Notes: Je voulais juste faire une proposition à ceux qui ne disposent pas de la possibilité d'être avertis lorsqu'un nouveau chapitre est disponible: si cela vous intéresse, je suis tout à fait disposée à vous envoyer un mail. Faites-le-moi savoir par mail ou dans votre review. Je sais trop comment c'est pénible d'aller vérifier sous le profil de chaque auteur qu'on lit si on a quelque chose à se mettre sous la dent… lol

Cerulane: lol Alors là, chapeau ! lol Je poste mon nouveau chapitre, je vais répondre à quelques messages, je contrôle mes mails… et voilà que j'ai déjà une review ! Magnifique !

Mais tu n'as rien besoin d'ajouter, moi ça me convient parfaitement ! ;-) Contente que ça te plaise toujours. Effectivement, Ron a droit à une bonne analyse psychologique. Y en a qui l'aiment pas, moi personnellement je le comprends tout à fait: entre ses frères et Harry, la vie doit pas être facile. Quant à savoir si l'explication est la bonne, vous allez pas le savoir avant un bon moment… Héhé !
Alinemcb54: Je continue, je continue… lol Merci, et merci aussi de lire mon autre fic, ça me fait plaisir !
Faustine30: Encore une nouvelle lectrice ! Chouette ! lol Ben effectivement ça va s'arranger dans quelques chapitres (mais le suspense est encore là pour un moment, je vous préviens). Par contre, je peux pas garantir que la fin est heureuse… vu que je la connais pas encore ! Héhé ! Eh oui, Hilarity a pas encore tout à fait fini d'écrire son histoire.

Donc pour résumer Sirius a pas fini d'en baver… Mais avouons qu'on aime ça quand il souffre, notre beau brun (ok, il a les cheveux noirs, mais bon ;-) ténébreux, hein ?

Pour Dora, tu es sur la bonne voie… mais disons qu'il te manque un élément. Tu peux trouver un indice à la fin du chapitre précédent…
Blacky: MERCI BLACKY ! Ce qu'il y a de bien avec toi, c'est que j'ai droit deux fois à tes félicitations. lol Et c'est à moi de te remercier pour ta lecture attentive en avant-première…
Mystick: Ah ben la fin… Y en aura des pires, je vous préviens ! Elle aime bien les cliffies, Hilarity. Fais attention à Sirius, hein ! N'oublie pas que c'est un emprunt… lol

Onarluca: Merci de lire ma trad aussi ! Je crois que tu n'as pas eu longtemps à attendre pour avoir la suite… lol
Vierge: Ben la voilà ! lol
Saria3: Merci ! Ben la voilà déjà ! lol

Chapitre 7: Sécurité brisée

"Even as these thoughts pierced him with dread and held him bound as with a spell… There was a pause, a dead silence… and for a moment he was troubled, sensing some other power within his valley" (Au moment même où ces pensées le transperçaient, terrifié, et le maintenaient lié comme par un sort… Il y eut une pause, un silence de mort… et pendant un instant il fut troublé, sentant quelque autre puissance au sein de sa vallée) – Les Deux Tours, de J.R.R Tolkien

La journée avait passé avec une extrême lenteur. Harry imaginait que cette lenteur était en partie due au fait que le soleil brillait, et que le ciel était dégagé. Deux choses qui ne semblaient jamais arriver en même temps, ou pas du tout, et il était à l'intérieur. Enfermé à l'intérieur. Les cours étaient plutôt ennuyeux, et Harry se retrouva à regarder à travers au moins une fenêtre différente à chacun des différents étages qui donnaient chacune de différents côtés, attendant que le temps passe.

Il remarqua qu'on construisait quelque chose sur les pistes d'athlétisme, et pendant un instant, il se demanda pourquoi.

Ensuite la cloche sonna, et il n'y pensa plus du tout.

Le trajet en bus fut encore plus dépourvu d'incidents que toute la journée d'école. Les équipes s'entraînaient après les cours, et une grande majorité des sièges bruns étaient inoccupés. Le bus roulait à une vitesse très illégale, particulièrement si on tenait compte du fait qu'il était supposé transporter au moins une trentaine d'enfants.

Harry soupira et s'enfonça plus profondément dans le siège de cuir usé et rapiécé. Il aurait volontiers reposé son front douloureux contre la vitre froide, mais le bus ne cessait de cahoter, et il se serait retrouvé avec un mal de tête encore pire.

Il n'avait jamais été si heureux de voir arriver son arrêt, et, grâce au vent frais qui lui caressait le visage, il sortit de son apathie pendant un moment. Il commença à parcourir la petite distance qui le séparait des grilles de l'entrée, massant sa cicatrice tout en marchant. Est-ce que les cicatrices n'étaient pas censées arrêter de faire mal ? Bien sûr, certaines pouvaient être sensibles au toucher, mais celle-là piquait comme si elle était toute récente, et elle piquait constamment.

Comme Harry s'en était douté, personne n'était à la maison. Ils n'étaient jamais à la maison, après tout. Un voyage organisé juste deux jours à l'avance n'était même pas une grande surprise. Harry grimpa l'escalier. Ses bras et ses pieds lui semblaient lourds comme du plomb, et il se traîna dans sa chambre, jetant son sac contre la porte du placard. Un tout petit peu plus qu'un mois d'école encore, et il serait libre, mais pas entièrement libéré. Après tout, durant ces deux dernières semaines, une chouette lui avait volé une lettre très privée, et son docteur lui avait donné un bout de papier incompréhensible sur des cicatrices dues à un sort. Aussi étrange et sans rapport que pouvaient sembler ces événements, Harry ne pouvait s'empêcher d'y réfléchir: et s'ils avaient un rapport avec lui, quelque part ? La cicatrice et l'oiseau… Harry poussa un long soupir et s'affala sur sa chaise de bureau, posant sa tête entre ses mains. La solitude avait perdu tout attrait comme les jours où il se sentait seul s'accumulaient. Ils menaçaient maintenant de le submerger s'il ne gardait pas la tête suffisamment haute. Il avait appris à faire avec au fil des mois, mais il y avait une sorte de vide, dans la région de son estomac, qui se remplissait de glace lorsqu'il écoutait le silence régnant si souvent dans cette maison.

Et du silence, il y en avait, jusqu'à ce qu'une porte claque, faisant violemment sursauter Harry. Ils étaient rentrés. Normalement, Harry serait descendu en courant pour les accueillir. Peut-être qu'il aurait souri ou aurait dit quelques mots, mais pour tout dire, il se sentait passablement mal, et il n'avait aucune envie de se forcer à paraître gai. Pas maintenant, en tout cas. S'ils étaient inquiets, ils monteraient.

Et puis cette étrange connexion psychique se mit en marche, et des pas commencèrent à monter les escaliers: deux pas distincts qui montaient marche après marche, et qui finalement s'arrêtèrent devant sa porte. Harry retint sa respiration, attendant une réprimande imméritée pour quelque chose qu'il n'avait pas fait, ou qu'il ne savait même pas être arrivée.

"Harry", appela la voix douce mais animée de Dora. Elle donnait presque l'impression d'essayer d'être agréable alors qu'elle retenait sa colère.

"Harry ?" Rick frappa gentiment à la porte. Sa voix semblait fatiguée.

Harry se leva et marcha mécaniquement jusqu'à la porte, attrapa la poignée et espéra pour une seconde qu'il avait seulement imaginé les voix, et qu'il pourrait retourner dans son état d'indifférence. Mais lorsqu'il ouvrit prudemment la porte, son espoir disparut rapidement: les deux visages hagards de ses tuteurs lui souriaient d'une manière peu rassurante.

"On voudrait te parler, si ça ne te dérange pas", dit nerveusement Dora, tout en aplatissant d'une main ses cheveux noirs et soyeux.

Harry hocha la tête en automate et s'assit sur son lit, signifiant ainsi à Dora et Rick qu'ils pouvaient entrer. Ils se lancèrent des coups d'œil furtifs, et Dora parut presque… fâchée. Oui, elle paraissait décidément fâchée à présent, bien que toujours plutôt en petite forme.

"Cela ne sert à rien de tourner autour du pot", cria pratiquement Rick. Harry sentit une main nerveuse le prendre à la gorge: il essaya d'avaler sa salive, mais se rendit compte qu'il en était incapable.

Dora soupira, lança un regard – meurtrier – à Rick, et se tourna vers Harry, sa voix étrangement haut perchée et irritée, bien différente de la voix qu'elle avait utilisée il y a juste une minute.

"On déménage, et c'est tout ce qu'il y a à dire." Elle donnait l'impression de s'être attendue à ce qu'Harry soit déjà en train de protester, mais il ne savait rien, donc comment aurait-il pu ? Et ils l'avaient pris à un moment opportun: il n'avait pas l'énergie de dire quoi que ce soit.

Il ne pouvait pas. Il avait la bouche sèche et il sentait la couleur disparaître de son visage déjà pâle. Ils n'allaient pas faire ça… c'était une blague. Oui, c'était une blague. Ou peut-être un rêve: un cauchemar. Il se frotta furieusement les yeux derrière ses lunettes, puis les rouvrit.

"Q-quoi ?", parvint-il à coasser.

"On déménage. Une semaine", répondit brièvement Dora. Elle finissait toujours par utiliser des phrases courtes, avec un seul sujet, lorsqu'elle se sentait piégée ou qu'elle était en colère.

Rick remua, mal à l'aise, comme s'il se tenait pieds nus sur des charbons ardents.

"Euh, en fait – dimanche, le 11", ajouta-t-il, regardant le sol d'un air coupable.

Dora le fusilla à nouveau du regard, et il leva les yeux.

"D-dimanche ?", recroassa Harry. Il avait de la chance d'être assis, ou il serait tombé directement dans les pommes.

"Oui. Fais tes bagages maintenant. Quelqu'un viendra chercher nos affaires demain. Pas de discussion."

Mais Harry n'était pas prêt à discuter quoi que ce soit. Il avait plutôt mal au cœur, et il voulait seulement s'étendre et dormir. Si seulement ils voulaient partir. Ils avaient fait leur devoir, et maintenant ils pouvaient partir, pensa amèrement Harry.

Et c'est ce qu'ils firent.

Harry décida qu'il préférait ne pas descendre pour le dîner. L'idée de se retrouver en face de ces deux individus faisait se tordre son estomac d'animosité. Pourquoi n'avait-il fait aucune objection ? Même une toute petite protestation aurait pu aider à soulager sa conscience. Il ne voulait pas déménager. Pas maintenant, en tout cas. Pas lorsque ses pensées éphémères d'en terminer l'avaient quitté, et qu'il se sentait presque entier à nouveau. A présent, il allait encore une fois être brisé en mille morceaux: il était plutôt fragile. Et qu'allait-il dire à ses amis ? Que pouvait-il leur dire ? Ils devraient immédiatement être mis au courant, bien sûr. Il n'avait pas beaucoup de temps, et plus Harry y pensait, plus il réalisait qu'il ne savait même pas où ils déménageaient. Il faudrait qu'il pose la question, évidemment.

Peut-être que ce serait seulement une nouvelle maison dans la région.

Mais bon, la tête qu'avaient fait Dora et Rick excluait probablement la possibilité d'habiter quelque part dans le coin.

Harry décida qu'il aurait aimé pouvoir voler. Voler pour pourvoir s'envoler loin d'ici et ne pas avoir à déménager. Peut-être qu'il pourrait se réfugier chez l'un de ses amis. Il avait rêvé d'une moto volante l'autre nuit. Ce qu'il se rappelait maintenant semblait un peu insignifiant, mais plus il y pensait, plus le rêve lui paraissait réel et vivant. Il ne conduisait pas le véhicule, il le regardait. Il le regardait d'une hauteur surnaturelle (du moins c'est ainsi qu'il l'avait ressenti), et il était au chaud et content. Cela semblait bizarre maintenant qu'il s'en souvenait.

Mais peut-être que ce n'était pas juste un rêve. Il aimait y penser comme à de lointains souvenirs de son passé, mais parfois c'était difficile de différencier ce qu'il avait imaginé de ce qui était réel. Il n'avait aucun filtre sur lequel se baser. Harry avait perdu ce filtre il y a longtemps: maintenant les choses entraient et sortaient librement de son esprit, et chaque rêve et soi-disant souvenir était un fouillis de couleurs, de sons et de sensations. Rien n'était distinct. Il n'avait aucun souvenir: il n'avait rien.

Harry appréhendait de se lever pour aller à l'école. Il éteignit à plusieurs reprises l'alarme de son réveil, espérant que personne ne serait à la maison pour qu'il puisse sécher carrément. Personne n'appellerait, et au cas où, il pourrait effacer le message. Il avait passé en revue une multitude de choses qu'il pourrait dire à Nadia et Tristan au sujet de ce soudain déracinement planifié, mais rien ne semblait… eh bien, légitime.

"Je déménage dimanche."
"Oh, bien sûr. Je sais que tu ne m'aimes pas, mais tu pourrais au moins inventer une meilleure excuse !"

"Non, sérieux, c'est vrai !"

"Et quand est-ce que tu as appris ça ?"

"Hier, en fait."
"Oui oui. Je t'attends chez moi de toute façon, excuse idiote ou non."

Lorsque la sonnerie interrompit son sommeil pour la cinquième fois, Harry grogna et s'assit. Il pleuvait encore une fois. Il s'habilla et fit l'impasse sur le peigne, comme d'habitude, se sentant décidément nerveux et pas le moins du monde affamé. Il regretterait d'avoir sauté le petit-déjeuner plus tard, mais son estomac était pour le moment infesté de grands papillons – non, pas de papillons: de ptérodactyles.

Le trajet en bus jusqu'à l'école fut tout aussi ennuyeux que celui du retour le jour précédent. Il y avait même encore moins de passagers. Harry en était récemment venu à la conclusion que le parcours que le véhicule empruntait était plutôt inutile, et qu'ils pourraient au moins combiner plusieurs bus. Cela rendrait le matin bien plus intéressant: il y aurait plus de monde à qui parler, ce qui aiderait probablement à faire disparaître les dernières bribes de sommeil qui embrumaient encore la plupart des écoliers. Le bruit et le chaos: c'était toujours marrant.

L'arrivée à l'école fut encore plus terrible. La pluie redoubla d'intensité, et fondit sur les innocents écoliers avec une véhémence inhabituelle. C'était comme si le temps essayait d'empirer les choses. En tout cas, il ne faisait rien pour aider.

"Harrrry !"

Il ferma les yeux et grogna comme une personne très animée se précipitait sur lui, apparemment insensible à l'angoisse que reflétait son visage.

"Quoi d'neuf ?", lui hurla Nadia.

Harry ouvrit les yeux et leva un sourcil.

"Ne fais jamais, plus jamais ça. Compris ?"

"Tu m'y a forcé."

"Ah oui ?", demanda Harry, sentant le début d'un sourire adoucir ses traits.

Nadia fit signe que oui avec insistance, et se jeta sur lui, l'attrapant par le bras et le tirant en haut des escaliers.

"Pourquoi t'as l'air si maussade, mon gars ?", demanda-t-elle en passant son bras sous le sien.

Remettre ça à plus tard n'avait aucun sens. Ils n'en souffriraient que d'avantage. Et en plus, maintenant était un aussi bon moment que n'importe quand.

"Pour rien", répondit Harry, se sentant immédiatement coupable.

"Bien sûr, ok", dit Tristan, s'exprimant pour la première fois de la matinée. Il avait l'air plutôt blême, remarqua Harry.

Harry poussa un profond soupir et retira son bras de celui de Nadia. Elle s'arrêta. Tristan s'arrêta. Harry continua à marcher, mais fut bientôt tiré en arrière par le capuchon de sa veste.

"Qu'est-ce qu'il y a ?", demanda fermement Nadia. Ses yeux étaient fixés sur ceux d'Harry, qui baissa les siens vers le vieux sol en lino.

"Euh…" Bon début, maintenant ne t'arrête pas, et continue comme ça. ET DIS LA VERITE, MERDE ! "Je, euh… eh bien, vous voyez, j'ai juste, du style, découvert que, je vais, euh, eh bien"

Nadia était sur le point d'exploser. "ACCOUCHE !", aboya-t-elle, faisant un pas en avant et jetant les bras en l'air en signe d'exaspération, réussissant à gifler Tristan sur le nez.

"Aïe…", gémit ce dernier, se frottant le bout du nez.

"Fais attention à ton visage", marmonna précipitamment Nadia, ses yeux toujours fixés attentivement sur Harry. "Alors ? Tu bégayais… ?"

"Je vais déménager."

Silence.

"Les gars ?", se risqua Harry, sentant que le silence durait bien trop longtemps.

"Où ?", demanda Nadia. Harry haussa les épaules. Tristan avait l'air encore plus mal fichu qu'auparavant, presque sur le point d'être physiquement malade (s'il ne l'était pas déjà).

"Tu vas bien ?", demanda Harry, espérant changer de sujet.

Tristan avala difficilement sa salive, mais fit signe que oui.

"Tu ne sais pas où tu déménages ?", demanda Nadia, l'air très perplexe.

Harry hocha la tête, se sentant plutôt stupide de ne pas savoir quelque chose d'aussi fondamental. "J'ai oublié de demander, et ils n'ont rien dit d'eux-mêmes, donc j'ai juste, en quelque sorte, laissé tomber, j'imagine." Il finit ces mots avec un léger haussement d'épaules.

"Tu veux dire qu'ils ne t'ont pas dit où tu allais déménager ? Alors comment tu sais que vous allez déménager ?", demanda Tristan, la couleur disparaissant toujours de son visage comme si sa pigmentation se mettait à fuir.

"Je, euh, non. Ils ne me l'ont pas dit. Mais ils ont dit qu'on allait déménager, que je n'avais rien à dire, et ensuite ils sont sortis."

"Sortis ?"

"De ma chambre."

"Ah."

A nouveau, le silence, durant lequel Nadia sembla réfléchir à quelque chose, et Tristan eut l'air malade à en crever.

"Tu es sûr que tu vas bien, Tristan ? Tu fais une tête terrible", demanda Harry.

"Je vais bien. C'est juste… Tu n'as aucune idée d'où vous allez déménager, tu sais seulement que vous allez déménager ?"

"En gros, ouais", répondit Harry, sentant son intelligence fondre comme neige au soleil.

"Eh bien, tu ferais mieux de t'informer, et on ferait mieux d'aller en cours", dit Nadia avec un ton de finalité réservé à ce genre de situations difficiles.

Donc ils se remirent à marcher, mais chaque pas semblait ramener le trio en arrière au lieu de le faire avancer. De plus, la cloche n'avait même pas encore sonné, bien que tous les élèves semblaient avancer en automate, sans sourire aux visages familiers qu'ils croisaient.

"Tu penses que vous restez dans le pays ?", demanda soudain Tristan.

Ils s'arrêtèrent tous à nouveau.

"Je ne sais pas. Je pense que oui. Pourquoi ?", demanda Harry, sentant le début d'un soupçon commencer à naître dans son cerveau.

Tristan haussa seulement les épaules. "Sais pas."

"Qu'est-ce que tu veux dire par là, Stan ?", demanda Nadia, l'air fâché.

Tristan lui lança un regard furieux, haussa de nouveau les épaules, puis, changeant d'avis, repris la parole. "C'est seulement qu'Harry vient d'Angleterre, donc peut-être qu'ils veulent y retourner."

"Pourquoi ? Il vit ici maintenant. Il est citoyen américain, hein, Harry ?", affirma Nadia, commençant à avoir l'air paniqué à l'idée de perdre Harry sur un autre continent.

"Eh bien, ouais, je veux dire, j'ai jamais vraiment vu de papiers, et je ne me rappelle pas qu'on m'ait posé des questions, mais je suppose que ce genre d'informations est gardé secret."

"Pas de papiers ? Et ton certificat de naissance…". Nadia s'arrêta, et rougit légèrement. "Peu importe."

"Et tes papiers d'adoption ?", dit tout d'un coup Tristan.

Harry fut décontenancé. Maintenant qu'il y pensait, il ne pouvait vraiment pas se rappeler les avoir jamais vus. Il avait été adopté si rapidement… tout s'était passé si vite, c'était très flou à présent. Comme tout le reste qu'il essayait de se rappeler.

"Tu ne les as jamais vus, c'est ça ?", demanda Tristan en regardant ses pieds.

"J'crois que non", répondit Harry, et il se rendit à son premier cours, se sentant plutôt confus et encore plus stupide qu'avant.

Donc, à la fin de la journée, Harry avait échafaudé un plan: un plan tout simple pour demander à Dora et Rick où ils allaient déménager et pourquoi. Cela semblait des questions tout innocentes, et s'il les espaçait correctement, personne ne se fâcherait contre lui comme quoi il les harcelait.

Il s'attendait à devoir attendre au moins deux heures après être rentré à la maison pour que quelqu'un arrive à qui il puisse parler. Ce fut donc une surprise pour lui de voir Dora dans la cuisine, l'air impatiente.

"Harry. On va à la clinique pour prendre ton dossier et dire au revoir au docteur Fletchley", dit Dora, sans s'occuper de dire bonjour. Elle avait passé la porte avant qu'Harry puisse même poser son sac sur le comptoir de la cuisine, et il dût pratiquement courir pour monter dans la voiture avant que Dora ne parte sans lui.

Une fois qu'Harry se fut installé dans le siège en cuir de la Lexus et qu'il eût bouclé sa ceinture, il commença à se demander pourquoi il devait venir. Bien sûr, c'était toujours poli de faire ses adieux, mais ce n'était qu'un docteur, après tout: pas un vieil ami de la famille. Il n'avait pas de vieux amis de la famille: pas qu'il puisse s'en rappeler, en tout cas.

La clinique paraissait toujours aussi froide et propre que jamais. Derrière son bureau, la réceptionniste avait une conversation animée avec un correspondant indiscipliné, et son visage était rouge d'énervement. Elle s'efforçait apparemment de décourager la personne à l'autre bout du fil.

"Maintenant écoutez-moi, monsieur. Je m'en fiche que- OH ? Vraiment ? Je suis sûre que c'est une possibil – Non, je ne peux pas. Il est sorti ! Je vous DIS – Pas besoin d'être grossier, monsieur. Ah oui ? Je ne pense pas. Bien, mais ne vous attendez pas à être bien reçu !", dit-elle, et elle reposa violemment le combiné.

Dora leva un sourcil surpris, mais ne dit rien. Elle leva les yeux au ciel, et commença à pianoter sur le comptoir en faux marbre.

"Oui ?", demanda la réceptionniste après avoir pris un moment pour se remettre de sa précédente conversation.

"Il n'y a pas de problème, j'espère ?", demanda Dora. Harry dût réfréner la soudaine envie qu'il avait de lever les yeux au ciel lui aussi: Dora prenait ce ton mielleux pour une raison particulière, et il ne voyait vraiment pas laquelle.

"Je dois voir le docteur Fletchley. Le dossier d'Harry doit être transmis", expliqua Dora, mais la réceptionniste, remarqua Harry, fit une drôle de tête et commença à la secouer.

"Le docteur est sorti", répondit la réceptionniste, faisant éclater la bulle de son chewing-gum.

Dora eut l'air un peu décontenancée. "Sorti ? Et où, puis-je savoir, est-il allé ?" "Il est parti…" La réceptionniste s'arrêta, fronça le nez comme si elle réfléchissait à quelque chose, puis fouilla sur le bureau jusqu'à ce qu'elle trouve une ordonnance chiffonnée couverte d'une écriture illisible à l'encre noire. Cela devait pourtant avoir un sens pour elle, parce qu'elle eut une expression soulagée et refit éclater son chewing-gum. "Il dit qu'il est parti en urgence chez sa sœur. Sera de retour dans une semaine." La réceptionniste, comme pour montrer que la note s'arrêtait là, refit une nouvelle fois éclater son chewing-gum, et se retourna vers le téléphone, paraissant assez ennuyée d'avoir été interrompue.

"Eh bien, il n'y a pas d'autres médecins ?", demanda sèchement Dora.

La réceptionniste soupira, pressa un bouton clignotant sur le téléphone, dit quelque chose dans le récepteur, puis raccrocha.

"Bien sûr", répondit-elle en faisant éclater une autre bulle.

"Est-ce qu'il a accès aux dossiers ?", demanda Dora en croisant les bras.

"Elle s'occupe d'un autre patient." La réceptionniste avait un regard furieux. "Je peux aller chercher son dossier, si vous voulez", conclut-elle, en faisant un signe de tête en direction d'Harry.

"Vous seriez bien aimable", soupira Dora en se massant les tempes.

La réceptionniste jeta un coup d'œil au téléphone, puis à Dora. "Juste une minute, s'il vous plaît." Elle pressa un autre bouton clignotant sur le téléphone et redécrocha le combiné.

Mais il y eut une autre interruption en la personne d'un homme large et costaud qui fit son entrée. Il portait des habits noirs des plus bizarres qui, pour Harry, avaient tout l'air d'être une robe. La cloche au-dessus de la porte sonna violemment et menaça de tomber de son clou argenté. Dora se retourna d'un coup. La réceptionniste était bouche bée, mais son expression était due à de la curiosité, alors que celle de Dora reflétait la terreur la plus pure.

L'homme avait l'air furieux. Son visage s'empourprait, et ses yeux, d'un bleu étrange, ils observaient la pièce nerveusement.

"Où est-il ?", hurla-t-il soudain. Harry sursauta.

L'homme regarda encore une fois la pièce, ses yeux passant sur les seuls autres patients dans la clinique à cette heure, deux jeunes enfants accompagnés de leur mère. Ensuite, ils se tournèrent vers Harry et Dora, et sortirent presque de leurs orbites. L'homme ne fit d'abord pas attention à Harry, mais ensuite ses yeux revinrent sur lui, et se dirigèrent vers son front. L'homme blêmit un peu, et fit un pas en avant, ayant l'air prêt à chanceler à tout instant.

"Merlin", souffla-t-il. "Harry Potter ? Est-ce possible ? Est-ce que c'est vrai ?", commença-t-il, faisant encore un pas hésitant en avant. Il était toujours écarlate et en colère, mais sa voix sonnait différemment.

Harry hocha la tête mécaniquement, et se sentit rougir. Une main sur son épaule lui indiqua que Dora avait apparemment repris son assurance. Elle se plaça devant lui et lui siffla "d'attendre dans la voiture".

"Vous !", cria presque l'homme. Dora se raidit comme instinctivement, et donna un coup de coude à Harry, lui montrant la porte. "Alors c'est ça qu'on vous a envoyé faire, n'est-ce pas ?", continua-t-il.

"Sors. Dans la voiture. Tout de suite !", cria-t-elle, et Harry obéit, s'enfuyant loin de l'homme écarlate et de sa propre tutrice en colère. Mais comme il atteignait la porte, l'homme avança le bras et attrapa celui d'Harry, le retenant. Le pied d'Harry glissa sur le linoléum blanc, et il s'écrasa au sol, réussissant à ce que l'homme relâche son emprise sur sa manche. Harry se remit sur ses pieds, ajusta ses lunettes, qui avaient glissé sur son nez pendant la chute, et essaya à nouveau d'atteindre la porte. Mais cette fois, l'homme se plaça devant, pointant un long bâton sombre dans sa direction.

"Je crains de ne pouvoir vous laisser faire ça, M. Potter", dit-il d'une voix basse, à l'accent triste. Jusqu'à présent, Harry n'avait pas réalisé que cet homme n'était pas américain. Il parlait avec un accent écossais qui était si fort qu'Harry ne pouvait pas croire qu'il ne l'avait pas encore remarqué.

Dora sauta en l'air. "Laissez-le PARTIR !", cria-t-elle à nouveau, l'air terrifiée. Préciser qu'Harry était confus serait peu dire. Mal à l'aise, il regardait alternativement Dora et l'homme.

Le petit garçon qui attendait avec sa mère avait commencé à pleurer, et la mère fouillait dans son sac à la recherche de quelque chose: sûrement son téléphone portable. La réceptionniste avait arrêté de parler au téléphone, bien qu'elle tienne toujours le combiné près de son oreille, la mâchoire ouverte.

L'homme déplaça son bâton au-dessus de l'épaule d'Harry pour le pointer vers Dora, et commença à avancer dans sa direction. Dora lança un regard inquiet à Harry, puis lança le bras vers son sac à main. L'homme s'était arrêté à présent, mais son bras tenait toujours le bâton, et le bâton était toujours pointé en direction de Dora. Harry avait maintenant la voie libre jusqu'à la porte, bien qu'il soit figé sur place, surtout de peur.

La main de Dora resta un instant en suspension au-dessus de son sac ouvert pendant qu'elle continuait à réfléchir, mais ensuite elle sembla avoir pris une décision. Elle sortit rapidement un autre bâton et, pointant une main tremblante vers la porte, elle fit signe à Harry de partir. L'homme resta où il était.

Personne n'étant là pour l'arrêter, Harry sortit instinctivement du bâtiment et fonça vers le parking. Ses mains tremblaient tellement qu'il mit un moment pour ouvrir la portière. Une fois qu'il l'eut débloquée, il grimpa à l'intérieur de la voiture, son cœur battant douloureusement dans sa poitrine. Il referma en la claquant la porte du véhicule, verrouilla tout, et s'accroupit derrière les sièges avant, espérant rester en partie caché si cet homme sortait avant Dora. Harry avait bien l'impression que ce serait le cas.

Cinq bonne minutes passèrent, et rien n'arriva. Harry était resté aussi caché que possible derrière le siège du conducteur, recroquevillé au sol. La position était inconfortable, mais cet homme lui avait fait perdre tout son sang-froid. Il se sentait réellement effrayé, et réellement dérouté. Mais il était toujours dérouté. Cela n'avait rien de nouveau.

Soudain, il y eut un éclair de lumière verte, des cris à peine audibles, d'autres éclairs de différentes couleurs, d'autres éclairs verts, et Dora sortit en trombe du bâtiment, l'air décontenancée, et passablement pâle. Elle plongea pratiquement dans la voiture, et composa rapidement le 9-1-1 sur son portable. Harry comprit pourquoi: il pouvait voir de grandes flammes oranges du côté de la salle d'attente, et pourtant personne ne sortait. Les mains de Dora tremblaient fortement, et elle avait blêmi plusieurs fois, sa peau étant maintenant d'un blanc presque transparent.

Elle mit le contact juste comme quelqu'un devait avoir décroché. Dora commença à parler: sa voix vacillait et tremblait. Elle éloigna la voiture de la clinique à toute allure, accélérant dangereusement.

Lorsque Dora eût cessé la discussion, il y eut une grande explosion, et Harry se retourna pour regarder par la vitre arrière. La clinique avait été totalement rasée, et une fumée noire planait au-dessus de ce qu'il en restait. Les gens dans les bâtiments alentours criaient, et Harry sentit son cœur se serrer en comprenant que personne n'avait quitté la clinique à part lui et Dora. En tout cas, il n'avait vu personne d'autre sortir. Il avait eu de la chance. Il regarda la fumée plus attentivement, et alors quelque chose de bizarre se passa. Il y eut un autre bruit, et l'image fantomatique d'un crâne avec un serpent qui lui sortait de la bouche apparut au-dessus des débris du bâtiment…