Titre : Rien qu'un baiser,
chapitre 17
Auteur : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème : 17.
kHz
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro
Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire
n'importe quoi.
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Chapitre 17 : kHz
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Ken se laissa glisser mollement à terre. Il pouvait sentir le souffle de la Baroude se rapprocher de plus en plus, se mêler au sien pour l'empoisonner. L'haleine de la mort et de la folie, les relents des milliers d'hommes qu'elle avait déjà dévorés dans le passé le prirent à la gorge, embrouillèrent ses sens. Il eut une pensée pour Layla. Sa chère Layla, sa mère de coeur. Elle se demanderait sans doute en rentrant ce qu'était devenu son Ken. Il fut un peu triste, juste un peu... mais il ne devait pas laisser les regrets lui envahir le coeur, pas encore. Il aurait largement l'occasion de souffrir de la solitude et du désespoir lorsque la Baroude l'aurait jeté au plein coeur des ténèbres.
Noir, flot noir. Ses jambes avaient disparues et son ventre commençait à être englouti à son tour. Toujours plus haut. La Baroude ricanait et lui chuchotait des histoires horribles qu'il tâchait de ne pas écouter. Il ne sentait plus le bas de son corps. Le flot noir léchait déjà son menton ; il leva la tête bien haut pour ne pas le laisser rentrer par sa bouche. Tentative futile, geste dérisoire ! Ken savait qu'il était trop tard. Il ne sentait déjà plus le reste de son corps.
Il ferma les yeux et pria. Les ténèbres montèrent de quelques centimètres... Il pouvait entendre le ricanement de la Baroude et les cris des pauvres hères qui avaient été pris avant lui. Une mélodie se fit entendre, doux son de violon l'emmenant sans doute vers le trépas...
Ken dressa l'oreille. La musique des rapprochait. Elle ne venait pas de la Baroude : tout ce que cette vile créature composait était lugubre et vous arrachait larmes et cris. Cet air était serein, empreint de mélancolie mais aussi d'espoir... Qui plus est, il était à présent persuadé de l'avoir déjà entendu auparavant. Des bribes de souvenirs lui parvinrent d'une époque lointaine, une époque où on le considérait encore comme un Enfant-Chance et où on le disait sous la protection des dieux. Une époque où tous ceux qu'il aimait avaient été réunis, l'espace de quelques jours. Une mélodie familière ; autant de souvenirs qu'il pensait avoir enfouis pour s'éviter de souffrir. Une voix chaleureuse atteignit ses oreilles ; il en pleura de joie.
— Faut pas te laisser abattre comme ça, gamin ! s'écria Oeil-de-Bois en apparaissant tout d'un coup, bien vivant et aussi alerte qu'un gaillard de vingt ans. Ton vieux tonton Oeil-de-Bois est là !
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Zero hurlait et se débattait de toutes ses forces. Rien n'y faisait. Cent, mille créatures visqueuses se collaient à lui et... l'aspiraient. Il sentait sa peau se flétrir, l'énergie quitter son corps. La rage lui fit voir rouge ; ou était-ce le résultat de cet étrange phénomène ? Ses épées n'étaient plus visibles ; à la place, il s'aperçut qu'une bouche énorme, aux lèvres rouges et pulpeuses, était apparue dans les airs et se tordait comme pour avaler quelque chose. À sa grande surprise, il se sentit un peu mieux ; il pouvait de nouveau respirer normalement. Les ténèbres n'étaient plus aussi étouffantes, même s'il ne lui était toujours pas possible de voir devant lui.
Pouvoir discerner distinctement cette chose, alors qu'il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez... Était-ce bien normal ? Idem pour ses sabres quand ils étaient encore là : il n'avait eu aucun problème à les localiser sur le sol alors qu'il n'arrivait même pas à voir de quelle couleur étaient ses vêtements. La bouche ne semblait même pas luire dans le noir ou quoi que ce soit ; Zero la voyait, c'était tout. Il n'arrivait pas à se l'expliquer. Il préféra ne pas se poser trop de questions. Sally lui avait dit un jour que chercher à comprendre les créatures de la nuit, c'était comme chercher à retrouver les paroles d'une chanson qu'on ne connaissait pas dans une langue qui n'avait jamais existé. Les concepts impliqués dépassaient l'entendement.
Il fit une grimace de dégoût en voyant une langue sortir de l'intérieur de la bouche pour passer sur les lèvres en laissant une traînée luisante de salive.
— Allons bon, qu'est-ce que c'est encore que ce truc ?
— Gnouf, fit la bouche. Bien le bonjour, cher monsieur.
Zero aurait sursauté sans la présence des créatures qui le ceinturaient.
— Et ça parle, en plus !
La bouche cracha, visiblement mécontente. Zero se demanda si cet endroit et ses habitants avait un quelconque semblant de logique.
— Un peu de tenue, s'il-vous-plaît, dit-elle finalement. Voyons, où en étais-je ? Ah oui.
Elle se racla la gorge. Du moins, ce fut le bruit d'un raclement de gorge... minus la gorge en question.
— Bienvenue, gentil étranger, continua la bouche. Je suis Radoteuse, votre bien-aimée et très respectée guide du Monde de l'Autre Côté. Merci d'avoir requis mes services. Soyez assuré que je vous servirai au mieux de mes capacités et au restant du temps qu'il vous est encore imparti.
Zero toisa Radoteuse d'un regard méprisant.
— Pardon ? Tu ne vois pas que je suis occupé ? Reviens plus tard ou aide-moi à me défaire de ces trucs.
Radoteuse fit un immense sourire.
— Oh, vous parlez des Piramites ? dit-elle. Merveilleuses créatures, n'est-il point ? Très à-propos, si vous voulez mon avis.
— Des quoi ? C'est quoi ce bordel ?
— Piramite, jubila Radoteuse. Lorsqu'un pirate particulièrement cruel s'aventure dans nos noires contrées, elles ont tendance à s'y accrocher jusqu'à ce que le malheureux ne puisse plus bouger, écrasé par leur poids. Elle représentent la conscience du pirate ; une pour chaque mauvaise action.
— Génial, grogna Zero. Ça me fait une belle jambe.
— C'est la première fois depuis quelques bons siècles que j'en vois autant, ma foi. Et elles semblent particulièrement gluantes et gélatineuses... Vous devez avoir une âme bien noire, mon bon monsieur. Bien noire, oui.
Zero s'énerva.
— Dis donc, gueule ambulante, comment ça se fait que tu puisses les voir ? T'es qu'une bouche.
— Ah, mais je ne serais pas Radoteuse si je n'avais pas aussi des yeux pour voir, dit-elle avec malice.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Une paire d'yeux noirs apparurent soudain au-dessus de la bouche, flottant à plusieurs mètres sans qu'il n'y ait rien pour les soutenir. Le visage de Zero se contracta d'horreur.
— Et aussi des oreilles pour écouter aux portes, ajouta la bouche, ravie.
Une paire d'oreilles suivit l'apparition des yeux. Elles n'étaient pas alignées avec les autres éléments pour former un visage harmonieux ; il n'y avait pas vraiment de logique dans leur emplacement, d'ailleurs. Les oreilles flottèrent un peu plus loin tandis que les yeux allèrent se placer derrière Zero. La bouche ricana.
— Oh mais c'est qu'on a des yeux derrière la tête, hein ? Fier pirate que vous êtes.
— Très drôle. Hilarant.
— N'est-ce pas ? Oh, mais... oh !
Radoteuse se rapprocha de Zero. Celui-ci pouvait presque compter ses dents. La bouche avait une haleine de moisi.
Y-avait-il quelque chose d'un tant soit peu frais dans cet endroit maudit ?
— Je sais qui vous êtes ! dit-elle sur un air de triomphe. Par ma bouche, par mon nez et mes oreilles ! Par mes yeux, vision sans pareille ! Mais oui ! J'ai entendu parler de vous !
Une oreille se colla à la bouche ; c'était une vision grotesque et dérangeante.
— Ah ouais ? grommela Zero. Super.
— Mais oui, mais oui ! Grands dieux du Chaos ! Vous êtes Zero des Carreaux et Zoro des Piques ! Quelle surprise, quelle agréable saisissement !
— Qu'est-ce que tu racontes ? Je suis Zero des Piques. Pas Zoro et pas des Carreaux.
— Mais si, par ma langue ! Zoro des Piques qui est devenu Zero des Carreaux. Quel honneur, quel éclat ! Zero-Zoro des Piques-Carreaux !
Radoteuse se mit à rire, et son rire enfla, enfla... Zero en avait mal à la tête. Les yeux et les oreilles gambadaient dans les airs sans but, comme prises d'hilarité eux-mêmes. La bouche de Radoteuse ne cessait de s'esclaffer. Ses yeux se fixèrent sur lui et il en vit un lui faire un clin d'oeil.
— Comme c'est singulier, comme c'est extravagant ! Zero des Piques ! Zoro des Carreaux ! Les deux identités se joignent et s'entremêlent dans le Monde de l'Autre Côté ! Hilarant, exceptionnel ! Les souvenirs s'effacent et s'estompent, les souvenirs reviennent et se mélangent ! Désopilant, incroyable ! Je sens comme un parfum de mystère. Un merveilleux, troublant et enchanteur parfum qui me prend aux narines, ô délicat fumet de scandale !
Et ce disant, un long nez aquilin apparut et vint rejoindre les autres parties du visage, humant et virevoltant avec elles. Zero commençait à avoir le tournis, à force de les voir s'agiter ainsi. Il tenta une dernière fois de se dégager pour pouvoir arrêter le désastre mais ses membres étaient toujours empêtrés dans l'amas de Piramites. C'était si frustrant !
Le rire de Radoteuse dura, dura... et s'arrêta net au bout de dix minutes. Zero avait envie de se pendre. Ou de tuer tout ce qui était à sa portée, au choix.
— Ce fut la meilleure séance de tragi-comique à laquelle j'ai pu assister depuis des siècles, mon cher. Encore merci. Mille mercis.
— Heureux de voir que ça t'a plu, dit Zero entre les dents.
— Positivement distrayant, réellement. Ce serait dommage d'en priver le monde. Bien dommage, en effet.
— Quoi ?
— À la joie de vous revoir, très cher, dit-elle d'un mouvement ample des lèvres.
Zero eut à peine le temps de cligner les yeux, et il était libre. Plus une seule trace de Piramites. Plus trace de Radoteuse et de ses bouts de visage flottants, non plus. Rien que lui et les ténèbres.
Il fixa les alentours d'un air ahuri ; sa vision s'était réduite à zéro. Son esprit avait abandonné tout espoir de compréhension.
— Il s'est passé quoi, là ?
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La Baroude siffla et cracha ; ce fut un affreux tintamarre de cris indignés et de larmes de crocodile. Ken voulut se boucher les oreilles, en vain ; ses mains étaient empêtrées avec le reste de son corps. Il s'estima heureux de pouvoir encore respirer. Oeil-de-Bois se tenait devant la masse qu'il formait avec la Baroude, pose assurée et poing dressé pour la maudire. Ken remarqua qu'il portait les mêmes vêtements que la dernière fois où il l'avait vu, il y avait de cela plus d'un an ; ils étaient peut-être un peu plus déchirés et un peu plus sales... Et surtout, détail d'importance, il ne voyait nulle part trace de son fameux oeil de bois ou de verre. À la place, son vieil ami avait les yeux bandés comme l'étaient ceux de Layla.
— Va-t'en, rôdeur ! tonnait la Baroude, tellement fort que l'air résonnait. Il est à moi, à moi tu m'entends ?
— Pas question ! répondit Oeil-de-Bois, féroce. Tu peux avoir tous les égarés que tu veux, mais pas celui-la ! Arrière, monstre !
Oeil-de-Bois empoigna solidement son violon d'une main tandis que de l'autre il faisait voler son archet. La Baroude poussa un cri.
— Tu n'oserais pas !
— Ken, je suis désolé ! dit-il à son intention.
La Baroude tenta de fuir en se retirant du corps de Ken ; trop tard. Oeil-de-Bois fit grincer son archet sur les cordes. Ken sentit une douleur vive lui vriller les tympans. Il avait l'impression que ses oreilles saignaient tellement il avait mal ; de ce fait, il ne vit pas la Baroude se tordre de douleur, étant lui-même atteint par les ultrasons émis par le violon d'Oeil-de-Bois.
— Arrête ! pleurait la Baroude. Arrête, rôdeur ! Je te laisse l'enfant ! Je te laisse tout ce que tu veux, mais arrête ce son horrible !
La musique cessa d'un coup. Reconnaissante, la Baroude se retira en toute hâte pour se réfugier dans les zones de vide du Monde de l'Autre Côté. Oeil-de-Bois rangea son instrument et se précipita vers Ken qui s'était évanoui.
— Gamin ! cria-t-il. Je suis désolé ! Tiens le coup !
Il souleva la tête de Ken et la plaça sur ses genoux. Le souffle de Ken était irrégulier ; Oeil-de-Bois prit peur.
— Hé, gamin, tu vas pas me faire ça alors qu'on vient à peine de se retrouver, hein ?
Ken resta silencieux.
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Pipo n'était pas bien lourd, mais qu'est-ce qu'il était remuant ! Sanji regretta de l'avoir assommé ; le traîner derrière lui n'était pas une chose aisée avec un bras en moins et la sale manie de son ami de remuer en dormant. À la fin, agacé, harassé (et il n'avait toujours pas mangé, par-dessus le marché), il le laissa tomber entre deux poubelles pour tenter de retrouver son souffle et accessoirement, son chemin. La rue des Tambours se révélait être un véritable labyrinthe. Au bout d'une heure de marche, Sanji n'avait toujours pas retrouvé son chemin. Zoro était impossible à localiser ; il ne savait même pas où il se trouvait lui-même.
— Bon, je fais quoi maintenant ? dit-il à voix haute.
Même la délicieuse Magdala avait disparu Dieu savait où. Elle avait sans doute l'habitude de se diriger dans le quartier ; Sanji, pas du tout. Il pensa trop tard qu'il aurait dû suivre son instinct et accompagner la jeune femme vers ses circuits de plaisir ; au lieu de ça, il était perdu avec un Pipo inconscient sur les bras. C'était vraiment une sale journée.
— Couac ! entendit-il alors.
Il baissa les yeux et eut la surprise de voir un étrange canard jaune aux yeux immenses et à la plume aérodynamique lui sourire de tout son bec. Depuis quand les oiseaux pouvaient-ils sourire ? Sanji fit une grimace dubitative. Il ne chassa néanmoins pas le volatile ; pas tout de suite. Aussi étrange qu'il puisse être, un canard était une volaille comestible. S'il devait rester plusieurs jours à tourner en rond dans ces drôles de rues sombres et minuscules, il lui fallait prévoir une petite réserve de nourriture.
— Petit, petit... joli canard... dit-il d'une voix mièvre en se rapprochant tout doucement.
— Couac ! répondit le volatile.
— C'est ça, couac toi-même. Sois gentil et laisse-toi faire... T'es vraiment le plus joli canard que j'aie jamais vu...
Avait-il la lubie ou le canard s'était-il mis à rougir ? Il agita les ailes un instant, se cacha la tête sous l'une d'elles. Sanji se demanda s'il rêvait. La faim et l'ennui l'avaient-ils fait perdre l'esprit ? Il n'avait jamais vu de canard rougir en réponse à un compliment. Il y avait bien le canard de course de la princesse Vivi mais il ne lui avait jamais fait de compliment, tout bien considéré... et Karoo avait été une bête particulièrement intelligente... enfin, sensée... comprenant le langage humain, tout du moins. Son souvenir lui renvoya l'image d'un animal idiot et lâche, mais dévoué et tenant à la vie de sa maîtresse bien plus qu'à la sienne. Si le canard devant lui était de la même trempe, il ne pourrait sans doute pas le manger. Il n'était pas très à l'aise avec les bestioles avec une intelligence et un coeur proches de l'humain.
Bien entendu, ces bonnes résolutions voleraient en éclat une fois que la faim serait plus forte.
— Couac, continua le canard. Vous m'avez l'air perdu, mon bon monsieur.
À la bonne heure ! Le canard parlait, maintenant. Sanji abandonna à regret toute idée de rôti ou de confit.
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Zero erra dans le noir, furieux. Il avait perdu ses épées, il avait perdu son chemin, il n'avait pas de cadeau affreux à ramener à Leon. Ses imbéciles de co-équipiers ne savaient même pas où il était... ou quelque chose du genre. Sur le moment, il avait un peu de mal à se souvenir de leur nom ou de leur visage. Étaient-ils des Piques ou des Carreaux, déjà ? À moins que ce ne soit des Coeurs ?
— Y'a quelqu'un ? hurla-t-il pour la énième fois.
Personne ne lui répondit. Le silence était oppressant. Il avait l'impression de s'être fait dévorer par les ténèbres ; c'était une sensation dérangeante. Il marchait tout droit pour ne pas se perdre davantage, mais dans ces conditions où était l'avant et où se trouvait l'arrière ? Il pouvait très bien tourner en rond sans s'en rendre compte. Maudite soit cette Radoteuse pour l'avoir laissé continuer à vadrouiller dans le noir, et maudit soit Martin pour l'avoir emmené là ! Il rajouta Leon sur la liste pour faire bonne mesure. C'était pour lui qu'il était venu dans cette boutique bizarre ; si jamais Zero sortait de là, il prévoyait une punition en règle pour son amant. Avec des chaînes, des bougies et tout le tralala.
Mais pour l'instant, continuer à marcher. Avec un peu de chance, il trouverait son chemin un jour.
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Ken se réveilla enfin au bout d'un temps indéterminé. Quand il ouvrit les yeux, ce fut pour trouver le visage familier d'Oeil-de-Bois penché sur lui, un sourire chaleureux sur les lèvres.
— Ça va mieux, gamin ? dit son vieil ami.
— Oeil-de-Bois ? chuchota-t-il, troublé. Où suis-je ? Pourquoi es-tu là ?
— Du calme, petit. Tout va bien. Je t'ai sorti des griffes de la Baroude.
Ken se mit à paniquer en se souvenant du souffle flétri du monstre.
— La Baroude ! cria-t-il en se redressant brusquement.
Oeil-de-Bois le retint d'un bras.
— Tout va bien, elle est partie. Je l'ai chassée.
— Comment ? s'étonna le jeune homme.
Oeil-de-Bois fit un sourire malicieux. Qu'il était bon de le revoir ! Ken savait qu'il était en état de choc ; autrement, il aurait réagi bien plus violemment au retour de son ami.
— C'est une petite technique que j'ai appelé « kHz Infernal », dit-il avec fierté. Des ultrasons pour repousser les créatures du monde de l'Autre Côté. C'est plutôt efficace, vu qu'elles ne supportent pas les sons à trop haute fréquence.
Ken lorgna le violon que tenait Oeil-de-Bois. Il s'en souvenait encore : Layla et Sora le lui avaient offert le jour de son anniversaire, durant l'année de sa disparition. Oeil-de-Bois avait été si heureux en le recevant de la main de ces deux jolies jeunes femmes ! Barde de son état, il avait immédiatement composé une ode à leur beauté et leur courage. Depuis lors, il ne s'était plus séparé de son cher instrument ; preuve en était qu'on ne l'avait retrouvé nulle part après sa disparition.
Touché et réalisant enfin ce qui s'était passé, Ken se mit à sangloter, tandis qu'Oeil-de-Bois le prenait une nouvelle fois dans ses bras pour le consoler.
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Sanji regarda autour de lui. Ténèbres et silence. Ce n'était guère rassurant.
— Ahiru ? demanda-t-il au canard qui menait la marche. Tu es sûre que cet endroit est... sûr ?
— Tant que je suis là, tout va bien, couac ! dit-elle. La Route des Esprits traverse le Monde de l'Autre Côté mais tant que l'on en s'éloigne pas, tout va bien. Mais il te fait éviter de mettre ne serait-ce qu'un pieds à l'extérieur. Suis-moi, c'est tout.
— Ok, comme tu veux.
Il n'était néanmoins pas très confiant. Sanji continuait à traîner Pipo de son bras valide ; le poids de son ami paraissait augmenter à chaque pas mais il ne le lâchait pas ni ne s'éloignait du chemin qu'empruntait Ahiru. Quelle chance il avait eu de croiser ce canard ! C'était bien la première fois depuis le début de cette journée infernale. Il avait bien fait de ne pas manger le volatile sitôt qu'il l'eut aperçu, en fin de compte. Flattée par ses faux compliments et charmée par le physique de Sanji, Ahiru lui avait proposée de l'aider à sortir du labyrinthe de la rue des Tambours.
— Il y a beaucoup d'hommes qui viennent par ici ? demanda-t-il pour briser le silence.
Sanji n'arrivait pas à se faire à ce vide. Il n'y avait rien d'autre que la nuit.
— Pas mal, mais ils se perdent et sont... euh... avalés.
— Avalés ? s'écria-t-il avec une grimace de dégoût. Par quoi ?
— Beaucoup de choses, dit paisiblement Ahiru. Les créatures de la nuit. Les ténèbres. Ou alors, quand ils arrivent à y échapper, ils finissent par oublier qui ils sont et se transforment en monstres de l'Autre Côté, eux aussi. Ça arrive plus souvent qu'on ne le pense.
Sanji frissonna.
— Heureusement qu'il n'y a qu'une seule entrée, alors.
— Justement, c'est ça le problème. Il n'y en a pas qu'une seule, mais plusieurs. On ne sait pas trop où elles sont, ni même quand.
— Quand ?
— Oui. Il arrive que certaines traînent dans le temps.
— Bizarre.
Il eut soudain une inspiration. Le temps ?
— Tu sais où ils sont, ces passages qui vont dans le temps ?
C'était une idée folle, mais envisageable en sachant qu'il se trouvait encore sur la Route de Tous les Périls. Ne disait-on pas qu'ici, tout pouvait arriver ? Des chemins mystérieux qui voyageaient dans l'espace et le temps. Était-ce là le moyen d'effacer ce cauchemar qu'il vivait depuis une semaine déjà ?
— Couac, non, bien sûr que non ! Je ne connais que le passage pour se retrouver dans la rue des Tambours et c'est déjà bien assez ! Je ne suis qu'un pauvre canard, je me ferais dévorer si je me baladais trop souvent dans des endroits inconnus de la Route des Esprits !
Sanji se mordit la langue, extrêmement dépité. Son joli plan était à l'eau.
— Néanmoins, continua Ahiru sans remarquer son trouble, Maine saurait peut-être. Il passe son temps à emprunter la Route des Esprits. C'est lui qui m'a montré ce passage.
Le coeur de Sanji bondit dans sa poitrine.
— Maine ? Qui est-ce ?
— Mon maître, Maine Main-de-Velours, dit Ahiru d'un air ravi. C'est le patron d'une boutique dans la rue des Tambours. Je la garde quand il n'est pas là. Il est très gentil, tu devrais voir ça !
— Tu crois que je pourrais le rencontrer, ce Maine ?
— Bien sûr ! Mais pas tout de suite, il n'est pas là. Il m'a dit qu'il reviendrait pour la Fête de la Musique. Tu veux que je vous présente ?
— S'il-te-plaît.
Le visage d'Ahiru s'illumina.
— D'accord, couac !
Sanji offrit à Ahiru son plus beau sourire charmeur, ce qui la fit de nouveau rougir. Elle l'avait largement mérité : elle lui avait peut-être donné le moyen de retourner en arrière ! C'était une chance à ne pas manquer !
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Depuis combien de temps marchait-il ? Zero n'aurait pu le dire avec exactitude. Des années, quelques minutes ?
— Fichu endroit, dit-il d'une voix qui lui parut faible et timorée. Fichu silence.
Il gratta le sol du bout du pied, pour essayer de créer un son autre que sa voix. Le bruit fut étouffé, comme englouti ; il abandonna.
Encore quelques pas... Il se sentait de plus en plus fatigué. Si seulement il arrivait à se rappeler de lieu où il voulait se rendre !
Soudain, il entendit comme un écho très léger, loin, très loin à sa droite... Zero retrouva ses forces et son courage et se précipita jusque-là de toute la force qui lui restait. Son coeur battait à toute vitesse ; il l'entendait tonner comme un tonnerre, sans perdre la trace de l'autre son qu'il percevait.
— Couac, faisait-il.
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— Couac, fit Ahiru. On y est presque. Je vois le bout du chemin.
Sanji grogna, pas peu soulagé d'être enfin arrivé. Pipo pesait une tonne. Son bras commençait à être tout endolori. Il avait assez faim et soif pour dévorer cinq repas à lui tout seul.
— C'est pas trop tôt, dit-il. J'ai l'impression que cette traversée a duré une éternité.
— C'est bientôt fini, confirma Ahiru. Encore quelques mètres, et...
Elle n'eut pas le temps de finir. Surgissant de l'obscurité, une main rugueuse la saisit par la gorge et tira. Ahiru couina d'horreur ; quelques plumes volèrent dans les airs. Fort heureusement pour elle, Sanji fut plus rapide. Il se jeta sur la main et la tira pour éviter qu'elle n'entraîne le canard hors du chemin, lâchant Pipo qui tomba à terre sans bruit.
Un corps suivit bientôt le reste du bras qu'il amena à lui. Quelle ne fut pas la surprise de Sanji en voyant qu'il appartenait à Zoro ! Le bretteur avait l'air un peu hagard, mais sauf. Ses épées n'étaient pas présentes à sa ceinture, par contre. Sanji retira sa main de la sienne, trop ébahi pour se rendre compte que sa bouche était grande ouverte et son doigt pointé sur son vis-à-vis. Zoro resta planté là, bêtement, en portant Ahiru qui s'agitait encore en hurlant.
— Ah, dit-il en relâchant son étreinte sur le volatile.
Ahiru en profita pour s'échapper et se cacher sous la djellaba de Pipo, à moitié morte de peur et les plumes ébouriffées. Zoro fixait l'air sans rien dire, comme abruti par la lumière. Il regarda ses mains, le visage de Sanji, la route lumineuse qui se déroulait à l'infini. Et sourit.
Sanji se jeta sur lui et l'embrassa à pleine bouche.
À suivre dans le prochain thème...
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Ah pfuu, pas inspirée pour ce chapitre... j'ai eu un mal fou à trouver comment caser le thème. Du coup c'est très moyen, désolée. J'espère que ça vous a quand même plu. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
Merci et à bientôt !
