Elle se tient debout dans l'embrasure de la porte, entourant son corps de ses bras comme pour se réchauffer. Sa voix est tremblante et fragile, une voix de petite fille. Un instant leur regard se rejoignent et dans ses grands yeux écarquillés, il peut voir qu'elle a entendu plus qu'elle ne devrait.

- Hermione, je …

Mais elle l'interrompt, d'une voix douce mais sans appel.

- Oui ou non ?

- Hermione …

- Oui ou non, Remus. Est-ce que, oui ou non, elle a dit la vérité ?

Il hésite un instant, les yeux toujours fixés dans les siens.

Et il avoue. S'avoue autant qu'à elle ce qu'il a refusé d'admettre jusqu'ici. Lentement, sans un mot, il hoche la tête.

Elle ne répond pas, muette et immobile comme une statue pendant ce qui lui semble des heures. Le silence est insuportable et sa voix est rauque lorsqu'il le brise.

- Hermione, je suis désolé … je ne voulais pas … je …

Mais les mots meurent dans sa gorge alors qu'elle franchit les quelques pas qui la sépare de lui. Elle est si proche maintenant qu'il peut percevoir chacun des tremblements qui agite son corps comme s'il s'agissait du sien. Inconsciemment, il respire son parfum, se penche légérement en avant pour ressentir encore un peu plus sa présence, sa chaleur.

Elle lève une main tremblante et les yeux toujours fixés sur les siens, elle caresse doucement le contour de son visage. Il ne peut s'empécher d'aspirer une courte bouffée d'air lorsque ses doigts entrent en contact avec sa peau. Ils glissent le long de sa joue, effleurent son menton et à ce moment là seulement, elle détourne son regard pour le fixer sur sa main qui explore, tremblante. Ses doigts continuent leur périple, effleurant l'arête du nez, le contour de la bouche.

Il ne peut s'empêcher d'embrasser la paume lorsqu'elle passe à portée de ses lèvres et la jeune femme relève la tête, surprise. Mais elle s'appaise devant son sourire et la tendresse qu'elle voit bruler dans ses yeux.

- Remus …

Sa voix est sourde, rauque …Et son nom s'achève dans un soupir de plaisir alors que ses lèvres recouvrent les siennes. C'est comme une délicieuse brulure qui dévorerait tout son corps. Autours d'elle le monde semble disparaître dans une brume irréelle. Elle est dans ses bras, contre lui et plus rien d'autre ne compte. Elle n'a plus peur.


Elle coure. Droit devant elle, sans très bien savoir vers où la menent ses pas. Une seule chose compte : s'enfuir le plus vite et le plus loins possible de cette maison où elle vient de mettre un terme à son bonheur. La flamme dans ses yeux alors qu'il la regardait, elle, lui dévore le cœur.

Elle le savait bien sur. Cela fait longtemps qu'elle avait compris qu'un jour il lui faudrait le laisser partir mais pas si vite, pas tout de suite. Merlin, la douleur menaçe de la rendre folle.

Elle coure droit devant elle dans les rues désertes de Londres, incapable de distinguer la pluie des larmes sur son visage. Au dessus de sa tête, l'orage se déchaine dans l'air trop chaud depuis des jours. Elle a déjà trébuché plusieurs fois, s'est relevée en chancellant avant de se remettre en marche dans l'obscurité. Elle voudrait se tapir dans un coin et y mourir. Mettre enfin un terme à cette douleur qui la dévore. Mais elle continue de courir comme emportée par son élan.

Elle a besoin d'un abris, de quelqu'un qui la protège, d'un endroit où elle pourra rester et où personne ne la retrouvera tant qu'elle ne l'aura pas décidé.

C'est de la folie, mais c'est le seul endroit où elle trouvera ce qu'elle cherche. N'hésitant que le temps d'un batement de cœur, elle fait tourner l'anneau à son doigt et disparaît dans la nuit.