C'est une petite maison, perdue au milieu des autres dans ce quartier purement moldu de NewYork. Assise sur son lit, à l'étage, Narcissa laisse son regard glisser sur les murs, perdue dans ses pensées.

Un an. Cela fait un an jour pour jour que la lettre de Severus est arrivée. Il lui avait fallu plus de deux mois pour franchirent les différentes barrières posées pour les protéger. Un an qu'elle a appris la nouvelle et elle n'a toujours pas eu la force d'en faire part à son fils ...

Son fils. Son précieux Draco. Elle peut encore revoir l'expression de son visage lorsqu'il a transplanné chez eux ce soir là.

Il tremblait comme une feuille, la terreur gravée sur chacun de ses traits. Elle s'était précipitée pour le prendre dans ses bras. Mais il n'avait pas réagit. Il était resté immobile, vide et pétrifié. Elle l'avait forcé à s'asseoir, avait parcouru son corps de ses yeux noyés de larmes à la recherche de la moindre blessure. Mais les blessures de son fils ne sont pas visibles à l'oeil nu.

- Draco ... Draco, je t'en prie réponds-moi. Draco ... Que s'est-il passé ?

Au fonds d'elle même elle sait qu'il n'a pas tué Dumbeldore. Son fils n'est pas un meurtrier. Mais alors pourquoi ce vide dans ses yeux. Et où est Severus ? Il avait promis, il avait juré de protéger Draco.

A genoux devant son fils, ses mains serrant les siennes, tentant de leur insuffler un peu de chaleur, un peu de vie, elle essaye d'obtenir une réaction. Tout. N'importe quoi. De la colère. De la rage. Tout plutôt que ce vide infini.

- Draco ... oh, mon chéri. Que s'est-il passé, Draco ? Est-ce que tu ... ?

- Je n'ai pas pu ...

Sa voix n'est qu'un souffle et il n'a pas bougé d'un centimètre mais elle sent l'espoir se rallumer en elle : au moins, il a réagi. Elle serre ses mains dans les siennes et enfin, il tourne la tête dans sa direction. Il est totalement désemparé, un pauvre petit garçon perdu.

- Je l'avais acculé, il était désarmé, il aurait suffit d'un sort mais ... je n'ai pas pu ... je n'ai pas pu le tuer ... Et maintenant, Il va nous punir et tout ça à cause de moi ! Tout ça parce que je suis un lache ! Oh, maman, je suis tellement désolé ... je ne voulais pas ... je voulais ... j'aurais du ...

Les larmes roulent maintenant et il est totalement incapable de les arrêter. Elle l'attire contre elle et le serre de toute ses forces contre sa poitrine.

- Mon chéri ... mon bébé ... on va trouver un moyen. Je te le promet, on va trouver un moyen de te sortir de là ...

Un craquement sourd dans son dos, leur fait relever la tête brusquement.

- Severus !

Elle s'est levée d'un bond et se précipite vers l'homme en noir qui vient de transplanner. Il chancelle l'espace d'un instant mais se ratrappe et relève la tête pour la regarder. Et elle a un brusque mouvement de recul en croisant son regard. Ce n'est pas le regard d'un Mangemort victorieux qui vient d'accomplir le plus cher souhait de son maitre. C'est le regard d'un homme qui vient de détruire sa vie.

- Severus ...

Mais il l'interompt d'un geste.

- Le Seigneur des Ténèbres va être là dans un instant. Il ne pardonnera pas à Draco d'avoir échouer.

Toute couleur disparait instantanément de son visage et toutes ses interrogations quand à ses vraies loyautés s'envolent devant le besoin, l'urgence de protéger son fils.

- Narcissa ... il faut fuir. Maintenant ! Je lui dirais que vous aviez disparu avant que je n'arrive mais il faut que vous partiez maintenant !

- Et partir pour où ? Il nous retrouvera toujours. Il ne nous laissera pas fuir.

La voix de Draco est basse mais sure. Et ce qu'elle lit dans ses yeux lui fait l'effet d'un coup de poignard dans le ventre. De la résignation. Du découragement. Il était prêt à admettre son sort.

- Vous avez une chance, Draco. Aucun de vous deux ne portent la marque. Il ne poura pas vous suivre à la trace. Vous pouvez vous mettre à l'abris.

Il sort un petit objet de sa poche. Une clé. Une simple clé de métal qu'il lui tend.

- C'est un porte au loin. Il vous conduira à l'abris. Totalement indétectable ...

Elle referme la main autour de l'objet et de l'autre attire son fils contre elle. Ses yeux sont fixés sur Severus, debout dans l'ombre, sur son expression de nouveau froide et controlée. Elle entend la voix de Draco comme provenant d'un long couloir.

- Pourquoi faites-vous ça ?

Et elle n'a pas besoin d'attendre la réponse pour la connaitre.

- Parce que j'ai fait une promesse ...

... à Dumbeldore. Pas à moi. Ce n'est pas cette promesse là que tu tiens aujourd'hui, Severus, n'est-ce pas ? C'est celle que tu lui as faite ... à lui.

Traitre. Traitre à Voldemort. Traitre aux Mangemorts. Mais jamais traitre à Dumbeldore.

Elle est étonnée de ne pas ressentir une plus grande surprise. Ni la moindre colère. A vrai dire, elle se moque de savoir à qui il est fidèle. Il vient de sauver son fils. Il leur offre une porte de sortie, un moyen de quitter cet enfer. Un porte au loin.

Indétectable. Même Severus ne pourrait pas faire ce genre de magie. Il faut être un sorcier d'une très grande puissance. Un sorcier comme Dumbeldore ...

Il a tourné la tête dans sa direction, ses yeux noirs indéchiffrables. Et elle sourit à travers ses larmes.

- Vite Draco ...

Son fils referme à son tour la main sur la clé et l'habituelle sensation l'attrape au creux de l'estomac. Le monde extérieur se met à tourner et elle emporte avec elle un dernier éclat de prunelles noires.

Merci. Merci, Severus ... Et pardon ...

Depuis, plus un seul mot, plus aucune nouvelle. Excepté il y a un an ...

Les larmes roulent sur ses joues alors qu'elle regarde sans la voir la lettre ouverte sur son lit. Mais elle n'a pas besoin de la lire pour savoir ce qu'elle contient. Elle l'a lue tant de fois déjà. D'abbord pour se convaincre qu'il devait s'agir d'une erreur. Et puis, contrairement à toute logique pour se sentir proche de lui.

Lucius. Oh, Lucius. Pourquoi m'as-tu abandonnée ?

Les larmes coulent avec une violence accrue par le fait qu'elle doit les retenir en permanence. Pour que Draco ne devine rien. Pour qu'il n'apprenne jamais que son père ne reviendra pas.

Tué par les Mangemorts lors d'une évasion à Azkaban. Ce sont les mots de la lettre mais elle sait ce que son fils en concluerait. Mort en prison, tué par les siens, à cause de lui. Et elle sait que c'est faux. Rien de ce que Draco aurait pu faire n'aurait pu sauver son père. Voldemort ne pardonne pas.

Voldemort. La seule pensée de son nom lui donne la nausée. Elle le hait plus qu'elle n'a jamais haït quiconque. Il lui a tout pris. Ses soeurs d'abbord, l'une après l'autre. Meda, la première, chassée pour oser aimer un moldu. Bella, ensuite, ensorcelée par son nouveau Maitre. Il a détruit sa famille, tué Regulus, envoyé Bella à Azkaban. Il a fait de sa soeur, jadis si vivante, une ombre ou un fantome aux yeux vides. A l'époque, elle s'était consolée en se racrochant à ce qui lui restait. Son mari. Son fils. Avec eux, elle avait passé 13 années de pure bonheur. Leur amour et leur présence lui avait permis de surmonter les souffrances de la perte des siens.

Et puis il était revenu. Et tout avait recommencé. Lucius avait de nouveau du se rendre à des réunions, se prosterner devant son Maitre. Et elle avit du rester seule à attendre, la peur au ventre, ne sachant jamais s'il rentrerait le soir ou si des Aurors allaient débarquer au petit matin pour lui annoncer que tout s'était terminé dans un bain de sang.

Voldemort lui avait tout pris. Il ne lui restait que Draco. Son fils, son petit prince. Et elle avait juré de le protéger quelque soit le prix à payer. Avec Lucius, elle avait tout fait pour l'éloigner du service de Voldemort le plus longtemps possible. Mais Lucius avait été emprisonné et Voldemort avait condamner son fils à mort.

Il ne l'auras pas ! Quoi qu'il arrive, il n'aura pas mon fils ! Draco vivra libre. Je ne le laisserais pas aux mains de cette chose.

Elle retombe sur le lit, ses larmes réduitent à des sanglots silencieux. Il n'aura pas mon fils. Je le jure. Oh Lucius ... tu me manque tellement ... j'aurais tant besoin de toi, mon amour.

Un sourire danse devant ses yeux. De long cheveux blonds qui flottent au vent. Un regard tendre plus bleu que le ciel du matin. Le souvenir d'une étreinte. Le fantome d'un baiser.

En bas, la sonnerie du téléphone la tire de sa semi somnolence et, essuyant les traces de larmes sur ses joues, elle descent les escaliers pour répondre.

Elle vient de disparaître dans la cuisine lorsque Draco sort de sa chambre. Il ne supporte pas quand elle s'enferme ainsi pour pleurer. Il voudrait pouvoir la prendre dans ses bras, la consoler. Mais il sait qu'elle fait ça pour lui, pour le protéger. Et même s'il n'a plus besoin d'être protéger, il ne le lui dira jamais. Il a trop peur qu'alors elle n'est plus aucune raison de se battre ...

Il se glisse dans la chambre de sa mère, avec l'intention de ranger un peu avant de partir travailler. Il a un rire sans joie face à l'ironie de tut ça : un Malfoy, forcé de travailler de ses mains, au milieu de simple moldus. Mais il faut qu'ils mangent ...

Il empille les livres dans la bibliothèque et se penche pour ramasser un parchemin au sol. Alors qu'il s'apprête à le glisser dans l'un des tiroirs du bureau, un mot attrape son regard et il parcoure la lettre, son visage pallissant un peu plus à chaque mot.