La pluie ruisselle sur les vitres, dehors le ciel est d'un noir d'encre et seuls les chandeliers alumés sur la table éclairent quelque peu la pièce. Assise à la fenêtre, le regard perdu dans le lointain, Tonks ne prête pas la moindre attention aux quelques bougies, son esprit flottant assez loins de l'appartement.
Mais qu'est ce que tu fiche, Severus. Ca fait deux heures que tu devrais être là. Un peu de retard est toujours possible. Une réunion qui s'éternise. Une mission de dernière minute. Mais là ça fait trop longtemps !
Si au moins tu m'avais dis où tu allais aujourd'hui, mais non, jamais un seul mot sur le travail que tu fais pour Lui. Qu'est-ce que tu crois ? Que je te verrais différemment si je savais ? Je ne suis pas une colombe par Merlin ! Je suis une Auror, un membre de l'Ordre du Phénix, une espionne, pas une étudiante de première année à peine sortie des jupes de sa maman. J'ai lu les dossiers, les témoignages, les compte rendu des procès, les aveux. Je sais tout des crimes de Voldemort et des siens. Je sais tout des crimes qui tachent ta conscience. Je ne suis pas naïve, je sais très bien que conserver les faveurs de Voldemort a un prix à payer. Mais quoi que tu fasses Severus, ça n'a pas d'importance. Pas pour moi. Je sais que tu fais tout ce que tu peux pour que ces horreurs cessent. Je sais que la guerre n'est jamais belle.
Mais si au moins je savais où tu es ! Ca m'éviterais de me repasser tous les scénario possibles. L'incertitude va finir par me rendre folle ! Tu pourrais être n'importe où à cet instant. Une mauvaise rencontre est toujours possible lors d'une mision. Tous les Aurors du pays sont à ta recherche par Merlin ! L'un d'entre eux pourrait t'avoir reconnu. Tu pourrais être prisonier à Azkaban en ce moment même, où dans l'une des salles d'interrogation. Et si Voldemort avait découvert la vérité ? S'il avait appris ta traitrise, tes véritables loyautés ? Je préfère encore t'imaginer aux mains des Aurors que le corps déchiré par les Cruciatus ou immobile après un Avada ... Non ! Ne pas penser à ça ! Tout va bien. Du calme, Tonks, du calme. Repire. Ce n'est qu'un petit retard. Rien qu'un petit retard. N'est-ce pas Severus? Tu vas bientôt arriver et t'asseoir à ta place comme si de rien n'était ... Tu n'es pas prisonier des Aurors, Voldemort ne sait rien, les Mangemorts ne risquent pas de débarquer ici à tout instant la baguette à la main ...
Clac !
La porte qui s'ouvre dans un claquement, la fait bondir sur ses pieds, la baguette levée, prête à défendre sa vie.
Mais la forme noire qui se glisse à l'intérieur est tout sauf menacante.
Elle se précipite pour le retenir alors qu'il chancelle et, refermant la porte derrière eux, elle l'entraine jusqu'à sa chambre et l'aide à s'étendre sur le lit. Ses yeux parcourent son corps à la recherche d'une blessure, d'un signe du sort utilisé contre lui mais elle ne trouve rien. Son front et ses mains sont brulants et son regard semble perdu mais il ne porte aucune trace de coup.
- Severus ?
Ses yeux se fixent sur elle l'espace d'un instant et il trouve la force d'articuler quelques mots.
- Juste de la fatigue. J'ai du maintenir le mur dans mes pensées plus longtemps que d'habitude. Tout va bien ... Il ne sait rien, il n'a rien vu.
Sa tête retombe sur l'oreiller. Les yeux clos, il lui semble que, à la lumière des chandeliers sa peau est encore plus pale que d'habitude. Elle caresse son front, écartant quelques mèches noires et il n'a pas la force de la repousser. Sa main est douce et fraiche, il lui semble que pour un instant, elle chasse les cauchemards.
- Severus Snape, vous êtes l'homme le plus brave que je connaisse.
Elle sourit doucement, les yeux remplit d'une tendresse qu'il ne peut pas supporter.
- Je vais bien, Nymphadora. Je vais bien ... j'ai juste besoin de me reposer un peu.
Mais elle sait que ce n'est pas la vérité. Elle peut sentir les barières, l'armure qui se craquelle. Même lui, il a ses limites. Et il les a repoussées tellement loins ces derniers temps.
Son corps tremble légèrement comme sous l'effet d'une fièvre, et elle se penche vers lui pour remonter les couvertures mais elle se sent soudain emportée par une vague d'une force incroyable qui l'entraine sans qu'elle puisse résister.
Des centaine d'images défilent devant ses yeux, des sentiments, des sensations qui ne sont pas les siens. Le barage a cédé. A force de devoir maintenir un mur dans ses pensées en présence de Voldemort, sa capacité de résistance a totalement disparu et toutes les pensées, les souvenirs, les images qu'il conservait derrière ce murs se frayent un chemin hors de son esprit et se précipite vers la jeune femme. Elle se sent aspirée une dernière fois, et se retrouve de nouveau dans la chambre, le souffle court, prise de vertiges.
- Nymphadora ? Nymphadora, tu m'entends ?
Elle relève les yeux vers l'homme étendu dans son lit et l'expression sur son visage lui comprime le coeur. La culpabilité. Il se sent coupable de lui avoir infligé ça.
Elle hoche la tête doucement.
- Je vais bien. C'est juste que ... je ne m'attendais pas à ça c'est tout. Je vais bien ...
Elle s'assied sur le bord du lit, cherchant à regagner son équilibre. Il a laissé sa tête retomber sur l'oreiller. Il a les yeux fermés mais la fièvre semble s'être atténuée. Epuisée, elle se laisse glisser à ses côtés et ferme les yeux un instant.
Une nouvelle image éclate devant ses paupières closes. Très simple vraiment : juste son propre visage. Mais les émotions qui l'accompagnent sont tout sauf simples. Elle ouvre les yeux en grand, le souffle court, le coeur battant encore de toute cette tension, de ce désir mélé intrinséquement à l'image. Etendu à ses côtés, il s'est retourné pour lui faire face. Et dans la pénombre de la pièce, elle peut à peine distinguer ses traits. Mais ses yeux brillent malgré lui et elle sait qu'il a vu la même chose qu'elle.
- Nymphadora, je ...
- Chhh ...
Elle a posé sa main sur ses lèvres pour l'empêcher de parler. Ses yeux, qu'elle a fermé un instant pour contenir toutes ces émotions qui menacent de s'échapper, s'ouvrent de nouveau et elle lui sourit.
- Tout va bien, Severus ... Tout va bien ... Pas besoin d'explication ... pas maintenant ...
Sans un mot de plus, elle se glisse contre lui, la tête au creux de son épaule et après un instant d'hésitation, il referme ses bras autours d'elle. Elle a fermé les yeux et elle ne peut s'empécher de respirer son odeur. Elle se racroche un petit peu plus à lui et il ressere sa prise autour de son corps.
- Nymphadora ...
C'est un soupir et elle le sent plus qu'elle ne l'entend. Elle peut sentir sa respiration sous sa joue, son coeur qui bat, son souffle dans ses cheveux et elle se demande pourquoi elle n'a rien compris.
- Je suis là, Severus. Je suis là ...
Elle s'écarte légèrement de lui pour le regarder et elle sourit. Il y a des larmes dans ses yeux mais elle sourit.
- Je ne vais nulle part ... pas sans toi …
Il l'attire plus près de lui et dépose un baiser sur ses cheveux. Elle frémit, surprise par le contact. Ses baisers parcourent son visage, effaçant les traces de larmes et elle ne peut s'empêcher de frissoner. Son ventre la brule, elle a l'impression que son corps va exploser. Elle ferme les yeux sous les baisers.
- Severus …
Un son rauque sort de sa gorge, le désir évident dans sa voix. Il s'écarte d'elle et l'observe, incrédule, mais elle ouvre les yeux et lui sourit. Et ses yeux ressemblent à de la lave en fusion. Son sourire est une invite. Sa main efleure sa gorge, caresse sa joue et se perd dans ses cheveux. Elle l'attire à elle doucement et il abandonne toute résistance.
