Chromatisme impossible

Diclaimer : presque tous les personnages appartiennent à Mme Rowling… J'espère qu'elle ne m'intentera pas un procès pour ce que j'en fais…

Résumé : Ophelia, fraîchement débarquée à Hogwarts, célébrissime école d'arts plastiques, fait la rencontre d'un certain Harry qui fera battre son cœur. Mais il y a un hic, il y a toujours un hic…

Couple : Harry / Draco

Rating : M pour langage mais surtout des scènes qui arriveront plus tard…

Remarque importante: pour des réponses générales à des problèmes posés dans les reviews, qui peuvent vous intéresser (sur le personnage d'Ophelia par exemple...) voir mon LJ ( http / muira . livejournal. com) : première entrée du 13/10/06

Merci à SweetLullaby, crystal d'avalon et Anagrammes pour vos encouragements !


Chapitre 2 : passion, obsessions

Bien sûr on est emporté par la vie

Comme un fétu de paille dans l'infini

Et puis on est tenté de tout laisser tomber

Et de ne plus lever les yeux de sur ses pieds.

Debout sur le zinc (1)

ooo

Harry soupira bruyamment lorsque la sonnerie retentit. Encore une journée de finie. A Hogwarts, comme dans beaucoup d'établissements d'études supérieures probablement, il y avait ce double sentiment de joie et de culpabilité d'être heureux lorsque la fin du cours arrivait. Après tout, si les étudiants étaient là, c'est parce qu'ils l'avaient choisi, et qu'ils aimaient être là… mais cela n'empêchait pas l'ennui et la hâte d'arriver à la fin.

Tout en rangeant son matériel de peinture, Harry songea qu'il devait absolument voir Hermione avant le repas, pour lui demander son avis sur son dernier pastel. La jeune fille avait un talent certain et Harry n'avait pas honte de lui demander ses précieux conseils.

Saisissant son sac, il sortit de la salle en vitesse dans l'intention de se rendre dans l'aile ouest, là où se déroulaient habituellement les cours optionnels d'histoire de l'art, lorsqu'une main s'abattit sur son épaule et remonta vers son cou.

- Tu vas où comme ça ?

- Je dois voir Hermione, je te rejoins après, répondit Harry en se tournant vers un Draco Malfoy au regard interrogateur.

Son petit ami était certes un amour d'homme, mais sur le plan de l'indépendance il avait encore quelques progrès à faire. Draco n'aimait pas être séparé de Harry et celui-ci le savait bien. Néanmoins, on ne vit pas éternellement accroché à son alter ego, et cela, Harry était bien décidé à la lui faire comprendre.

Lors de sa première année, il s'était d'abord lié d'amitié avec Ron Weasley et Hermione Granger qu'il avait rencontrés dans le train au départ de Londres. Puis, ses deux amis ne suivant pas la même option que lui, il avait rencontré Draco, et c'était naturellement qu'il s'était mis à l'apprécier. D'abord en tant que condisciple, qui pouvait ne pas aimer Draco et ses manières aristocratiques, son sourire froid qui devenait rayonnant lorsqu'on le connaissait mieux, son intelligence et son génie ? Harry l'avait tellement aimé, qu'il en était venu à l'embrasser en juillet dernier, lorsque le jeune homme l'avait invité à passer deux semaines chez lui, dans la campagne galloise. Certes, les questions avaient été nombreux au début de l'été, sur l'attirance que son ami blond exerçait sur lui, sur son orientation sexuelle, mais à présent Harry préférait les oublier. Ils s'aimaient, y avait-il rien de mieux ?

Tout se passerait d'ailleurs toujours très bien si Draco ne se mettait pas de folles idées dans la tête. En réalité, à Hogwarts, le jeune homme n'avait jamais montré une quelconque jalousie ; il connaissait presque tout le monde et c'était lui que Harry aimait. Mais Draco avant changé. Depuis la rentrée, et l'arrivée d'Ophelia. Tout avait changé depuis Ophelia.

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- Tu n'oublies pas que tu as des trucs à nous dire, Harry ?

Ron le tirait par le bras en avançant sur le quai 10 de King's Cross, en direction du compartiment qu'il avait réservé avec Hermione.

- Euh… moi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Harry ! On a vu Draco…

Le jeune Weasley laissa sa phrase inachevée en fixant son ami avec un sourire rusé.

- Ah… Ben alors vous savez tout, non ?

- Ouaip ! affirma Ron en lui donnant une claque sur l'épaule. Mais Hermione aurait préféré – et moi aussi d'ailleurs – que ce soit toi qui nous l'annonce !

- Je suis désolé, Ron, déclara sincèrement Harry. Je voulais vous le dire aujourd'hui, pas par téléphone ou autre, mais en face, pour pouvoir… m'expliquer… s'il le fallait… Tu vois…

- Tu avais… peur ? s'exclama Ron abasourdi.

Apparemment il ne s'était pas attendu à cela. Harry était plus qu'embarrassé. La peur de perdre son meilleur pour un simple malentendu, qu'il avait lui-même créé d'ailleurs en refusant de leur avouer immédiatement sa liaison avec Draco, s'insinuait en lui.

- Je suis désolé, Ron ! En fait, je crois que je n'ai été qu'un imbécile mais tu sais…

- Non, attends ! Stop, stop, stop ! l'arrêta Ron, en s'immobilisant d'ailleurs lui-même et en forçant Harry à le regarder en face. Tu croyais vraiment, Harry, que nous étions… homophobes

- Non ! s'écria Harry en se rendant compte que, en étant sincère, il devait dire que oui.

Il regarda Ron avec un air gêné. Son ami soupira en secouant la tête.

- Franchement !

- Désolé… répéta Harry.

Il savait que son ami était blessé par cette idée, mais malheureusement il ne pouvait rien lui dire d'autre sans lui mentir. Il tenta néanmoins de se justifier.

- J'ai été stupide, Ron ! Je… Quand on s'est embrassé, avec Draco, j'avais tellement de peurs moi-même et d'interrogations que je les ai transférées sur le monde entier. Comment on me verrait ? Comment on me jugerait ? Et j'ai oublié à quel point vous êtes formidables, Hermione et toi ! Pardon !

Ron soupira encore une fois, mais Harry crut voir sur ses fines lèvres un léger sourire.

- Harry, faudra que tu arrêtes d'avoir peur du jugement des autres à l'avenir ! ça nous évitera des discussions comme ça ! dit-il en saisissant son bras pour reprendre sa marche vers leur compartiment.

- Désolé… souffla encore Harry.

Ils arrivèrent dans le compartiment, où Hermione, Neville et Draco les attendaient. La jeune fille lui sauta dessus, avant de laisser la place à Draco :

- Tu m'a manqué, dit ce dernier en l'embrassant fiévreusement.

- Toi aussi, répondit Harry en lui rendant son baiser.

- Eh bien, ça n'en avait pas l'air tout à l'heure ! s'exclama Ron.

Tout le monde se retourna, l'œil interrogateur . Harry secoua la tête en soupirant tandis que Ron expliquait :

- Oh oui, il commençait déjà à aller voir ailleurs !

- Mais non, Ron ! Elle était nouvelle… Je voulais juste aider !

- Oui, oui, c'est ça !

- C'est quoi cette histoire ? intervint Draco en haussant les sourcils dangereusement.

Ron se chargea de lui expliquer.

En réalité, Harry leur aurait bien tout avouer, mais il préférait garder ça pour lui… du moins, pour le moment (il savait bien que Draco lui tirerait bientôt les vers du nez). Il avait enfin trouvé sa Muse ! Le morceau de la mosaïque qui manquait pour que tout soit parfait ! Elle lui était apparue, elle, ses cheveux angéliques, ses expressions de visages si multiples, et il avait su, sans même la connaître, qu'il pourrait la dessiner et la rendre vivante.

Car les œuvres de Harry manquaient toujours de cette vie. Elles étaient bonnes, excellentes même de l'avis de tous, mais lui savait, et son professeur de dessin aussi d'ailleurs (et il le lui faisait sentir), qu'il leur manquait quelque chose… une âme. Et cette âme, il venait de la trouver. C'était difficile à expliquer, ce n'était pas rationnel, mais il avait beau connaître Hermione, Ron ou Draco mieux que quiconque, lorsqu'ils les dessinaient, ce n'était pas eux. Du moins pas ceux qu'il avait en tête. Il pouvait voir leurs expressions de visage les yeux fermés, mais lorsqu'il les mettait sur papier… ils n'étaient pas eux. Ils n'avaient pas cette vie qu'il voulait leur donner.

Ophelia… Ophelia serait le catalyseur… Il les dessinerait en leur prêtant l'âme de la jeune fille. Et ainsi, il serait parfait.

Draco s'installa confortablement sur la banquette à côté de lui. Ils écoutaient Dean Thomas, qui venait d'arriver, faire le récit de des aventures, ou pourquoi et comment il avait failli rater le départ. Chacun se mit à raconter ses vacances, regrettant à chaque seconde la fin des congés d'été. Alors que Ron expliquait pour la énième fois à Neville et à Dean – Hermione ayant abandonné et pris un livre – l'histoire de son arrivée à Dublin, Draco se rapprocha un peu plus de Harry :

- Tu as l'air ailleurs, lui reprocha-t-il gentiment. Je sais que ce n'est pas forcément génial d'être ici… mais enfin, moi je suis content de te revoir.

- Moi aussi, Draco, sourit Harry qui craquait toujours devant le faux air affligé que son petit ami prenait. Mais c'est … je suis un peu fatigué en ce moment.

- Tout s'est bien passé en août ? demanda Draco inquiet.

- Oh oui… Je suis resté tout le temps dans le jardin à bronzer et à dessiner ! Personne pour m'emmerder ! La dolce vita quoi !

- Génial… Dire que moi je me suis épuisé à visiter et croquer toutes les églises de Rome ! se plaignit Draco.

- Tu me montreras ?

- Sans problème, j'ai fait un carnet de voyages.

Draco embrassa doucement les lèves de son compagnon.

- Tu m'as vraiment manqué tu sais ! J'aurais bien aimé t'avoir avec moi à Rome ! murmura-t-il. Et puis, c'est vrai, tu es à croquer avec ce bronzage !

Harry se mit à rire et enlaça Draco. La tête du jeune homme blond se posa au creux de son cou comme la pièce manquante d'un puzzle, et il se mit à picorer de baisers la peau hâlée.

- Il faudra que je te dessine, songea Harry tout haut.

- Tu n'as pas assez de dessins de moi ! se moqua Draco.

- Eh bien… non, je voulais dire… maintenant ce sera différent. Je sais que je t'aime, tenta d'expliquer Harry.

La vraie raison, celle qui le poussait à vouloir redessiner les gens qu'il aimait, il ne voulait pas encore la dévoiler. Pas tout de suite. D'abord faire la surprise. Il surprendrait tout le monde, il en était sûr. Et il deviendrait le meilleur élève d'Hogwarts. Cela aussi était une certitude.

Le voyage se passa bien. Harry savourait ce retour parmi ses amis. Ils lui avaient tous manqué : Hermione, la petite brunette toujours dans un bouquin, les doigts tâchés d'encres, de Chine ou autre ; Ron, admirateur discret de la jeune fille – la seule chose qu'il faisait discrètement d'ailleurs – qui ferait sans problème carrière dans la bande dessinée ; Draco bien sûr, le grand blond qui s'endormait contre lui ; Neville aussi, petit brun au visage lunaire, timide mais efficace ; et Dean, fan de foot et d'histoire ; et même Seamus, l'irlandais roux, qui les avait rejoints.

Harry avait aussi hâte de revoir Théo, Blaise et Millicent, les amis de Draco qu'il avait appris à mieux connaître et à apprécier. L'italien – Blaise Zabini – l'avait un peu énervé au début, avec sa vulgarité qui alternait avec des remarques acides et un air méprisant, mais il avait fini par comprendre que cela cachait un fond de gentillesse et d'un extrême attachement pour tout son entourage. Pour Théodore Nott et Millicent Bulstrode, jeune suisse, Harry avait tout de suite adoré le couple qu'ils formaient : l'excentrique Lissy et le flegmatique Théo à qui on donnerait facilement cinq ans de plus. Ils étaient géniaux

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- Pfft ! J'ai cru que Rusard n'allait jamais me trouver ma chambre sur sa pauvre liste ! s'exclama Draco en s'effondrant sur un fauteuil de la salle commune de l'aile ouest.

- Elle est bien ?

- Ouais, ça va ! Enfin seul ! fit Draco avec un clin d'œil à Théo.

La première année, les élèves se partageaient des chambres doubles. Après quoi, on leur octroyait généreusement des chambres individuelles.

- T'as vu les nouveaux ? Ils ont l'air effrayés ! se moqua Blaise.

- Exagère pas, Zaby ! fit Millicent. Ils découvrent Hogwarts c'est tout !

- Greg et Vince ont déjà commencé à leur faire peur, indiqua Hermione qui arrivait, un livre à la main.

- C'est bien d'eux, grogna Lissy. J'irai leur dire deux mots, moi. Au fait, Herm', ce n'est quand même pas un bouquin que tu tiens là !

- Un problème, Lissy ? sourit Hermione en haussant un sourcil.

- Eh bien… Jusqu'à minuit ce soir, il se trouve que nous sommes encore en vacances, tu vois… Et franchement, les livres me donnent des boutons !

C'était devenu un jeu entre les deux seules filles du groupes, de s'attaquer pour des choses insignifiantes. Mais rien n'était jamais méchant et d'ailleurs, sans que personne ne s'y attendent – sauf peut-être Théo qui regardait la scène de loin, juché sur le rebord de la fenêtre – Lissy sauta au cou d'Hermione en lui hurlant qu'elle lui avait manqué.

Toute la salle commune se retourna vers les deux filles, puis tout le monde revint à ses occupations. On avait l'habitude des coups d'éclat de ce groupe, dans la promo. A vrai dire, ils formaient un groupe spécial où l'on avait du mal à comprendre le lien qui existait entre les imperturbables comme Théo et Hermione, et les fous furieux comme Ron, Blaise, et Millicent. Peut-être ce lien résidait-il en Harry et Draco, ces deux-là toujours fourrés ensemble.

- Au fait, les gars, fit Blaise, s'attirant les regards noirs des deux jeunes filles, vous savez quand est-ce qu'on fait les parrainages ?

- Tu feras un parrain pitoyable, Zaby, lui indiqua Lissy. Et de toutes façon, on ne te donnera pas une filleule, sale pervers ! Hein, Théo ?!

Tout le groupe se tourna vers le jeune Nott qui, impassible, leva les yeux vers sa petite amie. C'était lui qui avait officieusement été élu délégué de la promo, pour son sérieux.

- On va faire ça cette semaine, répondit Théo. Et non, Blaise, pas de filles ! Je n'ai pas envie de recevoir des plaintes.

- Vous êtes pas drôles, les gars !

Cette fois-ci, ce fut un coussin que Blaise reçut dans la figure, de la part de Millicent.

- De toute façon on ne connaît pas encore les premières années ! indiqua Hermione, pleine de bon sens.

Les parrainages avaient été institués pour guider les nouveaux dans leurs premiers pas à Hogwarts. Chaque étudiant de seconde année en choisissait un pour l'aider durant un an ; souvent il continuait l'année d'après. Les parrainages devenaient généralement des liens d'amitié forts, et personne ne s'en plaignait.

Finalement, la cérémonie eut lieu une semaine plus tard. Harry avait insisté pour qu'Hermione choisisse Ophelia, argumentant qu'elles se ressemblaient beaucoup. Lui-même avait reçu comme filleul un grand noir qui répondait au nom de Kilian dont le compagnon de chambre, que Théo parrainait, était Benjamin, un français, et ami d'Ophelia. Millicent avait choisi une espagnole, Isabella, également amie avec la jeune anglaise. Les deux groupes s'étaient en effet beaucoup rapprochés, et continuaient de s'apprécier mutuellement. Draco, lui, était le parrain d'un certain Colin qui lui ressemblait beaucoup physiquement.

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- Tu me rejoins avant le repas ? répéta Draco.

- Oui. Ou à la cantine, je serai avec Hermione.

- D'accord, à toute ! dit Draco en lui volant un baiser.

Harry continua son chemin. Il faudrait qu'il songe à un cadeau pour son petit ami. Dans un mois il aurait vingt ans. Son visage envahit l'esprit de Harry alors qu'il pensait à lui. Il était tellement magnifique. Des traits fins, aristocratiques, parfaits, des yeux bleus si clairs qu'ils en paraissaient gris à quiconque ne le connaissait pas assez, des cheveux blonds également très clairs. Sa peau même était trop blanche. On pouvait croire à un fantôme, n'était-ce cette flamme qui l'habitait. La passion de l'art, qu'il vivait pleinement à Hogwarts. Harry l'adorait. Il le connaissait pas cœur et était certain de pouvoir déchiffrer chaque émotion qui se lisait sur le visage de porcelaine de son amant.

- Harry ?

Le jeune homme sursauta. Perdu dans sa rêverie, il n'avait pas vu le groupe d'élèves qui avançait en sens contraire. Et cette voix qui l'appelait, Harry aurait pu en deviner la propriétaire entre mille.

- Ophelia ! Tu vas bien ?

- Oui, oui. Je…

- Salut Harry ! Bon, Phil, tu nous rejoins ? demanda une voix masculine. Benjamin. Harry le salua d'un sourire.

- Oui, j'arrive, répondit Ophelia en faisant un signe de main à son ami.

- Phil ! répéta Harry.

- Oui, c'est un surnom que m'ont donné Isabella et Ben. Ophelia c'était trop long pour eux ! sourit-elle. Tu vas où ?

- J'allais voir Hermione avant le repas pour lui demander un truc, répondit Harry. Au fait… Phil…, continua-t-il avec un petit sourire moqueur, il faudra que je te parle de quelque chose, jeudi.

- Pourquoi jeudi ? s'étonna Ophelia.

- Parce que c'est en rapport avec mon cours de dessin de jeudi, donc je t'en parlerai après, si ce à quoi je pense est possible.

- Je n'y comprends rien !

- C'est normal, dit Harry en éclatant de rire. Tu verras ! Bon, je file il ne faut pas que je rate Hermione ! A plus !

- Salut ! fit la jeune fille en partant dans l'autre sens.

Harry, la tête pleine d'images d'Ophelia, trouva Hermione qui discutait encore avec le professeur Lupin lorsqu'il arriva devant leur salle. Remus Lupin était l'un des professeurs préférés des étudiants, mais il n'enseignait que les deux heures obligatoires d'histoire de l'art chaque année, et l'option Histoire pour les seconde année. Il était passionné par sa matière et cela transparaissait clairement. De plus, il faisait preuve d'une attention particulière aux problèmes des élèves, scolaires ou personnels. Harry lui fit un petit sourire lorsque Hermione le quitta enfin.

- Harry ! Tu n'es pas avec Draco ! s'étonna la jeune fille en tentant d'insérer un livre imposant dans son sac déjà plein.

- Non, je voulais te voir pour un pastel. Il y a un problème mais je n'arrive pas à voir exactement où.

- Tu ne veux pas qu'on voie ça après le repas ? demanda Hermione.

- Ben, je voulais faire mon étude de cas de Restauration après manger. Et puis, ce n'est pas grand chose, je me suis dit que tu trouverais tout de suite ! sourit le jeune homme, confiant.

- Bon d'accord ! Montre-moi ça ! On va s'asseoir ? proposa la jeune fille en désignant un banc vide, à l'ombre d'un arbre, dans la cour intérieure.

- Pas de problème. Merci Herm' !

Harry extirpa son dessin de son carton, qu'il allait devoir vider, d'ailleurs, songea-t-il.

- Voilà ! Je crois que c'est au niveau du visage mais je voulais ton avis.

- Fais voir ? réclama Hermione en s'asseyant en tailleur sur le banc de bois clair.

Harry lui tendit la feuille. Il s'agissait d'un portrait. Celui de Draco évidemment.

- Le visage a un problème en effet… Tu as trop forcé là où il n'aurait dû y avoir qu'une légère ombre, indiqua Hermione. Mais il est magnifique !

- Mon petit ami ou mon pastel ? se moqua Harry.

Hermione lui fit une grimace puérile.

- Tu t'es entraîné ? demanda-t-elle. Tu deviens vraiment bon… Il y a quelque chose de plus dans son expression par rapport à tes autres dessins. Quelque chose de… vivant ! Oui, c'est ça !

- J'ai une nouvelle arme, avoua Harry, l'air énigmatique. Il fouilla dans son carton à dessin et sortit une autre feuille qu'il tendit à Hermione.

La jeune fille fut époustouflée. Harry vit ses yeux et sa bouche s'agrandir d'étonnement. Il faut dire qu'il était extrêmement content de cet autre pastel.

- Harry c'est… c'est… Ophelia ! ne put que souffler Hermione sans quitter le dessin des yeux.

- Oui.

- Mais c'est magnifique ! continua Hermione en détaillant le portrait de sa filleule.

La jeune Mayne souriait doucement, un peu perdue, mais une certaine assurance se lisait néanmoins dans ses yeux bleus, et ses longs cheveux blonds détachés semblaient flotter dans l'éternité.

- Oui, dit Harry. C'est la première fois que je l'ai rencontrée. A King's Cross.

- On a l'impression qu'elle est vivante, murmura Hermione. Bravo ! Comment peux-tu encore venir me demander conseil après un tel chef d'œuvre.

- Arrête ! Tu restes bien meilleure que moi ! Mais tu sais, celui de Draco est plus vieux, je l'avais commencé avant les vacances.

- Ça montre que tu t'es beaucoup amélioré pendant ces deux mois.

- Peut-être, dit-il.

- Ou… c'est Ophelia ? demanda suspicieusement Hermione.

- Peut-être, répéta-t-il en souriant.

- Harry ! s'exclama-t-elle, soudain alarmée. Ça veut dire quoi ? Tu aimes toujours Draco, hein ?

- Mais bien sûr, quelle question ! s'écria Harry à son tour.

- Alors ne lui montre jamais ce dessin, murmura imperceptiblement Hermione.

- C'est juste que… Ophelia m'a changé, tu vois, continua Harry sans tenir compte de la remarque de sa meilleure amie. J'ai l'impression d'avoir trouvé…

- Quoi ? demanda la jeune fille tandis qu'Harry s'arrêtait.

- Ma muse, avoua-t-il.

- Ah, fit Hermione ne restant silencieuse quelques secondes. Tu sais que ça va être difficile pour Draco ?

- Quoi ! Mais non !

- Quand il le saura…

- Quand je vais lui expliquer, il comprendra, coupa Harry.

- Je l'espère… Enfin, si tu le dis, abandonna Hermione, ne voulant pas se fâcher maintenant avec son meilleur ami. Bon, on va manger ?

Harry acquiesça, referma son carton à dessin et tendit la main à la jeune fille. Celle-ci la serra et ils partirent vers la cantine en discutant du professeur Lupin. Le jeune homme s'étonnait toujours de la complicité qui s'était installée entre la jeune historienne et lui, mais elle était loin de lui déplaire. A cet instant il ne regrettait pas du tout de lui avoir avouer pour Ophelia. Sa réaction l'avait un peu irrité mais pour être honnête avec lui-même, c'était parce qu'elle avait formulé à haute voix les questions que Harry tournait dans sa tête depuis deux semaines.

Ils arrivèrent à la porte du self en même temps qu'un groupe familier.

- Quelle synchronisation ! ironisa Blaise. Oh Harry ! Tu as décidé de devenir hétéro et de briser le cœur de Weasley ?

Ron rougit jusqu'à prendre une couleur qui jurait parfaitement avec ses cheveux et Hermione eut même un petit sourire gêné, rare chez celle que Blaise surnommait « Miss Glace ».

- Zaby, ce n'est pas parce que tu as le cœur ratatiné d'une chauve-souris aigrie que tu dois te moquer de tout ce qui ressemble de près ou de loin à des mains serrées ou un baiser ! répliqua Draco en levant les yeux au ciel.

Harry lui sourit. Ce qu'il pouvait être charmant lorsqu'il assénait ses phrases assassines accompagné d'un de ses sourires légèrement méprisant. Sans quitter Hermione il entra dans la cantine, suivi de Draco et des autres.

Un avantage de Hogwarts – certains diraient que c'était en conséquence du prix payé – c'était que la cuisine était loin d'être mauvaise. Encore heureux pour les étudiants, puisqu'ils prenaient tous leurs repas à l'école.

- Alors, quel était ce grand secret que tu ne peux partager qu'avec Hermy ? demanda Millicent en s'asseyant à la grande table qu'ils avaient trouvée.

Harry fronça les sourcils avec un regard interrogateur.

- Quand Draco est arrivé seul dans la Salle Commune, certains se sont posé des questions, expliqua Théo en entamant son entrée avec ses manières habituelles.

- Oh Théo ! certains se sont posé des questions ! Fais pas comme si toi tu n'étais pas étonné ! s'exclama Blaise avant d'engouffrer une quantité énorme de tomates dans sa bouche.

- Bon, ça va aller, là ! Vous êtes débiles ! fit Draco d'un ton las. C'est rien, Harry, juste qu'ils ont commencé à faire les cons quand je leur ai dit que tu voulais parler à Mione.

- Evidemment, j'aurais du m'en douter, sourit Harry. Draco a raison, vous êtes débiles !

- Ouais, on sait ! déclara Millicent. C'est pour ça que vous nous aimez ! N'empêche, c'est quoi que tu voulais dire à Mione ?

- Toujours curieuse Lissy, répliqua ladite Mione.

- Ouais, toujours ! Tu ne me changeras pas, même Théo n'y arrive pas !

- C'est dire, intervint Theodore avec son flegme habituel.

- Je voulais lui montrer un pastel, dit Harry.

- Ah, fit Millicent, apparemment déçue.

- Tu t'attendais à quoi ? demanda Harry en riant. Quinze minutes torrides de jambes en l'air, juste avant d'aller manger ?

- Ben… ç'aurait été plus drôle ! fit Blaise en s'attirant un regard noir de la part de Draco et de Ron.

- Au fait, Zaby, ce ne sont pas les jambes que tu rêverais d'envoyer en l'air qui se dirigent vers nous, là ? demanda Théo avec un sourire espiègle.

- Ah si ! répondit Blaise en prenant la tête d'un psychopathe pervers – ce qui n'était pas très réjouissant de voir en face de soi pendant un repas, songea Harry. Elle a l'air trop bonne, mais vraiment conne.

Ladite jeune fille arrivait, plateau en main, le visage souriant mais une lueur incertaine brillait dans ses beaux yeux. Une nouvelle, pensa Harry, mais il n'arrivait pas à retrouver son prénom.

- Bonsoir tout le monde, les salua-t-elle.

Tout le monde lui sourit en répondant, attendant avec amusement le changement instantané qui se produisit chez Blaise.

- Bonsoir Laure ! fit-il avec toute l'élégance d'un Théodore Nott.

Harry était toujours surpris de la vitesse avec laquelle Blaise passait de la vulgarité sans nom d'un bon copain à la distinction aristocratique du fils de bonne famille qu'il était. Peu de gens connaissaient ces deux facettes, même ses innombrables conquêtes. En dehors du cercle restreint de ses amis, dans lequel il avait récemment fait entrer Ron et Hermione, personne ne l'avait jamais entendu dire ne serait-ce qu'un simple « merde ».

C'était donc avec beaucoup de curiosité et d'amusement que ses amis, Harry le premier, l'écoutait sans discrétion discuter avec Laure Lisley.

- Bonsoir Blaise… Je voulais te demander, enfin si tu es toujours d'accord… C'est pour… les cours … je…

L'aisance qu'elle avait simulé en arrivant s'évanouissait comme neige au soleil devant le visage imperturbable que Blaise s'était composé en quelques secondes. Visiblement lui aussi s'amusait beaucoup.

- Mais bien sûr, Laure, répondit-il d'un ton charmeur en souriant. Pour les cours d'Infographie, c'est ça ? Aucun problème. Normalement c'est le rôle de la marraine mais je sais que Pansy n'est pas la personne la plus indiquée pour l'Infographie.

Toute la tablée éclata de rire, ainsi que Laure un peu moins gênée. Ils ne détestaient pas Pansy Parkinson mais tout le monde savait qu'elle avait une sainte horreur de tout ce qui se rapprochait d'un ordinateur.

- C'est vraiment bête de ne pas nous avoir réunis en fonction de nos options, continua Blaise toujours imperturbable.

- C'est tout sauf bête, Blaise, répliqua calmement Théo.

- Mais au moins, Laure n'aurait eu qu'à demander à sa marraine un peu d'aide plutôt que de devoir rechercher ma compagnie, ce qui ne doit pas être très agréable.

- Oh non, Blaise ! Je… J'aurais été heureuse de t'avoir comme parrain ! Et comme ça tu ne te serais pas tapé ce vulgaire William Draft ! répliqua ladite Laure.

Harry faillit exploser de rire et sentit que Draco se retenait de même. Vu comme ça, c'est plutôt elle que Blaise songeait à se « taper ». Si elle savait… Blaise avait justement choisi William en raison de son côté grossier qui lui ressemblait beaucoup. Le garçon écœurait parfois Harry par sa conversation centrée sur le sexe mais il avait une intelligente aiguë difficilement contestable.

- Merci Laure, c'est gentil même si je n'en crois pas un mot, répondit Blaise sans quitter son sourire charmeur. Bon, je te propose qu'on se voit ce soir pour discuter de ça : à la bibliothèque à vingt heures, ça ira ?

- Ou-oui ! d'accord !

Elle les salua avant de les quitter pour rejoindre ses amies qui la regardaient avec admiration. Lorsqu'elles se furent éloignées, Draco explosa :

- Ah, j'en peux plus ! Merde, Zaby, t'es un putain d'acteur ! fit-il, les larmes aux yeux à force de rire.

- Il n'y a aucun doute, elle va tomber dans tes filets sans avoir eu le temps de dire ouf, acquiesça Hermione.

- La pauvre, quand même, elle ne sait pas dans quoi elle s'embarque, fit Ron. Tu commences tôt, Zabini !

- Justement Weasley, c'est au début de l'année que je peux m'en faire plein. Avant que la rumeur ne se répande que Blaise Zabini baise comme un dieu mais lâche toutes ses copines en deux jours.

- Il y en aura toujours pour te courir après, déclara Millicent. Les filles sont comme ça. Il y en aura toujours une pour venir te chercher, parce qu'elle pensera qu'elle est la seule que tu vas aimer passionnément sans pouvoir la quitter. Enfin je parle pas pour moi, ajouta-t-elle devant le sourcil froncé de Théodore.

- T'inquiète Théo, je te piquerai pas ta copine, se moqua Blaise. De toute façon, vous me connaissez trop pour tomber amoureux de moi ! Vous vous imaginez avec un pervers dans votre lit !

- Zabini, tu peux éviter ce genre de remarque quand je mange, s'il te plait, se plaignit Harry en faisant semblant de vomir.

- Ouais Potter, je sais, je suis bien plus beau que Draco mais tu préfère les blonds du nord à ma virilité du sud !

- Ta gueule Zaby, fit Draco.

- Je n'ose même pas imaginer ce que tu as choisi pour le projet de dessin, Blaise, avec un esprit comme le tien, intervint Hermione en secouant la tête d'un air désespéré qui les fit tous rire.

- Tu serais bien étonnée, Hermy ! Inutile de te demander le tien… une dominante d'orange, non ?

Hermione rougit encore une fois, mais sembla rassurée de voir que seul Ron n'avait pas compris la réflexion. Harry se promit mentalement d'en parler avec elle. Il voyait bien que ses deux meilleurs amis se rapprochaient, mais aucun des deux ne ferait le pas décisif sans une petite aide.

- De toute façon, moi au moins j'innoverai ! Je ne me contenterai pas de dessiner ma future conquête sous toutes les coutures, hein Harry-chou ?!

Harry rougit mais ne put s'empêcher de lui sourire. L'an passé, il avait en effet dessiné et peint Draco pour un de ses derniers projets artistiques. Même s'il l'avait fait en étant tout à fait inconscient de son amour pour le jeune Malfoy et par pure admiration pour sa beauté, tout le monde s'en était souvenu comme d'une déclaration lorsque la nouvelle de leur couple s'était répandue en septembre.

Il ne répondit rien aux sarcasmes de la table et se contenta d'embrasser passionnément Draco assis à côté de lui.

A quelques mètres de là, un cœur déjà bien abîmé se fissurait encore…


(1) je voudrais partager certaines choses avec vous alors si vous êtes curieux et ouverts à toute nouveauté : direction mon livejournal l'entrée du 13/10/06 !


Bon, j'avais prévu de le terminer autrement…je ne vous fait pas de dessin ! Mais Dame Inspiration en a voulu autrement ! C'est donc sur cette note douce-amère que je vous laisse !

Je suis désolée pour ces retours en arrière des deux premiers chapitres, mais il fallait que j'expose la rencontre Harry-Ophelia des deux points de vue, j'espère que vous ne vous êtes pas perdus en route ! La suite continue logiquement, temporellement parlant (pour mémoire : nous sommes deux semaines après la rentrée).

A plus ! Et pitié, dites-moi vraiment ce que vous en pensez... je suis tout le contraire d'un être assuré et confiant !