Réponses aux reviews:
Phantme: Eh bien voilà la suite… qui répond je crois à certaines de tes questions.
Blacky: Cool, tu m'as retrouvée ! Ben ne te gêne pas pour le répéter, surout ! Fait toujours plaisir à entendre… lol Vu les problèmes de la dernière fois et ce chapitre étant un peu plus facile, j'l'ai publié directement. Faudra trouver une solution pour la suite…
Saria3: Contente que ça te plaise ! Voilà un autre chapitre à dévorer illico…
Chapitre 3: Mystères irrésolus
"From childhood's hour I have not been
As others were – I have not seen
As others saw – I could not bring
My passions from a common spring." – Alone, d'Edgar Allan Poe
(Dès l'enfance je n'étais pas comme les autres, je ne voyais pas les choses comme les autres, je ne pouvais me contenter d'un simple printemps.)
Etat de Washington, la chambre d'une grande maison, le 6 avril 1996
Harry Potter (ou, comme il l'écrivait à l'école, Harry Potter-Evans) était couché sur le dos dans son lit, fixant le baldaquin vert foncé au dessus de lui. Le lit n'était pas immense, mais il fallait aussi dire qu'Harry était petit pour son âge de quinze ans (du moins c'était l'âge qu'il pensait avoir). D'après ce qu'il savait, il n'avait probablement même pas quinze ans. Il n'en avait sûrement que douze ou treize, mais peut-être qu'il était doué au point d'avoir sauté deux années scolaires (ce qui lui semblait toutefois improbable). Après tout, songeait-t-il, il n'était même pas américain. Même si l'origine n'a rien à faire avec les années scolaires, il aimait souvent l'utiliser comme excuse.
Se retournant sur le ventre et grognant comme ses côtes rencontraient un livre de maths oublié, il se leva paresseusement et se dirigea vers la porte de sa chambre. Bon, ce n'était pas vraiment sa chambre, c'est vrai. Après tout, ce n'était pas vraiment sa famille non plus. Ou si ? Harry ne savait pas, mais il n'y réfléchissait plus que rarement. Après tout, on ne peut pas toujours ressasser le passé. Tout ce qu'il savait, il le tirait de ces objets que les médecins avaient trouvé sur lui il y a tout juste une année, à savoir un uniforme scolaire et un sac d'école. Le sac renfermait ce qu'il y avait de plus important: trois livres scolaires (bien qu'ils soient d'un genre très particulier), une paire de gants épais faits d'une matière étrange (on aurait dit de la peau de serpent extrêment épaisse), et la chose la plus importante de toute, une lettre d'un homme appelé Sirius. Il s'y trouvait aussi quelques mots bizarres de gens qu'Harry imaginait avoir été ses amis, mais ils n'étaient pas signés.
Parfois, s'il y pensait très fort, il pouvait presque voir des images floues de ces personnes, et même entendre le son de leur voix, même si elles étaient distantes et diffuses comme dans une sorte de rêve. Le plus étrange était peut-être le fait qu'il ne voyait ces images que lorsque ses tuteurs étaient absents.
Ils l'étaient assez souvent, absents.
La maison dans laquelle Harry vivait à présent était très grande, comme il s'en faisait la remarque tous les jours en descendant les escaliers en direction du salon.
C'était plutôt une heure matinale pour un garçon de son âge pour être debout un samedi matin, mais Harry était assez différent des autres. Même ses meilleurs amis (l'étaient-ils ? Harry ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait laissé des gens derrière lui), Nadia Schwartz et Tristan Peterson, faisaient souvent remarquer à quel point il était étrange. Nadia était celle qui motivait Harry, le suppliant de découvrir qui il était ("Harry Potter, selon les noms dans mes livres d'école."), d'où il venait ("D'Angleterre, Nadia !" "Oui, mais d'OU exactement ? Je veux dire: Londre ou… ailleurs."), et de trouver les personnes qui le connaissaient ("Tu veux dire, les gens des lettres ?" "OUI !"). Tristan, d'un autre côté, essayait de retenir Harry. Savoir que son meilleur ami ne voulait pas qu'il découvre son passé faisait plus de mal à Harry que cela ne l'ennuyait. Il n'avait jamais expliqué à Tristant à quel point il se sentait incomplet de ne pas savoir.
"Mais tu nous as nous !", aurait-il protesté.
"Oui, il nous a, Tristan, mais il en d'autres, aussi." Harry souriait toujours en entendant Nadia essayer de faire taire Tristan: cela ne marchaient jamais. Tristant avait trop peur de le perdre.
La maison était vide et sombre. Harry s'approcha du canapé qui faisait face à la télévision. Il pleuvait. Ce n'était pas inhabituel dans cette région à l'ouest de Washington, mais Harry n'avait jamais vraiment aimé la pluie. Il supposait qu'il devait probablement pleuvoir beaucoup en Angleterre, mais il ne s'en rappelait pas. Il se sentait d'aillleurs très naïf de ne rien savoir sur son pays d'origine. Les gens lui posaient des questions, à cause de son accent, mais il ne pouvait jamais y répondre.
S'asseyant sur le canapé de cuir usé, il regarda songeusement son reflet dans l'écran. Ses parents adoptifs, Rick et Dora Evans, lui avait proposé de lui acheter une nouvelle paire de lunettes, mais Harry avait toujours refusé. Il était attaché au cadre de titane rond, ce qui déplaisait grandement à ses tuteurs. Ces derniers pensaient qu'il ressassait un peu trop son passé.
Harry soupira et essaya d'applatir ses cheveux noirs et indisciplinés. Soupirant une nouvelle fois devant son échec, il décida qu'autant valait aller dans leur sens, et il les ébouriffa jusqu'à ce qu'ils soient dressés sur sa tête. Dora en aurait une crise cardiaque. Elle aimait que tout soit propre et en ordre. Cela rappelait quelqu'un à Harry, mais il ne pouvait pas se souvenir qui, ce qui l'énervait au plus haut point.
Comme il allumait la télé, il sentit un sourd élancement à son front et passa la main sur sa bizarre cicatrice. Les docteurs pensaient qu'il l'avait portée la majeure partie de sa vie. Ils lui avaient demandé s'il voulait s'en débarasser, mais Harry avait décliné leur offre. Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait que ce ne serait pas une bonne idée. Elle l'élançait de temps en temps, mais il s'y était habitué et pouvait généralement faire avec. Parfois pourtant, la douleur paraissait vouloir lui briser le crâne, et il ne pouvait jamais contrôler quand cela arrivait.
Une fois, et il grimaçait toujours lorsqu'il y songeait, il s'était endormi en cours de sciences pour se réveiller en hurlant. Son front brûlait à tel point qu'il avait l'impression d'avoir été marqué au fer rouge. Tout le monde l'avait regardé avec de grands yeux, l'air effrayé. Harry ne pouvait se rappeler de quoi il avait rêvé, mais ce n'était sûrement pas de soleil ni de papillons pour avoir été réveillé de cette façon.
Les dessins animés du samedi matin étaient plutôt ennuyant, et toutes les autres chaînes passaient des programmes de sport. Soupirant encore, il éteignit la télé et se rendit à la cuisine.
Apparemment, il allait de nouveau prendre son petit-déjeuner tout seul. Ses tuteurs étaient des drogués du travail. Toujours au bureau, jamais là. La raion pour laquelle ils avaient voulu un enfant restait un mystère. Peut-être, songeait Harry, qu'ils avaient besoin de quelqu'un pour garder la maison. C'était une raison plausible. Après tout, ils avaient précisé vouloir un enfant déjà grand: quelqu'un qui pouvait (la plupart du temps) s'occuper tout seul. Harry en était certainement capable. Il s'était même découvert des talents culinaires qu'il n'avait jamais soupçonnés.
Poussant un carton d'œufs intacts, il sortit une carafe de lait du frigo et essaya de la poser sur le comptoir à l'aveugle tout en refermant la porte du. Cet essai ne fut pas une réussite. La carafe oscilla et commenca à tomber. Alors qu'elle était sur le point de s'écraser au sol (Harry ferma les yeux), pourtant, rien ne se passa. Il ouvrit lentement un œil, s'attendant à voir le sol couvert de lait, mais ce n'était pas le cas.
Harry ouvrit donc l'autre œil, et se laissa osciller dangereusement sur place. La carafe avait repris sa place sur le comptoir, comme si rien ne s'était passé. Harry secoua la tête et ajusta ses lunettes: peut-être que ce n'était qu'une sorte d'horrible farce et que Rick allait sortir la tête de derrière le comptoir à tout instant, riant aux éclats. Mais rien de cela n'arriva. Harry prit une profonde inspiration et se dirigea vers les armoires où les céréals étaient rangées.
Des choses pareilles arrivaient de temps à autre. Une fois, lors de sa première semaine à l'école, il avait senti un piquotement sur sa nuque et s'était retourné pour voir la terreur du coin qui fonçait droit sur lui. En un clin d'œil, Harry s'était soudain retrouvé à l'autre bout du couloir. Il ne pouvait pas expliquer comment, mais à partir de ce jour-là, il était officiellement devenu le cinglé de l'école.
Bien sûr, les cinglés étaient appréciés: Harry avait des tas d'amis, mais Tristan et Nadia étaient les seuls qu'il osait appeler ses meilleurs amis. Tristan était plus petit qu'Harry, ce qui voulait dire quelque chose, étant donné qu'Harry n'était vraiment pas grand. Nadia, au contraire, les dépassait tous deux d'une bonne tête. Tristan était musclé, avait des cheveux blonds et jouait au foot dans l'équipe de l'école. Nadia, elle, jouait au basket. Harry ne jouait d'aucun sport d'aucune sorte. Il avait l'impression de l'avoir fait à une époque, mais il ne pouvait pas se rappeler de quel sport il s'agissait. En tout cas, il n'avait vraiment aucun talent pour ceux qu'il avait essayé, à la grande déception de Rick.
Harry soupira, se versa un bol de céréales et s'assit à la table à manger. Les chaises qui l'entouraient avaient récemment été recouvertes d'un motif à fleurs très laid, que Dora admettait ouvertement détester.
"Alors, pourquoi tu as commandé celui-là ?", avait demandé Rick, l'air choqué.
Dora avait seulement haussé les épaules. Harry soupçonnait qu'elle avait aimé ce motif à la base. Les choses avaient toujours l'air mieux dans les catalogues, avait-elle l'habitude de dire. Harry était d'accord là-dessus, mais bon, ce n'était pas comme s'il avait déjà commandé quoi que ce soit d'un catalogue...
Les céréales que mangeait Harry étaient plutôt rances. C'était le reste d'un paquet de Cheerios vieux de deux mois, mais il était le seul qui en mangeait, et il ne mangeait jamais beaucoup. Il finit son bol aussi vite que possible sans se rendre malade et remonta dans sa chambre. Il ne pouvait pas faire grand chose. Ses devoirs étaient terminés (il les avait finis vendredi: une autre raison pour laquelle il passait pour un malade), son ordinateur était en réparation, et il n'y avait personne pour l'emmener ou que ce soit, même s'il n'y avait pas vraiment d'endroit où aller. Vivre sur une île dans le Puget Sound de l'Etat de Washington avait ses avantages, mais avait aussi son lot de désavantages: l'isolation en était un.
Harry décida qu'il n'aimait vraiment pas ça. Il n'aimait pas être seul, bien qu'il soit toujours seul à la maison. Etre seul lui donnait une quantité désagréable de temps pour ressasser ce qu'il avait autrefois eu, et n'aurait probablement plus jamais. On l'avait retrouvé avec juste assez de son passé pour lui en donner une idée, et, comme la fenêtre peinte fermée qu'on ne peut ouvrir mais à travers laquelle on peut voir, il n'avait aucun moyen d'en savoir plus.
Parmi ses possessions flottaient de nombreux noms bizarres, comme Ron Weasley, quelqu'un appelé Hermione, et une autre personne du nom de Sirius Black. Il y avait plusieurs autres noms dans ces mots et ces lettres, mais ceux-là lui semblaient plutôt sans importance. Harry se demandait qui était Sirius. En fait, quand il y pensait, Harry se demandait qui tout le monde était. Ce genre de réflexion lui faisait mal, alors il avait mis les lettres et les livres dans une boîte fermée à clef, boîte qu'il avait cachée dans son armoire et dont il avait délibérement dissimulé la clef.
Il aurait voulu pouvoir juste envoyer une lettre et trouver quelqu'un. Mais il avait quelqu'un: il avait des parents non officiels qui l'avaient légalement adopté. Harry ne pouvait rien faire. Mais ça ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas essayer…Cette pensée à l'esprit, Harry commenca à remonter les escaliers, mais le claquement d'une portière détourna son attention, et il redescendit précipitamment les marches.
Dora et Rick entrèrent quelques instants plus tard, tous deux portant d'immenses piles de dossiers dans leurs bras. Dora avait l'air exaspérée, et soupira profondément en jetant brusquement les dossiers sur le comptoir de la cuisine. Elle tourna les yeux vers Harry, et ils restèrent fixés sur son crâne.
"Tes cheveux !", dit-elle, les mains sur les hanches dans l'embrasure de la porte de la cuisine.
Harry se sentit légèrement pâlir, et essaya rapidement d'applatir ses cheveux noirs contre son crâne, mais sans succès.
Rick contourna Dora, de sorte qu'Harry puisse le voir. Il souriait. "Ce qu'elle voulait dire c'est 'Salut, Harry ! Comment vas-tu ? Je suis désolée d'avoir été travailler –' " Dora lança un coup d'oeil meurtrier à son mari, puis se tourna vers Harry. "Franchement… Pourquoi tes cheveux sont toujours comme ça, c'est une énigme.", dit-elle, se déplaçant pour laisser entrer Rick dans le salon. "Je suis une énigme.", répondit Harry. "Un point pour lui, Dora !", s'exclama Rick, frappant les épaules d'Harry au passage. Les genoux d'Harry flèchirent sous la brusque pression.
"Il n'est pas une énigme ! C'est notre garçon, et je ne veux pas que tu lui mettes des idées idiotes dans la tête. Il pourrait s'enfuir un jour à cause de ça." Dora passa derrière le comptoir de la cuisine et atteignit avec difficulté la plus haute des armoires. L'accès de cette armoire était totalement interdit à Harry, car elle contenait les bouteilles d'alcool. Harry n'avait pas besoin d'un verrou pour le repousser, étant donné qu'il était trop petit pour l'atteindre même s'il avait voulu en prendre une gorgée, ce qui n'était pas dans sa liste de priorités.
Apparemment, la matinée avait été rude pour Dora. Elle se servit un verre de whiskey, puis, comme tous les jours, elle se rendit à l'étage pour se changer.
Rick, de son côté, alluma la télé et se décida pour une émission sportive. Les présentateurs discutaient de la victoire des Mariners sur les Yankees et analysaient quelques actions du match, puis passèrent à une rencontre du jour précédent. Rick semblait totalement immergé dans ce qu'il regardait. Il réussit même à ôter ses chaussures sans quitter l'écran des yeux.
Harry se tenait dans la salle à manger, qui s'ouvrait d'un côté vers la cuisine et de l'autre vers le salon. Il avait vraiment envie de remonter dans sa chambre pour s'occuper de cette lettre (…qu'il n'avait jamais l'intention d'envoyer), mais Dora déboula en bas avant qu'il ait pu atteindre les escaliers.
"Harry !", cria-t-elle, l'air plutôt hors d'haleine.
Le cœur d'Harry fit un bond douloureux dans sa poitrine. Il n'avait rien fait de mal !
"Je viens de me rappeler ! Tu avais un rendez-vous ce matin !" Elle portait toujours son tailleur de ville, bien qu'elle ait ôté sa veste, et avait encore ses chaussures aux pieds. Elle venait apparemment vraiment seulement de s'en rappeler.
"Un rendez-vous ? Je ne me souviens pas d'un rendez-vous ?" Harry avait l'habitude de se faire des notes mentales pour ce genre de choses.
"On l'a pris il y a des siècles. J'espère que ce n'est pas trop tard. Je vais appeler pour demander. Mets tes chaussures, au cas où.", elle dépassa Harry en direction du téléphone posé sur le mur de la cuisine, et pressa immédiatement la touche numéro trois.
C'était le numéro du docteur. Il avait été programmé dès le premier jour de l'arrivée d'Harry. Les médecins en Angleterre avaient conseillé aux Evans de faire régulièrement contrôler Harry, au cas où. Harry aimait penser que le "cas où" était s'ils trouvaient un moyen de lui faire retrouver la mémoire, mais il savait que c'était si sa cicatrice lui posait des problèmes, ou si ses blessures à la tête lui faisaient mal.
Sa cicatrice le brûlait constamment, donc plus personne n'en tenait plus compte. Sa tête, par contre, allait bien. Il avait vraiment l'impression que, pratiquement une année après, ces contrôles n'étaient plus nécessaires, mais il ne pouvait pas protester contre le fait qu'on s'occupe de lui.
Après environ trois minutes de conversation rapide, Dora s'exclama 'merci' pas moins d'une douzaine de fois, et fit signe à Harry de mettre ses chaussures, avant de raccrocher.
"Tu as de la chance qu'il ait une place pour toi, sinon on aurait dû renvoyer le rendez-vous à la semaine prochaine, et tu aurais peut-être dû manquer les cours."
L'école était aussi imortante pour les Evans que l'était l'église pour un prêtre. Il ne fallait pas la manquer sauf cas d'urgences extrêmes ou de vacances soudaines et inattendues. Bon, peut-être que les prêtres ne prenaient pas de vacances inattendues, mais les Evans le faisaient sûrement. A moins que vous n'appeliez pas inattendu un voyage en Roumanie le jour où vous apprenez l'existence de ce pays…
Harry fonça en haut des escaliers, ouvrit sa porte à tout volée, saisit ses baskets usées, les enfila, redescendit à toute vitesse et sortit par la porte déjà ouverte en un temps qu'on pouvait certainement qualifier de record. Dora aimait être à l'heure, et Harry l'avait appris de manière brutale. Elle était partie faire des courses nécessitant la présence d'Harry sans lui. Il avait manqué l'achat des fournitures scolaires l'année dernière parce qu'il avait dormi trop longtemps. Ou plutôt qu'il n'avait pas voulu affronter un autre jour sans souvenirs. Quoiqu'il en soit, Dora n'aimait pas ça, et Dora était partie.
Heureusement pour Harry, il avait appris à être rapide, et il se retrouva dans la toute nouvelles Lexus en un clin d'œil.
"Merci de t'être dépêché, mon chéri", dit-elle, souriant chaleureusement au garçon hors d'haleine affalé sur le siège du passager.
"C'est juste un contrôle habituel, n'est-ce pas ?" Dora lui lança un regard perçant. "Oui", dit-elle lentement, très lentement, comme si elle parlait à un gamin. "Pourquoi tu demandes ça ?"
Harry haussa les épaules et croisa les bras sur sa poitrine, regardant le paysage se brouiller autour de lui comme ils acceleraient vers le terminal du ferry. Le trajet fut rapide. Ils attrapèrent le ferry comme il s'apprêtait à partir, et avant qu'Harry puisse savoir ce qu'il se passait, il se tenait devant un bâtiment de briques rouges tout simple. Harry avait toujours remarqué Il qu'il était très bien entetenu. Ses lignes blanches avaient toujours l'air fraîchement peintes, et les petits bacs à fleurs qui étaient suspendus aux fenêtres du premier étage avaient toujours l'air dépourvues de mauvaises herbes.
La pluie tombait toujours autour d'Harry et de Dora quand ils entrèrent dans la petite clinique. A l'intérieur, du lino d'un blanc aveuglant brillait dans sous la lumière de l'éclairage fluorescent, et quatre ou cinq fauteuils rembourrés étaient alignés près des fenêtres. Il n'y avait personne dans la salle d'attente et, à travers une petite fenêtre, Harry vit la réceptionniste parler précipitamment au téléphone.
Elle fit un signe du bras à Dora et sourit en les aperçevant arriver. Dora lui répondit d'un signe de tête et poussa Harry légèrement sur sa gauche, indiquant qu'elle voulait qu'il s'assoie. Harry s'assit donc, mais à contre cœur. Ce n'était pas comme s'il ne voulait pas s'asseoir; c'était plus qu'il ne voulait pas être ici d'une manière générale. Tout était bien trop propre à son goût, et Dora, bien qu'il la connaissait maintenant depuis presque un an, le mettait toujours un peu mal à l'aise. Elle avait des manières brusques et était toujours très tendue. Pourtant, c'était elle qui avait suggéré l'adoption, donc Harry savait qu'au fond d'elle-même elle tenait vraiment à lui. C'était réellement une femme étrange. Quand Harry l'avait rencontrée pour la première fois, elle s'était présentée avec l'air d'être une reine, ou du moins une personne qui méritait d'être traitée avec le plus grand respect.
Elle avait d'épais cheveux d'un noir brillant et des yeux renfoncés, qu'elle maquillait toujours avec des tons bruns, ce qui lui donnait un air décidé et sérieux. Rick, lui, était un homme trapu avec des cheveux noirs, comme ceux de sa femme. Mais à l'inverse de Dora, il était jovial, il pouvait plaisanter et rire, et généralement se comportait en père envers Harry. Lui parler était souvent une bouffée d'air frais de après avoir eu affaire à Dora.
Les pensées d'Harry furent interrompues par la voix douce de la réceptionniste: "Mme Evans ? Le docteur Fletchley va vous recevoir." Elle sourit à Harry et se leva, dossier à la main, pour ouvrir la porte qui menait à la petite salle de consultation. Le couloir qui y menait était tout aussi blanc et stérile que la salle d'attente, si ce n'est plus étant donné qu'ici il n'y avait pas de porte s'ouvrant sur le parking pour laisser entrer la saleté et la crasse.
Harry soupira comme la réceptionniste pleine d'entrain ouvrait la porte tout au fond du couloir et à droite. Cette salle n'était manifestement pas utilisée souvent, vu qu'elle était fermée à clef, et Harry trouva cela légèrement curieux, mais pas assez pour en demander la raison.
La réceptionniste sourit à nouveau (son comportement commençait à agaçer Harry: elle était bien trop gaie pour son propre bien), et referma la porte blanche. Comme Harry l'avait prédit, la salle éait d'un blanc lumineux et tout aussi stérile que les corridors. Il n'y avait aucune fenêtre pour laisser entrer la lumière, mais la pièce étincelait suffisament sous les néons. Deux chaises grises étaient alignées le long du mur du fond, et un banc recouvert de papier cotoyait un comptoir couvert de divers instruments médicaux. Le seul poster affiché au mur expliquait les dangers du tabagisme, et il avait commencé à perdre de sa couleur.
Harry s'assit sur le banc, d'une part par habitude, d'autre part parce qu'il pensait qu'il devrait le faire de toute façon. Dora s'avanca vers l'une des chaises grises et ramassa un vieux magazine de la maigre pile placée en-dessous du porte-revues. Ce devait être trop compliqué d'utiliser ce truc, songea Harry.
Généralement, il ne devait pas attendre longtemps pour que le docteur arrive, et ce fut le cas ce matin. Le docteur Fletchley, un type corpulent orignaire des environs de Dundalk en Irlande, ouvrit la porte avec enthousiasme, faisant sursauter Harry et Dora. Il avait vraiment des manière qu'on pouvait qualifier d'inconventionnelles.
"Ah, Harry ! De loin, mon patient préféré jusqu'à ce jour. Comment vas ?" Il prit la main osseuse d'Harry dans la sienne, grande et potelée, et secoua vigoureusement son bras.
"J'vais bien", répondit Harry, souriant, bien que souhaitant que Fletchley lâche son bras, l'étreinte devenant douloureuse.
"Content d'l'entendre, mon garçon !", conclut-il, relâchant la main d'Harry et se dirigeant vers Dora. Elle referma son magazine et sourit d'une façon presque séduisante au jovial docteur.
"Dora Evans !", sourit-il, faisant un signe de tête dans sa direction mais ne la regardant pas vraiment dans les yeux. Il ne semblait pas franchement aimer Dora, Harry l'avait toujours constaté.
"Docteur Fletchley. Je suis terriblement désolée pour ce matin ! Ai reçu un coup de téléphone vers six heures. J'ai dû traîner Rick avec moi, le pauvre. Il est en train de se remettre." Elle rit. C'était une chose bizarre à dire, mais Harry n'y fit pas plus attention.
"Non non ! Il n'y a aucun problème. Pas beaucoup d'activité ici, de toute façon. Donc, concernant M. Potter ici présent", Harry crut que Dora le regardait, mais réalisa qu'elle était juste en train de lire son magazine.
Lorsque tous les contrôles nécessaires eurent été faits, Fletchley fit son habituel discours sur la perte de mémoire qu'on pouvait espérer récupérable d'Harry, mais ensuite il lança un autre sujet, qui, Harry aurait pu le jurer, avait même un instant attiré l'attention de Dora.
"En fait, j'ai découvert quelque chose d'amusant au sujet de cette cicatrice que tu as. Amusante, enfin, si on veut le voir de cette façon !" Il sourit à Harry, dont les yeux étaient écarquillés d'étonnement.
"J'ai une sœur en Angleterre, qui a un fils – je pense que ça en fait mon neveu, n'est-ce pas ? " Il rit. Harry gloussa un peu, comme pour mettre Fletchley à l'aise, mais il s'arrêta comme le docteur continuait.
"Mon neveu, Justin, suit des cours dans une certaine académie privée. Je n'en connais pas le nom, et franchement, elle paraît un peu, euh, dirons-nous, vieux-jeu par rapport au mystère qui l'entoure. Mais je m'éloigne", il fit une nouvelle pause, comme pour ménager son effet. Harry fit un signe de tête, le pressant de continuer.
"Ma sœur contrôle les livres d'école de Justin. Elle m'en évoie généralement quelques-uns pour, ah, ce n'est pas important. Et bien, au sujet d'un de ces livres qu'elle m'a envoyés, quelque chose de très particulier… Me rappelle pas bien du titre, mais il était plutôt inconventionnel. Je m'éloigne de nouveau. Quoi qu'il en soit, ma sœur m'a envoyé ce livre, et il parlait de cicatrices. De cicatrices faites par un sort, en fait. Drôle de nom, vraiment."
A nouveau, Harry crut voir Dora sursauter, mais elle paraissait lire négligemment un magazine people. Elle avait peut-être oublié la conversation qui se tenait à présent entre Harry et son docteur irlandais, mais plus certainement elle ne devait y aucun intérêt.
"Pensais juste que tu voudrais lire le petit passage que j'ai réussi à te photocopier. Vraiment particulier qu'il était ce livre. Dommage que je ne puisse pas me rappeler du nom. Mais bon", il plongea la main dans une des poches de sa blouse blanche et en sortit un petit papier plié, "voilà". Il le tendit à Harry. "Jette-y un coup d'œil une fois chez toi. Juste pensé que ça frapperait ton imagination."
Fletchley se leva du tabouret sur lequel il s'était perché, et reprit des manières plus doctorales.
"Eh bien Harry, tout semble être en ordre. J'dirais que tu es en pleine forme. Tu peux y aller", dit-il en ouvrant la porte. "J'ai un autre patient à voir. Ce fut un plaisir, Harry. Dora", ajouta-t-il après coup, et il sourit poliment à la femme silencieuse qui avait reposé son magazine et se levait.
La porte se referma avec un cliquetis audible, et Harry se sentit soudain bien seul.
"Eh bien, je suis contente de savoir que tu vas bien, Harry. Qu'est-ce que le docteur Fletchley t'a donné ?", demanda Dora, ouvrant la porte et s'engouffrant dans le couloir blanc. "Rien", répondit Harry, empochant rapidement le petit bout de papier blanc. Il le lirait plus tard, à l'abri des yeux vigilants de ses tuteurs.
Dora ne dit plus rien. La réceptionniste pleine d'entrain leur fit un signe d'adieu (elle était de nouveau au téléphone), et ils sortirent au son du petit tintement de la cloche dorée qui était suspendue à la porte. Dora et Harry se retrouvèrent une nouvelle fois sur le gravier du parking, sous la pluie qui tombait encore plus fort qu'avant.
