Severus est assis dans son fauteuil, les pieds posés sur un tabouret, un verre de wisky pur-feu à la main. Perdu dans ses pensées, il fait tourner distraitement le liquide dans le verre. Ses pensées tournent, elles aussi, autours de ses activités de Mangemort. Et peu à peu, elles dérivent vers toutes ces morts qui pavent sa route. Dumbeldore, tué de sa main. Lucius, mort en prison. Cédric Diggory, première victime du retour de Voldemort. James Potter et cet idiot de Black qui ont sacrifiés leur vie pour cette cause. Et tant d'autre ... des morts sans visages ou sans nom, sans histoire.

Et puis aussi la douce Lily. Elle qui avait fait l'effort de s'interresser à lui. D'aller au dela de son apparence de Serpentard. Et par deux fois, il l'a trahie. La première fois en l'insultant publiquement et la deuxième en bafouillant le pardon qu'elle lui avait accordé et en révélant à son maitre la prophécie concernant son fils. Tout ça pour ne pas se dévaloriser aux yeux des autres Serpentard.

Ceux-ci ne comptant pas vraiment comme des amis. Des aliés oui, des amis... Parmis eux, seul Regulus s'était approché suffisament près pour le connaitre vraiment. Regulus. Mort lui aussi. Tué par Voldemort, peu après un autre Noël comme celui-ci, pour avoir voulu s'enfuir, quitter cette vie. Mais on ne cesse jamais d'être mangemort. La seule porte de sortie c'est la mort.

Il en a conscience et n'espére pas survivre à cette guerre. D'ailleur survivre pour quoi, pour qui? En cette soirée de Noël où d'autres s'amusent et rient, les souvenirs du temps passé le hantent et défillent devant ses yeux.

Qu'as-tu fais pour mériter ça, mon ami ? Tu voulais simplement être libre. Mais ceux qui comme nous ont choisi les Ténèbres ne sont jamais libres. Quoi que, si quelqu'un pouvait réussir, c'était toi. Tu as toujours était tellement arrogant et sans soucis. Ta mort et celle de Lily... Vous étiez ma dernière chance ... ma dernière chance d'avoir peut être une vie normale.

Vous m'aviez persuader d'abandonner Voldemort, de revenir à la lumière. Et pour vous je l'ai fait. Oh Lily ça semblait si facile quand tu en parlais ... " Je t'en prie, Severus. J'en ai parlé à Dumbeldore. Il a des places pour vous à Poudlard. Tu n'es pas obligé de continuer... Je peux vous sortir de là. Je l'ai déjà fait pour d'autre …"

Et Régulus est mort.

Pour lui, pour toi, j'ai continué. Mais quand tu es morte à ton tours, quand rien n'a pu te sauver ...

Vous étiez mon dernier espoir .. et maintenant vous n'êtes plus là. Je porterais les choix que j'ai fait, jusqu'à la fin de ma vie. Je n'ai pas pu vous sauver mais je peux tenter de les sauver. Essayer de marcher droit, de faire ce qui est juste, de faire ce qui est nécessaire pour les protéger. Ces moldus, ces sorciers, ceux pour qui vous êtes mort tous les deux.

Ton fils, Lily. Ta sang mélé de cousine, Regulus. Oh, pardonne moi de l'avoir entrainée là dedant. Mais elle était la seule, tu comprends ? La seule qui soit capable de se charger de cette mission ... Et puis tant qu'elle est ici, je peux garder un oeil sur elle. La protéger comme tu l'aurais fait. J'aurais voulu pouvoir faire plus pour vous. Mais j'aurais voulu tant de chose ... J'aurais voulu vous dire au moins au revoir.

Mais j'ai attendu trop longtemps ...

Le bruit d'un transplanage le sort de ses pensées et lui fait relever les yeux, aussitôt en alerte. Et l'apparition de Tonks, les cheveux noirs d'Ariana en bataille autour de son visage, portant encore ses propres vêtements trop courts et trop larges pour le corps de sa cousine, ne fait rien pour le rassurer. Mais le visage de la jeune femme est rayonnant.

- J'ai trouvé ! Severus, j'ai trouvé ! Le médaillon ... Regulus ... Je sais où il est ... je ...

Mais Severus, abasourdi, ne l'entend plus. Il ne comprend rien de ce qu'elle raconte si ce n'est ce prénom comme un reflet de ses précédentes pensées. D'un geste sec, il emprisonne ses poignets, l'immobilisant le temps de lui jeter un regard noir.

- Mais de quoi parles-tu ? Je ne comprend pas un traitre mot de ce que tu dis. Quel médaillon? Et que vient faire Regulus ici ?

Elle reprend son souffle et se calmant un peu, elle articule d'une voix qui tremble encore d'émotion :

- Le médaillon de Salazard. L'Horcruxe. C'est Regulus qui l'avait volé. Et je sais où il est.

Elle ne peut s'empêcher de sourire devant son expression de surprise lui d'habitude si impassible. Et elle ne peut s'empêcher de céder au plaisir de lui raconter sa découverte. Il hoche la tête doucement, ne se rendant compte qu'à la fin de ses explication qu'il tient toujours ses poignets dans ses mains serrées. La jeune femme semble à peine se rendre compte des marques blanches qui y apparaissent lorsqu'il les relache soudain, trop occupée à tenter de trouver une solution pour récupérer le médaillon.

- Je m'en charge. Contente toi de m'expliquer clairement où se trouve cette cachette et quels sont les sorts qui la protège.

Elle le regarde la tête penchée sur le côté un instant avant d'acquieser devant son calme, légèrement impatient.

- Je te l'enverrais par hibou. Tu n'aura plus qu'à t'arranger pour le faire parvenir, par un moyen ou un autre, à l'Armée.

- Bien ...

Son expression sérieuse disparait et elle reprend dans un sourire :

- Et maintenant que ce problème est réglé, si on en profitait pour porter un toast ? Il va bientôt être minuit et ...

- Je crois qu'il est temps que tu rentres chez toi.

Sa voix est calme, le ton sec, sans équivoque. Les yeux de la jeune Auror s'agrandissent de surprise et son visage prend une expression de colère qui convient mieux aux traits dure d'Arianna qu'aux yeux, d'habitude si pétillants, de Tonks.

- Je vois ... Si tu ne veux pas de moi ici, il suffit de le dire. Je pensais juste que puisque c'était Noël, tu aurais pu faire l'effort de me tolérer un peu plus que nécessaire ... Apparement, je me suis trompée ... Très bien ! Et bien, reste seul si ça te chante. Et encore un joyeux Noël Severus !

Et elle disparait dans un POP sourd.

- Joyeux Noël, Nymphadora ...

C'est à peine un murmure, un souffle qui passe ses lèvres alors que la jeune femme a déjà disparu. Il se laisse tomber dans son fauteuil, la tête entre les mains, essayant d'analyser ce qui vient de se passer. Une seule image l'obsède : les poignets de la jeune femme prisonniers de ses mains. Et le fait que, pour la première fois depuis longtemps, le contact physique avec un autre être humain ne lui à pas fait horreur. Ca a été un réflexe, pour l'immobiliser, et il ne c'est même pas rendu compte qu'il avait conserver la même position bien après qu'elle se soit arrêtée de gigoter.

Il secoue la tête, presque effrayé de réaliser ce qui est en train de se produire. Il ne faut pas. Non, il ne faut pas. Elle est son alliée, la cousine de Regulus et rien de plus. Il connait la manière dont ce genre de chose commencent ... et il faut qu'elles s'arrêtent maintenant. Il n'a pas le droit de ressentir quoi que ce soit pour elle en dehors de l'instinct de protection nécessaire à un travail en équipe. Plus pourrait compromettre leur situation, la compliquer au point de la rendre ingérable. A cause de Voldemort, de la guerre, de Lupin dont elle est amoureuse, de la mort qui l'attend forcément au bout du chemin. Toutes ces raisons et tant d'autres ... Il faut qu'il y mette un terme avant même qu'il n'y ait un début. S'il la laissait se glisser dans sa tête, il ne pourrait plus jamais l'en déloger ...