Seule dans la bibliothèque de l'apartement de Severus, Tonks explore les rangées les unes après les autres en chantonnant. Dehors le soleil brille, les oiseaux chantent dans les arbres, la lumière et les gazouillis lui parviennent par la fenêtre ouverte, ce soir elle voit Remus : la vie est belle.

Elle tournoit sur elle-même, un livre à bout de bras, chantonnant toujours lorsqu'elle se fige soudain.

Debout sur le seuil, les bras croisés, un sourcil relevé, il l'observe depuis un bon moment déjà. La lumière du soleil danse sur les cheveux noirs d'Arianna, mais ce sont les yeux de Nymphadora qui brillent d'amusement. Elle a rougi, géné d'être surprise la main dans le sac. Mais maintenant, ses yeux pétillent de joie et ses lèvres serrées tremblent légèrement : elle fait visiblement des efforts surhumains pour contenir son rire.

Mais celui-ci finit par lui échapper et résonne à grands éclats dans la pièce vide alors qu'elle tourne sur elle même, chancelle et se redresse, semblant vouloir s'envoler sans balais. Elle est si fluette qu'elle pourrait presque vaincre la gravité ...

Mais personne ne peut la vaincre tout à fait. Surtout pas Nymphadora. Et, immanquablement, elle finit par s'emmèler les pieds et se retrouve assise au sol, le livre ouvert sur les genoux, riant de plus belle. Et cette fois il ne peut s'empêcher de sourire lui aussi en secouant la tête de découragement. Définitivement irrécupérable.

Et il est tout aussi fou qu'elle pour avoir cru lui aussi qu'il pouvait vaincre la gravité. Il est tombé, comme tous les autres. Tombé amoureux.

C'est de la folie et il en est tout à fait conscient mais personne ne peut combattre ce genre de chose. Même s'il a essayé.

Il ne lui dira pas bien sur. Mais il ne serre à rien de le nier plus longtemps. Toujours connaître ses faiblesses. C'est l'une des premières leçons qu'il ait apprise. L'amour est hors de question et, de toute façon, elle n'en a que pour son loup garou de malheur. Mais il ne peut nier le fait qu'elle a réussi à se glisser sous sa peau et à le faire réagir.

Au fur et à mesure des rendez-vous et des rencontres, il a laissé tomber son extérieur froid et rébarbatif, se laissant aller comme il le faisait à Poudlard (en présence de certaines personnes bien choisies seulement, bien sur). Il sourit plus souvent, plaisante parfois de son humour un peu grinçant et pince sans rire qu'elle a appris à reconnaitre.

Et il a appris à supporter ses inévitables chutes, désormais de plus en plus rares, il faut bien l'avouer : il semblerait qu'à 25 ans, la gamine ait finalement appris à marcher pendant quelques mètres sans s'emmeler les pieds. Il pose les yeux sur la jeune femme, toujours assise au sol. Enfin, la plupart du temps …

Secouant de nouveau la tête, il se dirige vers elle et la considère de sa position en hauteur.

- Tu prévois de rester là un bon moment ? Peur de tomber de nouveau ?

Elle lui sourit, amusée avant d'accepter la main qu'il lui tend et de se hisser d'un bond sur ses pieds. Et de percuter son nez à lui ...

- Ouch !

- Oh, je suis désolée, Severus … tellement désolée, je …

Elle se précipite sur lui, essayant à grande peine de contenir le nouveau fou rire qui menace.

- Laisse-moi regarder, je vais …

- Tu vas rester éloignée de moi !

- Allons laisse-moi voir, je suis une sorcière : je connais des sorts de premiers secours. Je …

Elle ne fait plus aucun effort désormais pour contenir son rire et ses yeux commencent à se remplir de larmes.

- Une sorcière ? Un véritable danger, voilà ce que tu es … Et reste éloignée de moi !

Il tente de la repousser d'un mouvement de la main mais elle semble toujours parvenir à se raprocher de lui.

Une image lui apparaît soudain. Ils doivent avoir l'air absolument ridicules. Lui une main sur son nez pour se protéger de toute nouvelle agression et elle, pliée en deux par le rire, tentant désespérément de s'approcher de lui pour l'examiner et probablement encore agraver les choses.

Et, malgré lui, le ridicule de la situation le fait éclater de rire. De ce rire, plus grave et rauque que le sien, qui arrête net celui de Tonks. Elle le regarde, pétrifiée, les yeux équarquillés de surprise, ce qui ne fait que relancer son propre rire. Ses yeux se plissent, une flamme amusée brillant entre ses paupières et le rire la submerge de nouveau.

Retrouvant, peu à peu son sérieux, il la repousse gentiment (elle est presque grimpée sur ses genoux pour avoir accès à son visage qu'il tente désespérement de protéger).

- C'est bon, c'est bon … je pense qu'il est cassé …

- Mais non, seulement endoloris, pauvre petit corbeau … Voilà …

Tentant de reprendre son souffle, elle est enfin parvienue à attraper sa baguette et à bafouiller un sort dans sa direction. Aussitôt, la douleur disparaît et, surpris, il plisse le nez pour vérifier que tout va bien.

- Alors ?

Il relève la tête dans sa direction et sourit, une lueur dangereuse au fond des yeux.

- " Pauvre petit corbeau ", mmm ?

Surprise, elle bafouille et rougi de nouveau.

- C'est juste que … je …je … J'ai toujours pensé que vous … que tu ressemblais à un corbeau … sans mauvaise intention, vraiment … c'est juste que … avec la cape et les robes noires et … et … et tu prends un plaisir sadique à me voir m'embrouillé, n'est ce pas ?

Il sourit avec toujours cette lueur de prédateur dans les yeux et, tournant les talons, il sort de la pièce sans un mot de plus.