Onarluca: Ton souhait est exaucé, voilà la suite ! lol Ah, et en fait, tu préfères que j'utilise ce pseudo ou l'autre ?Reva7: J'espère que tu as tout bien reçu: la suite et la réponse !
Kritari: Eh oui c'est triste… et ça s'arrange pas dans ce chapitre ! lol Mais effectivement, c'est ça qu'est beau !
Vierge: Merlin a exaucé ton vœu: la voilà ! ;-)
Blacky: Ben ouais ! lol Voilà la suite, avec un Sirius très attendu…J'en profite pour te remercier encore une fois: t'as vraiment fait du bon boulot en me corrigeant ! ;-)
Mystick: lol Je crois que je devrais mettre un avertissement au début de cette fic: Attention, l'auteur de cette histoire adore les cliffhangers ! Lecteurs, vous êtes prévenus. lolJ'espère que je t'aurai pas trop fait attendre avec cette suite, quand même.
Alinemcb54: Bien dit ! lol Son mari… euh… ben… raclement de gorge , c'est-à-dire que… ben oui ! Continue à me reviewer, j'adore ! lol Tes critiques me donnent toujours une super motivation !
Lily Oasis Black: Pari gagné ! Et bingo ! Je crois que tu auras pas eu longtemps à attendre le chapitre 8, hein ? Et comme bonus, t'a même droit à Sirius et Remus dedans ! ;-)
Pas d'inquiétude, je continuerai à traduire cette fic jusqu'au bout. Le pire qui pourrait arriver, c'est qu'Hilarity décide de ne pas la finir… Mais bon, vous avez encore une bonne dizaine de chapitres assurés devant vous, là, donc on va pas paniquer, non plus ! lol
Chapitre 8: De l'espoir au milieu du désespoir"Parting is all we know of heaven, and all we need of hell." (La séparation est tout ce que nous connaissons du ciel, et tout ce que nous avons besoin de connaître de l'enfer.) – "My life closed twice before its close", d'Emily Dickinson
12 mai 1996
La nuit avait été longue et morne, à la façon dont une nuit passée dans une grotte pouvait l'être. Il avait plu un peu, et beaucoup tonné. De temps en temps, une petite souris ou un autre rongeur s'était aventuré dans la solitude de la grotte abandonnée. Sirius accueillait avec joie même le plus petit des visiteurs, et après que le sommeil lui eût échappé durant la plus grande partie de la nuit, il avait décidé que Padfoot (ou Snuffles, comme Ron et Hermione… et Harry avaient l'habitude de l'appeler) serait ici dans son élément.
Sirius avait repris sa forme humaine aux environs de l'aube, lorsqu'un rose pâle commençait à teinter le velours du ciel. Il grogna et ouvrit ses yeux encore pleins d'un sommeil difficile. Les rochers de la paroi et du sol le gênaient. Cela faisait presque une année qu'il dormait à nouveau dans un lit: la sensation de chaleur et de confort – aussi bien physique que mentale – était agréable, et elle lui manquait. Cet endroit, qui autrefois avait représenté une sorte de maison, ne lui avait jamais paru si accueillant et pourtant peu attirant à la fois. Eparpillés au milieu de la poussière et des gravats se trouvaient les vieux os des repas qu'Harry lui avait apportés, et que Buckbeak avait rongés, et d'autres ossements provenant des animaux qui étaient récemment venus mourir ici. Ces idées n'étaient pas le moins du monde agréables, mais elles étaient tout ce à quoi Sirius avait eu à réfléchir depuis la nuit dernière. Il savait que ce n'était pas bien de ressasser, et il savait qu'il devait passer par-dessus tout ça… Que ses pensées étaient monotones !
Quelque temps plus tard, il fut réveillé en sursaut, ne s'étant même pas rendu compte qu'il s'était assoupi. Une pluie légère tombait à l'entrée de la grotte, donnant aux rochers une teinte gris foncé. Tout était silencieux, si ce n'étaient, au loin, les grondements du tonnerre de cette fin de printemps, et le glissement occasionnel d'un rocher. Il se demanda ce qui avait bien pu le sortir de son sommeil, même s'il était content d'être à nouveau réveillé. Les rochers lui faisaient mal au dos, et il voulait rentrer chez lui. Oui, chez lui. Pour une fois, il voulait rentrer chez lui. C'était une pensée surprenante, et il décida d'attendre pour voir si elle durerait. Les pensées heureuses ne duraient plus jamais longtemps.
Il resta assis, perdu dans ses pensées, pendant encore une minute, lorsque soudain il entendit un crissement, semblable à un bruit de pas sur des rochers. En une seconde, Sirius eut sorti sa baguette et la tenait pointée vers l'entrée. Cette action aussi était étonnante: peut-être qu'il voulait vraiment vivre, après tout.
Le bruit continua et devint de plus en plus fort. En état d'alerte, Sirius se leva et se déplaça rapidement vers l'ouverture de la grotte. Mais il sentit son cœur remonter dans sa gorge, et un grand soulagement, lorsqu'il vit qui était là.
"Sirius !", appela Remus Lupin, essuyant la pluie qui lui coulait sur le front, et continuant de grimper. "Bien pensé que je te trouverais ici. J'imagine donc que tu ne voulais pas venir voir Dumbledore avec moi ?", continua-t-il jovialement une fois qu'il eut atteint l'entrée de la grotte.
Sirius sourit, et sentit que son visage avait de la peine à fournir cet effort. "Rien ne pourra jamais me dénigrer le plaisir de ta compagnie, Moony. Ce n'est pas toi le problème, c'est moi." Par Merlin ! Il parlait comme l'un de ces acteurs des films Moldus. Il en avait vu assez pour s'en rendre compte.
Apparemment, Remus s'était fait la même réflexion, car il leva un sourcil amusé, et entra dans la grotte.
"C'est bien ce que je pensais", dit-il, tout en époussetant ses robes élimées. Après avoir fini cette tâche, il leva les yeux vers Sirius, et quelque chose ressemblant à de l'inquiétude passa dans ses yeux bruns. "Tu as l'air d'avoir été renversé par un camion."
Sirius grogna. "Si seulement."
Fronçant les sourcils, Remus remarqua: "Ce n'est pas drôle."
"C'était pas supposé l'être", répondit Sirius avec un regard froid. Puis il soupira et s'appuya contre la paroi de la grotte, se massant les tempes pour tenter de stopper un début de migraine.
"Exactement", répondit Remus d'une manière significative. Et il quitta son comportement agréable pour se mettre à harceler Sirius comme s'il était sa mère.
"Sirius, je trouve cela passablement absurde !" Sirius leva les yeux, étonné. "Est-ce que tu n'as prêté aucune attention à ce que Dumbledore a dit ?" Remus élevait la voix, et Sirius baissa les yeux pour les fixer sur ses mains.
"J'ai parfaitement prêté attention à ce qu'a dit Dumbledore. Mais j'ai aussi prêté attention au fait qu'il est parfois assez fou, et ce doit être l'une de ces fois", répliqua Sirius, relevant les yeux et rencontrant le regard furieux de son ami.
Remus ne parut pas le moins du monde énervé par cette réponse, il avait plutôt l'air de s'être bien attendu à quelque chose du style.
"Alors tu abandonnes ?", demanda-t-il, croisant les bras et reprenant l'attitude calme de son côté professeur.
Sirius ne trouva rien à répondre. Abandonner, comme Remus l'avait si bien dit, c'était quelque chose que Sirius n'avait jamais fait. Mais il le faisait certainement à présent, et, à son avis, il en avait parfaitement le droit. Il y a une première fois pour tout, après tout.
"Je ne crois pas que si moi j'abandonne, cela te regarde", railla Sirius.
Remus soupira et changea de ton: "Je connaissais aussi Harry, Sirius. Je l'ai vu chaque jour, à part pendant la pleine lune et le week-end, durant toute une année, et je m'y suis également attaché. Est-ce que cette pensée t'a déjà traversé l'esprit ?"
Sirius était peu disposé à admettre que cette pensée lui avait traversé l'esprit. Remus avait bien mieux connu Harry que lui, et avait instauré avec lui un lien de confiance bien plus profond. Ce qu'Harry tout petit avait fait ou dit avec Sirius n'avait plus d'importance maintenant. Il avait eu son professeur Moony pour le guider: que pouvait faire un parrain ancien prisonnier pour rivaliser?
Evidemment, Remus comprit les doutes qui naissaient chez son ami, et il se remit immédiatement à parler: "Arrête, Sirius. Tu sais que tu représentes tout pour lui. Tu es son guide et son mentor. Moi, je lui ai fait découvrir les strangulots."
"Très utile, surtout pour la deuxième épreuve."
Remus grogna.
"Et si je ne me trompe pas", continua Sirius, "tu détiens actuellement la médaille du professeur préféré, toute maison confondue." Puis, comme s'il venait d'y songer, il ajouta: "Sauf chez les Serpentards, bien sûr."
Une nouvelle fois, Remus grogna. Qui était en train de persuader qui, ici, et de quoi ? Un concours pour gagner l'affection d'Harry ? Cela rendait Remus malade: il secoua la tête et leva les mains, faisant signe de cesser la discussion.
"Padfoot, on doit aller chez Dumbledore", dit Remus avec un ton de finalité.
Sirius secoua la tête, et s'assit sur le sol rocailleux, se tenant la tête à deux mains.
"Qu'est-ce qu'il y a, Sirius ?", demanda Remus, l'air légèrement inquiet pour le bien-être mental de son ami.
Lorsque Sirius ne répondit rien, Remus eut un sursaut d'inquiétude, et se rapprocha de lui. Il fallait qu'il lui occupe l'esprit au maximum. Sirius se mettait de nouveau à ressasser, il le voyait. Si seulement il pouvait le faire arrêter. Il ne semblait y avoir aucun moyen d'y mettre fin.
Après un moment, Sirius finit par renverser la tête contre la paroi, paraissant dangereusement épuisé, et passablement blême. Comme d'habitude. Remus cessa se s'inquiéter. Fort de son entraînement de professeur, il se plaça droit en face de Sirius, les bras tendus.
"Debout. On y va, que tu le veuilles ou non, parce que rien n'est pire que de ne pas savoir. Tu le sais, et je le sais. Dumbledore semble penser qu'il y a de l'espoir, et je suis d'accord avec lui. Allez, debout !" Remus se pencha et attrapa Sirius par le bras, étonné de sentir à quel point il était vraiment maigre, mais encore plus étonné par le fait que Sirius avait commencé à rire.
"De l'espoir ?", dit-il après un moment, sa voix pleine d'amertume. "De l'espoir ? J'ai perdu tout espoir il y a quinze ans, Remus. Quand je suis revenu, je l'ai perdu à nouveau. J'y vois un signe, que tu veuilles l'accepter ou non."
"Tu sembles oublier ce que j'ai traversé, Sirius. Nous devons nous raccrocher à l'espoir qu'Harry est toujours… vivant. Nous devons nous y accrocher, parce que s'il l'est, alors il sera –"
"S'il l'est, Remus. Si il l'est. Et ça n'en a pas l'air. Maintenant, s'il te plaît, laisse-moi."
Quelque chose dans ce que venait de dire Sirius devait avoir complètement révolté Remus, parce qu'il plissa ses yeux bruns et fusilla son ami du regard. Il saisit ensuite Sirius par le col et le mit debout sur ses pieds. Une tâche d'une facilité étonnante, vu l'absence de poids à soulever.
"On y va. Pas de discussion."
"Oui, Professeur", gronda Sirius, mais il ne se rassit pas. Une étincelle s'était allumée à l'intérieur de lui, et il voulait désespérément en attiser les flammes. Mais sa fierté, ou peut-être la peur, l'avait retenu. Remus l'avait poussé en avant, et il en profita pour sortir de la grotte et dans la bruine qui était traversée par des rayons de soleil – de l'espoir dans la douleur. De l'espoir dans le désespoir.
Quinze minutes plus tôt"HERMIONE !" Ron frappait à grands coups sur la porte du dortoir des filles de cinquième année, vaincu par son impatience. Elle avait promis de le rejoindre dans la chambre commune il y a une heure, mais elle était toujours enfermée dans sa chambre, absorbée par d'autres ouvrages sur les sorts et les sortilèges, qu'elle avait tous obtenus de la réserve grâce à une note de Flitwick.
"HER-MI-O-NE !", hurla-t-il une nouvelle fois.
"Oui, oui, oui ! J'ARRIVE !", l'entendit-il répondre. Donc elle était à l'intérieur, après tout. Ron secoua la tête, l'air fâché, et ouvrit la porte à toute volée.
Hermione se dirigeait vers la porte au même moment, un gros livre relié de cuir noir, très endommagé, dans les bras. Ron l'avait vu transporter au moins sept livres différents cette dernière semaine. Elle avait étudié de vieux sortilèges et incantations comme si sa vie en dépendait, et elle avait aboyé à Ron d'en faire autant. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait bien chercher.
"Tu peux m'aider, Ron", dit-elle, lui flanquant le livre dans les bras, et tournant les talons pour en apporter d'autres. Ron la suivit. Lorsqu'Hermione eut rassemblé quatre autres livres de sa collection, elle le dépassa et sortit de la chambre, Ron sur ses talons.
"T'aider à quoi ?", demanda-t-il enfin, levant un sourcil médusé.
"A chercher des sortilèges. Je cherche des sortilèges de mémoire plus précis, et peut-être des couvertures."
"Comme des protections ?"
"Des protections, en autres", finit-elle, lançant les livres sur un des fauteuils placés devant la cheminée de la chambre commune.
Ron prit un petit ouvrage poussiéreux et très rouge, et s'enfonça dans un autre fauteuil pour le parcourir. Le livre n'avait pas de titre, mais il comprit quel était son contenu dès qu'il l'ouvrit.
"Bordel, Hermione ! C'est un livre de mauvais sorts !", dit-il, les yeux sur un sort qui consistait à brûler quelqu'un du dedans au dehors. Il grimaça face au diagramme utilisé pour en montrer les effets.
"Beurk ! C'est dingue ! Ce sort recourbe tes extrémités ! Merde, Hermione ! Celui-ci… beurk ! Celui-ci te casse définitivement tous les os ! Même tes dents !", frémit-il, mais sans cesser de lire. Aussi incroyablement révoltant que chacun de ces sorts pouvait être, il les trouvait quand même fascinants. Bien sûr, les diagrammes aidaient.
Hermione était plongée dans un autre ouvrage, prenant de temps en temps une expression de surprise, et ne semblant pas remarquer les éclats de Ron.
"Qu'est-ce tu lis, toi ?", demanda Ron, reposant le livre après être arrivé à un sort destiné à faire exploser les organes.
"Des protections", répondit-elle seulement, ne levant même pas les yeux.
Ron fit un signe de tête et repris son horrible livre sur les mauvais sorts. Enfin, il tomba sur un sort un peu moins macabre que les autres, bien qu'il le fit quand même légèrement tressaillir.
"Ecoute voir ça", dit-il à Hermione. Elle leva la tête. "Celui-ci t'ôte la raison, seulement tu dois déjà être limite à la base pour que ça marche."
"C'est permanent ?", demanda Hermione.
Ron haussa les épaules. "Pas précisé."
"C'est bizarre. Donne-le moi, Ron", répondit Hermione, reposant son livre sur la table. Ron lui passa l'ouvrage et pris celui d'Hermione.
"Ne perds pas ma page."
Ron hocha la tête et lu les différentes protections qui étaient décrites sur les pages qu'Hermione avait marquées. La plupart étaient assez fascinantes, mais l'une en particulier, qu'Hermione avait entourée d'encre temporaire, attira effectivement son attention. Elle dissimulait toutes les signatures magiques, de telle sorte qu'une habitation semblait soit vide, soit la propriété de Moldus. Mais ce n'était pas cette caractéristique ordinaire de nombreuses protections qui avait attiré son attention. Non, c'était le fait que la protection pouvait seulement être brisée par un sort ou l'explosion d'une énergie magique impulsive. Aucune de ces perspectives ne lui semblait réjouissante.
"Pourquoi tu as entouré celui-là ?", demanda Ron, voyant qu'Hermione avait reposé l'ouvrage sur les mauvais sorts.
"Semblait intéressant. J'allais le montrer à Dumbledore", répondit-elle, espérant avoir l'air désinvolte. Elle ne l'était pas, et Ron se leva d'un bond.
"Oh non, tu ne feras pas ça !", cria-t-il presque.
Hermione joua à l'innocente pendant un moment, mais, vaincue par sa propre irritation, elle se leva elle aussi et fit face à Ron, le visage plus rouge de seconde en seconde.
"Et pourquoi pas ?!", cria-t-elle à son tour. "Il me semble qu'il y à peine quelques semaines, c'est toi qui était prêt à courir chez Dumbledore avec cette lettre !"
"Et à l'époque tu m'en as empêché, donc pourquoi je ne ferais pas pareil ?", répliqua Ron.
"Parce que je ne vais pas lui parler d'Harry, je vais lui parler de cette protection !"
"Parce que tu penses qu'elle est directement liée à Harry, non ?", répondit Ron, faisant un pas en avant. "Pas vrai, Hermione ? Tu veux demander à Dumbledore si c'est une raison pour laquelle personne ne sait où se trouve Harry !"
Hermione eut l'air insensible à cette accusation, et au lieu de répliquer, elle arracha le livre de ses mains, et tourna les talons en direction du portrait.
"Si tu ne veux pas m'aider ou me croire, tant pis !", dit-elle en sortant, abandonnant un Ron furieux près de la cheminée, la bouche ouverte comme un poisson hors de l'eau. Lorsque la porte se fut refermée, Ron aurait pu jurer qu'il avait entendu Hermione murmurer "Honnêtement !", avant qu'il ne se retrouve à nouveau tout seul.
Plutôt que de remonter vers les dortoirs, Ron s'affala sur le canapé rembourré et fit tournoyer distraitement sa baguette entre ses doigts, avant d'étendre le bras et d'attraper un des livres éparpillés sur la table. Il tourna les pages pendant une minute, avant que le portrait s'ouvre une nouvelle fois et qu'Hermione entre en courant, flanquée de Neville et de Dean. Tous trois étaient rouges d'avoir couru, et Hermione tenait toujours le livre.
"Viens vite !", souffla Dean, hors d'haleine. Il saisit Ron par le bras et le tira en avant.
"Qu'est-ce qui se passe ?", demanda Ron, perplexe.
"C'est Justin. On va voir Dumbledore tout de suite !", répondit Hermione, comme si cela expliquait tout. Ron se mit à marcher, se sentant un peu à côté.
"Justin Finch-Fletchley ? Qu'est-ce qu'il a ?", demanda-t-il comme on le poussait par le portrait et dans le corridor.
"Il va bien. Tu pourrais te dépêcher ?", répondit Hermione, l'air exaspéré.
Ron ne dit plus rien mais commença à accélérer derrière Hermione, Dean et Neville. Ils coururent en haut de l'escalier et se retrouvèrent en face de Justin, qui serrait une lettre chiffonnée dans sa main tremblante. Il avala sa salive en voyant les quatre Gryffondors s'approcher, et les salua d'un signe de tête.
"Bon, ben je pense qu'on ferait mieux d'y aller, alors", dit-il, l'air secoué.
"Qu'est-ce qui se passe ?", cria Ron. Neville trébucha un peu comme la voix de Ron faisait écho sur les murs du corridor.
"Donne-la lui, Justin", dit rapidement Dean.
Justin hésita un peu, et tendit à contrecœur la lettre maltraitée à Ron. Il se retourna immédiatement, et se laissa glisser par terre, appuyant la tête contre une statue d'un sorcier médiéval à l'air pompeux.
Ron lança un regard narquois à Hermione, qui fronça les sourcils. "Lis ! ", s'exclama-t-elle.
La dernière fois que quelque chose de semblable était arrivé, Hermione avait eu une crise de nerfs. Ron pensait donc que la lettre devait être, euh, un peu plus facile à encaisser. Toutefois, Justin avait l'air de plus en plus mal en point comme les secondes passaient. Sans perdre une minute de plus, Ron déplia la lettre et commença à lire.
le 30 avril 1996
Chère Marie,
J'ai en effet été très intrigué par ta réponse à ma dernière lettre, dans laquelle je te demandais des renseignements sur le seul cas existant de "cicatrices faites par un sort". La raison de ma curiosité, ma chère sœur, est que j'ai un patient qui correspond à la description, sans parler au nom, de ce seul cas. Harry Potter, comme tu me l'as écris, est, je peux l'affirmer sans hésitation, l'un de mes patients les plus agréables, quoique sa mère adoptive, Dora Evans, soit loin d'être sympathique en ce qui concerne son caractère.
En tout cas, vu le peu de renseignements que tu m'as donnés, tu seras contente de savoir que je vais venir te rendre visite dans le courant de la semaine prochaine. Si mon patient est effectivement l'ancien camarade de classe de ton fils, je suis sûr qu'il sera ravi d'avoir de ses nouvelles. Transmets cette lettre à Justin, d'accord ?
Dans l'espoir de te voir bientôt
Affectueusement
Liam
Ron sentit ses yeux s'agrandir de surprise lorsqu'ils quittèrent la lettre et vinrent se fixer sur Justin.
"Qui est Liam ?", demanda-t-il d'une voix calme mais enrouée.
"Mon oncle. C'est un Moldu. Comme ma mère", répondit Justin, l'air légèrement soulagé, en se levant et en rejoignant le groupe.
"Quand as-tu reçu la lettre ? Elle est datée d'il y a deux semaines", demanda Ron, jetant un dernier regard à la petite écriture avant de rendre la lettre à son propriétaire.
"Maman me l'a seulement donnée lors de notre dernière visite à Pré-au-Lard. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas quoi en faire. Mon oncle Liam est resté assez longtemps, je crois. Il, euh, il, eh bien, il a confirmé la lettre."
"Tu veux dire… ?" Ron, passablement étourdi, se mit à osciller dangereusement avant qu'Hermione et Dean l'attrapent par le bras. "Alors il est… ?"
Neville et Justin hochèrent la tête, et Justin ajouta: "Ouais."
"C'est pour ça qu'on va voir Dumbledore", expliqua la voix d'Hermione à la gauche de Ron. "On ne peut pas être sûrs, bien sûr", ajouta-t-elle rapidement.
"Alors on se bouge, là !", cria Ron. Ignorant Hermione, il se tourna et descendit les escaliers, les quatre autres le suivant de près.
Les élèves de cinquième année étaient tellement pressés qu'aucun d'eux ne remarqua les deux silhouettes familières qui se dirigeaient dans la même direction. En fait, aucun des étudiants ne remarqua Remus et Sirius du tout.
"Me demande ce qui se passe", dit Sirius en s'arrêtant en plein milieu du corridor et en croisant les bras.
"Aucune idée, mais ils vont dans la direction du bureau de Dumbledore. On n'a qu'à les suivre. Tu n'aurais pas vu qui nous a dépassé ?", ajouta Remus comme ils se remettaient à marcher.
Sirius haussa les épaules. "Pourrais pas vraiment dire, ils couraient comme s'ils avaient le diable à leurs trousses." Il se mit presque à rire en se rappelant de moments plus heureux, des dizaines d'années auparavant, où ces gens passant en courant auraient pu tout à fait être lui et ses meilleurs amis.
Puis il réfléchit. "J'ai vu des cheveux roux."
"Ah. Un Weasley donc. Pas Fred ni George, j'espère", plaisanta Remus, tout en regardant prudemment autour de lui au cas où il apercevrait une trace d'un objet volant inattendu ou d'un article magique bizarrement défectueux.
"Non. Je crois que c'était Ron", soupira Sirius.
Il y eut un bruit sourd devant eux, une exclamation, et des pas qui indiquaient que les personnes qui les avaient dépassé faisaient demi-tour. Loin devant, Remus vit une feuille blanche de papier pliée. Pas du parchemin, du papier. Il arrêta Sirius et lui indiqua le bout du couloir, où Ron fit son apparition, l'air furieux. Il aperçut quelque chose et accéléra, avant de remarquer Remus et Sirius debout au milieu du corridor. Tous deux avaient l'air hautement amusés, et pour cause.
"Professeur ! Sirius !", s'exclama Ron en se figeant lui aussi au milieu du couloir.
Il y eut d'autres bruits de pas, car Hermione et Dean couraient derrière Ron. Tous deux stoppèrent net juste derrière lui, et pour la même raison. Du moins, c'est ce que pensait Sirius.
"Professeur !", crièrent Dean et Hermione d'une seule voix. Hermione ajouta: "Sirius !"
Elle jeta un œil sur la lettre au sol et donna un coup de coude à Ron, qui se baissa immédiatement, la ramassa, et la mit dans sa poche, sans quitter les deux hommes des yeux.
"Qu'est-ce que vous faites ici ?", demanda-t-il.
"Content de te voir, Ron", dit Sirius, toujours souriant.
"Euh, désolé." Ron remua, gêné. "Fait plaisir de vous revoir. Et vous aussi, Professeur."
"S'il te plaît, Ron. Je ne suis plus ton professeur. Tu peux m'appeler Remus si tu veux. Moony marche tout aussi bien."
"Oh. Bien. Euh, pardon." Ron recula un peu, se sentant passablement mal à l'aise.
"Pas de problème. Alors, qu'est-ce que vous préparez, vous trois ?", demanda Sirius pour essayer de rompre le silence.
"Rien !", répondirent les trois étudiants à l'unisson.
Sirius hocha la tête. "Mmmh. Je vois. Vous pensez vraiment que vous pouvez duper deux des premiers Maraudeurs, hein ? Bien essayé, Ron. Qu'est-ce que vous préparez vraiment ?"
"Rien !", répondirent-ils à nouveau. Ron aplatit nerveusement sa poche. Sirius le regarda et leva lentement un sourcil en signe de curiosité. Remus observait son ami fixer Ron d'un air narquois, et vit une lueur, bien que lointaine, briller dans ses yeux bleus.
"Vous alliez chez Dumbledore ? Parce que, par chance, nous aussi", dit Sirius, donnant une claque joviale sur le dos de Ron. Remus regarda Sirius avec inquiétude, puis secoua la tête. Quelques instants plus tôt, il avait été proche d'une crise de nerfs, et maintenant il était presque celui qu'il avait été avant Azkaban. Presque.
"V-vous aussi ?", balbutia Ron, les yeux partant nerveusement dans tous les sens.
"Eh oui !"
"Oh, eh bien, euh…" Ron fut interrompu par deux bruits de pas distincts qui résonnèrent derrière lui. Justin, flanqué de Neville, tournèrent le coin et foncèrent pratiquement la tête la première dans Hermione et Dean.
"Professeur !", s'exclamèrent-ils d'une seule voix. Remus grogna tout bas.
"Viens, Ron !", dit Neville, un peu hors d'haleine et oubliant complètement que son ancien professeur de défense contre les forces du mal se tenait devant lui. "On doit y aller. Tu as la lettre ?" Ron leva la main pour faire taire Neville, et ponctua son geste d'un regard appuyé. Neville avala sa salive et se tut.
"Euh, ouais. Bon, on doit y aller. Contente de vous avoir vu", dit Hermione. Elle attrapa Ron et Neville par le bras et les entraîna vers le bureau de Dumbledore, leurs pas se transformant graduellement en course une fois qu'ils eurent tourné le coin. Justin et Dean firent un signe de tête à Remus, lancèrent un regard un peu nerveux en direction de Sirius, puis se retournèrent prestement et prirent la fuite.
Lorsque les deux derniers étudiants furent hors de vue, le sourire de Sirius s'évanouit, et il passa la main dans ses cheveux noirs, l'air plutôt agité. Cette réaction sembla avoir un sens pour Remus. Sirius restait rarement calme auprès d'Hermione et surtout de Ron, et pendant un court instant, Remus avait pensé qu'il avait peut-être vaincu les barrières, quelles qu'elles soient, qu'il avait placées autour des deux Gryffondors de cinquième année.
"Qu'est-ce qu'il y a ?", demanda finalement Remus.
"Ron", croassa Sirius, la voix basse et enrouée comme s'il avait beaucoup crié. "Ron va voir Dumbledore, donc on pourrait tout aussi bien attendre ici jusqu'à ce qu'ils reviennent. Je ne crois pas qu'ils voudraient qu'on sache ce qu'ils font". Là, sa voix était redevenue normale.
Remus hocha la tête d'un air pensif. "J'y ai pensé aussi, Sirius", répondit-il doucement. "Est-ce que tu as pu apercevoir ce qu'il avait dans la poche ?"
Du coin de l'œil, il vit Sirius hausser les épaules. "Aucune idée."
"Neville a dit quelque chose au sujet d'une lettre", se souvint Remus, et il se réprimanda lui-même de ne pas y avoir pensé plus tôt.
"On peut tout aussi bien se diriger vers le bureau de Dumbledore et attendre qu'ils sortent. Après tout, on a besoin du mot de passe."
"Minerva me l'a donné ce matin lorsque je lui ai rendu ce qui était censé être la première et dernière visite", répondit Remus, sans paraître le moins du monde amer.
"Je suis désolé, Remus. Je ne pouvais pas."
Remus ne ressentit pas le besoin de répondre quoi que ce soit. Son ami savait, qu'il veuille l'admettre ou non, qu'il n'avait pas besoin d'être désolé. Ils flânèrent donc en silence le long des couloirs, et se retrouvèrent finalement au pied de la gargouille, qui montait la garde dans toute sa grotesque splendeur.
"Dommage que Dumbledore n'ait pas quelque chose de plus sympa à regarder. Lorsqu'on attend, je veux dire", dit Sirius, surtout pour lui-même.
Remus hocha la tête. Il était entièrement d'accord, et pouvait très bien se rappeler s'être tenu devant ces mêmes portes il y a quelques années de cela, attendant de connaître son sort, avec rien d'autre qu'un quartier de lune pour éclairer le couloir. La gargouille n'avait pas aidé, ni Sirius et son "les premières retenues données à Poudlard, et c'est nous qui avons l'honneur de les recevoir !"
Il gloussa intérieurement, De tels souvenirs étaient une bénédiction en des moments pareils, même s'il regrettait le passé, et même si cela faisait mal d'y penser.
"Allez, on monte, d'accord ?", lâcha Sirius, coupant le fil des pensées de Remus.
Ce dernier secoua la tête.
"Je crains que Ron n'apprécie pas qu'on l'espionne."
Sirius eut l'air atterré. "On ne ferait pas une chose pareille ! Il n'y a pas de mal à attendre devant la porte du bureau. On ne pourra rien entendre, et même si on entendait quelque chose, ça ne peut pas être si terrible, non ?"
"Tu sais parfaitement bien que ces portes sont idéales pour y écouter, l'ayant fait plusieurs, plusieurs fois lorsque tu étais à Poudlard", affirma Remus. Inévitablement, il allait perdre, mais il y avait toujours un espoir…
"Je n'ai jamais fait ça !" De nouveau, Sirius sursauta et parut faussement indigné – une autre des caractéristiques de son ancienne vie, celle qui était remplie d'Harry.
"Si, Padfoot, et ça ne sert à rien de nier. J'étais présent moi-même à plusieurs occasions. Parfois j'étais à l'intérieur du bureau, parfois j'étais ici à l'extérieur, avec toi."
"Est-ce que tu sous-entends, Moony, que j'ai écouté tes conférences privées avec Dumbledore quand on était en première année ?"
"Parfaitement. Le mot de passe, c'est "crème canari", en passant."
Sirius ouvrit la bouche comme s'il voulait poursuivre la discussion, mais un sourire apparut sur son visage, effleurant à peine ses yeux.
"Crème canari ? Ce n'est pas l'une des…?"
"L'une des Farces pour sorciers facétieux, comme ils les appellent eux-mêmes, de Fred et George Weasley", répondit Remus en souriant lui aussi. Leur réputation et ligne de produit se développaient dans toute l'école, comme les beuglantes quotidiennes de Molly Weasley le rappelaient constamment.
Remus était en visite lorsque, soi-disant, la quatrième missive était arrivée pour les jumeaux en l'espace de deux jours. Il avait pris plaisir à voir le sourire espiègle que Fred et George avaient collé sur leur visage pendant qu'ils écoutaient la voix aiguë de leur mère. Aucun embarras, et certainement aucune punition, ne représentait autant pour ces deux que le résultat d'une beuglante.
"Franchement, si Dumbledore ne m'avait pas rappelé l'année dernière que nous autres Maraudeurs détenions toujours le record de retenues et de farces, je serais honnêtement inquiet pour notre réputation ! Me fait penser. Tu a été leur enseignant, un temps. Ils sont au courant pour nous ? Je veux dire: Moony, Wormtail, Padfoot et Prongs ?"
"Ils connaissent la carte, c'est sûr, vu qu'ils l'ont volée du bureau de Filch quelques décennies après qu'elle nous ait été confisquée en septième année, mais ils n'ont aucune idée que c'est nous qui l'avons écrite. Ron sait, mais il ne l'a pas encore vraiment dit à ses frères."
Sirius eut l'air dégrisé pendant un instant, et parut sur le point de replonger dans ses pensées dépressives, mais finalement, il reprit la parole: "Je suis assez content d'apprendre ça. Je voudrais voir leur tête lorsqu'ils le découvriront !"
Et, comme s'il se réprimandait d'être si joyeux, il garda une expression neutre, et il prononça le mot de passe d'une voix presque monocorde, en tout cas au goût de Remus.
"Tu vas bien, Sirius ?"
L'homme haussa les épaules. Il paraissait de plus en plus consterné comme l'escalier montait et montait, avant de s'arrêter devant la porte du bureau. Il s'exprima à nouveau:
"C'est seulement qu'Harry - ", sa voix eut de la peine à prononcer le nom. "Il voulait leur dire quand je serais libre, pour qu'on puisse être là tous les deux – toi et moi, Moony. Il voulait voir leur tête aussi."
Remus hocha la tête. Il pouvait aussi se rappeler une déclaration semblable d'Harry, sur le même sujet. Cela semblait une tâche si importante, et pourtant si insignifiante maintenant qu'il s'en rappelait les motivations. Remus fixa les portes en chêne, incapable de continuer à réfléchir. La pièce était silencieuse, d'autant qu'il puisse le dire, et pendant une minute, il se demanda si les quatre Gryffondors et le Poufsouffle étaient bien venus trouver Dumbledore. Mais ensuite il y eut un bruissement, un bruit sourd comme si quelque chose tombait (vraisemblablement une chaise), et soudain une cacophonie de voix retentit de l'intérieur, criant, parlant rapidement, criant à nouveau, parlant calmement, et même… pleurant ?
"Oh Merlin !", souffla Remus en s'approchant de la porte pour écouter.
Sirius toussa de façon indignée, mais il se pencha également. Les disputes de Ron n'étaient jamais de tout repos, et ses mots pouvaient être aussi douloureux que du venin de Basilic. S'il était vraiment en train de crier contre Dumbledore, Sirius et Remus seraient les seules défenses du vieil homme. Ils étaient prêts à révéler qu'ils écoutaient aux portes dans l'intérêt du directeur.
Ron cria quelque chose, mais Remus ne comprit qu'une bribe de ce qu'il avait dit: "MAIS ALORS…"
Puis la voix calme de Dumbledore, ses paroles étouffées par le bois épais de la porte. Plus personne ne dit quoi que ce soit pendant un bon moment, mais ensuite quelqu'un d'autre prit la parole.
"Elle ne me l'a pas montrée !" Bizarrement, les mots s'échappèrent clairement du bureau. C'était Justin qui parlait, remarqua Remus.
Dumbledore parlait à nouveau, ses mots encore une fois indistincts, empêchant toute compréhension de la part des deux indiscrets qui se tenaient à l'extérieur du bureau circulaire. Sirius poussa Remus et colla l'oreille à un centimètre de la porte, dans l'espoir de saisir quelque chose d'intéressant. Remus ne l'imita pas. Il était trop préoccupé par le fait qu'il y avait des bruits de pas dans l'escalier.
Donnant un brusque coup de coude dans le dos de Sirius, Remus tenta de les éloigner tous deux de la porte à temps pour qu'ils aient au moins en partie l'air moins suspect. Remus attendit, les nerfs à vif, l'apparition de la personne qui se dirigeait vers le bureau de Dumbledore. Sirius attendait aussi, et lançait fréquemment des regards nerveux en direction de Remus.
Il y eut un grand cri provenant du bureau de Dumbledore, et Sirius et Remus se retournèrent tous deux juste à temps pour manquer la grande entrée de leur personne préférée dans toute l'Angleterre.
La personne qu'ils préféraient dans toute l'Angleterre fit entendre un grognement indigné, faisant terriblement sursauter les deux Maraudeurs.
"J'aurais dû m'en douter", ricana leur personne préférée. "Que vous deux seriez ici, à épier comme vous le faisiez lorsque vous étiez deux élèves indisciplinés dans cette école. Il n'y a pas grand chose de changé, malheureusement."
Remus lança un regard furieux à sa personne préférée, qui se trouvait être Severus Snape, et croisa les bras.
"Severus", dit-il, avec un certain mépris, au professeur de potions aux cheveux gras.
Snape ne répondit rien, et tourna plutôt son attention (et son sourire sarcastique, ce qui était tout aussi énervant) vers l'homme qui se tenait à côté de Remus.
"Black. Tu es donc vivant", railla-t-il. "Quel dommage."
"Snape", gronda Sirius. "Qu'est-ce que tu fous ici ?"
"Dumbledore m'a convoqué", grogna-t-il presque, montrant bien son amer dédain pour Sirius.
Sirius eut l'air furieux. Il saisit rapidement la manche des robes élimées de Remus et le regarda droit dans les yeux. "Ne me dis pas que ce type fait partie du plan de Dumbledore !", dit-il entre ses dents.
Un éclair de culpabilité traversa les yeux du loup-garou, et Sirius le remarqua tout de suite.
"Tu savais ?", cria-t-il pratiquement.
Remus, ne paraissant pas le moins du monde perturbé par l'accusation, arracha sa manche de l'étreinte de Sirius et plissa dangereusement les yeux.
"Padfoot, si je te l'avais dit, est-ce que tu serais venu ?", dit-il simplement.
Sirius fusilla Remus du regard, puis ses yeux se tournèrent vers Snape, qui avait l'air encore plus revêche qu'à son habitude. Il semblait être hautement amusé par l'indignation de Sirius, et par le fait que Remus venait de le remettre en place – bien que son dégoût pour Sirius était en fait égalé par son dégoût pour le loup-garou, le loup-garou était au moins supportable jusqu'à un certain point. Pas complètement sympathique, mais supportable. Parfois. Sirius était carrément insupportable.
Il y eut des bruits de pas à l'intérieur du bureau de Dumbledore, et la porte s'ouvrit avant que les trois personnes qui se tenaient à l'extérieur puissent réagir. Le visage de Ron rougit violemment, s'assortissant à ses cheveux, avant de pâlir complètement. Le visage d'Hermione fit de même. Neville eut l'air extrêmement effrayé, à cause de la présence de Snape. Dean et Justin se lançaient des regards nerveux.
Ron ne dit rien mais saisit Hermione par le bras et la tira hors du bureau, les trois autres élèves suivant le mouvement. Aucun des étudiants ne fit semblant de remarquer Remus, Sirius, ou le professeur de potions au mauvais caractère (à l'exception de Neville, qui se faufila devant lui comme un animal terrifié).
"Messieurs", dit la voix de Dumbledore de l'intérieur de son bureau. Sirius, Remus et même Snape avaient légèrement sursauté, oubliant que la porte du bureau était encore grande ouverte.
Les trois hommes entrèrent à contrecœur dans le bureau. Snape frôla Sirius et Remus, ses robes flottant au vent comme il les dépassait pour se placer à côté du directeur. Ses yeux noirs se plissèrent dans un regard vénéneux pendant qu'il observa Sirius et Remus s'asseoir dans les deux chaises placées devant l'immense bureau en chêne de Dumbledore.
"Je ne vais pas vous faire perdre votre temps avec des formalités, étant donné qu'un nouvel élément vient d'apparaître, et qu'il a tout confirmé." Dumbledore, bien que l'air incontestablement sévère, avait cette infâme pétillement dans ses yeux bleus. Sirius n'avait jamais été aussi reconnaissant qu'il y soit, ce scintillement étant synonyme d'espoir – ou de triomphe, comme bien souvent.
"Si vous permettez, Directeur", commença Remus, "mais qu'est-ce qui a confirmé vos soupçons ?"
"Remus, avez-vous pris le temps de mettre Sirius au courant des derniers développements ?", demanda Dumbledore, sans répondre directement à la question.
"Pas, euh, aussi complètement que j'aurais pu, ou que j'aurais dû", répondit Remus, le regard baissé sur un coin du bureau de Dumbledore.
"Ah. Je suggère que nous le mettions au courant avant je confirme quoi que ce soit", dit joyeusement Dumbledore, avec un regard entendu.
"Me mettre au courant de quoi ?", dit soudain Sirius.
"De tout", déclara mystérieusement Dumbledore, un petit sourire venant illuminer son visage ridé.
"Comme ?", demanda Sirius, sa voix baissant dangereusement.
"Sirius, comme vous le savez, les Lestrange ont été libérés d'Azkaban il y a presque un an. J'avais dirigé beaucoup de mes détecteurs de magie noire sur leurs signatures magiques, et il y a juste une semaine, l'un d'eux s'est déclenché." Sirius remua brusquement, et Dumbledore le fit taire en levant la main. "S'il vous plaît, ne m'interrompez pas, Sirius."
Sirius hocha machinalement la tête.
"Naturellement, j'ai essayé de localiser leur provenance, et j'ai été passablement surpris de découvrir que la magie provenait d'une région où la présence des Lestrange est fort étonnante. L'Amérique. Les Etats-Unis, plus précisément."
A nouveau, Sirius remua brusquement, et à nouveau, Dumbledore le fit taire en levant la main. Mais cette fois, Dumbledore ne dit rien.
"Bien sûr, les sorciers d'élite et les Aurores américains étaient immédiatement sur place, et j'ai contacté le Président de la magie américain, un homme bien plus large d'esprit que Fudge. On m'a envoyé un article provenant d'un tabloïd américain."
Dumbledore ouvrit un tiroir de son bureau, et en sortit une coupure de journal légèrement chiffonnée. Il la tendit à Sirius, qui s'en saisit avidement.
La coupure contenait une photo, qui montrait les ruines d'un bâtiment. Au-dessus du bâtiment, la marque des ténèbres flottait paresseusement, ondulant légèrement sous une brise invisible. Sirius respira, sentant des tiraillements d'angoisse tordre son estomac. Il ne prit même pas la peine de lire l'article, et le rendit directement à Dumbledore.
"Vous n'allez pas le lire, Sirius ?", demanda Dumbledore.
Sirius secoua la tête. "Non. Je crois que j'ai compris l'idée."
Dumbledore hocha la tête d'un air pensif, reposa doucement l'article sur son bureau, puis il joignit les mains et fixa intensément chacun de ses trois anciens étudiants de son regard pénétrant.
"La partie suivant est celle pour laquelle je vous ai tous contacté", continua-t-il. "Peu de temps après ce premier événement, il y en a eu un second. Moins de deux jours plus tard, je le crains. Seulement, le point d'origine avait changé. Cette fois, la magie est apparue au nord-est de l'Angleterre." Ses yeux brillèrent, puis s'assombrirent. Il étudia son public une nouvelle fois.
"Les Lestrange ?", murmura Sirius d'une voix enrouée.
Dumbledore hocha la tête d'un air grave. "Je n'ai aucun doute."
Sirius s'étrangla, et Remus posa la main sur le bras de son ami.
"Maintenant, parlons de la mission que je veux que vous entrepreniez", continua Dumbledore, regardant Sirius avec attention.
"Je vous demande, à vous et à Remus, d'aller voir l'endroit où a été trouvée la première signature magique, comme il y a dans les environs un sorcier ou une sorcière qui pourrait vous renseigner sur ce qu'il sait. Je connais une famille vivant dans les environs, qui descend d'une grande lignée de sorciers. Fort heureusement, leur fils est un cracmol."
"Heureusement ?", demanda Sirius, incrédule.
"Oui. Il sera en plein dans le monde moldu, et pourtant il aura aussi un fort attachement au monde magique."
"Et ça veut dire ?", demanda encore Sirius.
"Ça veut dire", interrompit Snape, sortant de l'ombre, "que ce garçon pourrait savoir quelque chose au sujet des Lestrange ! Après tout, ils n'ont pas couru ça et là en sorciers, non ?"
"Et, s'il savait quelque chose, il n'aurait pas prévenu ses parents ? Ils sont tous les deux sorciers. Ils auraient certainement –"
"Merlin, Black !", cria presque Snape, ses yeux brillant méchamment. "Il ne saurait pas qui ils sont !"
Sirius semblait être sur le point de renvoyer une remarque sarcastique au professeur de potions, mais Remus l'arrêta en se penchant en avant et en commençant à parler à Dumbledore. Sirius regarda son ami d'un air menaçant, mais Remus soit ne le remarqua pas, soit n'y fit pas attention. La seconde raison semblait la plus probable.
"Professeur, si je peux me permettre ?" Dumbledore fit signe que oui, et Remus continua: "Que cela apporterait-il de parler au garçon ? Surtout s'il ne savait pas qui ils étaient ?"
"Ah, je me demandais si l'un de vous me poserait cette question. La réponse est plutôt simple: il pourrait savoir où ils vivaient."
"Mais, mais ils ne seraient sûrement pas si stupides au point de laisser leur maison complètement intacte avant de partir !", protesta Sirius. "Les partisans les plus fidèles de Voldemort ne laisseraient rien passer."
Dumbledore hocha la tête. "Les partisans les plus fidèles de Voldemort vont se révéler notre perte à tous, si nous ne les trouvons pas. Ils feront tout et n'importe quoi pour soutenir leur maître, et je soupçonne fortement les Aurores de ne pas avoir tout trouvé."
Sirius lui donna raison, bien que c'était en raison de son opinion sur un certain ministre, qui avait complètement influé sur sa vue du côté politique de la magie. La compétence: un mot qu'on ne trouvait plus dans le vocabulaire du Ministère ces derniers temps.
"Quand partons-nous ?", demanda soudain Remus. Sirius regarda brusquement le loup-garou, le fixant comme s'il lui avait poussé une seconde tête, ou qu'il avait annoncé les fiançailles de Snape avec Trelawney. Il frissonna intérieurement rien qu'à l'idée.
"Immédiatement", interrompit Dumbledore.
Il n'y aurait plus de discussion à ce sujet, et à ces paroles, les trois hommes firent un signe de tête, puis Remus et Sirius se levèrent.
"Vous pouvez partir", conclut Dumbledore avec un geste de la main en direction de la porte.
Sirius aurait voulu bouger. Il voulait tellement partir, pour occuper son esprit douloureux, mais quelque chose le paralysait. Sa main agrippait le dossier du siège qu'il venait de quitter, ses articulations blanchissant sous l'effort.
"Oui, Sirius ?", demanda Dumbledore, levant les yeux d'un bout de parchemin qu'il avait retiré de l'intérieur de son bureau. Il fixa son ancien élève à travers ses lunettes en demi-lune, les yeux brillant, et l'air d'attendre quelque chose.
"De quoi Ron est-il venu vous parler ?", demanda Sirius dans un murmure. Cette fois, ce fut Remus qui sursauta.
"Sirius, cela ne nous regarde –" Il fut interrompu.
"Au contraire, Remus. Sirius, c'était au sujet d'une simple lettre, qui ne vous regarde pas pour l'instant. Croyez que je fais ce que je peux pour les aider, mais prenez note que votre mission est de la plus haute importance." Dumbledore avait dit ces mots avec un ton de finalité très net, et Sirius n'insista pas. Il reviendrait sur le sujet, décida-t-il, et avec ça, il passa la porte derrière Remus et un Snape extrêmement courroucé.
