Debout à la fenêtre, elle regarde tomber la pluie, suivant distraitement les gouttes d'eau qui roulent sur la vitre en accrochant la lumière de la pièce. Elle semble perdue dans ses pensées, inconsciente du monde extérieur, y compris l'homme qui, debout sur le seuil de la porte, l'observe sans un mot.
Un mois s'est écoulé depuis cette nuit. La nuit où tout à basculer. La nuit où toutes les barrières se sont écroulées.
Ce matin là, en se levant, il a découvert le lit vide et un petit mot sur la table de chevet.
J'ai du partir travailler. On se voit demain.
Arianna
Il s'était demandé si, malgré ce qu'elle avait dit cette nuit là, elle regrettait ce qui c'était produit entre eux. Il s'était demandé si ça allait changé quelques chose dans leurs relations, compromettre leur mission. Il n'avait pas pu se forcer à regretter …
Et elle était revenue. Le lendemain, comme prévu, un sourire aux lèvres, un peu hésitante, guettant sa réaction, prête à calquer son comportement sur le sien. Et à cet instant, il aurait voulu pouvoir reprendre le masque d'impassibilité qui lui avait si bien servit pendant toutes ces années. Pouvoir lui mentir, pouvoir encore la protéger.
Mais il n'avait pas pu. Pas avec elle. Il n'avait pu disimuler l'inquiétude dans ses yeux, ni même l'éclat d'espoir qui y brillait. L'espoir fou que tout ça ne soit pas pour elle une aventure d'une nuit.
Et elle avait souri. Le soulagement visible dans ses yeux. Elle avait du espéré la même chose. Ni l'un ni l'autre n'en avait reparlé, ils avaient continué d'agir comme avant mais il y avait en eux quelque chose de différent. Des petits gestes, des sourires, des regards comme pour s'assurer de la réalité de cette nouvelle relation que quelques mois plus tôt, ni l'un ni l'autre n'aurait pu imaginer.
Et puis il lui arrivait de temps à autres de passer la nuit chez lui …
Ils ne savaient pas vraiment comment définir ce nouveau lien entre eux. Alors ils avaient choisi de ne rien définir, de laisser aller pour voir où ça les mènerait. Après tout à quoi leur aurait servi de nommer cette chose entre eux qui se développait doucement. Elle était là, elle existait, elle était réelle. C'était tout ce qui comptait …
- Severus, je te jure que si tu dis " bouh ! " je t'envois de l'autre côté de cette fenêtre …
Sorti de ses pensées par le son de sa voix, il sourit, amusé et un peu surpris qu'elle ait détecté sa présence sans même se retourner. Sans faire le moindre bruit, il se glisse près d'elle et la prend dans ses bras. Son reflet dans la vitre lui sourit doucement et elle s'appuie contre lui, se blottissant dans sa chaleur. Elle a posé les mains sur les siennes, autours de sa taille et le bout de ses doigts trace des signes cabalistiques sur sa peau.
Il ne peut s'empêcher de frissonner : le plus simple contact de sa peau sur la sienne suffit parfois à mettre tout ses sens en alerte. Il dépose un baiser dans le creux de son cou et peut sentir les battements de son cœur sous ses lèvres et le soupir qui lui échappe alors qu'elle ferme un instant les yeux.
Elle se retourne dans ses bras, le visage levé pour lui faire face, un sourire tendre aux lèvres et une flamme dans le regard.
- Severus …
Sa main sur ses lèvres y fait mourir les mots qu'elle voulait prononcer.
Il sourit. D'un sourire qu'elle n'avait jamais vu avant cette nuit là, avant que leur monde ne bascule. Elle pourrait mourir pour un de ces sourires. Pour leur douceur, pour la flamme qu'ils allument dans ses yeux, pour la sensation qu'ils font naitre dans son ventre.
Il se penche et l'embrasse, et toute pensée rationnelle quitte son esprit. Plus rien n'a d'importance, seuls comptent sa chaleur et sa présence. Sa force tranquille et le plaisir, si fort qu'il voisine avec la douleur, qui dévore chaque fibre de leur corps.
