La révélation la frappe soudain, par surprise, alors qu'ils sont étendus, côté à côté, dans sa chambre.
Elle va le perdre.
Il n'a rien dit, rien fait qui puisse justifier cette soudaine révélation mais cela ne l'empêche d'en avoir la calme certitude : Remus s'éloigne. Il s'en va, peu à peu, inexorablement. Et il n'y a rien qu'elle puisse faire pour le retenir.
Dehors, la nuit est tombée, seules les lumières de la rue apportent encore un peu de clarté. Elle a posé sa tête sur sa poitrine et il a passé un bras autour de ses épaules. Elle est bien là, au coeur de la nuit, au creux de ses bras. Et pourtant, il n'est pas vraiment là.
Elle ferme les yeux, ravalant les larmes et se blottit encore plus près de lui. Il tourne la tête dans sa direction et lui sourit, ses cheveux tombent dans ses yeux. Et ses lèvres, que quelques instants plus tôt elle embrassait, sourient tendrement. Sa main caresse ses cheveux et elle se concentre sur cette sensation. Elle la sait éphémère mais, tant qu'il la touche, tant qu'il est là, tout contre elle, il lui appartient. Pour quelques instants encore, quelques soupirs.
Dans des instants comme celui-ci, elle pourrait presque prétendre qu'elle a rêvé, que tout va bien, qu'il ne la quittera jamais ... qu'il l'aime.
Même s'il ne le lui a jamais dit ...
Elle n'a pas trouvé de mot doux dans ses poches, pas la moindre trace de rouge à lèvre sur son col, l'odeur qu'elle respire est la sienne et pas celle d'une autre femme ... et pourtant, elle sait qu'il y en à une ... Elle ignore qui, où, comment, ... Mais toutes ces questions n'ont pas d'importance : il en aime une autre.
La douleur la déchire. Elle connait si bien ces signes. Les signes d'un amour secret, dont il est lui-même inconscient peut être, mais qui n'en est pas moins réel. En un instant, ses rêves viennent de se briser et les échardes tranchantes lui déchirent le coeur. Il en aime une autre. Et il n'y a rien qu'elle puisse faire contre ça.
S'il l'aimait alors là, oui, peut être qu'elle aurait eu une chance ... Mais Remus ne l'aime pas. Et elle ne peut rien y faire. Ce qu'il éprouve pour elle n'est rien de plus que de la tendresse, de l'amitié, mélée d'un peu de désir peut être et d'un soupson de fierté personnelle devant son acharnement à le séduire. Mais pas d'amour.
Il ne lui a d'ailleurs jamais menti. Il a essayé pendant un an de la repousser, de mettre fin à ses avances et même depuis qu'ils sont ensemble, elle a toujours été celle à avoir des gestes tendres, à initier leurs baisers. Dans un geste trahissant, peut être inconsciement, la vraie nature de ses sentiments, il n'a jamais fait le premier pas.
Mais elle n'a rien voulu voir, rien voulu comprendre. Elle l'aimait. Elle l'aime toujours.
Mais elle ne peut pas le forcer à l'aimer.
Alors qu'elle est alongée dans ses bras, serrée contre son corps endormi, elle peu sentir la force de son amour, mais pas lui. Elle ferme les yeux, respirant son odeur, absorbant sa chaleur, le bonheur de sa simple présence. Il faut qu'elle le laisse partir. Il le faut ...
... mais pas maintenant ... Juste quelques secondes, quelques minutes de plus ... Demain peut être ... si elle en a la force ... ou le jour d'après ...
