Il fait froid, l'air est vif et piquant. Devant la porte de la maison, le glacier se dresse puissant et immuable. Autour de la jeune femme, le reste du village est encore endormis. Elle referme la porte de sa petite maison derrière elle et sur un dernier regard au glacier, elle transplanne jusqu'au rivage.
La mer est déchainée et vient frapper les rochers en contrebas de la falaise. Le climat si tranché est l'une des raisons pour lesquelles Tonks a choisi de venir vivre ici. Elle vient régulièrement voir la mer se fraccasser sur les rochers, elle s'assied au sol et peut écouter le bruit des vagues en parcourant les lettres de Luna.
La jeune femme lui parle de leur vie là bas, en Angleterre, si loins de sa vie actuelle si reculée du monde, en Islande. Elle lui donne des nouvelles de leurs amis, de ceux qui ont survécu à la dernière bataille. Elle lui parle de Molly et des progrès de son orphelinat. De la joie qui peu à peu revient sur son visage à se voir entourée d'enfants qui ont tant besoin d'elle. Elle transmet les quelques lettres qu'elle reçoit d'Hermione et de Remus partis, eux aussi, très loin de l'Angleterre et des souvenirs trop douloureux. Kingsley, Hestia et Susan vont bien, même si le géant ne se déplace plus sans une canne pour l'aider à marcher. Minerva et Alastor n'ont pas eu cette chance.
Severus non plus.
Au début, elle se réveillait la nuit, hantée par les cauchemars, les souvenirs. Elle revoyait le sort de Mulciber le frapper en pleine poitrine. Elle se revoyait courir dans sa direction malgré la certitude d'arriver trop tard : personne ne survit à un Avada Kedavra. Même Harry Potter a fini par y succomber, emportant Voldemort avec lui.
La guerre était finie. Mais pour elle ça s'était avérer être le début d'un cauchemar. Elle avait fui, le plus loin et le plus vite possible, poursuivie par la douleur. La première fois qu'elle s'était retrouvée sur ces falaises, contemplant la mer en contrebas, le vide l'avait attiré plus que de raison. Il aurait suffit d'un pas, un seul pas, et tout aurait été fini.
Mais elle n'avait pas pu. Il l'avait retenue de ce côté-ci de la vie. L'écho de ses paroles encore présent dans son esprit. Si un jour tu as le choix entre attendre que la douleur disparaisse ou te battre pour continuer à vivre … Promets-moi de te battre … Et elle avait promis. Elle lui avait donné sa parole et elle allait la tenir, peu importe la douleur.
Une douleur qui, peu à peu, s'est estompée jusqu'à devenir une tristesse sourde au fond de son coeur qui ne disparaitra jamais. Une tristesse qui ne l'empêche plus désormais de rire ou d'être heureuse. Elle sait qu'elle le rejoindra, que quoi qu'il arrive, il l'attend. Il est toujours là, à ses côtés à chaque seconde et il l'attend.
Elle porte toujours la bague d'argent. Comme un souvenir, une promesse. Et même si, peu importe le nombre de fois où elle la fait tourner à son doigt, il n'apparait plus jamais, elle peut toujours sentir sa présence. Comme un ange gardien qui veillerait sur elle. Et malgré les larmes qui parfois s'emparent d'elle, si on lui donnait le choix, elle referait les mêmes. Elle choisirait de nouveau de l'aimer, malgré les risques, malgré l'inévitable douleur. Elle choisirait de vivre pendant qu'elle en a encore le temps. Elle profiterait de chaque instant, de chaque seconde à ses côtés même si l'issue en est toujours la même.
Puisque, après tout, malgré la douleur, elle est encore en vie. Et puisqu'il vit à travers elle.
Elle se relève doucement. Le soleil pointant lentement à l'horizon, efflame la mer et il est temps qu'elle rentre chez elle. Leatitia ne va pas tarder à se réveiller et à parcourir la pièce à la recherche de sa maman.
Leatitia.
Leatitia Eileen Andromeda Snape. Elle est née 7 mois après son arrivée ici. Et c'est pour elle qu'elle continue à rire. Leatitia signifie joie, bonheur, et c'est ce que sa fille lui apporte. Un bonheur qu'elle ne croyait plus possible.
Elle a les yeux de Severus. De grands yeux noirs et profonds. Mais les yeux de sa fille sont remplis de lumière et de rire. Lorsqu'elle les fixent sur elle, Nymphadora a parfois l'impression que son coeur va exploser. Aux yeux de sa fille, elle est une géante, une héroine capable de la protéger quoi qu'il arrive. Mais ce qu'elle voit, elle, dans les yeux de sa fille, c'est l'espoir et une raison de continuer.
Et quand elle la serre contre elle, quand elle la regarde attraper l'un de ses doigts dans sa main si fine et si fragile, elle sait qu'elle tiendra sa promesse.
Debout à la fenêtre de la chambre, son bébé dans les bras, elle regarde le soleil se lever sur un nouveau jour, sur un nouveau monde. Et elle sait qu'elle continuera à se battre, qu'elle continuera à vivre.
Dans ses bras, Leatitia gazouille et elle baisse les yeux pour sourire à sa fille.
