Titre : Rien qu'un baiser, chapitre 13
Auteur/Artiste : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème : 13. Liens
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire n'importe quoi.
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Chapitre 13 : Liens
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Oeil-de-Bois se révéla un combattant redoutable qui, quand il n'était pas incommodé par des jours de torture et de malnutrition, savait manier le sabre comme le vrai pirate qu'il était. Il n'avait pas le niveau de Zoro et ses mouvements étaient bien plus lents que ceux de ses compagnons à cause de son âge mais le fait est qu'il avait une aisance avec la lame qui témoignait d'années d'expérience en la matière. Sanji put se rendre compte par lui-même de la dextérité de son compagnon quand celui-ci le sauva d'une attaque du Roi de Coeur.
Le combat avait fort bien débuté. Zoro avait pris tout le monde par surprise en apparaissant tout d'un coup, ses sabres dégainés et prêts à servir. Une vingtaine de matelots sans importance était déjà tombée sous ses coups. Oeil-de-Bois et Sanji avaient pris sa suite et se battaient à ses côtés ; même Layla avait eu un rôle puisqu'une dizaine de statues de pierre aux yeux hallucinés ornaient à présent le pont du navire ennemi. La jeune femme serrait Ken entre ses bras et étrangement, aucun Coeur ne s'intéressa à eux... Ou était-ce le résultat de la chance du garçon ? De même, les coups de leurs adversaires semblaient manquer leur cible plus que nécessaire. Ken avait fermé les yeux et joint ses mains en signe de prière.
Sanji fut distrait par la vision angélique du garçon ; l'instant d'après, un marteau énorme orné de coeurs, semblable aux jouets en plastique que l'on donnait aux fêtes foraines pour taper sur des taupes sortant au hasard de leurs trous, s'apprêtait à lui écraser le crâne. Un cimeterre arrêta son mouvement et le cuistot put voir devant lui, les muscles gonflés par l'effort, Oeil-de-Bois peiner à bloquer l'avancée du marteau.
— Fais gaffe, gamin ! dit son aîné avec une grimace.
Sanji fit un sourire confiant.
— Comme si ça allait suffire à m'arrêter !
Il prit alors appui sur l'épaule gauche de son compagnon et, sautant d'un geste vif et puissant, il amorça un mouvement demi-circulaire vers la tête du Roi de Coeur. Sa jambe gauche frappa de plein fouet la joue de son ennemi, mais celui-ci tint bon et ne bougea que de quelques centimètres. Oeil-de-Bois et lui avaient relâché la pression qu'ils exerçaient sur leurs armes. Sanji enchaîna cette technique qu'il avait surnommée avec amour « Gigot » par un « Shoot » d'accompagnement : il s'appuya immédiatement sur l'autre épaule d'Oeil-de-Bois et il concentra toute sa force dans son autre jambe, celle qui n'avait pas encore frappée son ennemi, pour la jeter sur lui. Cette fois, Isaac « Roi de Coeur » fut propulsé à l'autre bout du navire ; son corps gigantesque percuta un mât de plein fouet et l'explosa en deux.
— Joli coup, siffla Oeil-de-Bois en le voyant atterrir. T'en as dans les jambes, toi !
— Je ne supporte pas les séducteurs à la manque.
Son camarade se retourna et tout en éclatant de rire, il trancha la main d'un pirate qui avait voulu le poignarder dans le dos. Sanji s'éloigna un peu. Sautant sur ses mains, il effectua en tournoyant les jambes une « Quasi-queue » qui envoya le reste de l'équipage ennemi dans la mer. Quand il eut fini, il chercha Zoro des yeux et le trouva affairé à l'autre bout du navire. Son amant se battait avec rage contre l'homme qui les avait amené devant Isaac, ce « Bourreau des Coeurs » qu'il avait trouvé si répugnant. Le navire était quasiment nettoyé de leurs ennemis.
— Ha, le gamin est aux prises avec As de Coeur, fit Oeil-de-Bois en essuyant sa lame sur le haut sale d'un cadavre.
— As de Coeur ?
— Ouais, le champion des Coeurs. Un sale type aux goûts de chiotte.
— Ça, je veux bien te croire, fit Sanji avec un rictus de dédain. Et les autres cartes, elles sont où ?
Oeil-de-Bois regarda autour de lui.
— Layla en a pétrifié une bonne moitié au moins. Je sais que j'en ai buté deux et Zoro et toi avez dû avoir les autres. Mais je ne vois pas la Reine.
— Elle n'est pas là ?
— Je ne sais pas. Aux dernières nouvelles, elle avait péri dans un assaut de la Marine. Isaac a dû la remplacer, mais...
Il n'eut pas le temps de finir. Surgissant de nulle part, une main aussi grande qu'une ancre marine se saisit de la tête de Sanji et la souleva dans les airs. Oeil-de-Bois voulut contre-attaquer ; il fut assommé par un marteau géant et mis à terre, son cimeterre roula à plusieurs mètres. Dans son coin, Ken poussa un cri.
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Zoro s'était débarrassé du Valet de Coeur en le prenant par surprise : il avait saisi une bonne longueur de chaînes et l'avait enroulée autour du cou de son ennemi, serrant de toutes ses forces jusqu'à ce que la nuque craque et que la tête soit quasiment déboîtée. Satisfait, il avait alors filé vers le haut en espérant trouver au plus vite ses compagnons. Au détour d'un couloir, il avait buté contre une jeune fille à l'air timide, qui portait ses sabres à bout de bras. Elle s'était présentée comme étant Sora, la nièce de Tournesol, et lui avait tendu ses armes avec les clés de ses fers contre la promesse de l'aider à battre les pirates qui s'étaient emparés de leur navire. Zoro avait bien évidemment sauté sur l'occasion ; de toute manière, il était en chemin pour leur botter les fesses, à ces Coeurs à la manque.
Les sous-fifres des Coeurs qui avaient voulu l'arrêter n'avaient eu aucune chance. Sora l'avait suivi avec peine, pleurant et montrant un visage ferme à la fois. Drôle de fille, avait pensé Zoro en se frayant un chemin vers le navire des Coeurs, là où selon elle ses amis avaient été emmenés.
Semer la pagaille avait été chose aisée ; un simple « Falcon Waves » avait suffi à faire voler ses ennemis un peu partout. Il avait vu ses compagnons se battre à leur tour à son arrivée. Sora avait disparu. Qu'à cela ne tienne ! Il leur apprendrait, à ces pirates de pacotille, à s'attaquer à ses amis ! Il se débarrassa du menu fretin en quelques mouvements de sabre. Un coup d'oeil lui apprit que Sanji avait l'air de se porter à merveille.
— Toujours aussi fougueux, à ce que je vois, fit une voix que Zoro reconnut comme étant celle de l'As de Coeur, un imbécile heureux qui aimait se faire appeler « Bourreau des Coeurs ».
— Et toi, toujours aussi moche, répondit-il avec une grimace de mépris.
As de Coeur se mit à rire ; les petits os de son colliers s'entrechoquèrent de manière horrible en envoyant un son métallique. Zoro fronça les sourcils et se mit en garde.
— T'as encore ta collection, tordu ?
Son adversaire saisit une phalange du bout des doigts et la tripota amoureusement. L'expression béate qu'il arborait retournait l'estomac du bretteur.
— Je ne peux pas m'en passer, tu le sais bien.
Zoro tiqua. La seconde suivante, il se trouva dos à l'adversaire, les bras tendus, le dos arqué. Il avait lancé sa technique fulgurante du « Demon Slash » ; As de Coeur restait immobile. Il espérait l'avoir coupé en deux.
Un jet de sang arrosa le pont. Zoro leva les yeux et vit que son épaule gauche avait été gravement entaillée à son insu. Proférant un juron, il se retourna brusquement et asséna plusieurs coups rapides en direction d'As de Coeur. « La chasse au crabe », comme il avait appelé la série de mouvements des sabres visant le cou de son adversaire qu'il avait développée pour le combat rapproché, fut stoppé en cours par deux haches aiguisées qui sortaient des manches de l'habit de l'autre homme. Les frottements des lames fit jaillir des étincelles.
— Tu crois quand même pas que je vais me faire avoir par un morveux dans ton genre, hein Dix de Pique ? ricana-t-il.
— Saleté de monstre !
— C'est toi qui me dit ça ?
La chemise d'As de Coeur se déchira brusquement et une foreuse fixée au bout d'une tige de fer apparut, se dirigeant droit vers le coeur de Zoro. Le bretteur se libéra d'un coup fit et fit un bond en arrière. Il était grand temps. La foreuse le frôla en arrachant son haut et en laissant une plaie nette sur son torse en forme de spirale. Le sang giclait à grosses gouttes.
— Merde, fit Zoro en se redressant.
Deux haches en guise de main, une foreuse qui lui sortait du torse et il ne savait quelles autres surprises ; telle était la force d'As de Coeur. Zoro savait grâce à Regal que le champion des Coeurs était une véritable armurerie ambulante qui dissimulait des gadgets et armes en tous genres dans son propre corps. Le combat s'annonçait ardu. Il en sourit de contentement.
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— Sanji ! hurla Ken en voulant lui porter secours.
La poigne de Layla l'en empêcha ; le jeune garçon en aurait pleuré de dépit.
— Non ! cria la jeune femme. Tu ne fais pas le poids, Ken !
Isaac ricana. Dans sa main, Sanji semblait s'être évanoui et restait inerte. Oeil-de-Bois se mit péniblement sur un coude ; il toussa du sang quand il voulut se mettre sur pieds.
— Espèce de...
— Garde ton souffle, Trois de Pique, ricana Isaac. Tu croyais vraiment pouvoir te mesurer à moi avec ton petit niveau ? Il y a une différence considérable entre une banale carte à chiffre et le quatuor gagnant.
— Salaud ! Lâche le gamin !
— Tu plaisantes ? J'ai vu de quoi il était capable ! Un acteur, hein ?
Il lui cracha au visage. Layla était sur le point d'enlever son bandeau...
— Et toi la Méduse, tu fais quoi que ce soit et j'explose la tête de la belle gueule !
La jeune femme serra les poings, furieuse. Ken les regardait d'un air perdu.
— Maman...
— Reste tranquille.
Isaac partit d'un rire gras qui résonna dans les airs. Son rictus heureux remplit d'horreur ceux qui le voyaient à cet instant. Au loin, on pouvait entendre les bruits du combat de Zoro.
— Qu'est-ce tu fous, Wren ? cria le Roi. T'as pas encore fini avec Dix de Pique ?
Les deux combattants se tournèrent vers sa direction. Le sang de Zoro se glaça dans ses veines lorsqu'il vit ce qu'Isaac avait à la main.
— Le con ! fit-il à lui-même.
En face de lui, Wren ricana.
— Je prends mon temps. Un ennemi de cette trempe, ça se soigne !
— C'est un pauvre Dix !
— Tu dis ça, mais tu t'es fait rétamer par un Trois et un acteur de troisième zone, je t'ai vu !
— Ta gueule !
Leur échange, visages enchantés et tons de voix légers, dégoûta Zoro qui se mit à réfléchir à toute vitesse. Il n'en avait pas l'habitude mais la vie de Sanji était en jeu, sans parler des trois autres...
— Eh, c'est moi que tu dois regarder, Dix ! tonna Wren en faisant sortir de ses cuisses un monceau de flèches qu'il décocha entièrement sur son adversaire.
Zoro fit danser ses sabres et les para toutes avec un cri de rage ; il fonça sur son ennemi au milieu des projectiles. Wren poussa un rire hystérique et sortit d'autres armes qui ressemblaient à des canons et des fusils de divers calibres, mais Zoro ne paraissait pas s'en soucier et avançait, avançait... Il fit un bond, les sabres tendus en avant, avec la ferme intention de trancher son ennemi en morceaux.
Un craquement abominable se fit entendre, accompagné d'un bruit de fruit écrasé. Zoro s'arrêta net et atterrit à un mètre de Wren, le coeur battant. Ken hurla.
— Hé, je viens de lui bousiller le bras, à ton acteur, gloussa Isaac. Encore un peu et je le lui arrachais. Tu es sûr que tu veux encore te battre, Dix ? J'ai entendu dire par les poules mouillées qui font partie de ton équipage que vous étiez plutôt proches, toi et lui.
Zoro tenta un coup d'oeil vers le Roi de Coeur. Sanji se trouvait toujours dans sa main ; le bras gauche du cuisinier avait pris une drôle de forme et même à cette distance, il pouvait voir les tendons à vif, le sang qui dégoulinait des doigts cassés... Il espérait que ce n'était pas trop grave. Le cuisinier tenait particulièrement à ses mains, qui étaient son précieux outil de travail ; perdre leur usage, même temporairement, était le pire drame qui eût pu lui arriver. C'était comme si quelqu'un lui cassait ses sabres.
Non, pas exactement. Un sabre, même rare, pouvait se remplacer. Pas des bras ou une vie. Cela aurait signifié la fin de son rêve, la fin de tout ce pour quoi il avait lutté jusque-là... Zoro ne voulait pas voir se briser cet idéal, pas chez Sanji. Il le connaissait assez pour savoir que cela le rendrait fou. Il serra les dents si fort qu'il était sûr d'en retrouver plus tard les marques sur le manche.
— Ça suffit, fit-il en rangeant ses sabres dans leur fourreau et en enlevant son bandeau. Je me rends, alors laissez-les partir.
— Bien joué, patron, fit Wren en se faufilant derrière Zoro.
L'homme-robot lui asséna alors un coup à la base de la nuque. La dernière chose que vit le bretteur avant de perdre connaissance fut la forme livide de Sanji, son bras ensanglanté pendouillant misérablement sur le côté.
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Sanji était à moitié mort, Zoro se retrouvait entre les mains de cet homme horrible aux membres d'acier... Ken le vit prendre le corps immobile du bretteur et le fourrer dans le sien, puis l'entrée se scella d'elle-même en ne laissant aucune trace. Il en pleurait de rage et de désespoir, et il ne pouvait rien faire ! À quoi pouvait lui servir sa chance si elle n'aidait pas ses amis ? Layla le prit dans ses bras, le suppliant de rester tranquille, craignant pour sa vie... Oh, comme il haïssait ces hommes ! Oeil-de-Bois toussa une nouvelle fois à terre. Ken s'accroupit à côté de lui et l'aida à se relever.
— Écoute ta mère, fit le vieil homme. C'est triste et ça me fout en rogne, mais on ne peut rien faire sauf prier.
Le jeune garçon réprima ses sanglots à regrets. Isaac marcha vers eux, Sanji dans la main, et brandit sa hache. Il voulait clairement l'abattre sur Oeil-de-Bois. Layla hurla.
— Vous aviez promis !
— Je crois que tu devrais réviser tes oreilles, ma jolie, grogna Isaac. Quoique, t'en auras plus besoin dans un instant.
Ken se redressa, le regard empreint de défi. Il mourrait en homme !
Isaac fut soudain propulsé sur le côté par un flot d'eau puissant. Ken vit alors, de l'autre côté du jet, une jeune fille brune, à peine plus vieille que lui, brandir un énorme tuyau d'arrosage en compagnie de l'amiral Tournesol. Elle baissa un levier situé sur l'embout du tuyau et l'eau cessa d'affluer.
— Vite ! cria-t-elle à leur intention.
Elle se précipita pour aider Oeil-de-Bois à se relever et le tira en direction de la rambarde du navire. Dépassé par les événements, Ken se mit de l'autre côté du vieil homme et le traîna de même. Layla les suivit en courant.
— Il y a un sous-marin en bas, leur dit-elle en se pressant. Si on l'atteint, on sera à l'abri.
— Mais Zoro et Sanji !
— Mon oncle s'en occupe !
Les cris furieux de Wren et Isaac se firent entendre ; ils pressèrent le pas.
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— Lâchez cet homme, rustre ! s'écria Tournesol en se mettant devant Isaac.
Le Roi de Coeur se releva, les vêtements trempés. Il tenait encore Sanji dans sa poigne. Il ricana en voyant à quel adversaire il avait affaire.
— Et tu vas me faire quoi, sinon, demi-portion ?
Tournesol fronça les sourcils.
— Vous m'avez certes pris par surprise tout-à-l'heure en prenant ma nièce en otage et en m'enfermant dans ce sac, mais cela ne se reproduira plus, vil maraud ! Je vous ordonne de vous rendre, au nom de la Marine !
Isaac jeta le corps de Sanji à terre et craqua les jointures de ses poings, un air méprisant sur le visage. Tournesol s'était mis en garde.
— J'aimerais bien voir ça, tiens !
Il fit un signe en arborant un immense sourire ; Tournesol eut la présence d'esprit de faire un pas sur le côté. Une seconde plus tard, une foreuse activée se trouvait là où était son crâne juste avant. Wren s'était joint à leur combat.
— Traîtres ! hurla Tournesol. Attaquer à deux un homme seul, c'est bien une offense digne d'un pirate !
— Eh, on n'est pas des enfants de choeur, nabot, fit Wren en retirant sa foreuse. Pirates !
— Dans ces cas-là... Cela me peine d'en arriver là, mais je crains n'avoir pas d'autre choix que de me battre de toutes mes forces contre vous !
Ses adversaires rirent à gorge déployée. Tournesol les ignora et enleva l'énorme chapeau à plumes qui lui recouvrait la tête en permanence. Wren et Isaac se moquèrent plus fort en voyant ce que l'amiral cachait sous son couvre-chef.
Une fleur ; un tournesol, pour être précis, un peu fané mais néanmoins de taille conséquente. Il prenait racine au sommet de son crâne et semblait pousser directement dans ses cheveux courts. La fleur déploya ses pétales et s'ouvrit en grand. Elle faisait au moins un mètre d'envergure ; on pouvait se demander comment son propriétaire avait fait pour la laisser sous son chapeau sans problème. Le rire d'Isaac tourna court quand il se rendit compte qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas...
La fleur se tourna vers le soleil, l'air ravie ; on pouvait presque voir ses larges pétales absorber les rayons et elle gonflait, gonflait... Tournesol fit un sourire énigmatique et jeta sa veste au loin. Il fit un mouvement semblable à celui que faisaient les adeptes de culturisme pour montrer leur muscles. Wren s'étouffa en voyant les biceps rachitiques de l'amiral prendre de l'ampleur et grossir, grossir, tout comme le reste de son corps d'ailleurs, et il devenait de plus en plus imposant, de plus en plus grand et musclé...
— Qu'est-ce que c'est que ce truc ! s'écria-t-il en libérant ses armes.
Isaac ne répondit pas ; il brandit son marteau et chargea.
Tournesol paraissait très à l'aise ; il lança ses bras devenus aussi gros que les mâts de son navire et attrapa au vol le marteau du Roi de Coeur.
— Aha ! Tu trembles, maroufle !
— Ta gueule, putain de monstre !
— Voyez la langue !
Les muscles gonflés à bloc, le capitaine du « Jardin d'Eden » enfonça ses doigts dans l'acier en le cabossant ; puis, en un geste, il souleva Isaac qui se trouvait de l'autre côté et le balança à l'autre bout du navire, aussi loin que possible des innocents qu'il essayait de sauver. Wren lança sur lui ses flèches. Elle rebondirent sur sa peau sans même l'égratigner.
— Qu'est-ce que...
— Aha ! hurla Tournesol pour attirer son attention.
Il vit la silhouette agile de Sora se faufiler derrière leurs ennemis pour se saisir du corps inerte de celui qu'il prenait pour Leon King. Elle le traîna en direction du sous-marin qui les attendait, en bas du navire. Les survivants de l'attaque, marins ou soldats, avaient déjà fui à bord des autres. Quelle merveilleuse idée il avait eu de remplacer les canots de sauvetage du « Jardin d'Eden » par ces sous-marins dissimulés dans la coque !
— Vous ne pouvez rien contre ma sublime force d'esthète, manants ! ajouta-t-il.
— On t'a dit de la fermer, gros lard !
— Tiens, ce n'est plus « nabot » maintenant ?
Sora se trouvait près de l'échelle de corde qui menait au sous-marin. Elle descendit son fardeau avec précaution, aidée de la jeune mère aveugle. Elle lui fit un signe de victoire une fois qu'ils furent en sécurité.
— Je vais te faire la peau, sale Marine ! fit Isaac en se relevant.
Il n'était plus question de traîner. Tournesol s'inclina.
— Certes, je n'ai que peu de chances face à de tels adversaires. C'est pourquoi je vais vous dire adieu, messieurs.
— Quoi ?
La fleur sur la tête de Tournesol changea de couleur et vira au vert. L'instant d'après, elle sembla exploser ; une épaisse fumée verte en sortit et couvrit le pont du navire. Les deux pirates toussèrent et eurent les yeux irrités pendant quelques secondes. L'amiral en profita pour fuir en direction du sous-marin. Sora l'attendait. Elle le laissa entrer, tira l'échelle de corde qu'elle jeta à la mer et referma la porte. Le sous-marin sombra en un rien de temps.
Lorsque Wren et Isaac purent enfin ouvrir les yeux, ils se trouvaient seuls sur le navire.
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Sanji rêvait.
Il faisait nuit. Il se trouvait sur le pont du Going Merry, ses amis autour de lui, qui riaient et dansaient... Chacun savourait le bon repas qu'il avait passé l'après-midi à préparer. Nami et Robin lui souriaient de toutes leurs dents, Chopper sautillait sur la table avec Pipo et Luffy, tout heureux, avait collé des baguettes entre ses narines et sa bouche.
Zoro était près de lui et l'embrassait. Personne ne semblait s'en soucier. Il se sentait serein, en paix avec lui-même. Tous ceux qu'il aimait étaient avec lui et allaient bien. Le Going Merry voguait tranquillement, la mer était calme, ils n'avaient plus qu'à trouver le One Piece, mais ils avaient le temps, tout le temps du monde... Il vit alors un fil rouge partir de ses doigts et le relier à chaque membre de l'équipage, et eux-mêmes avaient leurs fils qui les rattachaient aux autres, créant un réseau qui s'entortillait entre eux, liens d'amitié et d'amour sacrés qui les unissaient dans la vie... Le fil de son petit doigt gauche se raccordait à celui de l'auriculaire gauche de Zoro. Le bretteur le prit dans ses bras et Sanji ferma les yeux, satisfait. La main de son amant caressa ses cheveux, doucement, tendrement...
La main se saisit d'une mèche et tira d'un coup sec. Sanji hurla, un juron déjà sur les lèvres... qui mourut une fois qu'il ouvrit les yeux et vit qui le tenait entre ses mains.
— Alors, heureux ? fit la voix cruelle du Roi de Coeur.
Paniqué, Sanji regarda autour de lui. Le Going Merry était en flammes, ses amis auparavant en bonne santé gisaient, inconscients et peut-être morts, sur le pont, les pirates de Coeur riaient à gorge déployée en leur marchant dessus. Zoro était empalé sur la foreuse d'As de Coeur, ses yeux vides tournés vers Sanji. Les liens étaient rompus et brûlaient.
Il hurla.
— Sanji ! s'écria-t-on au-dessus de lui.
Il ouvrit les yeux en grand et aspira un grand coup.
— Sanji, tu vas bien ?
Douleur. Il avait mal partout. Sa vision était floue, sa gorge sèche, son souffle court. Et surtout, il avait cette sensation de manque insupportable qui lui écrasait la poitrine...
— Ke...n ? crossa-t-il bien avec peine.
Le garçon pleurait de joie. Il se pencha vers lui et Sanji put remarquer, malgré sa vue imparfaite, à quel point il avait grandi. Il avait laissé un garçon de treize à quatorze ans, mal dégrossi bien que mignon ; il avait à présent devant lui un jeune homme de dix-sept ou dix-huit ans peut-être... Pourtant c'était bien lui, à n'en pas douter. Sanji fut pris de spasmes.
— Comment... Pourquoi...
— Calme-toi, Sanji. Maman va arriver.
La silhouette familière de Layla apparut devant lui. Sanji tourna la tête avec effort et observa les environs. Il se trouvait dans un lit aux draps blancs, au milieu d'une chambre spacieuse décorée de tableaux représentant des scènes de la vie quotidienne. Une fenêtre s'ouvrait sur la mer ; il faisait beau et un vent doux soufflait du large. On pouvait sentir dans l'air une odeur agréable de pin et d'agrumes.
Layla prit un verre d'eau et le fit boire à petites gorgées. Sanji l'en remercia en toussant.
— Ménage-toi, surtout, dit-elle doucement. Tu es resté longtemps alité.
— Où...
— Plus tard, les questions. Pour l'instant, il te faut récupérer tes forces.
Une porte s'ouvrit en grinçant légèrement. Sanji regarda en direction du bruit... et poussa un cri rauque. L'homme qui entra n'était autre que son sosie parfait, les cheveux un peu plus longs peut-être... Il portait un costume blanc très stylé qui lui allait comme un gant. Sanji le vit s'incliner en une pirouette digne d'un noble.
— Enfin réveillé, fit le clone avec un sourire charmeur. Depuis le temps qu'on me parle de vous ! Mais permettez-moi de me présenter. Je suis Leon King, celui dont vous avez si effrontément emprunté l'identité.
À suivre dans le prochain thème...
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Tout un lot de surprises dans ce chapitres, autant pour vous que pour moi ! J'espère avoir bien rendu le combat ; j'avoue que ce n'est pas mon point fort. Je me suis retenue pour ne pas faire arracher net le bras de Sanji par Isaac. Ça aurait été désastreux pour le cuistot mais c'est pas passé loin, en fait... La fin est totalement improvisée, comme d'habitude. Je ne pensais pas faire apparaître Leon King aussi vite mais bon...
Les liens cités ici font référence à une sorte de légende japonaise. Celle-ci dit que deux êtres destinés l'un à l'autre sont unis par un fil rouge attaché à leur auriculaire. C'est plutôt dédié aux amoureux mais j'ai adapté assez librement pour coller à cette fic. Le monde d'Oda étant formé de références diverses, japonaises, occidentales, autres, toutes adaptées par l'auteur pour ses besoins, je me suis permise d'en faire de même avec ce mythe.
Merci pour votre fidélité et comme d'habitude, j'attends vos impressions !
