Dehors, le soleil se couche mais, dans le salon de Godric Hollow, les membres de l'Armée de Dumbeldore et de la famille Weasley sont rassemblés pour pleurer l'un des leurs. Hermione dors, dans la chambre d'amis, sous l'effet d'une potion Tue-rêves. Elle n'a pas pu entrer dans sa chambre, dans leur chambre. Elle est en état de choc et rien ne semble la faire réagir.

Effondrée dans les bras de son mari, Molly Weasley sanglote désespérément. Harry est debout, près de la fenêtre regardant dehors, plongé dans ses pensées, sans paraitre remarquer que la nuit est tombée. Derrière lui, Ginny, assise dans un fauteuil, muette, revis la scène encore et encore. Les hurlements de Ron. Le rire du mangemort. Les éclairs de lumière qui fendent l'air. Et à chaque fois, elle arrive trop tard. L'éclair de lumière verte qui sort de sa baguette ne touche pas le mangemort à temps pour sauver son frère.

Elle a vu l'état dans lequel Harry et Luna était après leur première utilisation de l'Avada. Les yeux fixes, incrédules, en état de choc. Elle sait qu'il en sera de même pour Hermione et Neville lorsque leur tour viendra, lorsqu'eux aussi devront choisir d'oter une vie pour continuer la leur. Mais pas pour elle. Elle ne ressent rien de ce genre. Aucun regret, aucun remord, elle le referait sans hésiter un seul instant. Elle voudrait seulement que cela ait servit à quelque chose.


Les jours passent, les uns après les autres. Tous semblables : gris et froids. Chacun des membres de l'Armée de Dumbeldore réagit à sa facon face à la douleur.

Il semble que Ginny ait perdu ce qui lui restait de douceur. Le peu d'innocence que Tom Jedusort lui avait laissé, a définitivement disparu. Elle est devenue une guerrière dans le plus pure sens du terme, prête à tout désormais pour protéger les siens. Elle n'avait jamais tué avant, mais elle ne se sent pas le moins du monde coupable. Elle n'a pas versé une seule larme, même pas lorsque la première pelletée de terre est tombée sur le cerceuil. Pleurer ne lui ramenera pas son frère.

Alors elle se jete à corps perdu dans les recherches pour les Horcruxes, refusant de se laisser ne serait-ce que le temps de penser. Une seule pensée la hante et la tourmente de toute façon : Ron ne rentrera pas à la maison ce soir. L'air est soudain devenu si froid autours d'elle. Dans le ciel, le soleil brille de nouveau, mais tout lui semble pluvieux. Ca fait si mal de perdre quelqu'un sans avoir l'occasion de lui dire au revoir. Pris entre deux feux, mauvais endroit, mauvais moment. Tu me manques tellement Ron. Plus rien ne me semble juste désormais. Je sais bien qu'il y a un endroit meilleur qu'ici, quelque part et que tu m'y attends, mais la douleur n'en est pas moins forte. Je n'arrête pas de rêver de toi. Comment ce fait-il que le monde continue de tourner, alors que tu n'es plus là ? Alors que plus jamais je ne te verrais rire, que plus jamais tu ne te moqueras de moi. Plus jamais de partie de Quiddish, plus jamais de complot pour rendre à Fred et Georges la monnaie de leur pièce, plus jamais ... Je sais que l'on dit que toute fin est un commencement mais celui-ci me semble si injuste ...

La voix de Neville la tire de ses pensées.

- Ginny ? Tu sais où est Harry ?

Elle hoche la tête en direction du jardin où une ombre se découpe devant ce qui semble être une pierre dressée.

- Il est sorti parler avec Ron ...


Tu me manques tellement, Ron. C'était trop tôt, beaucoup trop tôt. Je viens ici tous les jours, je n'arrive pas à me persuader que tu n'est plus là. Tu parvenais toujours à nous faire rire peu importe à quel point la situation était désespérée. C'est maintenant que nous aurions besoin de tes pitreries ... Si je pouvais échanger nos places, je le ferais sans hésiter un seul instant.

Mais tu te moquerais de moi si tu étais là, n'est-ce pas? "Et qui sauverais le monde si tu disparaissais, Harry? ". Je ne veux pas sauver le monde, Ron. Je veux juste que ceux que j'aime cessent de mourir les uns après les autres.

Peut être que dans une autre vie ... Nous pourions nous retrouver, et nous vivrions dans un monde normal. Sans les guerres, les morts et la douleur ... Il me semble que le paradis est si loin. Et le monde est si froid depuis que tu n'es plus là.

Doucement ses genoux cèdent sous lui et il se retrouve au sol, une main appuyée à la tombe, le corps secoué de sanglots. Ses doigts se crispent sur l'inscription.

Ron Weasley

1 mars 1980 - 25 février 1998

Un ami et un frère. Un véritable Griffondor.


Les Weasley ont emmenagé pour de bon au quartier général de l'Ordre. La majorité des membres en a fait autant de toute façon. Il y a assez de place pour tout le monde et personne n'a voulu les laisser seuls dans une telle épreuve.

Cette nuit, comme beaucoup d'autres, Molly ne parvient pas à dormir. Elle est assise dans le fauteuil près de la cheminée, les yeux fixés sur les flammes qu'elle ne voit pas. Elle a allumé une bougie sur l'appuie de fenêtre. Comme chaque soir.

Une nouvelle bougie, un nouvel enfant qui disparait. Un nouveau coeur de mère brisé. Une nouvelle prière restée sans réponse. Et tout recommence. Comme il y a 20 ans. Seulement cette fois, c'est ses enfants qu'elle voit mourir et pas son père, son frère, ses amis ...

Et elle sait que dans le monde sorcier, d'autre larmes coulent en ce moment. D'autres mères pleurent un enfant. Et beaucoup d'autres pleureront encore avant que tout ça ne prenne fin.

Parfois elle se demande, s'il existe un monde meilleur, où personne n'a à souffir de la sorte. Un monde où, peut-être, son fils l'attend. Parfois, elle se demande où vont les anges lorsqu'ils tombent. Et pourquoi le paradis se transforme en enfer sans qu'on sache pourquoi. Elle se demande si Ron peut l'entendre où qu'il soit. Si une autre lumière brille quelque part en réponse à la sienne.

Et elle se demande si elle pourra un jour s'arrêter de pleurer.


Hermione n'est pas sortie de sa chambre une seule fois depuis l'enterrement. Elle reste immobile, assise sur son lit ou debout à la fenêtre, les yeux perdus dans le vague. Neville et Luna se relayent pour la surveiller de peur qu'elle ne fasse une bétise. Ils savent que c'est ce qu'Harry et Ginny aurait fait s'ils étaient encore capables de penser.

Neville a eu peur un moment qu'elle ne se laisse sombrer dans la folie. Mais Luna l'a dissuadé d'appeler Ste Mangouste : "Hermione est forte. Elle s'en remettra. Elle reviendra. Il faut juste lui laisser le temps". Et Hermione est restée avec eux, à vivre sa vie en gris et noir.

Il y a une photo de Ron sur la table de nuit. Parfois, son regard se pose dessus et alors elle se fige l'espace d'un instant. Dans ces moment là, ses yeux reflètent toute la douleur du monde. Il semble que pour un instant, son coeur, qu'elle a laissé avec Ron dans la tombe, se remette à battre. Et Luna sait qu'un jour, cela durera plus qu'un instant. Et ce jour là, Hermione commencera le chemin de retour.


Fermez la porte et jetez la clé. Oubliez moi ici. Je n'en peux plus, je suis si fatiguée de me battre. J'ai perdu de toute façon. Quoi qu'il arrive, sans lui à quoi bon ? Les souvenirs de nous dansent sur les murs, peu importe où je pose les yeux.

J'ai si mal, Ron. Je ferme les yeux et je me souviens de ton amour. Et peu importe à quel point je pleure, toutes les larmes du monde ne me le rameneront jamais.

J'ai toujours été forte. Je sais me battre, me défendre. Je n'ai pas peur de Voldemort, je n'ai pas peur de mourir. Je suis capable de supporter la douleur, mais une vie entière sans toi à mes côtés ... je ne sais pas si je pourrais supporter ça.

J'ai perdu tellement de temps. Toutes ces chamailleries pendant 6 ans. Tout ce temps avant de me rendre compte que c'était toi que j'aimais. Tout ce temps de gacher, tout ce temps que je ne pourrais jamais rattraper ...