Titre : Rien qu'un baiser,
chapitre 15
Auteur : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème : 15.
Le bleu le plus pur
Disclaimer : One Piece
appartient à Eiichiro Oda. Je ne fais que reprendre ses
personnages pour leur faire faire n'importe quoi.
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Chapitre 15 : Le bleu le plus pur
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Les yeux de Sanji étaient d'une couleur exceptionnelle ; le bleu le plus pur que Ken avait jamais vu chez un homme. Il ne se lassait jamais de les contempler. Lorsque ceux-ci se fixaient sur lui, il ressentait un trouble tel qu'il lui arrivait de trembler assez fort pour que son ami le remarque. Sanji lui faisait alors part de son inquiétude à ce sujet et Ken mentait en affirmant qu'il n'y avait rien, que seule la fraîcheur du vent le faisait frissonner de cette manière. Sanji n'était pas dupe mais laissait passer ; il avait d'autres soucis en tête. Ken détournait les yeux, un peu honteux de son comportement, et ne lui parlait plus de toute l'heure suivante par crainte de transmettre son trouble.
Leur relation n'avait pas évolué depuis que Ken avait été forcé de révéler à son ami le contenu des quatre ans qu'il avait manqués. Elle s'était même franchement dégradée ; suite à cela, Sanji s'était enfermé dans un semi-mutisme obstiné qui ne cessait qu'en de rares occasions, lorsqu'il était assez inquiet à propos du comportement de Ken ou qu'il devait faire semblant de se porter bien devant les autres. Pourtant, il ne faisait pas tant de cérémonie devant Ken. Le jeune homme ne savait pas s'il devait s'en fâcher ou au contraire se réjouir de la confiance que Sanji lui témoignait ainsi.
La Fête de la Musique approchait à grands pas. Toute la ville était déjà prête et attendait en retenant son souffle. Les navires de la Marine étaient censés arriver le lendemain ; Leon King et tous ses proches seraient personnellement présents pour cette occasion. La poignée de main formelle qu'il devait échanger avec le représentant officiel, le généralissime Tournesol, annoncerait le début des festivités. La semaine s'annonçait grandiose.
— Il fait beau, dit Ken pour meubler la conversation.
Sanji et lui s'étaient installés sur la terrasse pour prendre le café après le déjeuner. Sora et Layla, trop occupées de leur côté, n'avaient pas pu se joindre à eux. Ce n'était guère nouveau. Les deux femmes étaient débordées : Layla, en tant que Grande Diva de la Fête, se devait d'être présente à chaque réunion et connaître chaque animation qui aurait pu requérir son talent ; Sora, quant à elle, était la responsable-en-chef du projet et n'avait pas assez de ses dix doigts et ses dix-huit heures de travail par jour pour tout finir. Ken se savait bien loti de son côté ; à peine devait-il accompagner Leon pour ses soirées mondaines et faire en sorte que ses invités soient bien servis.
Sanji leva les yeux vers lui, le visage empreint d'amertume.
— Il sera là ?
— Qui ? demanda Ken d'une vois qu'il espérait joviale.
Il ne voulait pas savoir. Il ne voulait pas entendre Sanji prononcer son nom.
— Zoro.
Ses doigts se crispèrent sur les bras du fauteuil en osier sur lequel il était assis.
— Peut-être.
Sanji hocha la tête, distraitement. Ses yeux étaient perdus dans le vague, scrutant l'horizon comme pour y trouver une réponse qui ne venait pas. Ken avait envie de hurler.
— Ce n'est pas lui, fit-il d'une voix pincée, pesant chaque mot. Il a changé. All Game l'a changé.
— Toi aussi, tu as changé, Ken, dit Sanji avec un maigre sourire.
Le jeune homme baissa les yeux. Sora lui avait souvent dit que la rage transformait son regard, en faisait un brasier difficile à supporter pour qui connaissait son caractère habituellement gentil. La haine que Ken éprouvait envers cet homme dépassait tout ce qu'il avait jamais ressenti jusque-là, déformait son beau visage en un masque grotesque et horrible. L'osier craqua sous ses doigts.
Un mouvement dans l'air ; la pression tendre mais insistante d'un bras autour de lui, la sensation d'un coeur qui bat, tout contre sa joue. Sanji s'était approché de lui et l'avait pris contre sa poitrine, soufflant à ses oreilles des mots de réconfort dont la moitié au moins n'avait aucun sens. Peu lui importait.
— Je suis désolé, sanglota-t-il, je suis désolé...
Encore et encore, il ressassa la même litanie. Sanji fixait l'horizon où un navire venait d'apparaître. Un navire décoré de voiles aux motifs de trèfles noirs.
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Zero fit une moue dédaigneuse à l'orchestre collet monté qui venait de passer près de lui, les yeux baissés en signe de crainte. Les sabres bien en vue, il se baladait sans contrainte dans les rues de Concerto en farfouillant par-ci par-là en quête d'une babiole intéressante à offrir à Leon. Il ne tenait pas spécialement à lui faire plaisir ou à lui être agréable ; c'était juste pour lui une chose normale en tant qu'amant, le couvrir de cadeaux tous plus inutiles les uns que les autres. Ça l'amusait de voir le chef de l'île du Carillon faire la grimace en voyant les présents qu'il avait quelquefois mis tout un après-midi à choisir avec soin. Ils étaient souvent hideux et de mauvais goût ; Zero les préférait comme ça. Ces bricoles étaient le reflet parfait de sa relation avec Leon : ratée et ayant peu de chances d'être sauvée. Son amant le savait et c'est pourquoi il ne prenait jamais la peine de les mettre à l'abri. Ils devaient sans doute finir dans un placard poussiéreux de sa villa ou dans un coin sombre d'une cave.
La Fête de la Musique était toute proche. Zero ne comptait plus les gens excités qui en parlaient ouvertement en oubliant sa présence. Grand bien leur fasse ! Qu'ils papotent donc, ces êtres faibles et couards, tandis qu'une Carte de All Game se promenait en toute impunité au milieu d'eux ! Ou s'étaient-ils tellement habitués aux criminels, aux scélérats et autres bandits de grand chemin qui utilisaient leur charmante île comme lieu de repos et place neutre pour leurs transactions en tout genres ?
L'atmosphère était toujours aussi douce. Cette île était un mystère ; Zero ne savait pas quels éléments composaient l'air, mais le fait est qu'il y faisait toujours bon vivre, même quand une tempête s'annonçait. Une sorte de nonchalance seulement rompue par l'enthousiasme des jours de fête flottait parmi les habitants ; même les touristes et les visiteurs occasionnels étaient affectés. Pour sa part, Zero sentait clairement sa soif de combat diminuée. Cela ne le dérangeait pas tant que ça vu qu'il compensait en se réfugiant dans le lit de Leon.
Les étals étaient encombrés de bibelots fantaisie ayant trait à la musique sous toutes ses formes ; Zero les ignora, sachant que Leon trouverait une utilité à ce genre de cadeaux. Il lui fallait quelque chose de vraiment nul pour marquer le coup des festivités. Les vendeurs le lorgnaient avec suspicion ou une peur mal dissimulée ; pour faire bonne mesure, il plaqua sur son visage un sourire goguenard qu'il savait intimidant. Plusieurs mères d'enfants en bas âge se dépêchèrent de finir leurs courses pour éloigner leur progéniture et il vit même une vieille dame qui vendait des colliers de coquillages ramasser ses produits pour s'installer ailleurs, de préférence le plus loin possible de ses zones de recherche. Zero ricana en montrant ses dents, faisant sursauter la jeune fille brune qui tenait devant lui un stand de boîtes à musique faits main.
— Vous n'avez rien de plus... original ? fit-il en se pourléchant les lèvres d'un air féroce.
La pauvre fille trembla et le bretteur l'entendit pousser un léger couinement.
— Je... c'est tout ce que... ce que j'ai...
Il secoua la tête.
— Dans ce cas, vous ne sauriez pas où je pourrais trouver quelque chose de vraiment spécial ? dit-il en lui faisant un clin d'oeil. C'est pour offrir.
Elle secoua vivement la tête, faisant rebondir ses couettes sur ses épaules grêles.
— Non !
On eût dit qu'elle allait s'évanouir à chaque instant. Zero commençait à s'ennuyer. Il tâta du bout des doigts le fourreau de Wadô Ichimonji, son plus précieux sabre. La jeune fille pâlit sensiblement.
— Il y a la boutique de Maine !
— Maine, vous dites ?
Zero fit légèrement osciller le sabre. La vendeuse hocha la tête avec vigueur, les yeux exorbités de terreur.
— Dans la rue des Tambours ! Il a une enseigne orange en forme de jonque !
— Et il vend quelque chose qui pourrait m'intéresser ?
— On dit que ses fournisseurs sont des pirates venus des quatre coins de la Route de Tous les Périls ! s'écria-t-elle, la voix blanche. Ne me faites pas de mal ! Je ne fais que mon travail !
Ses genoux s'entrechoquaient de manière grotesque. Cette fille était décidément un vrai sac d'os. Zero la salua courtoisement et s'en fut sans un regard en arrière, sans un mot de remerciement. Derrière lui, la jeune fille s'effondrait en sanglotant. Les témoins de la scène, prudents, s'approchaient d'elle pour voir si elle n'était pas blessée.
Zero bâilla. C'était d'un ennui ! La rue des Tambours n'était qu'à cinq minutes de marche ; il espérait qu'il trouverait son bonheur là. Au pire, il pourrait toujours passer le temps en voyant si les habitants avaient plus de combativité que dans la ville qu'il avait visitée précédemment, juste avant de venir sur l'île du Carillon. Avec un peu de chance, il pourrait même y avoir des survivants, cette fois.
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Sanji avait laissé Ken sur le divan de son salon, dormant comme un bienheureux. Le jeune homme avait passé plusieurs minutes à s'excuser auprès de l'ancien coq du Going Merry, ressassant une culpabilité que Sanji n'arrivait pas à comprendre. En quoi avait-il mal agi ? Il n'était qu'un enfant incapable de se défendre à l'époque ; les adversaires auxquels ils avaient été confrontés étaient plus puissants que lui, et de loin. Même Sanji n'avait pas pu y faire face ; il ne pouvait raisonnablement en vouloir à Ken, ou à n'importe lequel des êtres qui l'avaient sauvé et accueilli parmi eux, d'ailleurs.
Pour sa part, il avait passé la majeure partie de son temps libre à réfléchir. Quatre ans était une longue période ; s'il voulait faire la différence, la force seule, à supposer qu'il en ait encore assez au vu de son état instable, n'était pas suffisante. Il fallait trouver autre chose.
Les rues de Concerto paraissaient si animées, si accueillantes du balcon ! Sanji avait passé ses journées cloîtré depuis son réveil. Il avait hésité, mais il s'était finalement décidé à sortir. Ken n'avait pas à le savoir ; il voulait juste se dégourdir les jambes, cela ne prendrait qu'une demi-heure tout au plus. Il borda le jeune homme du mieux qu'il put et mit une veste à capuche qui lui donnerait chaud mais aurait l'avantage de dissimuler une partie de son visage. Les habitants ne devaient pas savoir qu'un sosie manchot de Leon King se trouvait sur l'île ; Ken lui avait bien assez répété d'être prudent et de ne pas attirer l'attention sur lui. Pour plus de précautions, il ajouta des lunettes noires et plaqua ses cheveux blonds en arrière avec un peu de gel qu'il avait trouvé dans la salle de bain. Cela lui prit plus de temps qu'il ne l'avait imaginé ; son bras en moins compliquait énormément les choses et le frustrait dans l'accomplissement de tâches pourtant simples. Sanji s'activa de son mieux et il fut bientôt à l'extérieur, goûtant l'air frais et la sensation grisante de marcher au milieu de ses pairs. Même la vision de sa manche pendante ne l'assombrissait pas. Il avait enfin un peu de liberté !
L'un dans l'autre, Sanji trouvait qu'il s'était plutôt bien rétabli. Certes, une gêne s'était installée entre les autres et lui depuis qu'on lui avait raconté avec hésitation les quatre ans de vide qu'il avait manqué, mais il comptait bien rattraper le temps perdu de son mieux. Il avait eu un moment de désespoir ? Quelle importance, puisqu'il était encore en vie ! Il se demanda ce qui était arrivé à ses anciens camarades. Ni Ken ni Sora n'étaient au courant ; Layla n'avait aucun moyen de savoir. Oeil-de-Bois avait disparu mystérieusement depuis plus d'un an et Tournesol était au loin. Sanji attendait sa visite prochaine avec une impatience mêlée d'appréhension. Il avait beaucoup de questions à poser au tout nouveau général de la Marine, questions dont lui seul, lui avait-on dit, avait les réponses.
Il réfléchit à ce que lui avaient révélé ses amis. Sa mémoire déficiente lui avait fourni ses derniers souvenirs : l'attaque sur le bateau des Coeurs et sa défaite face à leur chef, Isaac « Roi de Coeur ». La suite avait été contée par un Ken tremblant, traumatisé à vie par les événements qui s'étaient déroulés sous ses yeux. La destruction de son bras gauche par Isaac ; la rédition de Zoro et son enlèvement par Wren « As de Coeur », la fuite improvisée qu'ils avaient pu faire avec l'aide de Sora et de Tournesol, abandonnant le bretteur aux mains de leurs ennemis. Sanji n'avait su que penser sur le coup ; troublé, confus, il avait hurlé abomination sur abomination sur ce pauvre Ken... Traîtrise, désespoir, peur. Zoro face à un sort peu enviable. Ken avait pleuré et Sanji s'était tu, choqué par sa réaction. Sora avait fait de son mieux pour les réconcilier mais était encore plus dépassée qu'eux...
La suite de l'histoire était encore plus troublante. Tournesol les avait pris sous son aile un certain temps, mais la santé de Sanji avait décliné et son bras n'avait pu être sauvé malgré les efforts de ses amis ; on avait même dû le lui amputer sous peine de le voir périr d'une infection. Il était resté trop longtemps sans soin, leur sous-marin ayant vadrouillé presque cinq jours sans trouver de port fiable. Comment aurait-il pu, avec les bâtiments de All Game qui sillonnaient leurs eaux immédiates ? Le temps qu'ils se retrouvent en lieu sûr, la gangrène avait déjà couvert une partie de son bras. Ken avait longtemps veillé, avait prié et pleuré ; en vain. Sanji ne s'était pas réveillé, ne se réveillerait pas avant quatre ans. Entre-temps, ils avaient eu le temps de rencontrer le vrai Leon King, d'être adoptés par Tournesol et de s'installer sur l'île du Carillon créée par l'ancien acteur. All Game avait affirmé sa suprématie sur la Route de Tous les Périls et la Marine avait renforcé son pouvoir sur les zones qu'elle contrôlait.
Quel étrange monde que celui-là ! L'île du Carillon était un endroit singulier entre tous ; ici, point de querelles entre pirates et soldats de la Marine, point de problèmes d'approvisionnement ou de crainte de pillage. La paix régnait sur ce petit bout de terre artificiel ; Leon King y veillait jalousement. Il avait transformé son île en place neutre pour les deux factions et s'y tenait au risque de voir son royaume exploser sous ses doigts. C'était un équilibre fragile et précaire, une folie, un rêve éveillé. Sanji devait avouer qu'il y avait de quoi se demander si King était bien sain d'esprit.
Le temps était doux, le sourire des gens communicatif. Sanji sentit ses inquiétudes fondre comme neige au soleil. Il avait du temps devant lui ; autant le passer à essayer de connaître un peu mieux ce paradis controversé, à tenter de recoller morceau par morceau, avec patience et effort, sa vie qui avait volé en éclats. Ses amis de l'équipage du Going Merry avaient disparu et n'avaient pas une seule fois fait parler d'eux ; Zoro était entre les mains de All Game et avait subi un lavage de cerveau qui l'avait complètement transformé ; il lui manquait son bras gauche ; et alors ? Il n'allait pas rester à se lamenter ! Il avait eu son moment de doute ; c'était fini, à présent. Il devait sauver Zoro et retrouver son équipage. Son rêve n'attendait que lui. Il n'avait plus qu'un bras ? Il s'en ferait greffer un autre ou il développerait une école de cuisine à un bras ! Le monde lui appartenait. Il se souvint brièvement de la dernière fois où il avait été aussi désespéré, dix-huit ans auparavant. Les circonstances étaient très différentes : il était jeune, il était seul, et surtout il était recherché. Cette fois, il était un adulte, il avait des amis sur qui compter, il avait un anonymat relatif (si on exceptait sa ressemblance avec le chef de l'île). C'était presque trop facile, en fait.
Un mouvement furtif au coin de l'oeil attira son attention. Cheveux verts, trois sabres ; Sanji sursauta. Zoro – non, Zero à présent – déambulait en sifflant dans les rues de Concerto. Il sentit son coeur battre la chamade et le suivit.
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Ken se réveilla en sursaut, le corps couvert de sueur. Il examina les alentours d'un air affolé ; Sanji n'était plus là ! Paniqué, il se mit à chercher dans toute la villa, sans succès. Il se précipita à l'extérieur et fouilla des yeux la rue. Les passants le regardaient faire avec curiosité ; il n'osait pas leur demander s'ils avaient vu passer son ami...
— Ken ? fit une dame ronde avec des rubans sur tout le corps. Tu cherches quelque chose, mon chéri ?
— Oh, euh bonjour, Sala. Non, je... je me promène.
Comment faire ? Sanji pouvait être n'importe où. Une gamine blonde se précipita sur lui et le serra de ses bras frêles. Ken lui sourit avec indulgence.
— Ken ! Tu vas bien ! cria-t-elle.
— Pourquoi je n'irais pas bien, Kana ?
— J'ai cru que le monsieur t'avait attaqué ! J'ai eu peur !
— Le monsieur ?
— Un homme qui est sorti de ta maison, intervint Sala qui était aussi la mère de la fillette. Kana, je t'ai déjà dit que cet homme était l'invité de Layla. Ken ne risquait rien.
Le coeur de Ken se mit à battre un peu plus fort. Il savait que Layla avait signalé à qui voulait l'entendre qu'un cousin à elle s''était installé le temps qu'il se retrouve une situation. Il le fallait bien ; les rumeurs circulaient vite et la présence de Sanji chez eux n'aurait pas pu passer inaperçue très longtemps. Officiellement, Sanji était un pauvre homme qui avait dû fuir son ancien village pillé par des pirates sanguinaires ; il avait perdu un bras dans la bataille et il lui faudrait du temps avant de se rétablir entièrement. Ken ne savait pas si la ressemblance de Sanji avec Leon était déjà connue ; sans doute pas, sinon on lui aurait déjà posé des questions indiscrètes. On en s'embarrassait pas avec les conventions, sur l'île.
— Un homme ? À quoi ressemblait-il ? Où est-il allé ?
Les yeux de Sala pétillèrent en sentant la possibilité d'un ragot.
— C'était donc bien le cousin de Layla ? Le pauvre homme, il avait mis une veste à capuche pour qu'on ne le voit pas, mais sa manche pendait là, sur le côté, il marchait en baissant les yeux... C'est regrettable, ce qui lui est arrivé. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis là...
— Merci, s'impatienta Ken, mais ça ira. Tu sais par où il est parti ?
— Je crois qu'il s'est dirigé dans la rue des Tambours. Pourquoi ? Il ne va pas bien ?
— Merci, Sala, dit Ken en faisant claquer ses mots. À bientôt.
Il s'éloigna sans attendre, sous les regards ébahis de Sala et de sa fille. La rue des Tambours était un coin un peu plus mal famé que le reste de Concerto ; pas exactement un trou à rat, mais il était fréquenté par nombre de pirates en escale.
C'était aussi le dernier endroit où on avait vu Oeil-de-Bois. Ken refusa de faire le rapprochement. Il fallait qu'il ramène Sanji en lieu sûr !
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Les rues de la ville étaient animées, ça, c'était sûr. Pipo se sentait presque de bonne humeur, avec tout ce qui passait. Il avait décidé de se dégourdir un peu les jambes en attendant que tout soit prêt pour la sentence de la Traîtresse ; il pouvait bien souffler jusque-là. Ses vivres commençaient à s'épuiser et il espérait bien trouver un peu plus de variété que le pain rassis et l'eau rance qu'il avait à sa disposition au repaire. Les petites babioles qu'il avait réussi à bricoler avec les matériaux qu'il avait trouvé de-ci de-là s'étaient plutôt bien vendues ; il y avait de quoi faire un mini-festin après la mort de Robin. Il rit en soupesant sa bourse sur le chemin du retour.
Une sensation brûlante lui chatouilla la nuque. Il se retourna brusquement et vit Zoro s'introduire dans une ruelle étroite qui menait à la rue des Tambours. Un vrai cul-de-sac, cet endroit. Il y avait quantités de pirates qui s'y rendaient ; c'était un bon coin pour s'amuser sans mettre un désordre pas possible dans le reste de la ville On l'avait faite construire spécialement pour le bien-être des autres habitants, disait-on, et jusque-là ça marchait plutôt bien.
Pipo serra les poings jusqu'à rendre ses jointures blanches et grogna. Zoro, ou Zero comme il se faisait appeler à présent, était un autre problème à régler, un autre traître à abattre. Mais pas là, pas encore. Il n'avait pas son tromblon sous la main et de toute manière, il 'avait pas le niveau. Plus tard ; l'Assassin ne perdait rien pour attendre. Néanmoins, la rage lui faisait voir rouge.
Une silhouette maigre se faufila à la suite du bretteur. Pipo ne pouvait distinguer son visage, mais il était manchot. Un ennemi de Zoro ? Ou un de ses sbires, peut-être ? L'homme tourna un instant la tête, cherchant sans doute à voir si on l'avait remarqué. Pipo se plaqua derrière un large réverbère... et se demanda pourquoi il faisait tant de façons. Cela ne le regardait pas, ce que Zoro mijotait, tant qu'il accomplisse sa vengeance un jour, non ? Il risqua un oeil prudent en direction du nouvel arrivant.
Le vent souleva un instant les pans de sa capuche. Des yeux cachés par de grosses lunettes noires, que Pipo savait du bleu le plus pur. Un visage finement ciselé, une bouche prête au rire, des traits beaux et reconnaissables entre mille. Ce n'était pas Leon King puisque celui-ci n'était pas manchot. Et ces sourcils, personne d'autre n'avait de tels sourcils ! Le coeur de Pipo palpita. Sanji – était-ce bien lui ? – marcha résolument sur les pas de Zoro. Pipo avait envie de pleurer. Sanji ! Il ne l'avait plus revu depuis son départ du Going Merry avec Zoro, il avait cru que l'Assassin l'avait éliminé, comme il l'avait fait avec Luffy et Nami !
Que de souvenirs amers ! Le sourire bon enfant de Luffy. Les cris exaspérés de Nami. Le baiser furtif que ces deux idiots s'échangeaient lorsqu'ils pensaient que personne ne les regardait. Le sourire entendu de Robin, la joie enfantine de Chopper. Son trésor à lui. Ses rêves brisés avec le retour d'un Zoro méconnaissable. La fin d'une quête et le début d'une autre, infiniment plus cruelle.
S'il prenait le temps d'aller chercher son tromblon, il serait peut-être trop tard et il perdrait Sanji à jamais. Il réunit le peu de courage qu'il avait encore et courut vers la rue des Tambours.
À suivre dans le prochain thème...
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Désolée pour le retard dans la publication de ce chapitre ! J'ai été prise pendant presque un mois d'une magnifique panne d'inspiration. C'est bien simple, je n'arrivais plus à écrire quoi que ce soit mais heureusement, ça va mieux.
Les choses se mettent peu à peu en place. Ce chapitre a été un tournant tranquille dans l'histoire, on met les gens en place petit à petit et on verra ce que ça donne... La Fête de la Musique approche. Avec un peu de chance, j'en tirerais quelque chose, de la confrontation de toutes ces personnalités en un même lieu, en même temps...
Merci de me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre et à bientôt !
