Severus a décidé d'emmener Tonks à un banquet organisé par les Parkinson, une famille de sang purs, à l'occasion du 50e anniversaire de Siegfried Parkinson. Leur manoir se trouve au sud de Londres, près de Stonehenge, comme ceux de la majorité des familles de sang pur. Les Gaunt, descendants en droite ligne de Salazard Serpentard n'ont-ils pas vécu à Little Hangleton, tout près d'ici?
La réunion avait initialement été prévue au manoir des Malfoy, amis de longue date des Parkinson, situé à quelques kilomètre de là mais les récents "évènements" en ont décidés autrement. Ce n'est pas à proprement parler une réunion de Mangemort mais le but est de montrer Tonks, ou plutôt Ariana, aux différents Mangemorts et pas de la faire entrer dans le cercle des proches de Voldemort. Ca c'est le rôle de Severus.
Il n'empêche que tous les mangemorts sont là. Ils ne se cachent même pas. Merlin ! Ils sont tellement surs d'eux qu'il ont invité l'homme le plus recherché du monde sorcier après Voldemort : l'assassin d'Albus Dumbeldore.
Mais ce n'est pas pour autant qu'ils discutent d'affaires importantes. Ca fait maintenant deux heures qu'ils sont ici et Tonks s'ennuie à mourir. L'anniversaire de Remus, quelques jours au paravant, était bien plus interessant. Installée dans un coin, observant les allées et venues des uns et des autres, elle n'ose pas se méler à leurs conversations de peur de faire une erreur qui ruinerait sa couverture. Et celle de Severus par la même occasion.
Il est en ce moment de l'autre côté de la pièce et fait semblant d'écouter avec attention les propos mondains et dénués d'intérêt de Rabastan Lestrange. Un moyen comme un autre de l'éloigner d'elle.
Le frère cadet de Rodolphus n'a, en effet, pas caché, à leur arrivée, son intérêt pour les charmes d'Arianna Prince. Seul un regard noir et le bras protecteur de Severus autour de sa taille ont pu faire reculer, légèrement, le Mangemort. Le message était clair "Personne ne touche à la cousine de Severus Snape. A moins de vouloir avoir un petit tête à tête pas forcément agréable avec le bras droit de Voldemort.". Rabastant à visiblement compris le message mais on ne sait jamais.
Au milieu de la pièce, des couples tournent au son de la valse. Mais soudain, tout se fige lorsqu'un cri retentit.
Instantanément, Tonks se retourne vers l'endroit d'où il semble provenir : un petit groupe de six personnes un peu à sa droite. Un couple d'une trentaine d'année environ et les Lestrange font face à un homme d'une cinquantaine d'année et à une jeune fille d'environ 18 ans. C'est elle qui a crié. Ses joues sont rouges et ses yeux lancent des éclairs de colère. Elle se tient droite devant Rodolphus qui la dépasse d'une bonne tête et continue de crier, faisant se retourner toutes les têtes dans leur direction.
- ... Draco n'est pas un idiot ! Je ne vous écouterais pas l'insulter une seule seconde de plus !
L'homme à ses côtés, qui doit être son père, tente de la calmer d'une main sur son bras. Mais elle s'écarte en lui jetant un regard méprisant. Rodolphus les regardent avec un air d'ennui et laisse tomber d'une voix calme :
- Mon cher hôte, vous devriez apprendre à votre fille à se tenir en société. Nous pouvons pardonné des paroles dites dans l'exitation de la jeunesse. Après tout, tout le monde ici connais les tendres sentiments qu'elle avait pour le traitre Malfoy... Mais il est temps maintenant qu'elle se reprenne et fasse des excuses.
- Des excuses ! Jamais ! Pour qui vous prenez-vous?
Elle tourne la tête dans toutes les directions, fixant ses yeux trop brillants sur toutes les personnes présentes. Elle rit d'un rire dur et sans joie. Bien trop sombre pour une jeune fille de son âge.
- Vous êtes là à faire la fête, à faire les fiers. Comme si jamais rien ne pouvait vous atteindre. Vous ne comprenez donc pas que ce temps là est révolu ? Notre monde a changé et rien ne le fera redevenir ce qu'il était ! Les sangs purs deviennent de moins en moins puissants, de moins en moins nombreux de jour en jour… si nous continuons, nous allons finir par disparaître et ce sera peut être mieux pour tout le monde !
Elle agite les mains comme pour les repousser.
- Mais dansez donc … Allez-y ! Riez, danser ... Faites tout pour oublier que votre monde va s'écrouler. Vous êtes en train de vous débattre contre l'innévitable mais ça ne durera plus longtemps : nous allons perdre cette guerre. Nos raisons sont mauvaises : les sangs mélés et les moldu valent autant que nous ! Beaucoup d'entre eux étaient parmi les plus doués à Poudlard. Nous devons abandonner avant qu'il ne soit trop tard. Certains d'entre nous l'on déjà compris et se battent pour ce qu'il savent juste. Je refuse de continuer à soutenir une cause que je sais condamnée. Je ne servirais pas un fou qui nous sacrifiera tous pour obtenir le pouvoir, je …
La giffle la fait reculer de quelques pas. Son père la saisit par le bras et la secoue pour la faire taire.
- Silence petite idiote ! Comment oses-tu remettre en doute le jugement du Seigneur des Ténèbres?Et tout ça pour un sale petit traitre dont tu t'es amourachée ! Tu vas retirer ce que tu as dit immédiatement, tu m'entends ?
- Elle n'a aucune raison de se rétracter : elle n'a fait que dire la vérité.
La voix calme, posée, a résonné dans la grande pièce silencieuse. Plus grave, plus sombre, elle appartient à un jeune homme, environ du même âge que la jeune Parkinston. Celle-ci lui sourit, semblant puiser une force nouvelle dans sa présence. Elle se redresse, fixant les visages consternés qui lui font face, droite face à la foule hostile. Sa lèvre a éclaté suite à la giffle et ses cheveux se sont défaits mais elle n'en est que plus impressionante. Le jeune homme à ses côtés continue de parler en s'avancant vers Rodolphus avec un calme holympien.
- Elle a raison : la haine n'a aucune raison d'être. Nous venons de passer six ans à Poudlard. Six années pendant lesquelles nous avons agit comme on l'attendait de nous. Nous avons joué notre rôle de parfait petits sang pur, sans même savoir au départ qu'il s'agissait d'un rôle. Mais nous avons grandi. Nous ne sommes plus des enfants et nous sommes désormais capables de juger par nous même. Et les sang mélé valent mieux que beaucoup d'entre nous. Ceux qui les défendent ne sont pas des idiots et de lâches. Dumbeldore n'était ni l'un ni l'autre. C'était le meilleur directeur que Poudlard ait jamais eu ... Il n'aurait pas du mourir, mais sa mort nous a ouvert les yeux. Elle nous a fait predre conscience de la réalité de cette guerre. Nous avons enfin compris que les morts ne sont pas qu'un nom dans le journal. Et nous avons compris que cette guerre doit prendre fin. Je refuse de porter la Marque des Ténèbres. Je ne serais pas un assassin. Je ne me battrait pas. Pas dans votre camps. Vous vivez dans un monde fait d'illusions, un monde qui finira par s'effondrer sur vous. Mais je ne serais pas là pour le voir. Gardez donc vos certitudes, continuez donc de croire à votre supériorité. Ce n'est qu'une chimère …
Le silence retombe, tendu. Un cri perçant le brise soudain. Bellatrix s'avance vers le jeune couple et hurle d'une voix déformée par la rage.
- Crucio !
Le corps du jeune homme se tord de douleur et son hurlement fait trembler les murs. Un autre cri à jaillit en même temps de la bouche de la jeune fille qui se précipite vers son ami, les yeux agrandis d'horreur.
- Blaise !
Le jeune homme se crispe dans un dernier spasme avant de retomber inerte sur le sol. En un instant, le jeune fille l'a rejoint et, agenouillée sur le sol, elle prend la tête aux cheveux noirs dans ses mains. Les larmes roulent sur ses joues alors qu'elle caresse doucement le visage torturé. Il ouvre les yeux et trouve encore la force de lui sourire. Elle lui sourit aussi à travers ses larmes, essuyant de sa robe de soie, le sang qui perle à ses lèvres. Elle murmure un pardon et pour toute réponse, il sert plus fort la main qu'il tient dans la sienne.
La jeune fille tourne son visage baigné de larmes vers les Mangemorts qui les entourent. Elle croise le regard fou de Bellatrix, les yeux incrédules de son père, de nombreux autres chargés de haine ou d'incompréhension. Doucement, sans les quitter des yeux, elle glisse sa main dans la couture de sa robe et saisi sa baguette. Elle se penche vers son compagnon qui respire de plus en plus difficilement et le sert dans ses bras. Elle entend à peine quelqu'un crier « Non ! Empêchez la ! » mais elle a déjà murmurer l'incantation, deux petit mots de liberté qui mettront fin à cette folie. Pour eux du moins. Déjà tout lui semble loin, comme dans un brouillard.
Et dans l'éclat de lumière verte qui les entoure, elle ferme les yeux et sourit.
