amiral, rien qui valait leur festin sans doute, mais ils ne mourraient pas de faim. Tournesol n'avait pas l'air d'être du genre à affamer ses prisonniers.
La fin du repas arriva bien vite. Le petit homme possédait un appétit proportionnel à sa taille ; Sanji avait l'estomac dans les talons et à peine put-il avaler le tiers de ce qu'il mangeait d'habitude. Ce n'était pas bon, ça, ça voulait dire qu'il stressait. Tournesol ordonna de faire retirer les plats et lui proposa un autre cigare en guise de gâterie d'après-dîner. Sanji préféra refuser ; à la place, il demanda un café corsé. Même si ce n'était pas l'idéal pour lui calmer les nerfs, l'excédent de caféine le revigora et lui remit les idées en place.
— Vous pourriez peut-être me raconter votre version des faits, maintenant que nous sommes seuls et que nous avons échangé l'essentiel des civilités permises ? fit Tournesol en tirant sur son cigare. Non pas que je veuille vous presser ou quoi que ce soit, mais j'ai un rapport à communiquer à mes supérieurs et votre présence n'est pas pour faciliter les choses, si je puis dire...
— Je comprends tout à fait, répondit Sanji avec un sourire faux. Pourtant, j'ai bien peur que la suite de mon témoignage ne vous rendre encore plus confus.
— Dites toujours.
— L'amnésie.
— Je vous demande pardon ?
— J'ai le regret de vous informer que je suis amnésique. Je ne voulais pas vous le dire par crainte de gâcher votre plaisir, mais cela va finir par se savoir, n'est-ce pas ?
— Comment cela se fait-ce ?
Sanji poussa un soupir exagéré.
— Voyez-vous, mes souvenirs ne remontent guère loin. Je me souviens m'être réveillé dans une barque sordide en compagnie de cet homme que vous aviez arraisonné, Zoro. Il m'avais soit-disant trouvé errant sur une espèce de bout de bois flottant au milieu de l'océan. Aussi incongru que cela puisse paraître, ce rustique avait quelque connaissance en théâtre. Figurez-vous qu'il m'a reconnu comme étant Leon King, ce célèbre acteur porté disparu. N'ayant aucune autre piste sur mon identité, je me suis mis à le croire et à le suivre en désespoir de cause.
— Comme c'est singulier, fit Tournesol en se caressant la moustache. À combien de temps votre collaboration forcée remonte-t-elle ?
— Pas bien longtemps, je l'admets. Nous nous étions rencontrés très peu de temps avant notre arrivée sur cette île de la Tortue.
— Donc, le deuxième personnage avec lui...
— C'était moi, certes. Le Baron Tortuga m'avait fait quérir en me reconnaissant.
— J'avais en effet entendu dire qu'il était un esthète à sa manière, bien qu'à mon humble avis, il fût quelque peu trop frustre pour apprécier pleinement la force d'un talent tel que le vôtre, soutint Tournesol.
— Je suis fort aise de vos compliments et de vos civilités, mais je crains fort n'avoir aucun moyen de vous en faire la représentation. J'ai eu beau entendre chanter mes exploits en ce domaine, je crains fort n'être qu'un piètre homme de scène.
Et pour soutenir ses propos, Sanji prit une pose douloureuse quoique pleine de dignité, et les larmes discrètes qu'il versa, yeux plissés et bouche tordue par le dépit, parurent émouvoir Tournesol puisqu'il se saisit promptement d'un mouchoir en soie qu'il gardait à la poche de son veston et qu'il le tendit d'un air compatissant à son idole. Sanji accepta le carré de tissu parfumé en le remerciant profusément et essuya ses larmes de crocodile.
— N'ayez crainte, M. King, je jure sur mon honneur d'officier de la Marine de tout faire pour corriger votre injuste situation !
— Je vous suis gré de votre générosité, dit Sanji avec un sourire qu'il espérait timide. Pourtant, une chose me chagrine encore...
— Quoi ? Dites, et je ferai en sorte qu'elle ne vous fasse plus tort !
— Ce pauvre Zoro. Certes, j'ai pu constater que son niveau d'éducation était fort peu élevé, il se comporte comme le premier maroufle venu, mais ce n'est pas un si mauvais homme... Je suis pour ma part persuadé de son innocence. Quant aux autres, ce ne sont que passants innocents qui ont bien voulu soulager le besoin dans lequel nous étions en nous prenant à leur service...
Tournesol hocha la tête d'un air grave.
— Je comprends fort bien votre inquiétude, dit-il, mais le fait est que les charges pesant sur votre compagnon de voyage sont très graves. Admettons qu'il soit innocent du meurtre de Tortuga ; il a à son actif quantités d'autres chefs d'accusation. Saviez-vous par exemple qu'il était recherché par la Marine ?
— Zoro, recherché ? parut s'étonner Sanji. Vous vous moquez !
— J'ai le regret de vous dire que non. Cet homme nous est bien connu sous le nom de Zoro Roronoa, ex-chasseur de primes reconverti en pirate auprès du fameux capitaine au chapeau de paille. La prime s'élève à soixante millions de berrys.
Sanji pesta en son for intérieur. Il avait espéré que la nouvelle de la prime n'avait pas atteinte les oreilles de Tournesol ; inventer de toutes pièces le passé de Zoro eût été plus facile de cette manière, et leur délivrance un jeu d'enfant. Ce Tournesol donnait l'impression d'être un garant de la justice. Il connaissait ce genre de personnes ; retenir plus que nécessaire des innocents leur était intolérable. Il fallait donc qu'il revoie ses plans.
— Seigneur ! Tant que ça ? s'indigna-t-il. Qu'a-t-il donc fait de si répréhensible ?
Tournesol toussa avec gêne.
— Oh, pour commencer, comme je vous l'ai dit, il est le bras droit de ce jeune capitaine au chapeau de paille, une crapule du nom de Luffy D. Monkey. La piraterie est un crime assez odieux comme cela ; je ne vous fait pas de résumé de ce que ces odieux personnages sont capables de faire, je suppose que vous en avez une idée assez précise si vous avez fréquenté l'île de la Tortue.
— Certes, admit Sanji, mais Zoro n'est pas aussi.. décadent que ces marins !
— Je n'en serais pas si sûr, à votre place. Ces sortes d'hommes sont très forts à tromper leur prochain.
— Je ne te le fais pas dire, minus, grogna Sanji entre les dents, trop faiblement pour que son interlocuteur puisse l'entendre.
— Plaît-il ?
— Je... je n'ose vous croire encore, gémit le pirate blond. Pourtant, pour quelle raison me mentiriez-vous ?
— Moi, monsieur ? Je suis l'honnêteté même !
— Je...
Trois petits coups à la porte interrompit leur discussion. Sanji poussa un soupir soulagé. Il était à court d'arguments pour prouver la soit-disant innocence de Zoro.
— Entrez ! tonna Tournesol, apparemment mécontent d'être ainsi dérangé.
— Pardon, amiral, fit la voix timide de Sora, mais on a besoin de vous.
— Et pour quelle raison, jeune fille ?
Sora sembla se ratatiner sur place.
— Euh... nous avons reçu un message du quartier général... le meurtre de Tortuga aurait été revendiqué par quelqu'un d'autre...
— Comment ça ? Qui ?
Sanji cacha du mieux qu'il put sa surprise. Il vit Sora baisser les yeux d'un air coupable et triturer la poussière inexistante du bout du pied.
— Une organisation criminelle du nom de All Game, d'après ce qu'on nous a communiqué. Ils se sont aussi emparés de l'île de la Tortue.
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Sanji ne savait pas s'il devait en rire ou en pleurer. Tournesol l'avait gentiment prié de retourner auprès d'Oeil-de-Bois et des autres, ce qu'il avait fait sans discuter. Et Zoro dans tout ça ? Encore aux fers, mais Tournesol lui avait promis d'être courtois avec son ami et de le traiter avec tous les égards. Cela l'avait un peu frustré mais il n'y avait rien qu'il puisse faire pour l'instant, pas s'il ne voulait pas se retrouver avec toute la flotte Marine du coin aux fesses.
Ken s'était précipité sur lui sitôt la porte de la cabine passée, étouffant ses sanglots dans la chemise du cuisinier. Sanji l'avait laissé faire, trop inquiet pour s'assurer du bon maintien de ses vêtements. Le garde les avait laissé seuls après avoir jeté un dernier coup d'oeil à la pièce.
— Alors ? fit Oeil-de-Bois. Comment ça s'annonce ?
— Mal. Tournesol a reçu l'avis de recherche sur Zoro. Mais il y a eu un retournement de situation assez inquiétant...
— C'est-à-dire ?
— Il paraît que All Game s'est déclaré meurtrier de Tortuga. Et ils se sont emparés de l'île de la Tortue.
Sanji réussit à ignorer la pâleur de Layla pour se concentrer sur celle, plus prononcée, d'Oeil-de-Bois. Ken les regardait tout à tour sans comprendre.
— C'est qui, All Game ? demanda-t-il le plus innocemment du monde.
Oeil-de-Bois reprit assez de souffle pour lui répondre.
— Des anciennes connaissances à moi.
— Et c'est eux qui ont tué Tortuga ? C'est vrai ?
— S... sans doute.
— Alors Zoro est innocent !
— Ouais. Ouais, il est innocent de ce crime-là.
Dans son coin, Layla serrait les poings sur sa robe. Sanji poussa un soupir.
— Qu'est-ce qu'on fait ? J'avoue ne plus trop savoir où j'en suis.
— On attend, fit Oeil-de-Bois sur un ton catégorique. Ça sert à rien de se précipiter comme ça. Et puis, mon petit doigt me dit qu'il va se passer quelque chose. Il se passe toujours quelque chose quand on entend parler de All Game.
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Sanji eut l'occasion de découvrir que cette charmante règle était on-ne-peut-plus exacte. À peine quelques heures après son retour auprès de ses amis, un son de cloche affolée retentit dans l'air, les tirant de l'état de quasi-somnolence où l'attente les avait plongés. Oeil-de-Bois ricana.
— On dirait bien que ça commence.
— « Ça » quoi ? fit Sanji avec une grimace.
Le navire trembla comme sous la secousse d'une tempête. Ils entendirent des cris terrifiés, des appels au secours, des bruits sourds d'objets lancés au hasard, ou y-avait-il une logique dans ce brouhaha indescriptible ?
— Qu'est-ce qui se passe ? pleura presque Ken. On dirait qu'il y a un monstre, là-haut !
— C'est pas impossible, fit Oeil-de-Bois. Ça dépend de qui nous attaque.
Sanji se précipita à la porte et tambourina dessus.
— Eh ! Qu'est-ce qui se passe ? Laissez-nous sortir !
Il eut pour seule réponse les hurlements de douleur des gardes. Un craquement abominable se fit entendre de l'autre côté de la porte. Ken se serra contre Layla.
— Éloigne-toi de là, petit ! ordonna Oeil-de-Bois.
Sanji fit un bond en arrière. Bien lui en prit. L'instant d'après, la porte explosa comme sous l'assaut d'un canon, envoyant des bouts de bois et de fer voler un peu partout. Layla reçut un éclat dans le bras.
— Maman ! s'écria Ken.
— Layla !
Une fumée noire, un ricanement. Une main gantée retira les derniers battants. Sanji se mit sur ses gardes.
Un visage aux traits joyeux apparut sur le seuil. Ils virent un homme, la trentaine passée, portant un habit usé sur lequel étaient brodés maints coeurs de tissu rouge, des bottes en cuir tanné et un collier ignoble sur lequel pendouillait des petits os ressemblant à des phalanges de doigts humains. Ses cheveux hirsutes faisaient penser à du papier mâché.
— Bonne soirée à tous, messieurs-dames ! grinça-t-il. C'est le Bourreau des Coeurs !
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Les secousses ni les cris n'avaient réussi à réveiller Zoro, pas plus que les pleurs pathétiques des gardes à l'extérieur. Il était plongé dans un rêve délicieux. Sanji se trouvait à ses côtés, tous sourires, et le nourrissait de sa main de raisons gorgés de jus au goût de paradis. Son amant en écrasa quelques-uns sur ses lèvres et les lui fit goûter en un baiser goulu et gourmand...
— On se réveille, là-dedans ! fit une voix rocailleuse en le tirant de son sommeil.
Une voix à laquelle se mêlait un souffle pourri du plus mauvais effet. Zoro grogna et ouvrit les yeux. Il le regretta aussitôt, car son vis-à-vis n'avait rien de la grâce sensuelle de Sanji.
— Ta gueule, face de pet, dit-il avec hargne.
— Toujours aussi aimable, à ce que je vois, Dix de Pique.
— Et toi, toujours aussi moche, Valet de Coeur.
L'homme en face de lui ressemblait plus à un clochard qu'à un membre éminent de la piraterie. Les vêtements en lambeaux, la gueule putride, il avait des yeux de poisson qui louchaient d'un air désagréable. Mais l'expression de son visage offrait comme un ravissement sans bornes.
— Qu'est-ce t'as à faire cette sale grimace, Valet ? T'es heureux de me voir ou quoi ?
— Tu rêves, saleté ! fit Valet de Coeur en souriant de toutes ses dents (qu'il avait noires). J'ai la rage, oui !
Et il se mit à pousser un rire tonitruant. Zoro le regarda comme s'il avait perdu l'esprit.
— C'est quoi, ton problème ?
— Ta gueule !
Valet de Coeur tira durement sur les chaînes qui retenaient Zoro et les détacha du mur. Il traîna le prisonnier sans ménagement. Zoro faillit atterrir la tête la première sur le sol dur de la geôle ; il lança un regard noir en direction de son vis-à-vis qui l'ignora.
— Sa Majesté veut te voir, dit l'épouvantable personnage en riant une nouvelle fois.
Pas une bonne nouvelle, ça. Zoro se demanda ce que les autres étaient devenus. Sanji avait-il riposté ou était-il sagement en train d'attendre quelque part ? Il proféra un juron. Ce bougre de dandy avait une trop belle gueule pour ne pas être remarqué par ces fichus esthètes de la chair qu'étaient les Coeurs. Peut-être même était-il déjà entre les mains de ce gros porc de Roi de Coeur.
Bon, il était temps d'agir.
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— Leon King, hein ?
Sanji fit un sourire crispé à l'homme de taille imposante à qui on les avait menés. Il portait un ample manteau dans lequel on aurait pu tailler une voile tellement il était gigantesque ; sa moustache droite formait une ligne horizontale au-dessus de sa bouche. Un rictus pouvant faire penser à de la béatitude ornait les lèvres épaisses. Il baissa son regard sur le cuistot du Going Merry et tira la langue, la passant sur ses dents... Sanji retint un cri de dégoût.
— Lui-même.
— Et je peux savoir ce qu'une célébrité telle que vous fait sur cette coque de noix ?
— Je vous retourne la question. Bien qu'à mon grand soulagement, je ne sais absolument pas qui vous êtes.
L'homme poussa un rire gras qui fut amplifié par ceux de ses hommes. Le pont de leur navire vibra. C'en était fascinant et répugnant à la fois.
— Ça ne se voit pas, peut-être ? fit-il en désignant d'un geste de la main le reste de son royaume.
Sanji embrassa la scène d'un regard. Derrière lui, ses amis attendaient en silence qu'ils aient finis. Ken s'accrochait à Layla qui avait la main posée sur son bandeau, prête à intervenir au moindre mot déplacé des pirates... Oeil-de-Bois suait à grosses gouttes et paraissait sur le point de sauter à la gorge de chaque ennemi. Sanji se força à garder son calme.
Le navire sur lequel on les avait conduit était étrangement décoré et tranchait avec celui de Tournesol. La dernière fois qu'il en avait vu un pareil, c'était avec M. Two, ce diable de travesti fier de son identité. Il contempla les voiles rouges en forme de coeur, les décorations ridicules qui faisaient penser à des attractions de Saint-Valentin, les marins aux visages gais et fous.
— Je ne vois qu'une bande de types bizarres et hystériques, dit-il d'un air méprisant. Rien de bien intimidant.
En face de lui, leur chef se mit à rire, à rire... Puis, sans prévenir, il proféra un chapelet de jurons tous plus colorés les uns que les autres. Layla boucha en hâte les oreilles de Ken. L'expression de l'homme n'avait pas changé une seule fois.
— Voyez-vous ça ! Un gamin avec du caractère !
Pour un peu, Sanji aurait juré qu'il était de bonne humeur, tout comme chacun des membres de ce drôle d'équipage. Il se tourna vers Oeil-de-Bois ; celui-ci secoua la tête et s'avança.
— Tu comptes nous faire poireauter encore longtemps, Isaac ? Ou plutôt devrais-je dire, Roi de Coeur ?
Le rire d'Isaac cessa, mais il avait toujours le rictus vaguement heureux qui lui ornait les lèvres.
— Tiens donc, on se fait porte-parole, maintenant, Trois de Pique ? C'est pas correct.
— M'en fous, je suis plus Trois de Pique depuis longtemps, alors j'en ai rien à faire du protocole.
— Parlons-en, tiens, du protocole, fit Isaac en se penchant vers lui.
Il montra du doigt son visage.
— Tu vois, ça ?
— Ta sale gueule de porc ?
— Ouais, si tu veux. Et tu sais pourquoi je suis si heureux ?
Oeil-de-Bois ricana.
— Comment tu veux que je le sache ? Je pense pas comme les tordus.
Sanji regarda encore une fois autour de lui. Il en était sûr à présent : chaque membre de cet équipage arborait la même expression béate, comme s'ils étaient tous de bonne humeur. Il frissonna. Il pouvait admettre qu'il y avait une sorte d'osmose dans une équipe soudée mais là, c'était ridicule. C'était comme si on avait copié la rictus d'un homme et qu'on l'avait copié sur tous ses camarades, sans exception.
— C'est une fichue malédiction ! tonna le Roi de Coeur. Un truc que Kain nous a collé parce qu'on avait pas répondu assez vite à son appel ! Comme si c'était ma faute ! Tu sais le temps qu'il faut pour réunir un équipage à peu près correct ?
Sanji haussa un sourcil.
— C'est une malédiction, toutes vos faces idiotes ?
Isaac darda sur lui des yeux empreints de sympathie. Sanji devait l'avouer, c'en était terrifiant.
— T'as déjà essayé de draguer ou de faire une transaction avec un visage continuellement heureux, mon garçon ? Sans parler des pillages et autres actions nobles de la piraterie !
Le cuisinier se mit à rire.
— D'accord, c'est bien embêtant, mais on peut très bien vivre avec. Je connais un type tellement con qu'il pourrait gagner le premier prix de connerie, et alors ? Il a l'ambition de devenir Roi des Pirates.
— Ah ouais ? Et bien laisse-moi te dire...
Ils n'eurent pas le temps de terminer cette discussion. Une forme humaine passa devant les yeux de Sanji et atterrit lourdement sur le Roi de Coeur. Oeil-de-Bois profita de la confusion pour s'emparer du sabre d'un des pirates qui le retenaient et pour lui trancher la gorge d'un coup bien placé. Layla jeta Ken à terre et détacha son bandeau. L'instant d'après, onze pirates se trouvaient changés en statues de pierre. Elle remit rapidement le morceau de tissu et laissa la suite des opérations à ses amis. Sanji assomma tous les hommes autour de lui d'une rotation des jambes et en envoya plusieurs par-dessus bord. Lorsqu'il reprit son équilibre, il vit que la moitié au moins de l'équipage avait été découpé en morceaux nets qui traînaient un peu partout sur le pont.
Au milieu du carnage, tranquille avec ses trois sabres et son bandeau sur la tête, Zoro le fixait de ses yeux hypnotiques. Sanji lui fit un signe et sourit.
Il était temps de casser du mauvais pirate.
À suivre dans le prochain thème...
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Et un autre chapitre de fini ! Encore dix-huit, allez, courage ! On arrive aux côtés aventure et baston de la fic. Plus de révélations sur Zoro dans les prochains chapitres !
