- Fleur ! Tu peux m'aider à ranger ces draps, s'il te plait ?
- Bien sur Molly. Je les range dans l'armoire du haut ?
- Oui, merci. Je ne sais pas comment je ferais sans toi, tu es un ange.
Sur un sourire, la jeune femme s'empare de la pile de linge et grimpe les escaliers. Mais arrivée en haut, son pied rate la dernière marche. Elle chancelle l'espace d'un instant, lachant les draps qui dégringollent jusqu'au pied des escaliers. Elle tend la main pour tenter de se racrocher à la rambarde mais ses doigts ne rencontre que du vide et elle bascule en arrière.
Alertée par le bruit, Molly sort en courant de la cuisine et se précipite vers sa belle-fille.
- Merlin, Fleur. Que s'est-il passé ? Ca va ? Tu n'as rien ?
- Non, Molly, tout va bien. J'ai raté la dernière marche et je suis tombée. Ce n'est pas grave juste quelques coupures. Un sort ou deux et ce sera fini.
Aidée de Molly, elle se relève, encore tremblante sur ses jambes et devient soudain pale comme une morte : un fin filet chaud glisse le long de sa cuisse, tachant de rouge sa jupe claire.
Alongée dans son lit, Fleur garde les yeux fixés sur le mur. Dans le couloir, Molly fait des allées et venues en attendant l'arrivée de Pompom et de Cho.
Mais elle n'en a pas conscience, tout comme elle ne sent pas la main de Bill qui sert la sienne, tout comme elle ne voit pas la tristesse dans ses yeux, lui qui vient d'apprendre sa grossesse en même temps que sa chute.
Une seule chose compte pour elle : le vide dans son ventre.
Elle ne l'a pas entendu mourir.
Jamais elle ne s'est sentie aussi vide. Sans s'en rendre compte, elle s'était déjà habituée à l'idée d'une petite vie grandissant à l'intérieur de son corps. Et alors qu'au début, elle ne voulait pas de cet enfant, qu'elle avait peur de le mettre au monde en temps de guerre, peu à peu, au rythme de son corps qui se préparait à l'abriter, elle avait apris à aimer ce petit être qui poussait en elle. Elle s'était surprise plusieurs fois, perdue dans ses pensées et dans ses rêves d'avenir : se voyant entourée d'enfants, les protégeant de tout, ne laissant jamais rien leur arriver.
Une main posée sur son ventre comme pour le protéger encore, elle caresse la peau légèrement bombée comme elle l'a fait mille fois.
Elle ne l'a pas senti mourir. Elle ne sait même pas s'il a eu mal, s'il a eu peur. Est-ce que c'est le ciel qui veut la punir ? Est-ce parce qu'elle est une mère indigne qu'il lui retire son enfant avant même qu'elle n'aie pu le tenir dans ses bras ?
Je t'ai laissé tout seul, je ne t'ai pas senti partir. Est-ce que c'est parce que je suis sans cœur que je ne t'ai pas entendu mourir ?
