Reviews
Phantme: En tout cas, je peux te promettre que l'histoire est vraiment très bien construite (étant donné que j'en suis absolument pas responsable, je peux me permettre ce genre de commentaire subjectif ;-) ! Merci pour tes encouragements !
Alinemcb54: Effectivement, la Dora confirme son côté pas net ! lol Mais bon, pas de Dora… ni de réponses pour ce pauvre Harry dans ce chapitre ! Quant à continuer, j'y compte bien. Faudrait même que je me refreine un peu et que je pense à mes études, moi…
Blacky: Ah… le net… moi aussi j'ai essayé tout le week-end d'écrire des reviews, mais fanfic faisait grève… Suis contente que ça te plaise toujours (je sens que tu vas aimer ce chapitre, je sais pas pourquoi – lol). Par contre, un peu de concentration Blacky, tu sais chez qui elle est arrivée… Allez, essaie encore ! lol
Merci encore pour ta relecture… et pour la vérification de l'orthographe ! Que ferais-je sans toi ?
Saria3: C'est cool d'avoir des lecteurs aussi enthousiastes ! Merci ! Ron et Hermione reviennent au prochain chapitre, donc il te faut encore un peu de patience…
Mystick: Ben je suis contente ! En plus, ton commentaire me certifie que je réussis à rendre l'humour d'Hilarity, ce qui me rassure sur mes talents de traductrice. lol
Vierge: Tant mieux ! Mais il me faut rappeler que j'en suis que la traductrice, pas l'auteur…Comme tu vois, la suite est là, même si j'ai mis du temps. Par contre, c'est pas franchement plus gai…
Chapitre 5: Juste disparaître
"Laugh, and the world will laugh with you;
Weep, and you weep alone…
Succeed and give, and it helps you live,
But no man can help you die…
But one by one we must all file on
Through the narrow aisles of pain."
(Ris, et le monde rira avec toi; pleure, et tu pleureras seul… La réussite et la générosité t'aideront à vivre, mais personne ne peut t'aider à mourir… C'est l'un après l'autre que nous devrons suivre les étroits couloirs de la douleur.) - Solitude, d'Ella Wheeler Wilcox
10 mai 1996
Une cabane. Non, pas une cabane. Une maison. Ou peut-être même pas ? Peut-être que ça a été un manoir à une époque, mais sa façade délabrée indique qu'il n'a pas été beaucoup utilisé ces dernières années.
Une lumière. Non, un feu. Un feu brillant à une fenêtre de l'étage. Les ombres dancent et jouent sur le mur, éclairant la pièce d'une inquiétante lueur orange.
Des voix. Non, juste une. Ou peut-être deux. Oui, deux voix venant de cette fenêtre à l'étage. Un homme et une femme. L'homme est en train de parler: sa voix est basse mais énervée. Il y a un cri, un craquement sonore, et maintenant c'est la femme qui parle, mais elle ne s'adresse pas à l'homme. Sa voix dégouline d'une haine tenace comme elle crie et rit au visage de l'autre personne présente.
Il y a un autre craquement bruyant, un cri étouffé, et puis le bruit de rires. L'homme dit quelque chose à présent, et la femme l'imite, puis il y a deux bruits secs, et le silence, à l'exception du feu qui crépite.
Mais le silence est rompu par des sanglots étouffés et un grattement comme quelqu'un essaye de quitter la pièce, mais ne peut pas marcher. La porte s'ouvre en grinçant sur ses gonds, et puis le silence encore, mais pas pour longtemps.
Les escaliers craquent comme quelqu'un les descend avec précaution, testant chaque marche avant d'y poser le pied.
A nouveau le silence tandis que le monde attend ce qui va se passer ensuite.
Le silence comme la personne à l'intérieur de la maison – du manoir – décide quoi faire.
Le silence comme l'obscurité s'engouffre à l'intérieur, éteignant la lumière du feu, et le reflet de la lune.
Le silence, et puis la porte s'ouvre toute grande, et Sirius Black se réveille.
Il était fatigué, si fatigué. Cela faisait des semaines que des rêves brûlaient son sommeil. Au départ, ils étaient flous et éparses, comme si Sirius essayait de se rappeler quelque chose de très ancien. Et puis, il y a deux semaines seulement, ils étaient devenus affreusement vivants et réels. Trop réels. D'une réalité sans nom.
La nuit dernière, pour la première fois, Sirius avait entendu les voix. Il avait déjà vu le feu, senti la brise, et avait toujours été conscient d'une présence, mais il n'avait jamais rien entendu. Il aurait préféré ne jamais rien entendre d'ailleurs. Ces cris de douleur étaient si vifs qu'ils le transpercaient littéralement.
Ce n'étaient pas les cauchemars d'Azkaban. Ceux-là étaient nouveaux, et Sirius avait presque l'impression que… que…
Non. Sirius secoua la tête et remua distraitement les feuilles qui se trouvaient au fond de sa tasse de thé. Remus était parti tard la nuit passée, après l'avoir forcé à manger quelque chose. Il semblait sincèrement inquiet et n'avait pratiquement pas ouvert la bouche avant de prendre de la poudre de cheminette pour rentrer chez lui.
Sirius était content que Remus soit parti. Azkaban l'avait fatigué de l'isolation et de la solitude, mais à présent il savourait chaque moment qu'il passait en solitaire. Ses pensées étaient à nouveau les bienvenues, étant donné qu'il était capable de les maîtriser, et que ce n'étaient pas elles qui le maîtrisaient.
Ces jours-ci néanmoins, ces rêves étaient la seule chose à laquelle il pouvait penser. Qu'est-ce qu'ils voulaient dire ? Sirius n'avait jamais vu cette maison auparavant, bien qu'elle lui semble étrangement familière. Et même s'il ne voyait pas les personnes à l'intérieur de la pièce, leurs rires aussi lui sonnaient familièrement aux oreilles, comme s'ils sortaient d'un mauvais rêve ou d'un vieux souvenir brusquement réveillé.
Aujourd'hui toutefois, peut-être qu' il n'aurait pas besoin de réfléchir à tout ça. Dumbledore lui avait envoyé une chouette juste après le départ de Remus, le priant de venir à Poudlard. Sirius avait remarqué qu'il y avait une note d'urgence dans sa lettre, mais le directeur lui avait assuré qu'aucune action ne devait être prise jusqu'au jour suivant. C'était le jour suivant: Sirius repoussa donc sa tasse vide et se leva.
Il pleuvait encore.
Il pleuvait toujours.
Poussant un soupir, il enfila son manteau et apparut à Poudlard.
Le temps en Ecosse n'était que légèrement plus clément. Bien que des nuages gris mais calmes roulaient au-dessus de sa tête, la pluie ne tombait pas, et elle ne semblait pas prête à le faire. Suivant la route, Sirius ressera son manteau contre lui, la tête baissée contre la forte brise, de la même manière qu'il s'était promené dans ce parc la semaine passée.
Un match de Quidditch avait lieu dans le champ à l'arrière de Poudlard. Sirius pouvait entendre la foule qui applaudissait. Le Quiddich: il avait toujours aimé ce sport, mais en veillissant il s'était rendu compte qu'il aimait voir… Harry… jouer au Quiddich. Il volait vraiment de manière spectaculaire… comme James… James.
Malgré lui, Sirius se retrouva en train de marcher en direction du terrain, bien décidé à regarder ce match. De toute façon, Dumbledore y serait, et peut-être que cela lui changerait les idées, qu'il avait de plus en plus noires.
Mais son cœur se serra lorsqu'il vit quelles équipes jouaient: Gryffondor contre Poufsouffle. Il devait y avoir de nouveaux attrapeurs et capitaines dans les deux équipes. Pas facile. Toutefois, Sirius ne pouvait empêcher ses pieds de le tirer en avant. Après tout, est-ce que ce n'était pas Ron le nouvel attrapeur de Gryffondor ? A cette pensée, Sirius poussa un profond soupir mais continua d'avancer.
Il avait l'impression de vivre dans une sorte d'enfer pire qu'Azkaban. Pire, parce qu'à Azkaban vous imaginiez ces pensées cauchemardesques, que votre esprit était paralysé et que vous deveniez fou. Ici, tout était réel. Vous ne rêviez rien de tout cela, et votre esprit, même s'il était paralysé, était sain. Tout était réel.
Quel mot à la con ! Qu'est-ce qu'il voulait dire, de toute façon ? Qu'est-ce que c'était que quelque chose de réel, après tout ? Pourquoi ne pouvait-il pas se prétendre fou et faire juste semblant que rien n'était réel ? Qu'Harry était vivant et que c'était lui qui faisait une feinte. Sirius était persuadé que Ron serait prêt à croire la même chose.
La foule hurla, ramenant Sirius à la réalité (un autre mot à la con). Il commenca à monter les marches en direction des sièges des professeurs, se demandant ce que Dumbledore voulait. Si ça avait quelque chose à voir avec ce que Remus lui avait dit…
Parfois, ce loup-garou se montrait vraiment trop gentilpour son propre bien. En fait, il avait toujours été rationnel et agréable. Comment est-ce que Sirius avait bien pu le soupçonner d'être l'espion ? Une idée ridicule, vraiment. Il était peut-être une sorte de "créature du mal", mais la plus grand partie de sa vie était simple et… agréable. Agréable était le seul mot pour décrire Remus. Malgré son affliction (ou, comme Sirius avait l'habitude de le dire il y a des années de cela: "le pire syndrome prémenstruel qui existe"), Remus gardait toujours la tête haute, et le moral. Sirius était pratiquement sûr que ce n'était même pas une espèce de façade.
La foule se tut brusquement, puis hurla de plus belle.
"BELL MARQUE ! ENCORE DIX POINTS POUR GRYFFONDOR !", retentit la voix de Lee Jordan au-dessus du stade.
Sirius se faufila entre les rangées de sièges, et chacun retint son souffle en le voyant se diriger vers Dumbledore.
Franchement, les sorciers n'oublient jamais ? Puis il se reprit: non, jamais.
Dumbledore regardait effectivement le match. Il était assis à côté de McGonagall, qui était en train de réprimander Jordan pour avoir fait une remarque subjective sur Angelina Johnson. Sirius se prit à sourire en observant Jordan se baisser pour échapper à McGonagall, sans pour autant s'arrêter de commenter.
"Honnêtement, Jordan ! Si je dois vous le redire encore une fois… CHAQUE année, Jordan ! Chaque année c'est la même chose…"
"Je sais, Professeur. Désolé. Mais elle sait voler ! Franch- ET REGARDEZ WEASLEY – euh RON WEASLEY plonge ! Il a aperçu le Vif, ou il fait une sacr—" (regard furieux de McGonagall) "désolé Professeur – superbe feinte de Wronski !"
Sirius remonta une autre rangée de sièges occupés par les professeurs, bien déterminé à s'asseoir prêt de Dumbledore, mais tout aussi déterminé à regarder ce match. Si seulement le match pouvait éloigner son esprit des ces recoins noirs dans lesquels il était lentement en train de s'enfoncer. Mais…
"L'ATTRAPEUR DE POUFSOUFFLE…"
Sirius tressaillit et s'arrêta net au bout de la rangée où Dumbledore était assis. A quoi bon. Aucun match de Quidditch n'aurait pu être plus difficile à regarder. Les deux équipes privées des mêmes positions, les deux ayant ces positions libres à cause des deux mêmes personnes…
"Ah, Sirius !", appela la voix de Dumbledore trois places plus loin. Il se leva, murmurant quelque chose à McGonagall (Lee Jordan en profita pour hurler des insultes aux batteurs de Poufsouffle), et descendit la rangée, s'asseyant près de Sirius.
"Je me demandais si je devais venir au match, mais c'est le dernier avant la coupe, et j'ai un penchant pour l'équipe de Gryffondor, en ayant fait partie moi-même", dit Dumbledore, les yeux pétillants.
"Professeur ? Je n'avais aucune idée que vous aviez joué au Quidditch !" Momentanément, Sirius se permit d'être amusé et se tourna, stupéfait, pour dévisager son ancien directeur.
"Oh oui. J'étais batteur, si je ne me trompe pas. Bien sûr, quand je jouais, le mot "batteur" venait d'être inventé. J'avais des amis dont les frères et sœurs avaient été appelés "saigneurs". Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était, je dois dire." Un instant, Dumbledore eut l'air songeur, mais ensuite ses yeux se durcirent quelque peu, et il changea rapidement de sujet.
"J'imagine que vous êtes directement venu ici pour une autre raison qu'un match entre Gryffondor et Poufsouffle, Sirius ? Ma lettre disait que vous pouviez aller à mon bureau." Dumbledore croisa les bras et regarda intensément son ancien élève.
Sirius reporta ses yeux sur le match, mais sans vraiment y faire attention. "Comment va l'équipe, cette année ?" C'était un simple commentaire, mais il ne voulait pas retourner aux amères réalités de ce que Dumbledore lui avait reservé. Le directeur eut à nouveau un air songeur, puis fixa lui aussi son regard sur le match.
"Ils sont assez bon, comme d'habitude."
Il regarda Sirius, puis poussa un long soupir.
"Bien sûr, il leur manque leur étincelle habituelle ", Dumbledore fit une pause puis reprit, "Mais bon, Poufsouffle aussi."
Sirius se força à faire signe qu'il avait compris. Ce devait être vraiment dur.
"Maintenant, Sirius, assez de tout cela. Allons droit au but."
C'était bien ce que Sirius craignait, et tout au fond de lui-même il souhaitait n'être tout simplement pas venu. Que pouvait lui dire Dumbledore qu'il n'avait pas déjà entendu ? Entre Remus et sa propre conscience, Sirius en avait entendu assez pour la durée d'une autre peine à Azkaban.
Ce n'est pas ta faute, Sirius !
Tu aurais dû être là, Sirius !
Tu n'avais aucun moyen de le savoir, Sirius !
Tu aurais dû ignorer ce foutu rat et fait ton devoir de parrain, Sirius !
Tu suivais les ordres de Dumbledore, Sirius !
Tu as laissé tomber Lily, James et maintenant… HARRY, Sirius !
Ce n'est pas ta faute Sirius !
"Sirius ?"
Sirius sortit la tête de ses mains, n'ayant même pas réalisé qu'il l'y avait mise, et regarda Dumbledore. Ses yeux normalement pétillants étaient durs et pénétrants. Il avait toujours eu l'air d'en savoir plus que ce qu'il voulait bien dire, et cette pensée blessa Sirius à un point qu'il n'aurait pas imaginé.
"Vous me rejoindrez dans mon bureau après le match, qui je le sens ne va pas tarder à se terminer." Dumbledore fit un signe de tête en direction du terrain, où un petit Ron écarlate avait le bras étendu, le visage crispé par la concentration, une lueur d'or brillant juste hors de portée…
Puis il la saisit, et la foule hurla.
"WEASLEY… euh… RON WEASLEY ATTRAPE LE VIF ! 150 POINTS POUR GRYFFONDOR, METTANT FIN AU JEU ET ASSURANT LA VICTOIRE DE L'EQUIPE ! ALLEZ WEASLEY ! ON SE REVOIT A LA COUPE !"
Dumbledore applaudit de bon coeur, puis se leva, faisant signe à Sirius de le suivre.
Soupirant et à peine conscient qu'il descendait les marches de la tribune, Sirius regarda ses pieds tomber l'un devant l'autre jusqu'à ce qu'il se retrouve à nouveau sur l'herbe humide, à faire le tour du terrain, écoutant le grondement de la foule au-dessus de lui et les élèves crier leur joie ou leur colère.
Que n'aurait-il pas donné pour remonter le temps et être l'un de ces élèves assis dans les tribunes et encourageant Gryffondor, pour regarder James Potter fendre l'air, le vif d'or brillant juste hors de sa portée…
"Sirius ?!" Son nom le rappela une nouvelle fois douloureusement au présent. Mais cette fois, ce n'était pas Dumbledore qui essayait de capter son attention, c'était Ron Weasley.
"Sirius !", appela-t-il à nouveau, forçant Sirius à lever les yeux et même à sourire. Le rouquin courait dans sa direction, le balais à la main et le visage rouge et excité.
"Vous avez vu tout le match ?", demanda-t-il, le souffle court, une fois qu'il fut à sa hauteur.
"J'ai vu la fin. Excellente performance, Ron." Eh oui, c'était la vérité. La vérité: encore un mot à la con qu'il voulait oublier. Ce qui était réel était la vérité, et tous ces mots avaient un goût amer pour Sirius. Rien n'était réel, et rien de ce que quiconque lui disait n'était la vérité.
"Merci." Ron avait l'air nerveux. Debout devant Sirius, mal à l'aise, il dansait d'un pied sur l'autre, comme s'il cherchait la bonne chose à dire.
"Hum, je pense que je vous reverrai, alors", dit-il, jetant un coup d'œil vers Dumbledore avec un petit sourire.
Sirius se contenta d'acquiescer et fit brusquement demi-tour en direction du château. Ses yeux le piquaient comme s'il les avait gardés ouverts face à une forte brise.
Une brise glaciale qui traînait le souvenir d'Harry avec elle.
Le reste du trajet jusqu'au bureau circulaire de Dumbledore se fit en silence. Dumbledore n'avait rien dit à Sirius, ce qui le soulageait. S'il ouvrait la bouche, il risquait de craquer à nouveau, ce qu'il n'avait plus fait depuis une éternité. En tout cas pas depuis sa visite au Terrier, et c'était bien suffisant. Il ne voulait pas repasser par là. Plus jamais. A moins d'avoir une crise de nerfs pour une raison plus gaie…
Il secoua la tête, se refusant le luxe d'avoir des pensées joyeuses. Ces pensées avaient le don de creuser des trous au plus profond de lui-même et de n'y laisser que du vide. Les trous les plus difficiles à combler sont ceux qui étaient habituellement remplis de joie…
Sirius choisit un siège devant le bureau de Dumbledore et attendit que le vieux sorcier se soit installé derrière. Une fois assis, Dumbledore joignit les mains et plongea ses yeux bleus dans ceux de Sirius.
"C'est à cause d'une situation des plus difficiles que je vous ai demandé de venir ici. Difficile, parce que moi-même je n'ai pas la moindre idée de l'entière signification de ce que j'ai découvert." Dumbledore s'arrêta au milieu de ce message énigmatique comme s'il attendait une réponse de Sirius, mais il reprit:
"Toutefois, j'ai le sentiment qu'il me faut informer quelqu'un, et Remus aurait été mon premier choix." Il leva une main comme Sirius se dressait sur son siège, sur le point de dire quelque chose. De protester. N'importe quoi !
"Ecoutez-moi, s'il vous plaît. Vous serez soulagé d'apprendre que Remus a souhaité que vous soyez le premier à entendre ce que j'ai à dire. Je n'ai pas cherché à savoir pourquoi, je crois le savoir déjà. Il sera mis au courant après vous, mais vous serez le premier."
Sirius se sentait paralysé. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi, mais en tout cas il ne ressentait aucune autre émotion. Ce message était trop énigmatique pour lui faire sentir quoi que ce soit. Aurait-il dû être joyeux ? Ou terrifié ? Rien ne venait, donc il ne dit rien.
"J'ai dernièrement suivi les mouvements de Voldemort, comme je l'avais déjà fait." A présent, Sirius sentait quelque chose: il sentait de l'inquiétude, suivie de près par de la rage.
"Et seulement récemment, et je vous mets en garde de ne tenter aucune action, je l'ai senti. Il était en Roumanie il y a juste deux semaines, toujours aussi fort, toujours aussi puissant…"
"Il est revenu ? Vous voulez dire… qu'il n'est pas mort ?" Sirius avait retrouvé sa langue. Le visage de Dumbledore s'assombrit et il secoua la tête. "Non. Je n'ai jamais pensé qu'il l'était, même après la disparition d'Harry. Oui, sa disparition", répéta-t-il quand quelque chose se mit à briller dans les yeux de Sirius. Ce n'était pas de l'espoir, mais ce n'était pas de la colère non plus.
"Je ne sais pas ce qui a poussé Voldemort à revenir, comme je ne sais pas ce qui l'a fait fuir au départ. Mais je sens que cela a quelque chose à voir avec une très… curieuse évasion d'Azkaban." Ses yeux eurent un éclat bizarre, et il se tut.
"E-évasion ?" Sirius était le seul à avoir réussi à s'évader, et même si c'était bizarre, il aimait bien se rappeler de ce succès. Le maraudeur qui était au fond de lui ne pouvait pas s'en empêcher.
Dumbledore acquiesca gravement. "Un couple des plus insolites à été libéré."
"Libéré, alors ? Ou évadé ?"
"Libéré est le mot que j'aurais dû utiliser, car c'est ce que j'ai toujours craint. Les détraqueurs sont effectivement partis rejoindre le Seigneur des Ténèbres, et ils ont relâché une poignée d'anciens mangemorts."
"Mais, mais c'est impossible. Tous les mangemorts là-dedans étaient fous. Je les ai entendus." Une ombre étrange voila les yeux bleus de Sirius. "J'ai entendu leurs cris. Ils étaient dingues. Tous dingues ! Aucun sort n'aurait pu leur rendre leur cerveau, à aucun d'entre eux. Ils étaient irrécupérables, et j'ai dû écouter leurs délires !"
"Je ne doute pas qu'ils étaient tous fous, mais le Seigneur des Ténèbres a acquis des forces et des sorts qui, si je suis capable de les découvrir, pourraient aussi leur rendre leur santé mentale. Ou peut-être leur en donner une nouvelle ? De ça je ne suis pas sûre. Je voulais juste vous dire ceci: "
Sirius se pencha en avant. Autre chose pour gâcher sa journée ?
"J'ai senti une présence très particulière. Une présence familière. Rien de bon, d'après ce que je peux sentir, mais elle est là, et je ne sais pas pourquoi. Elle est venue avec Voldemort, et je cherche toujours à en découvrir d'avantage. A cause de ça, je vais demander à l'Ordre de se reformer, car il semble que notre mission ne soit pas terminée."
Sirius se rassit, le visage fermé.
"Ma mission s'est terminée avec la disparition de mon filleul", dit-il d'un ton catégorique.
"Disparition, Sirius", ajouta Dumbledore, avec un nouvel éclat bizarre dans les yeux.
Où voulait-il en venir ? Oui, Harry avait disparu, mais pourquoi le répétait-il sans cesse ? Est-ce qu'il essayait d'amener Sirius à prendre pleine conscience de la signification du mot ? Encore un mot à la con. Disparu. Loin. Mort. N'importe quoi. Harry était juste parti. Cela n'avait plus d'importance. Et pourtant si, ça en avait encore.
"Vous vous demandez pourquoi je dis ça ?" C'était plus une affirmation qu'une question, et cette compréhension presque extralucide secoua Sirius. Il regarda Dumbledore dans les yeux. Quelque chose comme de la peur montait en lui. Est-ce que le directeur savait quelque chose ? Non. Non. Harry est… mort. Dumbledore ne sait rien.
Ou si ?
"C'est ce que je crois", répondit simplement Dumbledore, tripotant sa baguette qui était jusque là restée sur son bureau.
"Je vais, bien sûr, vous demandez votre aide, ainsi que celle de Remus, pour une affaire en dehors de l'Ordre." Il reposa sa baguette et joignit à nouveau les mains.
"Vous pouvez partir, si vous voulez. Je vais transmettre cette information à Remus. Il vous contactera quand je voudrais que vous reveniez ici."
"Je ne vais nulle part." La voix de Sirius tremblait d'indignation.
Dumbledore soupira tristement, mais il avait l'air encore plus déterminé.
"Réfléchissez-y bien si vous voulez, mais je pense qu'Harry voudrait que vous continuiez", ajouta-t-il avec un petit sourire.
Sirius fronça les sourcils. A quoi jouait-il ? Est-ce que c'était une sorte de blague de mauvais goût ? Avec tout son savoir et sa compréhension, ne réalisait-il pas la douleur incessante – la torture sans fin – que Sirius ressentait chaque putain de journée ? A quoi bon se lever quand on a aucune raison de vivre ? Dumbledore tournait le couteau dans la plaie, et elle continuerait à vider Sirius de son sang à moins que tout le monde veuile bien arrêter.
Arrêter.
"ARRETEZ ! S'il vous plaît, j'en ai entendu assez. Je sais ce que vous voulez de moi, et je refuse. Je ne vais nulle part." Sirius se leva brusquement et tourna rapidement les talons, mais s'arrêta comme Dumbledore reprenait.
"Je vous verrais bientôt avec Remus, alors. Bon après-midi, et faites attention à vous."
Sirius essaya d'ignorer la fureur qui bouillait en lui. Est-ce que Dumbledore n'écoutait pas ? Est-ce qu'il s'en fichait ? Au lieu de se tourner face à son ancien directeur, Sirius serra seulement les poings et sortit de la pièce dans un style qui aurait fait honneur à Snape.
La pluie commença à tomber.
La pluie commença à tomber lorsque Sirius traversait Pré-au-lard, sourd et insensible au monde qui l'entourait. Les couleurs vives étaient mornes et grisâtres, et même la lumière semblait plus sombre d'une certaine façon. Dumbledore ne lui avait rien dit qu'il n'aie déjà soupçonné, mais il avait mis l'accent sur quelque chose qui glaçait Sirius jusqu'au sang, bien qu'il ne sache pas pourquoi. Ou peut-être qu'il savait pourquoi.
Harry avait seulement disparu.
Disparu. Mais vivant ?
Des pensées joyeuses comme celles-ci laissent plus de cicatrices que n'importe quel cauchemar d'Azkaban. C'est imprudent d'espérer que de telles choses se réalisent, parce que les rêves sont bien connus pour ne jamais se réaliser. Et revoir Harry était juste ça: un rêve.
Seulement un rêve.
Resserant son manteau contre lui, Sirius continua à marcher. Il n'avait pas très envie d'apparaître en ce moment, parce que la tristesse de son manoir lui semblait encore parfois vouloir le bâillonner.
Souvent.
Tout le temps.
Constamment.
Bon Dieu, ça faisait si mal. Ça faisait si mal, et il n'y avait rien que lui, ou qui que ce soit d'autre, puisse faire pour soulager cette douleur. Toute motivation s'était enfuie comme des grains de sable entre les mains du temps, et tout ce que Sirius ressentait maintenant était un vide qui le rongeait de l'intérieur. Un vide dont il ne pourrait jamais se débarasser, et qui ne le laisserait jamais en paix.
La pluie continuait de tomber à verse, ce dont Sirius était reconnaissant. Seuls ses yeux rougis trahiraient les larmes silencieuses qu'il laissait finalement tomber. Sa dignité oubliée, il se laissa pleurer, tenant une main tremblante près des ses yeux et continuant à avancer comme s'il était guidé et protégé par des mains invisibles.
Il voulait mourir, et pourtant, il voulait aussi vivre. La mort le terrifiait à peine plus que la vie, mais cette terreur était suffisante pour l'empêcher d'en finir sur le champ. S'il mourrait, il serait réellement sans Harry. Il n'y aurait plus d'espoir pour personne. Surtout pas pour Remus.
Remus.
Qu'il aille se faire foutre. Comment pouvait-il avoir une telle contenance alors qu'il était confronté à de telles horreurs ?
Parce que, dit une voix, il est déjà passé par ce genre de choses auparavant, et qu'il en est ressorti grandi.
Et Sirius était là, pleurant comme un enfant effrayé, sans même penser à réconforter Remus dont toute la vie consistait à trente ans de douleur et neuf petites années de joie. Mais est-ce que il était vraiment réjouissant de donner des cours au fils de quelqu'un avec qui vous avez partagé une telle amitié ? De regarder dans ces yeux tous les jours et de se rappeler une personne tuée sans aucun remord ? Ce n'était vraiment pas juste. Rien n'était juste: Sirius se répétait.
Mais pourquoi ça ne pouvait pas être juste ? Pourquoi est-ce que les nuages ne pouvaient pas se dissiper, et que tout redevienne juste ?
Pourquoi pas ?
Parce que, dit à nouveau la voix, il te manque une partie de toi que tu penses ne jamais pouvoir récupérer.
Pense ? Sirius savait qu'il ne le pouvait pas. Ou si ? C'était totalement stupide d'y penser. Tout le ramenait à Azkaban maintenant, comme s'il souhaitait soudain y être encore. Au moins sa folie serait justifiée s'il y était. En être sorti, par contre, ne pouvait pas justifier sa folie, ce qui n'était pas loin d'être terrifiant. Absolument terrifiant.
Comme d'être seul. Mais il avait déjà décidé que d'être seul était sa seule consolation maintenant. Vraiment ?
La tête lui tournant, Sirius décida de se réfugier dans cette caverne qu'il avait habitée l'année précédente. Peut-être que d'être ailleurs lui apporterait un peu de récomfort. Ou plus de peine.
