Assise dans un fauteuil près de la fenêtre, dans la bibliothèque du quartier général de l'Ordre du Phénix, Ginny relève les yeux de son livre sur les fondateurs de Poudlard (toujours à la recherche d'informations utiles, même les jurs de visite à sa famille) et elle observe distraitement le jardin.
Son regard est bientôt attiré par un moineau. C'est étrange. Il ne devraient pas rester aussi longtemps au sol. Un chat pourrait passer par là et …
Ses pensées sont soudain interrompues par un autre oiseau qui, voletant près de l'autre posé au sol, finit par s'arrêter dans une branche du grand chêne proche de la fenêtre. Et en un instant elle comprend : il ne peut pas voler.
Cloué au sol par une aile brisée, il est incapable de s'envoler et de rejoindre ses congénères. Et l'autre, probablement sa compagne, a décidé de rester la elle aussi. Elle gazouille doucement, semblant tenter de le consoler, de le rassurer par sa présence : ce n'est qu'une aile brisée.
Le cour de ses pensées est bientôt interrompu par des cris et des hurlements. Ils proviennent de la cuisine où sa mère était en train de préparer des gateaux pour célébrer la visite des membres de l'Armée de Dumbeldore. D'ailleur, il lui semble bien entendre la voix de Molly. Mais d'autres y sont mélées ... Celle Hermione … Remus … Minerva …
Surprise, elle tourne la tête vers Luna, assise auprès d'elle et la jeune fille hausse les épaules la tête penchée sur le côté en signe d'ignorance.
- … mais je me moque de ce que vous pouvez penser de moi ! Je l'aime. Est-ce que c'est clair ? Je l'aime et rien ne me fera changer d'avis !
- Hermione, ma chérie, tu es encore trop fragile pour retomber amoureuse et …
- Je sais très bien ce que je fais, Mrs Weasley ! Je suis amoureuse de lui et rien ne me fera dire le contraire.
- Miss Granger, réfléchissez à ce que vous dites. Vous êtes la jeune femme la plus intelligente que je connaisse, vous devriez comprendre … Quand à vous Remus, je ne sais quoi vous dire. J'espérais mieux de votre part … Elle est si jeune …
La voix du loup garou est seche et tranchante :
- Cessez donc de la traiter comme une enfant, Minerva. Il y a longtemps qu'elle n'en est plus une. Et je l'aime, quoi que vous puissiez penser.
Il se tient debout derrière elle, faisant face aux deux femmes qui les ont surpris en train de s'embrasser. Et il y a en lui quelque chose de menaçant, nettement différent du Remus toujours si calme et contrôlé qu'elles ont l'habitude de voir. Posant une main sur l'épaule de la jeune femme à ses côtés, il l'entraine vers une autre pièce.
- Je ne parviens pas à croire que vous n'ayez rien vu. Depuis une semaine qu'il est séparé de Tonks, j'aurais pensé que vous auriez fini par comprendre …
Les deux femmes tournent la tête à l'unisson vers la porte reliant la cuisine au salon et sur le seuil de laquelle se tiennent Ginny et Luna. C'est cette dernière qui a parlé, les yeux agrandis d'étonnement fixés sur les deux femmes.
- Je veux dire : c'est tellement évident. Il suffit de les regarder pour comprendre. Tous ces regards, ces petits gestes, Merlin ! ils sont incapables de garder leurs mains pour eux plus de deux minutes … Et je dois avouer qu'ils sont plutôt bien assortis tous les deux. Non ?
- … Ginny …
Mais la jeune interpellée secoue la tête doucement.
- Désolée, Maman. Mais je suis d'accord avec Luna. Je ne pensais pas qu'ils s'étaient déjà déclarés l'un à l'autre, mais je trouve qu'ils vont très bien ensemble. Et si Hermione est heureuse, c'est tout ce qui compte … Je sais que ça te fait de la peine de la voir avec quelqu'un d'autre que Ron … mais il est mort, Maman, et nous devons l'accepter. Elle a le droit d'être heureuse … Je ne te demande pas d'oublier Ron, Merlin sait que je ne l'oublierais jamais, mais il faut continuer à vivre. Pour lui …
Le visage de Mrs Weasley rugit violemment et l'espace d'un instant, Ginny s'attend à voir sa mère piquer une de ses célèbres colères. Mais, contrairement à toute attente, le visage de Molly s'effondre soudain et elle éclate en sanglot dans les bras de sa fille. Ce sont les premières vraies larmes qu'elle laisse couler en public depuis le jour de la mort de Ron. Peu à peu, le deuil fait son chemin.
