Titre : Rien qu'un baiser,
chapitre 18
Auteur : Mokoshna
Couple : ZoroXSanji
Fandom : One Piece
Rating : M
Thème : 18.
« Dites ahhh... »
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro
Oda. Je ne fais que reprendre ses personnages pour leur faire faire
n'importe quoi.
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Chapitre 18 : « Dites ahhh... »
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Le regard de Zero était perdu dans le vide, comme s'il cherchait quelque chose de précis sans qu'il y parvienne. Sanji décolla ses lèvres des siennes et l'examina un peu mieux. Le baiser qu'ils venaient d'échanger avait été tout au plus à sens unique ; seul Sanji y avait activement participé, tandis que Zoro s'était contenté de rester là à attendre qu'il ait fini. Cela le mit mal à l'aise ; jamais auparavant son amant n'avait ainsi réagi à l'une de ses invitations. Au contraire, il avait tendance à s'émoustiller pour un rien et il insistait assez lourdement pour profiter au maximum de leur liaison.
— Ben alors ? fit-il, un peu irrité. C'est tout ce que ça te fait ?
Zoro sembla perdu ; l'espace d'un instant, Sanji crut qu'il allait se libérer de son étreinte et s'enfuir. Puis le bretteur parut se calmer et le regarda fixement.
— Que... balbutia-t-il. Leon ? Qu'est-ce que tu fous ici ? Et qu'est-il arrivé à ton bras ?
Sanji sentit son coeur s'affoler, de colère et de tristesse en même temps. Bien sûr, qu'il connaissait l'état actuel de son amant ; il savait par Ken qu'il avait été lobotomisé par All Game et qu'il se prenait pour Zero, le cruel As de Carreau, celui dont le nom était parmi les plus craints d'All Game. Pourtant, connaître une chose et la constater de ses propres yeux n'était pas tout à fait pareil ; cela ne vous apportait pas autant de désespoir et d'impuissance. Sanji eut l'impression que quelqu'un venait de lui lacérer le coeur avec des griffes de fer. C'était une sensation si douloureuse et si inattendue !
— Je ne suis pas Leon, dit-il d'une voix rauque.
— Hein ?
— Je m'appelle Sanji. Je suis cuisinier. Je ressemble à Leon King, mais je ne suis pas lui.
— Ça par exemple !
La surprise sur le visage de Zero était réelle. Maintenant qu'il savait à quoi s'attendre, Sanji n'arrivait plus à penser à lui sous le nom de « Zoro ». Cet homme était très différent de Zoro, il le voyait à présent. Sa manière de se tenir était plus hostile, moins décontractée que celle de son ami. Son expression était aussi plus calculatrice, son regard moins intense quand il se posait sur lui. Il sourit faiblement.
— Je suis au chômage en ce moment à cause d'un petit problème technique, dit Sanji en montrant sa manche gauche qui pendait sur le côté.
— Vous ressemblez beaucoup au chef de l'île du Carillon, fit Zero avec dédain.
— Il paraît, oui.
Derrière lui, Ahiru sortit de sa cachette et s'avança, le pas incertain.
— Eh, mais c'est ce canard de la boutique ! grogna Zero en prenant une pose menaçante.
Effrayée, Ahiru retourna dare-dare sous la djellaba de Pipo en émettant un « Couac » étouffé.
— C'est à cause de ce fichu canard si je suis ici !
— Ahiru t'a perdu sur la Route des Esprits ? fit Sanji. C'est bizarre.
— Non pas cette volaille, répliqua Zero, un sale nain du nom de Martin. Mais elle aurait pu me dire que c'était dangereux ! Si je mets la main sur cette crapule...
— Tu ferais mieux de laisser Ahiru tranquille, dit Sanji en lui prenant le bras. C'est la seule à pouvoir nous sortir d'ici.
Zero retint son mouvement. Sanji en profitapour se coller à lui de manière à ce qu'il soit une gêne au cas où il déciderait d'en finir prématurément avec ses amis. Zero parut surpris, mais intéressé.
— Dis donc, t'es vachement amical pour un gars que je viens de rencontrer ! T'es comme ça avec tous les mecs qui passent, sosie de Leon ?
— Seulement ceux qui me plaisent, susurra-t-il langoureusement. J'aime bien les grands baraqués aux cheveux verts.
— Ah ouais ?
Un ricanement ; Zero semblait trouver l'attitude de Sanji normale. Avait-il pris l'habitude de se faire aborder à tout bout de champ par un bel homme qui lui étalait ses charmes ? Cette idée énerva Sanji, tout en sachant qu'il s'agissait là d'une réaction irraisonnée. Après tout, Sanji avait bien failli accepter les avances de Magdala un peu plus tôt.
— Je ne sais pas, siffla Zero d'un air badin. J'ai déjà bien assez de Leon. Quoique, un plan à trois avec vous deux qui vous ressemblez autant, ça pourrait être... excitant.
Le sourire racoleur qu'il eut agaça Sanji. Pour qui se prenait-il, ce type ? Il n'avait rien en commun avec Zoro ! Son amant avait beau être un pervers fini, les plans à plusieurs ne l'avaient jamais vraiment intéressé. Il était d'ailleurs assez conventionnel à ce sujet : jamais il ne suivait Sanji aux putes, il ne répondait à aucune invitation de la part de jolies jeunes femmes ou même d'hommes (et pourtant, ce n'était pas ce qui manquait, Sanji avait pu le constater de ses yeux !), il paraissait n'avoir que Sanji comme amant. La paresse incarnée.
Ou s'était-il trompé à son sujet ? Zoro paraissait tellement plus disposé à s'entraîner qu'à sortir pour voir du beau monde ! Sanji avait plus d'une fois essayé de l'emmener dans ces soirées organisée par des hédonistes notoires en quête de sensations fortes. Deux hommes aussi séduisants avaient toujours leur place dans ce type d'orgies ; Sanji avait de la sorte un succès fou. Zoro était plus réservé, plus sombre. Il n'acceptait jamais de le suivre dans ces ébats ; à peine regardait-il dans son coin, et son visage prenait à chaque fois cette expression étrange, mi-aigreur mi-chagrin, jusqu'à ce que Sanji lui fasse signe de le rejoindre et de s'amuser avec lui. Zoro arrivait alors tout doucement, sans un mot, et l'enlaçait tout en assouvissant ses désirs. Si une autre personne tentait quoi que ce soit, il s'écartait avec un regard de travers et un grognement, et on ne venait plus vers lui de la soirée.
— Excitant, oui, chuchota Sanji.
Le toucher de Zoro était presque tendre quand il l'enlaçait. Un souffle, un baiser ; comme si Sanji était un trésor précieux à honorer. Avec le recul, il se rendait compte à quel point Zoro avait été romantique à sa façon : il n'allait jamais voir ailleurs, il laissait Sanji agir à sa guise avec qui il voulait, l'encourageait même à sa manière. Il se plaignait souvent du comportement de play-boy de Sanji et cela résultait en disputes et en bagarres, mais l'avait-il jamais réellement arrêté, même quand ils s'étaient mis ensemble ? Lui avait-il jamais reproché ses infidélités ?
— Ahiru, fais-nous sortir d'ici, je t'en prie, dit-il, une boule dans la gorge.
Le canard se dépêtra avec précaution de sa cachette, prête à y retourner au moindre geste hostile de Zero. Sanji lui fit un sourire encourageant ; elle hocha la tête et partit en avant, les pattes fébriles. Zero ricana et fit mine de la suivre.
— Qu'est-ce que tu fous, Sanji ? dit-il en voyant que le cuistot ne suivait pas immédiatement.
Sanji était penché sur Pipo et tentait de le redresser.
— Je ne peux pas laisser Pipo ici, dit-il.
— Un ami à toi ?
— Oui.
Zero haussa les épaules et s'en alla. Sanji n'eut d'autre choix que de traîner le corps pesant de Pipo. Sa colère de tantôt était tombée ; seuls la fatigue et le désespoir envahissaient son coeur. Il s'en voulut pour cet instant de faiblesse et décida de tout faire pour que Zoro retrouve sa raison. Et si cela ne pouvait pas se faire, eh bien ! Il resterait au moins à ses côtés.
Même si pour cela il devait tourner le dos à ses amis.
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Une animation folle les saisit à peine sortis. Zoro observa les alentours, agacé. Depuis quand était-il enfermé dans ce fichu labyrinthe ? Autour de lui, les gens faisaient la fête et s'amusaient à qui mieux-mieux ; c'étaient partout sursauts d'allégresse, mélodies joyeuses qui voulaient se faire passer pour de la musique mais qui se perdaient au milieu des autres en formant un bruyant tintamarre, explosions de rire non contrôlées. Ne restait-il pas plusieurs jours avant le début de la Fête de la Musique ?
— Couac, on arrive à temps ! fit Ahiru, les yeux brillants.
— C'est ça, la Fête de la Musique ? dit Sanji. Je croyais que ça ne débutait pas avant plusieurs jours.
— C'est à cause du passage sur la Route des Esprits, couac ! On a dû gagner du temps.
— Génial. Il doit être en train de me chercher dans toute l'île.
— Il ? demanda Zero.
— Mon... logeur.
— Ah ? Un amant ?
— Lui ? s'indigna Sanji. Sûrement pas ! C'est encore un gamin !
Les yeux de Sanji s'agrandirent de manière comique. Zero l'aimait bien, ce type, finalement. Outre sa ressemblance probante avec Leon, il avait en lui un je-ne-sais-quoi de piratesque ; il avait dû faire partie d'un équipage de pilleurs des mers. Contrairement à Leon, il possédait une aura de dur à cuire, de bagarreur. Il se demanda quelles sortes de plats il préparait en temps normal.
— Eh, t'es coq, pas vrai ? Tu fais bien la cuisine ?
— Et comment ! fit son interlocuteur avec fierté. Je compte bien devenir le meilleur cuisinier de toutes les mers connues et navigables !
Zero se mit à rire.
— Pas mal, comme ambition. J'approuve.
Sanji fronça ses drôles de sourcils fourchus ; était-il mécontent ? Il détourna les yeux et Zero put le voir légèrement rougir. C'était... mignon, quelque part.
— Bien sûr, j'aurais besoin d'une période d'adaptation parce que la perte de mon bras est récente, mais je crois pouvoir recommencer à cuisiner d'ici peu.
— Ça gêne pas, de faire ça qu'à un bras ? demanda-t-il, curieux.
— Si, sûrement, mais ça devrait aller.
Zero lui fit un sourire carnassier.
— Tant mieux.
— Hein ?
— Parce que j'ai bien l'intention de goûter à tes plats, fichu sosie de Leon. Ça te dirait de faire partie de mon équipage ?
— Faire partie d'All Game ?
Sanji ouvrit des yeux ronds.
— Tiens, tu sais qui je suis ? ricana Zero.
— J'ai entendu parler de toi.
Et ce fut tout. Sanji se referma comme une huître. Tant pis pour le moment ; Zero aurait tout le temps de le dresser comme il faut.
— Hé, ce sera la gloire, tu verras ! Faire partie de l'équipage du meilleur bretteur de la Route de Tous les Périls, c'est pas donné à tout le monde !
Sanji parut pensif ; il fit ensuite une grimace amusée en lorgnant le bas-ventre de Zero.
— Dis donc, c'est bien joli ce titre et tout ça, mais tu comptes rester le seul bretteur sans sabre existant ?
— Le seul sans...
Zero se rappela soudain de la perte de ses chers bébés. Tout à la joie de sortir de ce maudit endroit, il les avait oubliés !
— Et merde !
Il voulut hurler à Ahiru de lui rendre ses sabres, mais le canard avait disparu pendant leur discussion. Il grogna.
— Saloperie ! Qu'est-ce que je vais foutre, moi, sans sabre !
— Du calme, fit Sanji avec un soupir.
Étrange ; la présence de cet homme semblait effectivement le calmer, même un peu. Zero sentit sa colère fondre. Sanji lui fit un sourire, et il retint son souffle, comme s'il était... faible. Qu'est-ce que ça voulait dire ? La courbe de la nuque du cuisinier éveillait en lui des sentiments nouveaux (était-il même capable d'en avoir ?), presque... tendres. Affectueux. Il secoua la tête pour essayer de se débarrasser de ces pensées parasites.
— C'est facile pour toi de dire ça, dit-il avec hargne, t'as pas perdu ton outil de travail.
— Ah oui ? fit Sanji d'une voix sèche. Et tu crois que c'est quoi, un bras pour un cuistot ?
Pour la peine, Zero se sentit bête. Ça ne lui arrivait jamais. Qu'est-ce que cet homme avait bien de spécial ?
— Oh. Désolé.
Il ne s'excusait jamais, non plus.
Décidément, ça devenait trop bizarre. Raison de plus pour garder ce drôle de type à portée de main.
— On peut peut-être les récupérer, continua Sanji sans remarquer le trouble de Zero. Je suis supposé rencontrer Maine, le maître d'Ahiru. Elle m'a dit qu'il pouvait voyager sur la Route des Esprits à sa guise ; il saura peut-être quoi faire pour retrouver tes armes.
— Ouais, ça a l'air bien, dit Zero sur un ton distrait.
Il s'était rapproché de Sanji, histoire de l'examiner d'un peu plus près. Son vis-à-vis sentait délicieusement bon ; un mélange d'eau-de-cologne et de brise marine, assaisonné d'une note inconnue et terriblement séduisante. Zero se dit que si le paradis avait un parfum, ce serait celui qu'il humait à l'instant. Il aspira une grande bouffée et se colla au cuistot, le visage empreint d'une joie quasi-obscène. Sanji lui jeta un regard interrogateur.
— Quoi ?
— Rien. Ton odeur. Tu sens bon.
— Ah ?
— Ouais. Comme... la mer. Tu sens la mer. Et le soleil. C'est bizarre. J'ai l'impression de me retrouver au large, à admirer l'horizon.
Sanji parut se raidir ; ce fut d'une voix étouffée qu'il dit :
— Ah bon ?
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Sanji sourit faiblement en réaction au compliment qu'il venait de recevoir. Jolie image, assez poétique dans son genre ; exactement ce qu'il aurait dit à une jeune fille pour la séduire. En peut-être un peu plus enrobé.
Quelle ironie, n'est-ce pas ? C'étaient là les mots exacts que lui avait dits Zoro un soir, alors qu'il était complètement saoul. Que Sanji sentait comme la mer et le soleil, comme l'horizon et le ciel. Et toutes ces fichues analogies qui l'avaient fait fondre et bégayer sur le moment, parce qu'il ne s'était vraiment pas attendu à une telle décharge de délicatesse de la part de Zoro, même si elle avait été éructée en période de beuverie. C'était si rare et si précieux ; Sanji aurait pu en pleurer.
Zoro s'était évanoui juste après sur ses genoux, mais il n'avait pas oublié. Il était resté interdit durant une bonne heure, à contempler le mouvement régulier de la respiration du dormeur, à écouter ses ronflements... Les jours suivants, il s'était bien montré un peu plus coulant à son égard, un peu plus... aimable. Juste pour quelques mots que Zoro avait dits sans s'en rendre compte et qu'il avait déjà oublié le lendemain.
— Je suis vraiment trop con, siffla-t-il entre les dents.
— Quoi ?
— Rien. On y va ?
— Quoi, dans la rue des Tambours ? Pas question que je retourne là-dedans !
— Il le faut bien pourtant, si tu veux récupérer tes sabres. Je ne sais pas où se trouve la boutique de ce Maine.
— Et galère.
Sanji secoua la tête, lui prit la main et l'entraîna à sa suite dans la ruelle. Les bruits de la fête s'estompèrent peu à peu jusqu'à ne plus être qu'un écho sporadique lointain. Ils furent bientôt seuls.
— C'est par là ?
— Ouais.
— Ahiru m'a dit qu'on pouvait se perdre très facilement si on n'y prenait pas garde.
— Pas de soucis, j'ai un bon sens de l'orientation. Sauf quand je suis dans le monde de l'Autre Côté, ajouta-t-il avec un rictus de dédain, mais ça ça doit être normal, je suppose.
Sanji ne dit rien. Encore une chose qui le différenciait de Zoro ! Son amant était incapable de retrouver son chemin, même si sa vie en dépendait. Heureusement que le Going Merry était minuscule ; il aurait été capable de se perdre dans la cale, cet imbécile.
Le Going Merry ! Son équipage. Sanji les avait oublié. Il avait déposé le corps inerte de Pipo à l'entrée de la rue et l'avait laissé là. Il espérait seulement que son ami irait bien. Qu'étaient devenus les autres ? Pourquoi Pipo était-il seul ? Ou alors... ils se trouvaient peut-être sur l'île ? Il avait manqué sa chance de les revoir !
Tant pis. Il aurait tout le temps de les retrouver après avoir parlé à Maine. Et si d'aventure le tenant de la boutique d'Ahiru connaissait le moyen de voyager dans le temps et de le ramener en arrière, avant que toutes ces mésaventures n'arrivent, il n'aurait plus besoin de voir leur avenir, puisque le passé (son présent) serait modifié ?
Toutes ces données complexes embrouillaient l'esprit de Sanji. S'il retournait en arrière... allait-il récupérer son bras ou bien resterait-il de cette manière ? Si c'était le cas et qu'il ne pouvait rien changer à son aspect physique... C'était un peu déprimant, de se dire ça. Sans parler du paradoxe temporel que cela risquait de provoquer. Sanji avait déjà lu une histoire comme ça : un homme retournait dans son passé à l'aide d'une machine à remonter le temps et il croisait son ancien moi, adolescent à l'époque. À cause de cette rencontre, sa personne adolescente mourait en sauvant la fille qu'il avait toujours aimé, décédée suite à un accident. L'histoire se terminait modérément bien : la fille était sauve, mais le garçon avait perdu la vie. La fin du livre laissait deviner qu'elle prévoyait de repartir dans le temps pour empêcher cette tragédie, sans savoir que son petit ami avait fait la même chose auparavant...
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas que Zero le guidait pas à pas jusqu'à la ruelle où il avait rencontré pour la première fois Ahiru. Il fut tiré de sa torpeur par le « Couac ! » familier du canard.
— Bienvenue chez Maine, dit Ahiru.
— Hé, bec orange, grogna Zero. On cherche ton chef.
Ahiru trembla de peur. Sanji sourit et s'approcha d'elle.
— Tu m'avais dit que tu me présenterais à Maine, non ? Il n'est pas encore arrivé ?
— Si, mais...
Elle jeta un bref coup d'oeil effrayé à Zero. Le bretteur lui montra les dents et elle alla se cacher derrière Sanji.
— Zero ne te fera pas de mal, soupira Sanji. S'il-te-plaît, Ahiru, c'est important.
Ahiru hocha la tête, bafouilla quelques vagues excuses et rentra dans la boutique. Sanji remarqua enfin l'étrange vitrine.
— C'est... euh...
— Grotesque ? proposa Zero. Déroutant ? Effrayant ?
— Oui, quelque chose comme ça.
Ce qui amena un ricanement de la part de Zero. Sanji l'ignora et rentra.
Une cloche tinta lorsqu'il ouvrit la porte. Quel fatras d'objets singuliers ! Les étagères étaient encombrées jusqu'à plier sous le poids des produits, il y avait de la poussière un peu partout. Sanji vit Ahiru se glisser entre les objets qui jonchaient le sol (il n'était pas très sûr de ce que c'était et il ne tenait pas tellement à le savoir, à vrai dire) jusqu'au fond de la salle. Zero lui agrippa le bras.
— Je ne retourne pas dans l'arrière-boutique, fit-il. Et si je vois Martin, je lui explose la face.
— Je suppose que ce ne serait que justice...
— Ce sale nain puant ! Je ne sais pas ce qui me retient de raser cet endroit...
Un mouvement de sa main dans celle de Zero, et le bretteur sembla se calmer d'un coup. Sanji ne savait pas trop quoi en penser. Était-ce là une lueur d'espoir dans le processus de guérison de Zero ? Pourtant, Zoro n'avait jamais réagi de la sorte à son toucher, dans ses souvenirs. Ou Sanji était-il trop occupé à lui crier dessus pour s'en apercevoir ?
— Encore un peu de patience, chuchota-t-il à son oreille, et tu pourras retrouver ce que tu as perdu...
Zero parut satisfait. Main dans la main ; le coeur de Sanji battait à tout rompre. Il suivit les pas d'Ahiru, le regard perdu dans le vague. Dans sa tête, l'image de Zoro se superposait à celle de Zero.
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Ahiru les mena à une petite pièce confortable heureusement située à l'opposé de l'arrière-boutique. Cet endroit paraissait beaucoup plus grand que Zero ne l'avait cru au prime abord. Mais bon, il n'aurait pas cru que la boutique puisse être l'une des multiples entrées de la Route des Esprits avant de l'avoir empruntée lui-même. La pièce sentait l'alcool et le citron ; pas une odeur désagréable en soi mais cela rappelait de mauvais souvenirs à Zero.
Son réveil entre les mains du Bourreau des Coeurs s'était déroulé dans les mêmes conditions.
— Dites « Ahh... », fit une voix grave.
Ahiru leur montra de l'aile un homme trapu assis sur un tabouret, qui leur tournait le dos. Il était apparemment en train d'ausculter une espèce de dame au physique d'otarie. À ses côtés, Sanji sursauta et s'écria :
— Chopper !
L'homme dénommé Chopper se retourna, et Zero put voir qu'il était encore plus étrange qu'il ne l'avait cru. Pour dire les choses franchement, il y avait en lui quelque chose qui tenait du renne : était-ce à cause des longues branches qui sortaient de son chapeau haut-de-forme, du poil qu'il portait ou de son museau bleu humide ? Le visage de Chopper se décomposa en les voyant. Sanji se précipita sur lui, les larmes aux yeux, et le serra de son bras valide.
— Bon sang, ce que je suis heureux de te revoir ! cria-t-il.
Zero resta en retrait, ne sachant que faire. Ahira s'approcha de lui avec prudence.
— Pourquoi est-ce que Sanji appelle Maine « Chopper » ? demanda-t-elle, interdite.
— Aucune idée.
C'était là la stricte vérité. Pourquoi Sanji n'avait-il pas dit qu'il connaissait ce Maine, plutôt que de faire tous ces chichis ? À moins qu'il ne savait pas qu'il le connaissait ? C'était probable ; après tout, il l'avait appelé d'un autre nom. Maine ou Chopper tâta la tête de Sanji avec hésitation, comme pour vérifier qu'il ne rêvait pas. Il jeta aussi à Zero un regard agressif et terrifié en même temps.
— Sanji ? fit-il d'une toute petite voix. C'est bien toi ?
— Qui d'autre ? cria le cuistot.
— Comment savoir ?
— Ton plat préféré est le couscous de légumes, dit-il. Et la tarte à la rhubarbe. Tu en raffolais, il fallait toujours que j'en fasse un peu plus les jours où j'en préparais, parce que tu en reprenais à chaque fois.
Chopper-Maine en resta sans voix.
— C'est bien toi, alors ?
— Évidemment ! s'écria Sanji. Ah, je suis désolé, j'ai laissé Pipo à l'entrée de la rue des Tambours. J'aurais su que tu étais là, je l'aurais emmené pour que tu l'examines !
— Pipo ? Répéta un Chopper estomaqué. Pipo est là aussi ?
— Ben oui ! Vous n'êtes pas ensemble ? Où sont Nami et les autres ? Luffy est en train de se goinfrer quelque part, je présume ?
Chopper repoussa Sanji avec force. Zero remarqua qu'il avait l'air horrifié ; il regarda le bretteur comme s'il était une merde sur sa chaussure. Tant de haine ! Il ricana. Sanji avait mentionné un certain Luffy ; Zero se souvenait d'avoir tué dans le passé un homme avec ce nom. Un petit capitaine de rien du tout qu'il avait pris en traître et poussé dans l'eau. Comme il avait ingéré un fruit du démon et de ce fait était incapable de nager, il avait coulé d'une traite jusqu'au fond de l'océan. Zero se rappellerait toute sa vie du regard trahi que lui avait lancé ce gamin avait de sombrer corps et bien. Cela avait été l'une des expériences les plus délicieuses de sa courte existence de Zero. N'avait-il pas tué une autre personne de l'équipage de ce Luffy, par la suite ? Il ne se souvenait plus très bien. Il ne s'intéressait guère aux sous-fifres.
— Sanji, qu'est-ce que tu fais avec lui ? dit le renne d'une voix dure.
— Chopper ?
— Je croyais qu'il t'avait tué. Comme il l'a fait avec Luffy et Nami.
Sanji parut en état de choc. Il ouvrit la bouche sans qu'aucun son en sortît. Ses gestes furent plus saccadés, son souffle s'accéléra. Il se tourna vers Zero, hésita, perdit toute contenance. Ses mains tremblèrent ; Chopper les prit entre ses sabots et le mit derrière lui, défiant du regard Zero. Ahiru se précipita pour se cacher sous le tabouret de son maître. Sentant le danger, la dame-otarie partit en couinant.
— Je ne sais pas ce qui se passe, siffla avec colère Chopper, mais je ne te laisserai pas faire de mal à Sanji comme tu l'as fait aux autres.
Zero voulut s'avancer vers Sanji, il amorça un geste en sa direction... le cuisinier détourna le regard. Chopper s'interposa, un sabot posé sur son torse en signe de menace.
— Ne touche pas à Sanji, salaud ! hurla-t-il. Tu ne le mérites pas !
Que de haine dans sa voix ! Zero jubilait en son for intérieur. Il était en terrain connu : tous ces sentiments violents, cette volonté de l'écraser comme un insecte... Tous les signes étaient là pour désigner une victime. Il adorait ça. Ce Chopper avait beau faire le fier, il avait quand même les genoux qui s'entrechoquaient. Il recula et fit un salut moqueur. Sanji n'avait pas bougé.
— Heureux de voir que je suis si célèbre, dit-il d'une voix suave. Mais je ne suis pas venu pour signer des autographes. J'ai perdu dans le monde de l'Autre Côté trois sabres précieux et je souhaiterais les récupérer.
Chopper parut y réfléchir. Il jeta un coup d'oeil sur la silhouette tremblante de Sanji, sur son bras manquant, sur sa boutique elle-même. Il ravala sa bile dans un soupir ; Zero pouvait presque voir son raisonnement en direct.
— Si je te les rends, tu jures de me laisser tranquille, moi et les miens ? De laisser Sanji ?
Que les hommes étaient prévisibles ! Plus d'une fois, il avait eu à faire ce serment qu'il avait finalement rompu à la première occasion. Zero était beaucoup de choses répugnantes, et parjure en faisait partie. Et quoi ! Il était un pirate, pas vrai ? Pourtant, pour cette fois, il n'eut pas envie de mentir. Allez savoir pourquoi, il voulait que Sanji vienne à lui en toute connaissance de cause. Il désirait cet homme, il pouvait le sentir à présent qu'il avait sans doute perdu toute chance de le mettre dans son lit. Quelque chose en lui était irrésistible ; c'était comme une faim qu'il ne pouvait assouvir qu'avec Sanji.
— Je ne parle pas pour lui, il fait ce qu'il veut. Mais oui, je jure de ne pas venir vous tuer dans votre sommeil. Satisfait ?
— Il le faut bien, je suppose, dit Chopper avec réticence.
Un claquement de sabot dans l'air ; une ombre apparut à côté de lui et une tête de kappa en sortit, un sourire idiot sur les lèvres.
— Je cherche trois sabres qu'un humain a lâché dans les ténèbres, fit-il. Tu peux me les amener, s'il-te-plaît ? Je te donnerais tous les concombres que tu veux.
Le kappa parut faire une pirouette de joie ; il partit dans sa zone d'ombre en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Au bout de deux minutes, les trois sabres de Zero surgirent du trou noir et atterrirent sur les genoux de Chopper. Celui-ci cria des remerciements dans le trou ainsi qu'une promesse de rendez-vous pour le soir même avec comme cadeau l'équivalent d'un champ de concombres. Zero ricana.
— Les voici, dit Chopper en lui tendant ses armes. Va-t'en, maintenant, et ne reviens jamais.
Et tout fut dit. Zero les salua une dernière fois en jetant un regard appuyé sur Sanji qui était devenu complètement aphasique. Chopper le raccompagna pour lui fermer la porte au nez. Un dernier « Couac » d'Ahiru, et il tourna les talons pour rentrer chez lui. Ses sabres battaient son flanc, doucement, au rythme de ses pas, lui rappelant qu'il les avait récupéré grâce à Sanji.
Ce n'était que partie remise. Sanji finirait par lui appartenir, il en était certain.
L'esprit léger, il sortit de la rue en sifflant et se mêla à la foule en liesse.
À suivre dans le prochain thème...
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Pour l'anecdote, un kappa est une créature folklorique japonaise ressemblant à une grosse tortue toute verte se tenant sur deux pattes, avec une tonsure sur la tête. Les kappa raffolent des concombres, c'est même leur péché mignon. À part ça, je serais incapable d'en dire plus, je ne m'en suis servi que par caprice.
Ce thème-là était nettement plus facile que le précédent, du coup il m'a pris quasiment le tiers du temps passé avec « kHz ». Ce qui n'est pas plus mal vu que j'ai beaucoup d'autres fics à finir.
Comme d'habitude, merci d'avoir suivi jusque-là et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
