Voici enfin la suite ! Je suis vraiment désolée d'avoir mis si longtemps. Je vous jure que j'aurais préféré traduire ce chapitre plutôt que faire des TP d'informatique ou réviser pour mes examens, mais bon, j'avais pas trop le choix. lol Je pense que je vais pouvoir me racheter pendant mes vacances, par contre (4 mois quand même !). Bonne lecture !
Mystick: Je veux bien te laisser Sirius pour un moment, mais la concurrence sera rude… ;-)
Bienvenue à toi, Cérulane ! Je partage tout à fait ton avis sur la qualité de cette histoire. J'ai vu que toi aussi tu traduisais une fic ? Ravie d'avoir la critique d'une collègue ! ;-)
Merci à Alinemcb54, Blacky et Saria3 pour vos encouragements !
Chapitre VI: Un sortilège pour dissimuler la mémoire
"Once upon a midnight dreary, while I pondered, weak and weary, over many a quaint and curious volume of forgotten lore –" (Un morne jour, à minuit, alors que je réfléchissais, faible et fatigué, sur un bien étrange et curieux volume de traditions oubliées- ) - The Raven, d'Edgar Allan Poe
Le cœur lourd, Ron regarda Sirius s'éloigner en direction des portes en chêne de Poudlard. Il avait un drôle de goût dans la bouche qui avait réussi à faire sortir de son esprit tout désir pour la Coupe. Une chose si superficielle ne méritait vraiment pas qu'on s'y arrête. La victoire voulait toujours dire la défaite pour quelqu'un d'autre, et que les espoirs et les rêves de ce quelqu'un devaient être écrasés dans un déluge de larmes. Non. La victoire, c'était la douleur et l'angoisse. Ron n'était jamais à l'aise lorsqu'il devait jouer contre Poufsouffle. Les deux équipes avaient perdu une partie d'elles-mêmes, et il y avait encore des morceaux qui traînaient: des morceaux sur lesquels ils butaient toujours.
Le bavardage des étudiants se réduisit à un bourdonnement sourd à l'arrière de sa tête, parce que Ron n'y accordait plus aucune importance. Le Quidditch était devenu un passe-temps sans importance. Un temps, il avait été utile pour calmer son esprit tempétueux, mais comme l'année touchait inévitablement à sa fin, ses pensées recommençaient à bouillonner et à écumer. Ron pouvait devenir très… émotif, comme l'avait un jour dit Hermione. Ron pouvait s'indigner. Et pourquoi pas ? Après tout, il avait perdu quelqu'un de si proche que c'était comme s'il avait perdu un frère.
Des mains lui frappaient le dos, son équipe lui souriait sur le chemin des vestiaires. Ron se tenait immobile au milieu du chaos, essayant de sourire, même si cela faisait mal; essayant de partir, même s'il ne pouvait pas. La foule l'étouffait, et des visages flous, souriant, poussaient des hourras tout autour de lui. Ron se sentit paniquer, jeta son balai sur son épaule, et essaya de fendre la foule. Il voulait sortir ! Mais non. D'autres mains le saisirent, le secouant dans l'euphorie de la victoire, le ramenant vers la foule écarlate et or. Il voulait sortir ! Il avait échoué à toutes ses tentatives de sourire, et maintenant il ne pouvait pas s'empêcher de sentir une rage contenue commencer à se réveiller dans le creux de son estomac.
Ils feraient mieux de le laisser partir, se dit-il au milieu de sa torpeur. Et pourtant, ils avaient tous le droit d'agir de cette façon. Ils avaient gagné, après tout. Est-ce que Ron ne devrait pas ressentir quelque chose ? N'importe quoi ? Tout ce qu'il sentait, c'était une aversion grandissante contre son équipe, et de l'animosité pour la foule qui l'attaquait joyeusement. Il devait s'en aller ! Trouver Sirius ou n'importe quoi ! Lui demander ce que voulait Dumbledore. Dumbledore disait toujours à Sirius en premier ce qui concernait Harry, et peut-être que c'était une bonne nouvelle.
Ou peut-être pas.
De toute façon, les choses semblaient plutôt mal se présenter pour une tentative de fuite, et dans un dernier effort pour repousser ses combattants, Ron fit la première chose qui lui passa par l'esprit: il hurla et écarta les bras, faisant taire de manière effective la foule joyeuse.
"BOUGEZ-VOUS DE LA ! ", hurla-t-il une nouvelle fois, tout en commençant à se frayer un passage à travers la myriade de Gryffondors. Ces derniers semblaient terrifiés face à cet éclat soudain. Quelques élèves de première année battirent en retraite avec des cris et des regards dans lesquels on lisait clairement "tu vas finir à Ste Mangouste, espèce de taré !" lorsque Ron passa près d'eux.
Mais Ron s'en fichait. Il s'était libéré de la horde et se sentait plus démoralisé qu'à la fin du match. Dormir lui semblait une bonne idée, c'était seulement samedi après tout, mais apparemment Hermione avait d'autres projets…
"RON !", entendit-il derrière lui.
"Ron !", répéta Hermione, essoufflée d'avoir couru. "J'ai quelque chose à te dire."
"C'est ce que tu fais", grogna Ron. Il n'avait pas voulu être si sec, et il était peu disposé à se retourner pour faire face à Hermione.
"Tu pourrais m'écouter, s'il te plaît ?", demanda Hermione, attrapant Ron par les épaules et l'obligeant à se retourner. Il faisait bien dix centimètres de plus qu'elle, mais dans cet état, une brise aurait pu le renverser, il n'aurait même pas tenter de résister.
"Je voudrais que tu me retrouves dans la salle commune vers onze heures. J'ai encore quelques trucs à faire. Apporte la cape, d'accord ?", ajouta-t-elle pour essayer d'attirer l'attention de Ron, ou pour s'assurer qu'elle l'avait.
Ron hocha la tête en automate et fit demi-tour, sans même demander pourquoi elle voulait qu'il l'apporte, ni pourquoi ils allaient traîner dehors si tôt dans la soirée, lorsque les autres étudiants seraient encore sûrement debout. Quelle que soit sa raison, Ron s'en fichait. Laissant tomber ses pieds lourdement sur les marches en pierre, il ne se demanda même pas pourquoi Hermione ne lui courait pas après. Il se dit seulement qu'il était seul, ce qu'il appréciait beaucoup.
Bien, bien plus tard, Ron était couché sur le dos dans son lit, regardant distraitement les rideaux écarlates et dorés, et souhaitant pouvoir s'endormir. Il avait déjà connu ça, particulièrement lorsqu'il avait cessé d'adresser la parole à Harry en quatrième année; lorsqu'il ne l'avait pas cru; lorsqu'il avait été jaloux. Ron aurait tout donné, même sa maigre pile d'argent, pour remonter le temps et croire Harry dès le départ. Peut-être qu'alors, ensemble, ils auraient pu aider Harry et découvrir le piège. Ron avait perdu un mois de recherche à cause de son furieux sentiment de jalousie pour un garçon qui avait déjà traversé l'enfer plusieurs fois.
Pourquoi avait-il été jaloux, déjà ? N'avait-il pas compris que la gloire d'Harry venait du fait qu'il était orphelin depuis l'âge d'un an ? Ce n'était pas juste, mais Ron avait été trop buté et naïf pour y penser avant qu'il ne soit trop tard. Bien trop tard.
Ron grogna tout haut et se frotta rageusement les yeux. Il ne voulait pas s'abandonner à pleurer: pas ici, pas une nouvelle fois. Il était trop sensible parfois.
Mais pourquoi pleurait-il encore ? Encore, après tout ce temps – presque un an, comme si c'était arrivé juste hier. C'était totalement débile, et Ron devait arrêter ça. Arrêter ! Lâcher prise ! Harry méritait n'importe quelle mort de martyre qu'il avait eue – hein ? Qu'est-ce que Ron était en train de raconter ? Personne ne méritait de mourir, même pas Snape. Bon, parfois il méritait de mourir, mais…
Et alors une autre partie de lui-même cria: Harry Potter te faisait de l'ombre, Ron. Il est parti, tu t'es libéré de tes frères et de l'ombre de ton meilleur ami, et maintenant tu es quelqu'un ! Tu es le meilleur Gryffondor ! Plus de danger mortel, plus de nuit sans sommeil – bon, il y avait encore des nuits sans sommeil, mais pas parce qu'il s'inquiétait de se faire tuer. Oh non, elles l'étaient parce que, eh bien… Parce que, malgré tout, Ron ne pouvait pas oublier Harry, et que même si quelqu'un lui lançait un sort d'oubliette, il briserait les barrières et se souviendrait encore de son meilleur ami. Son frère. S'il voulait être sentimental, il pouvait même dire qu'il ne pourrait jamais l'oublier, même s'il était mort. On ne pouvait pas oublier quelqu'un à qui l'on faisait confiance plus qu'à n'importe qui (à l'exception peut-être d'Hermione).
Qu'il soit un martyre ou non, Harry, c'était sa famille. Une foutue famille, et si Ron était trop stupide pour le comprendre, c'est lui qui méritait de mourir, pas Harry. Ce n'était pas juste qu'il soit attrapeur, peut-être capitaine, et préfet… C'était Harry, et il était parti.
Parti.
Mais Ron avait survécu jusqu'à présent sans Harry, et il pouvait continuer comme ça. Et si Harry était vivant, pourquoi n'avait-il contacté personne ?
Trop fier de son vivant, trop fier soi-disant mort. C'était impossible, absolument impossible, qu'Harry soit dans un quelconque orphelinat ou chez les Dursley et qu'il y reste, sachant pertinemment ce qu'il a laissé derrière, sans même essayer de le récupérer.
Quel ami !
Ne réalisait-il même pas combien de gens il avait laissés ? Ne réalisait-il pas à quel point ils en souffraient ? Est-ce qu'il s'en fichait éperdument ? Peut-être que Ron était mieux sans lui: après tout, sa vie était plus simple, il ne pouvait pas le nier…
Mais sa vie devenait aussi plus déprimante de jour en jour. Les étroites bandes d'obscurité qui l'entouraient menaçaient de s'accrocher autour de sa gorge et de l'étrangler jusqu'à son dernier souffle. Evidemment, il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même.
Non, c'était entièrement la faute d'Harry ! Pourquoi est-ce qu'il n'avait contacté personne ? Espèce de crétin…
Mais… il l'avait fait. Non ? Même Fred et Georges ne pouvaient pas fabriquer une lettre de toutes pièces: bien qu'ils connaissent l'écriture d'Harry, contrefaire une lettre entière dans cette petite écriture n'avait jamais été tenté par personne – jusqu'à maintenant.
Et, comme une lueur dans le recoin plus sombre, l'espoir: pas de corps, pas de mort… Il pouvait être en vie. Il s'était juste… envolé. Et s'envoler n'était pas la même chose que mourir. Loin de là. Ron était loin d'être prêt à abandonner son meilleur ami. Ce qu'Hermione avait dit au sujet de cette lettre n'avait aucune importance, Ron avait été persuadé qu'il s'agissait d'Harry, bien qu'il ait déjà décidé depuis longtemps de ne pas en parler à Dumbledore. N'importe quelle réponse potentielle était bien plus effrayante que ce qu'il pouvait s'imaginer.
Ron se frotta à nouveau les yeux. Cette lueur s'était éteinte il y a longtemps. Maintenant, tout ce que Ron faisait, c'était avancer sans savoir où il allait, avec l'impression d'être aveugle, et souhaitant pouvoir lancer les bras en l'air et demander de l'aide. L'aide ne venait pas, et Ron était là, se noyant dans un épais marais d'indignation et de douloureux regrets. Mais qu'aurait-il pu faire pour éviter quoi que ce soit ? S'il était réaliste, il n'en avait eu aucun moyen. Personne ne pouvait savoir. Cela avait été un événement des plus étranges…
Harry était sorti de l'infirmerie depuis trois jours, se remettant (physiquement) de la troisième épreuve. De nouvelles barrières et protections avaient été placées autour du dortoir d'Harry, se souvenait Ron: Dumbledore le lui avait dit. Puis, l'un des derniers jours de classe, alors qu'Harry retournait vers la sécurité de la tour des Gryffondors, ou du moins, c'est là qu'il avait dit qu'il allait lorsqu'il avait quitté le grand hall après déjeuner. Pour prendre son devoir de métamorphose, avait-il dit. Lorsque le cours avait commencé puis s'était terminé sans Harry, on avait découvert qu'il avait juste… disparu. Aucune infraction n'avait été signalée, et aucun détecteur de magie noire ne s'était déclenché (même pas le strutoscope fou que Ron avait offert à Harry, et si ça ce n'était pas un signe que quelque chose ne tournait pas rond, Ron ne savait pas ce qui le pouvait: cet engin sifflait constamment).
Dans les jours qui avaient suivi, cela avait été pire que ce que l'enfer pouvait réserver. On avait versé des larmes pour le garçon qui avait tant compté: un garçon qui avait juste disparu. Le garçon qui a disparu, comme l'avait un jour dit Malfoy. Il ne l'avait jamais répété, et ce n'était pas parce que Ron lui avait jeté un sort. Non. Peut-être qu'il avait finalement saisi: qu'il avait vraiment compris qu'Harry ne reviendrait jamais. Même le tyran regrette sa proie, parce que le tyran n'est réellement puissant que lorsqu'il a quelqu'un à harceler. A moins que, bien sûr, le père du tyran soit Lucius Malfoy, et qu'il aille chercher la proie qu'il a perdue.
Ron se retourna sur le ventre, plissant les paupières, sentant monter des larmes contre son gré. Pourquoi est-ce qu'il pensait à ça, de toute façon ? Qu'est-ce qui avait… ?
Hermione.
Ron s'assit brusquement, et dut attendre que son sang l'ait rattrapé. Il se mit sur ses jambes, qui, bizarrement, étaient flageolantes, et enfila les chaussures qui l'attendaient au pied de son lit. Il ne s'était pas préoccupé de mettre un pyjama, donc il n'avait plus qu'à attraper un pull. Il se mit donc dans le noir à fouiller dans sa petite commode, enfonça sa main dans un des tiroirs et en sortit le premier pull qu'il trouva. Il faut dire qu'il en avait une quantité.
Le prenant sous le bras, il fonça vers la porte, puis ("Argh !") fit marche arrière, ouvrit sa malle, saisit la cape d'invisibilité argentée, et quitta le dortoir à toute allure, sans même réveiller Dean, qui avait le sommeil le plus léger des cinq occupants de la pièce.
Le feu de la chambre commune flamboyait, et Hermione regardait les flammes danser, lécher la paroi et jeter des étincelles oranges. Elle attendait Ron depuis ce qui lui semblait une bonne heure, et projetait de monter vers son dortoir s'il ne descendait pas très bientôt. Après tout, l'affaire était plutôt importante. Cela pouvait expliquer pourquoi Harry avait… euh, disparu. Cela pouvait aussi expliquer la lettre.
Un bruit de pas extrêmement bruyant se fit entendre dans l'escalier tournant, et Hermione regarda (avec un amusement mitigé) un Ron à bout de souffle entrer en trébuchant dans la salle commune, un pull dans une main, et la cape dans l'autre.
"T'en as mis du temps", dit-elle simplement.
Ron la fusilla du regard avant de lui flanquer la cape dans les mains, pour pouvoir enfiler son pull-over. Il grogna tout haut en passant sa tête par le col.
"Rrrr ! Un pull-over Weasley ! Avec ma fichue initiale par-dessus le marché !", dit Ron en baissant les yeux vers le "R" doré cousu sur le vêtement marron. Il y passa les bras et le tira en bas. Un regard révolté et rempli de mépris passa sur son visage lorsqu'il baissa les yeux vers le tricot.
"Franchement", fut tout ce qu'Hermione put répondre.
Ron haussa les épaules et passa la cape sur eux deux avant d'ouvrir le portrait, et de sortir dans le corridor froid.
"Q-q-qui est l-là ?", bâilla la Grosse Dame à moitié endormie, n'ouvrant qu'un œil pour voir qui était parti, et, bien sûr, ne voyant personne.
"Où on va, Hermione ? Finalement, tu ne me l'as pas dit", demanda Ron, avançant prudemment derrière la jeune fille brune.
"Ben tu n'avais pas l'air d'humeur à m'écouter. On va à la bibliothèque."
"Bien sûr. Où d'autre pourrait-on aller ?"
Ron était sûr que s'il avait pu voir l'expression sur son visage, elle lui aurait lancé un de ces regards désapprobateurs "à la Hermione".
"Je suppose qu'on va chercher quelque chose dans la réserve, hein ?", demanda Ron, regardant ses baskets avancer dans le couloir désert.
"Oui", soupira Hermione. "Et si on ne peut trouver aucun de ces livres, je ferais signer une note à Flitwick demain, bien que je préférerais faire ça sans personne autour."
"Ca a ses avantages d'être son élève préférée et tout ça."
Cette fois, Ron n'eut pas besoin de s'imaginer quoi que ce soit: Hermione se retourna et le fusilla du regard, faisant bouger la cape, qui glissa.
"Je ne suis pas son élève préférée !", cria-t-elle avec indignation au moment où Ron manquait de s'écraser contre elle en essayant de rattraper la cape.
"Oh non. Erreur de ma part", soupira-t-il, souriant en coin tout en récupérant la cape. "C'est ceux qui ont les moins bonnes notes qu'il aime, comme Crabbe et Goyle." Ron roula des yeux et lança des regards furieux à Hermione, avant de tenter une imitation exagérée de "Goyle faisant léviter une plume", avec comme tout résultat de s'attirer un autre regard impatient de la préfète.
"Si tu as fini…", soupira-t-elle les bras croisés et tapant du pied.
Ron continua jusqu'à ce qu'Hermione le fusille à nouveau du regard, réussissant à le faire taire, et se retourna vers la tâche qu'elle s'était fixée.
"Bon, qu'est-ce qu'on cherche au fait ?", demanda Ron après avoir repassé la cape sur leur dos.
"Des sortilèges."
Ron commençait vraiment à s'énerver. "Quelle sorte de sortilège, Hermione !"
"Tu te rappelles ce que le professeur Flitwick a expliqué à notre classe il y a environ trois mois ?"
Ron était sûr que personne sauf Flitwick et Hermione ne s'en rappelait, et, vaincu par son exaspération, il répliqua: "Bien sûr ! Je me souviens de chaque foutu mot que chaque professeur me dit", dit-il de la voix la plus sarcastique qu'il pouvait prendre. Il fut surpris de voir à quel point c'était facile.
Hermione soupira tout haut: elle semblait tout aussi exaspérée, mais ne répliqua pas. Au lieu de ça, elle poursuivit comme si elle n'avait pas été interrompue.
"Il parlait d'un certain sortilège de mémoire, différent de celui d'oubliette. Il en a mentionné un qui faisait perdre tous ses souvenirs, mais je ne me rappelle de rien d'autre pour l'instant."
"Je suis choqué."
"Donc je vais le retrouver, parce que cela pourrait expliquer une théorie que j'ai développée. Et ça, Ron", elle siffla son nom, "c'est la raison pour laquelle nous allons à la bibliothèque pour chercher des sortilèges. D'autres questions ?", termina-t-elle sèchement, accélérant un peu le pas dans sa visible frustration.
Ron décida de tester Hermione. "Juste une. Pourquoi tu m'as emmené ?"
"Parce que tu as la cape, et que tu dois entendre ma théorie, bien qu'avec ton comportement, je préférerais marcher jusqu'à la bibliothèque sans la cape, et sans toi ! Tu es si exaspérant parfois."
Surprenant autant lui-même qu'Hermione, Ron resta silencieux, et traîna les pieds sur le marbre et la pierre, attendant d'être arrivé, parce qu'une fois arrivé il pourrait s'asseoir, et qu'il se sentait terriblement vide tout d'un coup. C'était comme si quelqu'un l'avait asséché de tout émotion, sentiment, et pensée. Tout ce qu'il ressentait c'était la pierre sous ses pieds, et tout ce qu'il entendait c'était sa respiration et ses pas, ainsi que ceux d'Hermione, qui résonnaient.
La bibliothèque ne lui avait jamais paru aussi accueillante. Ron soupira et quitta la cape, s'attendant presque à ce qu'on lui jette un sort sur-le-champ.
Un "alohomora" murmuré et les serrures se débloquèrent.
"RON !", cria Hermione depuis quelque part dans la réserve. Elle, étant passablement invisible, était difficile à repérer, et Ron resta figé, s'attendant à être attaqué.
Mais rien n'arriva, et comme les minutes passaient, et que les serrures de la réserve restaient ouvertes, Ron décida qu'Hermione pouvait s'occuper d'elle-même, et il sortit à grandes enjambées pour s'asseoir à une des tables. Elle viendrait vers lui si elle trouvait quelque chose. Ron se sentait très fatigué et un peu utilisé: elle avait seulement voulu la cape, après tout.
Un bon laps de temps passa, et Ron l'occupa en grande partie à regarder la poussière tomber paresseusement du plafond. Il était de seconde en seconde plus fatigué et énervé, et si Hermione ne revenait pas, il partirait, cape ou pas cape. Sa journée n'avait pas été particulièrement formidable, et tout ce qu'il voulait c'était dormir un peu.
Puis il y eut un bruit sourd, un cri perçant, et des pas précipités. Ron s'assit tout droit, surpris, et regarda Hermione sortir en courant de la réserve, portant trois gros livres, la cape argentée traînant derrière elle.
Elle ne dit rien, mais lança les livres sur la table et se mit à tourner furieusement les pages usées et tachées de chaque vieux volume. Après une minute ou deux, Ron bâilla à nouveau, et se renfonça dans la dure chaise en bois, regrettant de ne pas avoir pris sa baguette: un sortilège de coussin aurait été le bienvenu en ce moment.
Hermione prit le dernier volume et recommença son examen enragé, avant de s'arrêter le souffle coupé, de lire attentivement pendant un moment, puis de lever les yeux vers Ron, l'air positivement sidérée, avant de reparcourir la page une nouvelle fois. Lorsqu'elle le regarda une troisième fois, ses yeux étaient brillants de larmes.
Ron était décontenancé, et il cligna deux fois des yeux avant de remarquer qu'Hermione souriait: elle pleurait, mais elle souriait aussi. Cela rappela quelque chose à Ron, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, donc il ne réfléchit pas plus loin.
"Alors, qu'est-ce qu'il y a ?", demanda Ron, mal à l'aise et fixant la table pendant qu'Hermione essuyait ses larmes.
"C'est ça, Ron !", s'exclama-t-elle, et son visage rougit fortement même dans le noir lorsqu'elle lui montra un très long sortilège sur une page qui avait sans doute été oubliée. En effet, elle ne portait aucune tache et une seule déchirure dans le coin gâchait son apparence.
"Quoi, c'est ça ?", demanda Ron, se sentant vraiment perdu de ne pas savoir ce qui se passait.
"Honnêtement !", se fâcha Hermione, son expression extatique soudain disparue, et presque immédiatement remplacée par de l'exaspération.
"Tu as déjà oublié ?", dit-elle, refermant l'un des deux autres livres avec un bruit sec, et faisant sursauter Ron sur sa chaise. "Le sortilège de mémoire ! Celui dont Flitwick –"
"Oui, oui. Celui dont Flitwick nous a parlé il y a trois mois. Je me souviens."
"Et je l'ai trouvé ! Il n'a pas de nom, mais… est-ce que tu as une plume ?"
Ron prit l'expression la plus neutre qu'il put, s'enfonça encore plus profondément dans la chaise inconfortable, et croisa les bras.
"Question stupide. Oh, si seulement je n'avais pas laissé mon sac ! Il faudra que j'emprunte ça. Je dois recopier le sortilège." Hermione referma le second livre ouvert avec un bruit sec (faisant à nouveau sursauter Ron), empila les deux livres inutiles, et les ramena dans la réserve. Ron profita de ce moment de calme pour rapprocher le passage de lui et lire ce que ce sortilège impliquait, et, surtout, de quoi il s'agissait à la base.
"Un sortilège pour dissimuler la mémoire" Ron grogna en lisant le titre, jeta un coup d'œil pour voir si Hermione revenait. Quand il vit que ce n'était pas le cas, il retourna son attention au passage.
"La victime de ce sortilège tombe sous le contrôle de celui qui le jette" De nouveau, Ron grogna, et de nouveau, il vérifia si Hermione ne revenait pas.
"Celui qui jette le sortilège a la capacité d'effacer la mémoire immédiate de la victime en quantité désirée. Sans souvenir d'une simple seconde à tout un épisode de sa vie, la victime se réveille sans aucune connaissance de ce qui s'est passé."
Ron arrêta de lire la description et fronça les sourcils. Où est-ce qu'Hermione voulait en venir ? Il comprenait à présent qu'elle n'était pas encore complètement cinglée, pourtant, ce sort n'aidait pas à dissiper ses doutes.
Il n'avait jamais entendu parler d'un tel sortilège, et il imaginait qu'il devait avoir été interdit, puisque les gens pouvaient l'utiliser à leur avantage. Mais bon, le Ministère était probablement le seul groupe à y avoir accès. Après tout, l'oubliette rendait les victimes complètement amnésiques, et si on avait juste envie que les cinq dernières minutes soient effacées, par exemple, ce petit "sortilège pour dissimuler la mémoire" était parfait.
Ron regarda autour de lui, mais Hermione n'était toujours pas de retour. Il continua à lire.
"Ce sort, toutefois, n'est valable qu'aussi longtemps que celui qui le jette s'en occupe. Comparable à une protection, ce sortilège empêche les anciens souvenirs de remonter à la surface en créant un bouclier autour des souvenirs bannis à l'intérieur de l'esprit de la victime. La mémoire immédiate ne peut pas atteindre les anciens souvenirs, à moins que celui qui jette le sort le lève, ou ne le renouvelle pas après un jour tout au plus. Ce sortilège est donc temporaire."
Temporaire ? Eh bien ce n'était pas un hasard si ce sortilège n'était plus utilisé, pensa Ron. Trop de travail, apparemment. On devait contrôler la victime constamment, et sans cesse rejeter le sort sans qu'elle le sache.
Un bruit de pas lui indiqua le retour d'Hermione, et Ron repoussa rapidement le livre, puis se leva en bâillant.
"T'en as mis du temps", dit-il, souriant d'un air espiègle de son imitation de ce qu'Hermione lui avait dit plus tôt.
Hermione lui lança un regard mitigé, puis ferma le livre et le serra précautionneusement contre elle.
"Alors, de quoi s'agit-il ?", demanda Ron, contournant la table pour sortir de la bibliothèque avec Hermione.
"Quoi ?" Hermione avait l'air choquée et même un peu déroutée. "Tu veux dire que tu ne l'as pas lu ?"
Ron était décontenancé: elle s'était attendue à ce qu'il y jette un œil.
"Ben, si, mais… Cela n'a toujours aucun sens pour moi", bafouilla-t-il, ses oreilles rosissant. Est-ce qu'elle l'avait espionné ? Elle avait pris longtemps pour revenir…
"J'ai juste pensé que tu le ferais. Après tout, tu te préoccupes d'Harry autant que moi."
Harry ? Qu'est-ce qu'il avait à faire avec ça ? Soudain Ron compris, et il sentit ses pas ralentir, et ses yeux s'agrandir.
"Tu penses que – que ce sortilège est la raison pour laquelle, euh, il est parti ?"
Du coin de l'œil, Ron vit Hermione hausser les épaules.
"Non. Ce n'est pour ça qu'il est parti. Il est parti parce qu'il, eh bien, je ne sais pas pourquoi. Je pense seulement que c'est la raison pour laquelle, s'il est toujours-, euh, que c'est la seule raison pour laquelle il n'a pas essayé de nous contacter."
"Et cela expliquerait la lettre", ajouta Ron, plein d'admiration pour l'intelligence d'Hermione. Mais il redevint perplexe.
"Pourquoi pas le sortilège d'amnésie, alors ?"
Cette fois, Hermione n'haussa pas les épaules, mais soupira à la place, et changea les livres poussiéreux de bras pour pouvoir chasser une mèche de cheveux de ses yeux.
"J'ai deux théories", commença-t-elle. "Un, parce qu'Harry peut probablement le combattre, et que si c'est un Mangemort qui l'a, il le sait. Voldemort leur a sûrement parlé de la capacité d'Harry à combattre l'Imperium. Il ne veut plus prendre de risques."
Ron frissonna à la mention de ce nom, mais ne dit rien.
"Deux, et c'est le plus probable, parce que le sortilège est passablement inconnu, et qu'Harry sait des choses qui sont plutôt importantes, et que Voldemort ne peut pas se permettre de lui effacer complètement la mémoire, n'est-ce pas ?"
Ron était de nouveau perplexe.
"Comment peut-il combattre l'un, mais par l'autre ?"
"Ce sortilège tombe dans une catégorie différente parce qu'il est temporaire et très, euh… personnalisable."
"Mais l'Imperium est aussi temporaire."
"Eh bien, je ne sais pas alors", répliqua Hermione. Ron pensa qu'elle le savait, mais elle semblait de plus en plus ennuyée par ses questions, donc il tint sa langue et marcha en silence, retournant le sortilège et les théories d'Hermione encore et encore dans sa tête. Et si… ? Cela semblait possible, après tout. Totalement possible.
"Tu penses que c'est un Mangemort qui l'a ?"
Hermione soupira à nouveau, mais cette fois elle paraissait fâchée.
"Bien sûr ! Qui d'autre le voudrait vivant ?", dit Hermione, faisant paraître cette réponse si évidente que Dennis Creevey aurait dû la connaître. Ron se sentit plutôt stupide, mais aussi plutôt fâché, et il resta silencieux comme ils continuaient leur chemin vers la chambre commune des Gryffondors, sans aucune aide de la cape.
"Mais pourquoi des sortilèges de mémoire ? Pourquoi ne pas l'amener tout de suite à Tu-Sais-Qui ?", demanda Ron après une minute de blanc dans la conversation.
"Simple. Voldemort est intelligent, et il ne veut pas prendre le risque qu'Harry s'échappe, cette fois. Il va probablement essayer d'extraire des informations d'Harry avant qu'Harry se souvienne qui est Voldemort."
"Extraire ?"
"Tu n'as pas tout lu, hein ?" Hermione déplaça encore les livres. "Comme les souvenirs sont encore à l'intérieur de l'esprit de la victime, le Veritaserum fonctionne pour extraire des informations. Donc, si Voldemort veut savoir quelque chose, tout ce qu'il aurait à faire, c'est donner trois gouttes de potion à Harry, et il aura tout ce qu'il veut. Ensuite, il pourra tuer Harry avant qu'aucun souvenir ne lui revienne. Des souvenirs comme des sorts ou comme ça, bien qu'il n'ait pas sa baguette, et que Voldemort ne prendra pas le risque de se rebattre en duel avec lui, si Harry l'avait."
Tout cela paraissait si faillible, et pourtant si juste en même temps, que Ron ne savait pas quoi penser, mais il sentait qu'il était plutôt d'accord.
"Est-ce que tu as une idée de qui peut être le Mangemort ?", demanda-t-il après une autre longue pause.
"Les Lestrange."
Cette fois, Ron fut certain qu'Hermione avait pété un plomb, et il laissa échapper un rire strident.
"De quoi tu parles ? Ils sont enfermés et totalement givrés !", protesta Ron.
A sa grande surprise, Hermione secoua la tête.
"Tu as lu la gazette récemment ?", lui demanda-t-elle.
Ron hésita, mais secoua la tête.
"Voilà pourquoi tu ne sais pas, alors. Ils se sont échappés – ou ont été libérés – il y a apparemment longtemps, sans qu'aucun des gardiens ou Fudge soit au courant, et maintenant personne ne sait où ils sont. Je pense que Voldemort les a aidés à récupérer leur santé mentale, bien que je ne sache pas comment. Je pensais que c'était impossible de réparer ça."
Ron souffla doucement, ne sachant pas quoi dire.
Hermione continua: "Mais apparemment, on peut."
