Le noir.
Comme toujours c'est la première impression qui se dégage du vieux monastère où Voldemort a choisi d'organisé la réunion de ses fidèles. Le noir de la nuit, de la forêt au dessus d'eux, de leurs robes à capuchon. Partout, la noirceur se glisse, s'infiltre, pénètre au plus profond des corps et les gèle jusqu'à l'os. Seule trace de couleur dans tout ce noir : les points blancs des masques qui couvrent les visages. Seule trace de lumière au fond de cette nuit : les torches qui entourent le trone du Seigneur des Ténèbres.
Son capuchon est rabatu sur ses épaules dévoilant son visage de serpent, ses yeux fins et rouge, son nez inexistant : le diable dans toute son horreur. Ses petits yeux scrutent l'assemblée, fouillent les pensées de chacun, à la recherche du moindre prétexte pour déchainer sur eux sa colère. Comme toujours, ils se tiennent droits, le regard fixé devant eux, attendant un ordre de leur Seigneur.
Il claque enfin, dans un sifflement de serpent prêt à mordre.
- Lestrange !
Une figure maquée s'avance en direction du trone. Il ne tremble pas. Debout avec les autres, Severus doit au moins lui accorder cette reconnaissance : l'homme avance à la torture, peut être à la mort mais il a au moins la fierté de ne pas montrer sa peur. Pas un seul des autres Mangemort n'a bougé. Pas même, et surtout pas, sa femme, fidèle entre les fidèles.
Le sort retentit soudain comme venu de nulle part.
- Crucio !
Le corps de Rodolphus Lestrange se tord sur le sol, hurlant à s'en déchirer la gorge. Il retombe finalement, inerte, inconscient, du sang perlant à la commissure de ses lèvres.
Mais il est vivant. Voldemort est passé maitre dans l'art de doser les Cruciatus. Il peut au choix provoquer la mort, la folie ou la douleur jusqu'à l'inconscience.
Il parcourt à nouveau des yeux les figures masquées regroupées devant lui. Peut être maintenant va-t-il parler. Donner la raison de cette réunion. Peut être n'y en a-t-il pas. Peut être le seul but de cette convocation, comme tant d'autres avant elle, n'est-il que de s'assurer de la présence et de la fidélité de ses troupes. De s'assurer qu'ils savent qui commande. Qui décide de leur vie ou de leur mort.
Au sol, Rodolphus Lestrange se rélève péniblement. Des spasmes agittent encore de temps à autres son corps torturé. Personne n'interroge le Lord Noir sur les raisons de son geste, sur les motivations (réelles ou imaginaires) de cette punition. Personne ne le fait jamais. Personne n'est assez fou.
Les yeux clos, la tête appuyée au dossier de son trône, Voldemort a un mouvement distrait de la main. Et l'assemblée se discipent dans une série de Pop sourds : plus de punition, méritées ou non, pour aujourd'hui.
A l'abris, chez lui, Severus Snape repense à cette réunion. Il y en a de temps à autres de ce type. Mélées aux réunions plus sérieuses. Elles ont pour seul but de permettre au Seigneur des Ténèbres de se défouler, de vérifier sa main mise sur ses Mangemorts.
Parfois, ces scéances de torture ont lieu pour une raison. Ou du moins ce que Voldemort considère comme une raison. Lui même se souvient trop bien de la douleur, il y a presque un an, lorsqu'il est retourné auprès du Seigneur des Ténèbres : il n'avait pas eu le temps d'ouvrir la bouche qu'un Cruciatus le projettait au sol, le corps secoué de spasme, transpercé de douleur.
Il a un sourire sarcastique et sans joie en se rappellant les mots de Nymphadora la première fois qu'il l'a revue. Un gentil petit chien bien sage. Un chien qui portait encore, à ce moment là la trace des Cruciatus et autres sorts qui l'avaient remerciés de sa fidélité. Gravés dans sa peau.
Voldemort punit. Il ne récompense jamais. L'abscence de punition est en soi la récompence.
La sienne a été de ne pas mourir.
La mort de Dumbeldore lui a au moins accordé ça. Mais elle n'a pas pu lui épargner les souffrances. Souffrances méritées après tout : pour avoir détruit sa "couverture" et accomplit la tâche, ou plutôt la punition de Draco à la place du jeune homme, sans en avoir reçu l'ordre direct. Et également une partie de la punition destinée au jeune Malfoy qu'il avait laissé disparaître.
Le dernier Cruciatus avait été pour ne pas avoir su ramener Harry Potter au Seigneur des Ténèbres.
