Notes: Savez quoi ? J'suis vachement contente ! Hilarity m'a écrit dans un mail qu'elle se sentait très flattée de se voir traduite, et que ça la motivait pour finir sa fic ! Je lui ai donc répondu qu'elle avait déjà quelques fans francophones qui seraient ravis qu'elle la termine. J'ai bien fait, non ?

Pour les reviews:

Mystick: Contente que ça te plaise ! La suite est là…

Saria3: Tiens, c'est marrant, moi c'est le troisième que j'aime moins… Mais bon, c'est peut-être que c'est pas celui dont je suis la plus fière question trad. Vous vous rendrez sans doute vite compte que j'ai plus d'inspiration quand y a Sirius dans le chapitre… ;-)

Blacky: Merci pour ce soutien Blacky ! C'est sûr que c'est étonnant de pouvoir oublier Sirius… lol Mais tu remarqueras qu'Harry sait que ce nom est important… et tu apprendras qu'il a une très bonne excuse pour ne pas s'en rappeler plus précisément !

Alinemcb54: ça, pour être pas nette, elle est pas nette la Dora ! Evans est leur nom de couple, donc doit être celui de Rick… enfin, si on veut… niark, niark ! Quant à Fletchley, tu as tout bon !

Chapitre 4: Lettres à personne

"And now we wish – Ha ha ! What does we wish ?" (Et maintenant nous espérons – Ah ah ! Qu'espérons-nous ?) - Les Deux Tours, de J.R.R Tolkien

La sonnerie du réveil déchira l'air matinal et réveilla brusquement Harry. Sa main gifla le réveil plusieur fois, chaque tentative étant plus lamentable que la précédente, jusqu'à ce qu'Harry comprenne que ça ne marchait pas. Il s'assit alors, réuississant enfin à éteindre l'appareil.

Il tâtonna sur sa table de nuit à la recherche de ses lunettes. Lorsque ses mains touchèrent enfin le cadre de métal froid, il les ramassa et les mis sur son nez. Le monde redevint soudain net, et Harry dut cligner des yeux face à la lumière du soleil qui passait à travers les volets. Il bailla à s'en décrocher la mâchoire tout en s'étirant. Il n'avait aucune envie de sortir de sous ses couvertures, car l'air autour de lui était froid alors que son lit était bien chaud…

Toutefois, l'idée de devoir marcher jusqu'à l'école le décida à sortir de son cocon. Il bailla à nouveau, et sauta hors de son lit. Le sol était glacial, ce qui finit de réveiller Harry. Il fonça vers son armoire, en tira une paire de jeans, un t-shirt et des chaussettes, et regrimpa sur son lit. Le parquet était bien trop froid pour y rester debout, ses sens n'étaient pas encore prêt à affronter cette épreuve. S'habiller en étant debout sur son lit n'était pourtant pas une mince affaire, et Harry se mit à osciller dangereusement en essayant d'enfiler ses jeans. Il tenta de garder l'équilibre en fixant le mur, mais finit par s'asseoir pour mettre ses chaussettes. Voilà quelque chose d'utile contre ce froid, songea-t-il.

Il était hors de question de penser au petit-déjeuner. Harry prendrait juste quelque chose au distibuteur entre la première et la seconde période, cela l'aiderait à tenir. Il avait un appétit très léger, ce qui semblait inquiéter l'un comme l'autre de ses tuteurs. "Tu es en pleine croissance ! Tu dois prendre des forces !", lui disaient-ils presque tous les jours. Harry avait décidé qu'il avait cessé de grandir vers ses douze ans, mais vu qu'il ne pouvait se rappeller à quoi il ressemblait à cet âge, en général il ne répondait rien.

En rassemblant ses affaires d'école pour les enfourner pêle-mêle dans son sac, il réalisa qu'il n'avait rien fait au sujet de cette lettre qu'il avait voulu écrire, si ce n'est sortir une feuille de papier et une plume et les poser sur son son bureau. Cela suffisait pour l'instant. Il pourrait l'écrire après avoir terminé ses devoirs.

Jetant son sac sur le lit, il sortit de sa chambre pour aller se laver les dents. Il s'était levé il y a à peine dix minutes, mais il était déjà très, très en retard. Il toucha à peine ses dents avec les poils fatigués de la brosse, et fit abstraction du peigne, pensant qu'il n'en avait pas besoin, et que s'il le voulait, Nadia en avait un qu'il pourrait utiliser. Retournant à toute allure dans sa chambre, Harry eut le temps d'enfiler sa plus belle paire de baskets avant que Dora appelle d'en bas: "Je PARS !"

Harry souleva le sac de son lit, attrapa sa veste du sol (où elle était restée depuis son retour de chez le médecin) et dévala les escaliers, suivant Dora par la porte de derrière jusqu'au garage. Il avait réussi, ce qui n'était pas mal.

"Qu'est-ce qui s'est passé, tu es resté endormi ?"

"Bonjour à toi aussi", pensa intérieurement Harry.

Dora avait été d'une humeur exceptionnelement massacrante comme le week-end touchait à sa fin. Sa bonne humeur semblait avoir entièrement disparu après le contrôle médical. C'était presque comme si elle avait espéré qu'Harry souffrait d'une quelconque maladie mortelle, et qu'elle était déçue qu'il soit sorti en bonne santé. Toujours avec aucun souvenir de son passé, mais en bonne santé.

En entrant dans le véhicule (qui avait encore cette odeur de voiture neuve), Harry glissa les mains dans les poches de veste. Dora mit le contact, et la voiture passa les grilles à toute vitesse. Dora avait l'air bien pressée.

Harry soupira et s'affala contre le siège en cuir, mais c'est alors qu'il sentit quelque chose dans sa poche. Le mot ! Celui que le docteur lui avait donné ! Bien sûr ! Il l'avait oublié (bien qu'il ne puisse pas comprendre pourquoi). Il était toujours d'avis que Dora n'aimait pas le fait que le Docteur Fletchley lui ait donné une sorte de document secret, donc il sortit les mains de ses poches et les croisa sur sa poitrine. Mieux valait ne pas le lire là où Dora pouvait le voir.

"Tu devras prendre le bus pour rentrer, Harry. Rick et moi avons un rendez-vous très urgent." Elle se frotta le bras. "Donc il se pourrait qu'on ne rentre pas aujourd'hui. Tu sais comment te commander une pizza. Je t'ai laissé quelques billets de 20 sur le comptoir." Harry fit oui de la tête et bailla à nouveau.

Il pleuvait toujours. Ce temps commençait à le fatiguer. Etait-ce vraiment le temps ? Harry avait encore fait un rêve, mais il n'arrivait pas à s'en rappeler. Il s'était reveillé vers deux heures du matin couvert de sueur froide. Depuis, sa cicatrice le brûlait plus que d'habitude. Tandis qu'ils roulaient sur l'autoroute presque déserte, il la frotta avec précaution.

"Ta cicatrice te gêne ?"

Harry baissa rapidement sa main qu'avait touchée Dora. Il secoua la tête, laissant retomber des mèches folles sur son front.

"Tu es sûre ?" Elle semblait tendue.

"Ouais. Ne t'en fais pas pour ça", répondit-il, se retournant pour regarder pas la fenêtre.

Les cheveux sur sa nuque piquotaient. Harry crut que Dora le regardait, mais quand il se retourna, elle avait les yeux fixés sur la route. Harry avait sans cesse l'impression que Dora avait une sorte de radar qui repérait tout ce qu'Harry ne voulait pas qu'elle voit. C'était pour ça aussi qu'elle le mettait si mal à l'aise. Elle n'aimait pas être tenue à l'écart des secrets d'Harry, alors elle semblait toujours le surveiller. Toujours. Harry se serra contre la vitre et posa son front contre le verre humide et froid, souhaitant que la douleur dans sa cicatrice disparaisse.

Qu'elle disparaisse et le laisse tranquille.

Même si l'isolation était ce qu'Harry craignait le plus (à l'exception peut-être des rats – il n'avait jamais aimé les rats), il avait toujours envie d'être seul. Mais bon, la solitude était quelque chose à laquelle il s'était faite durant cette dernière année, donc peut-être que c'était devenu une habitude. Peut-être qu'il n'en avait pas vraiment envie. Et pourtant, si. C'était même l'un de ses plus grands désirs, à côté de celui d'avoir une vraie famille. Pas forcément des parents biologiques, mais quelqu'un qui serait comme un père, ou quelqu'un qui serait comme une mère. C'était étonnant, étant donné qu'il avait deux personnes qui étaient supposées représenter ces choses pour lui. Mais lorsqu'on vous force à y croire, l'esprit a tendane à se cabrer, et ce n'est pas comme is Rick et Dora l'aidaient.

Sa solitude avait surtout rendu Harry très indépendant, mais elle lui donnait aussi l'occasion de songer à un passé qu'il imaginait avoir eu à une certaine époque. Rick et Dora (surtout Dora) n'appréciaient jamais qu'il leur pose des questions. Ils ne savaient rien, répondaient-ils toujours. A quoi bon leur demander ? Ils lui racontaient le peu qu'ils savaient: Il avait été trouvé, inconscient, dans une petite ville du nord de l'Angleterre. Il avait une bosse sur la tête qui était assez grave pour lui avoir fait perdre la mémoire, mais les docteurs (Harry s'en souvenait – Dora et Rick ne lui rappelaient jamais ce détail) avaient dit que cette perte de mémoire n'était pas permanente, et chaque fois qu'il allait se faire contrôler, ils étaient surpris qu'il ne l'ait pas encore retrouvée. Ensuite, ils avaient décidé que cela pouvait prendre des années. Assez de temps pour qu'Harry recommence une nouvelle vie, et qu'il n'ait même plus besoin de l'ancienne.

Mais il en aurait toujours besoin.

"Dehors", dit la voix de Dora à la gauche d'Harry. Il avait encore rêvé tout éveillé. Ouvrant la porte, il sortit, son sac à la main. Dora ne dit rien lorsqu'Harry referma la porte, et il se dirigea vers l'entrée principale de l'école.

Il n'y avait pas beaucoup de monde dehors par un temps pareil. Un groupe d'élèves plus âgés se serraient près des containers, fumant et riant. La fumée prit Harry aux poumons, et il toussa en entrant dans l'école. Il se montrait parfois bien trop sensible pour son propre bien.

"Harry !", cria une voix familière. C'était Nadia, flanquée de Tristan, qui avait l'air mal fichu.

"Hé !", dit Harry, soulevant son sac à dos.

"Tu as l'air en pleine forme", dit Nadia en rejoignant Harry, et le groupe se mit en route vers leur premier cours.

"Et je me sens exactement comme j'en ai l'air."

Nadia haussa les sourcils, mais ne répondit rien. Tristan, par contre, n'était pas aussi fin que ça, et lâcha: "Pourquoi ? Qu'est-ce qui ne va pas ?"

Harry ne savait pas vraiment comment dire "je n'ai aucun souvenir de ma vie, et ça me déprime" sans inquiéter ses amis, donc il se contenta d'hausser les épaules, et de replonger les mains dans les poches de son jeans.

Le mot !

Les trois amis marchèrent un moment en silence, jusqu'à ce que Nadia demande: "Tu as étudié ?"

Harry se figea. "Etudié ?"

Nadia eut un sourire malicieux. "AH ! Tu devrais voir ta tête ! Il faut te relaxer, mon gars !"

Harry sentit son estomac se relâcher, et plissa les yeux de manière menacente.

"C'était cruel", dit-il, un sourire se dessinant sur ses lèvres.

"Eh bien, au moins ça t'a fait sourire", ajouta Tristan.

"Alors, tu as fait quelque chose d'inéressant ce week-end ? On n'a de nouveau pas réuissi à t'atteindre, quoique, franchement, c'est pas manque d'avoir essayé", demanda Nadia, lançant un regard enjoué à Tristan.

"Je n'ai appelé que quatre fois !"

Nadia pouffa. "Seulement quatre fois par heure, CHAQUE putain d'heure !"

Tristant s'arrêta. "Pourquoi est-ce que tu fais ça ?"

"Fais quoi ?", demanda Nadia, visiblement déroutée et s'arrêtant à son tour face à Tristan.

"Jurer comme ça", répondit ce dernier, fixant ses chaussures.

"Pourquoi est-ce que je jure comme ça, putain ? Parce que, bordel, je veux, putain, que tu – "

"Ok, on a compris le message, Nadia. Merci", interrompit Harry avant que Tristan éclate en sanglots.

"Tristan et moi te soutiendront dans quelque décision que tu souhaites prendre, même si on ne participe pas forcément personnellement. C'est pas vrai, mon vieux Stan?" Harry donna un coup de coude à Tristan qui avait commencé à blêmir.

"Ne m'appelle pas Stan !" Tristan leva brusquement les yeux, l'indignation se propageant sur son visage.

"Tu sais, Stan, parfois je m'étonne que tu joues au foot. Tu sembles être plus destiné au ballet."

"Ta gueule !"

"Ok, ça suffit Nadia. TRIstan. Est-ce qui s'il vous plaît on peut arrêter avant que l'un de nous finisse mutilé ? Parce que j'ai comme l'impression que ça sera moi", dit Harry, s'interposant entre Nadia et Tristan qui étaient de régler ça en plein milieu du couloir.

"Honnêtement, est-ce que vous pourriez pas passer un jour – UN JOUR – sans essayer de vous assassiner ? Cela me rendrait les choses tellement plus faciles, de ne pas devoir m'inquiéter de savoir si je vais être témoin d'un meurtre." Harry se mit à grimper quatre à quatre les marches qui menaient à leur premier cours de la journée: sciences.

"Eh ben zut, t'es pas drôle !", s'exclama Nadia en faisant semblant d'être indignée.

Harry ne répondit rien. Il était incapable de répondre quoi que ce soit. Sa cicatrice avait recommencé à brûler, et il était inquiet. Elle vibrait et battait comme si elle était en feu, écrasant son cerveau et lui faisant tourner la tête.

"Harry ? Harry ? Tu vas bien ?", souffla Nadia, attrapant Harry par les épaules. Il avait fermé les yeux aussi fort qu'il pouvait, et pressait son poing contre son front, désirant ardemment, non: exigeant, que cette douleur cesse. Il ne pouvait pas se concentrer à l'école son crâne était sur le point d'exploser.

Harry ne fut que vaguement conscient d'être poussé dans le laboratoire de sciences et assit sur l'une des chaises bleues et froides. La leçon avait commencé, mais la voix du professeur lui parvenait de très loin et elle résonnait dans la tête d'Harr comme à l'intérieur d'un tambour.

Puis, aussi brusquement que cela avait commencé, la douleur cessa. Le monde redevint net, les couleurs l'aveuglaient, et Harry devait loucher contre le violent éclairage des néons. Il sentit quelqu'un lui donner des petits coups de coude, et il se retourna pour se trouver face à face avec Nadia, qui avait vraiment l'air morte d'inquiétude.

"ça va ?", murmura-t-elle.

Harry fit un petit signe de tête - le mouvement le secouait toujours un peu - et il se retourna pour essayer de comprendre le reste du cours qu'il venait de manquer.

La matinée passa lentement, et au déjeuner Harry pouvait à peine attendre de lire ce bout de papier que le docteur lui avait donné. Ce mot pouvait tout expliquer, ou rien d'ailleurs, mais il accepterait l'un comme l'autreDe quoi parlait-il déjà ? Des cicatrices faites par un sort ? Après avoir lu ses anciens livres, il avait décidé que rien n'était trop extraordinaire pour que ces cicatrices n'existent pas. Mais bon, c'était quoi une cicatrice faite par un sort ?

"Harry ? Ouh ouh ! La Terre appelle Harry ! Harry Potter- Evans est demandé à l'accueil !"

Harry réalisa que Nadia était assise juste en face de lui, ses mains placées autour de la bouche pour former un mégaphone. Il restait une trace d'inquiétude dans son regard, quoique son comportement ne le certainement laissait pas paraître. Harry lui fit un signe de la main, et elle vient s'asseoir à côté de lui, continuant à mâcher son shandwich.

"Qu'est-ce qui t'est arrivé ce matin ? ", demand Nadia comme Tristan lui donnait un coup de coude dans les côtes.

"Rien. Ma cicatrice me faisait un peu mal."

"Un peu ? Mon Dieu, Harry, on aurait dit que tu allais crever, pu –", dit-elle, remarquant juste à temps le regard de Tristan.

Harry haussa les épaules.

"Tu sais ce que j'ai toujours voulu pouvoir faire ?", interrompit Tristan.

Nadia posa son shandwich d'un air dégoûté, et lança des regards furieux à son ami.

"J'en sais rien, et je m'en fiche."

Tristan choisit de ne pas relever le commentaire. Harry pensa que c'était très sage de sa part: Nadia n'avait pas l'air d'être de meilleure humeur.

"Voler."

Harry s'étrangla avec son soda, envoyant des bulles dans son nez, ce qui était passablement douloureux.

"Quoi ?"

"Voler ! J'ai toujours voulu pouvoir voler", continua Tristan, un air rêveur embellissant ses traits comme il regardait dans le vague.

"Bizarre. Parfois moi je rêve que je vole sur un balais", ajouta Harry, plutôt pour lui-même.

Nadia le regarda avec intensité. Jusqu'à présent, elle était restée assez silencieuse.

"Tu es cinglé, Harry. Je l'ai toujours dit, et je continuerai à le dire aussi longtemps que tu vivras. Tu. Es. Cinglé."

"Merci. Je m'en souviendrai", réponddit Harry, mordant dans son propre shandwich et faisant la grimace au goût du fromage.

"Je crois que ce fromage est vieux", dit-il, avalant avec difficulté et remettant le shandwich dans son sac. "Quelqu'un devrait vraiment apprendre à Dora à faire la cuisine."

"Tu veux dire que c'est elle qui t'a fait ça ?" Nadia avait l'air entièrement sceptique.

"Pour une fois", répondit Harry, prenant une autre gorgée de soda pour essayer de faire passer l'horrible goût du fromage.

"Et tu lui fais assez confiance pour y MORDRE ?", s'exclama Nadia. Les coins de sa bouche s'étirèrent, lui donnant l'air d'avoir juste mordu dans un citron.

Harry la regarda brusquement. "Bien sûr. Pourquoi ?", demanda-t-il en levant le sourcil.

Ce fut au tour de Nadia d'hausser les épaules. "Elle ne sait pas faire la cuisine. Tu te souvient le mois dernier quand on était chez toi pour dîner ? Elle nous a pratiquement empoisonnés ! C'était vraiment, et sans le moindre doute, la pire nourriture que j'aie jamais mangé de toute ma vie."

"Tu n'as même pas fini ton assiette !", protesta Harry, s'efforcant de défendre sa tutrice. Il n'aimait pas sa cuisine non plus, donc il ne comprenait pas pourquoi il pensait qu'elle valait la peine d'être défendue. Ce n'était vraiment pas le cas.

"Ouais, parce qu'après mes oreilles étaient bizarres", répondit Nadia en croisant les bras.

"Tes OREILLES étaient bizarres ? Et c'est moi qui suis cinglé ?", s'exlama Harry en levant les sourcils.

"On est tous aussi cinglé les uns que les autres, alors calmez vous", répondit Tristan à la droite de Nadia.

Harry, l'esprit ailleurs, frotta sa cicatrice. Il pensait de nouveau au mot dans sa poche.

"D'où tu crois que tu as cette cicatrice ?", souffla Nadia.

Harry haussa encore une fois les épaules. Il commencait vraiment à en avoir marre de toutes ces questions auxquelles il ne pouvait pas répondre.

"Les docteurs ont dit qu'elle était ancienne. Je me suis sûrement cogné la tête quand j'étais petit, ou quelque chose comme ça." Ce qui était effrayant, c'est qu'Harry était persuadé que ce n'était probablement pas vrai.

"Ok, mais pourquoi elle te fait mal ?"

De nouveau, Harry haussa les épaules.

"Tu devrais vraiment chercher à le savoir, tu sais", ajouta Nadia tout en éloignant son déjeuner.

"Ouais, je sais. J'allais écrire une lettre ou quelque chose comme ça", dit lentement Harry. Puis, voyant l'air terrifié de Tristan et celui sceptique de Nadia, il ajouta rapidement: "Pas pour l'envoyer ou quoi que ce soit. Juste pour écrire les questions que je me pose, vous voyez ?"

Nadia hocha lentement la tête, et regarda rapidement du côté de Tristan, qui était toujours assez choqué et semblait sur le point de vouloir protester, mais il s'arrêta en aperçevant son regard.

"En gros, c'est une idée stupide", dit Nadia. "L'envoyer ne menerait à rien. Si c'était si facile de tout découvrir, tu aurais pu le faire il y a longtemps. Ecris la, mais ne l'envoye pas", dit-elle. Elle ajouta, se penchant de sorte que Tristan ne puisse pas l'entendre: "Tristan aurait les jetons si tu le faisais, de toute façon".

Comme promis, ni Rick ni Dora n'étaient à la maison quand Harry rentra de l'école cet après-midi là. Il s'y attendait, bien sûr qu'il s'y attenait. C'était la routine habituelle, mais ce n'est pas ça qui le faisait se sentir mieux. Il décida que c'était le moment ou jamais et monta les escaliers jusqu'à sa chambre, tripotant le bout de papier plié qui était toujours dans la poche de sa veste. Une fois qu'il eut atteint l'intimité de sa chambre (ce qui était plutôt pathétiques, étant donné que la maison était vide), Harry flanqua son sac à dos par terre, toute son attention tournée vers le mot qu'il tenait maintenant serrer dans sa main.

Il se dirigea vers le bureau où se tenait habituellement son ordinateur. Ce n'était pas vraiment un bureau pour un ordinateur, étant donné qu'il semblait dater d'au moins un siècle, mais c'était son rôle lorsque l'ordinateur ne tombait pas en panne et se faisait réparer.

Harry s'assit précipitamment, et mis le papier et la plume qu'il avait sortis pour écrire la fameuse lettre de côté. Il le ferait après avoir lu le mot. C'était bien plus important. Il pouvait contenir un indice. Bon, le docteur Fletchley avait dit que ça pouvait être drôle, selon la façon dont il voudrait le considérer. Eh bien, il essayerait de ne pas le considérer de manière humoristique, si possible.

Il déplia le papier, respira profondément, et commença à lire:

"Cicatrices: les cicatrices faites par un sortilège sont une anormalité incurable, dont une seule trace a été relevée dans l'Histoire. Ce type de cicatrice est produit lorsque la victime d'un sort tueur ou d'un autre sortilège impardonnable repousse ce dernier. La marque qui en résulte est la preuve éternelle d'avoir survécu à un tel événement, et a la forme (habituellement, bien qu'il n'existe qu'un seul exemple) d'un éclair. Il serait également possible que des liens soient tissés entre le jeteur du sort et sa victime potentielle à travers cette marque. Toutefois, il faut insister sur le fait que la documentation sur ce sujet est limitée."

Le cœur d'Harry battait à tout rompre. Tout ça était loin d'être humoristique. C'était trop réel pour être drôle. Peut-être qu'il avait perdu conscience à cause de ça ? Non. Il était tout petit quand il avait reçu cette cicatrice. Il se demanda à qui appartenait la seule occurrence de ce cas, et se promit de le découvrir, bien qu'il n'ait aucune idée comment.

Il était maintenant plus que jamais déterminé à écrire cette lettre. Cela ne ferait pas vraiment une grande différence, mais elle pourrait l'aider à remettre ses idées en place pour un moment. Et il avait besoin de se remettre les idées en place.

Prenant la plume, Harry fixa sans la voir la page blanche posée devant lui. Que pouvait-il écrire ? Il supposait que son nom ferait un bon début. Il pouvait toujours commencer par là.

"Je m'appelle Harry Potter-Evans."

Non, efface ça. Ce n'était pas Harry Potter-Evans. C'était Harry Potter. Ou bien ? Ce nom était dans ses livres, donc il imaginait que c'était le sien, mais il n'en avait jamais été sûr. Peut-être que quelqu'un le saurait.

Il sortit du typex et effaça le –Evans de son nom.

"Je m'appelle Harry Potter."

Bien. Ensuite ?

Eh bien, pensa-t-il, que voulait-il savoir ? Il y avait trop de choses. Il voulait tout savoir. Il voulait savoir qui étaient certaines personnes (Sirius, Ron, Hermione, Hagrid ? Qui étaient-ils ?); il voulait savoir qui étaient ses parents; il voulait savoir s'il avait une famille.

Alors, qui était-il, vraiment ? ça c'était une bonne question.

"Je m'appelle Harry Potter.

Je ne sais pas qui je suis."

Bien Harry. Tu voulais une médaille ? Se dit-il. C'était le moment d'ajouter d'autres questions, et il s'était assez torturé l'esprit cette dernière année pour en avoir.

"Je ne sais pas qui je suis, ce que je suis."

Harry s'arrêta. Ce qu'il était ? Un humain. Pourtant, il décida de quand même garder cette question. Peut-être qu'il était un extra-terrestre venant de Mars. En tout cas, ça expliquerait beaucoup de choses à son sujet, en plus de sa capacité à respirer de l'oxygène.

"Je ne sais pas qui je suis, ce que je suis, d'où je viens."

Enfin si, ça il le savait. Mais la voix de Nadia résonna à ses oreilles: "Des détails !" Ok alors. Des détails.

"… d'où je viens (à part de l'Angleterre, mais comme me dit mon amie Nadia, je devrais pouvoir préciser la chose)."

Nadia serait fière de savoir qu'elle était mentionnée dans cette lettre. Mais Harry devait en savoir plus.

"…et si j'ai une famille."

Oui. La famille était ce qu'il y avait de plus important. Pour être complètement honnête, Harry voulait aussi écrire pourquoi il était en train d'écrire cette lettre. Il n'en savait rien, mais peut-être que cela lui donnerait un sens s'il écrivait pourquoi il s'était mis à écrire.

"Je ne sais pas pourquoi j'écris ça."

Il ne savait vraiment pas.

"…et je ne vais certainement pas envoyer cette lettre."

Eh bien non, il n'allait pas le faire.

"…mais si jamais j'ai besoin d'envoyer une lettre à personne, la lettre est prête."

Une lettre à personne. C'était presque profond.

Harry plia la lettre et la placa sur le rebord de la fenêtre en l'ouvrant pour laisser entrer de l'air. Il resta devant la fenêtre ouverte pendant un moment, laissant le vent jouer avec ses cheveux et calmer le piquotement de sa cicatrice. Il inspira à plein poumon l'air frais lavé par la pluie. C'était vraiment agréable, et Harry serait resté devant la fenêtre jusqu'à ce que Dora rentre à la maison, s'il n'avait aperçu quelque chose qui attirait son regard. C'était un oiseau. Et, comme Harry regardait l'oiseau voler rapidement dans sa direction, il vit que c'était un grand oiseau blanc. Et, comme ce dernier s'approchait, il vit que cet oiseau était une chouette. Harry recula juste à temps. L'oiseau vola à l'intérieur et se posa sur le lit d'Harry, très ébourrifé, mais l'air… heureux ?

Harry écarquillait les yeux d'étonnement… et de crainte. Si Dora découvrait qu'il y avait une chouette dans sa chambre…

Tant pis pour Dora ! cria l'esprit d'Harry. Il y a une chouette dans ta chambre ! Fais quelque chose ! Mais il ne savait pas quoi faire. Il n'y avait pas grand chose qu'il puisse faire.

"Shhhh !", souffla Harry.

La chouette en profita pour voler dans sa direction. Il se baissa, mais trop tard. Elle se posa sur son épaule et lui donna un coup de bec sur la joue d'une manière qui semblait affecteuse, puis voleta jusqu'à son bureau, apparemment à la recherche de quelque chose. Harry secoua la tête. La chouette semblait savoir exactement ce qu'il avait fait. Mais les chouettes ne peuvent pas réfléchir comme ça, non ? Apparemment, celle-là pouvait, parce qu'elle traversa la chambre d'Harry et s'assit sur la bibliothèque, cherchant à toujours quelque chose.

"Euh, vas-t'en", demanda doucement Harry. Il s'imaginait bien que ça ne marcherait pas.

La chouette sembla aperçevoir la lettre d'Harry, qui était toujours sur le rebord de la fenêtre, et elle retraversa la chambre pour l'attraper.

"Hé ! Qu'est-ce que tu fais ? Sors d'ici !", cria Harry. La chouette essayait de prendre la lettre !

Bizarrement, la chouette eut l'air … perplexe. Ou était-elle blessée ? En tout cas, il n'y avait pas d'autre mot pour décrire le regard qu'elle sembla donner à Harry avant de prendre la lettre dans ses serres. Elle revint vers lui, le pinça de nouveau affectueusement, et s'envola par la fenêtre ouverte, mais avec bien moins d'enthousiasme que lorsqu'elle était entrée.

Harry fonça vers la fenêtre, la panique grandissant en lui. Pourquoi est-ce qu'une chouette prendrait sa lettre ? C'était bizarre. Trop bizarre. Il se sentait inondé, et s'assit sur son lit, sa tête tournant douloureusement.