Vierge: Ben en voilà déjà une ! lol
Blacky: Très très chouette peut-être, mais très très longue surtout, hein Blacky ? Comme tu sais, la suite a pas fait long (forcément: deux fois plus courte ;-) !
Lily Oasis Black: Mais tu sais que t'as une certaine intuition, toi ? lol Effectivement, Harry a jamais tout bon, en général. Pis vu que là, en plus, il a perdu la mémoire… Pour le nom, je sais pas, mais je pencherais pour la femme.
Hein ils sont chouettes Sirius et Remus ! Moi aussi j'ai beaucoup aimé la façon dont Hilarity les décrivait, et les faisait se comporter l'un avec l'autre.
Et dans ce chapitre, revoilà Harry, fidèle à lui-même, à savoir dans les ennuis jusqu'au cou ! Quand je te disais que tu avais une certaine intuition. ;-)
Juliette: Ben dis voir, toute une épopée ton voyage ! Dommage que t'aie rien vu de potterien, par contre. lol
Ah, quand Sirius est présent c'est quand même mieux, hein ? ;-) Bon, là, il va falloir s'en passer pendant un petit moment, mais je vous promets de beaux passages pour plus tard.
Chapitre 9: Un tournant dans le chemin
"Nature's dark side is heeded now –" (A présent, on tient compte du côté obscure de la nature –) - "Misgivings", d'Herman Melville
11 mai 1996
Tue l'autre !
Harry Potter s'éveilla en sursaut. Sa chambre était dans l'obscurité la plus totale, et sans ses lunettes, il ne pouvait rien discerner autour de lui. De la sueur froide lui coulait sur le front, et il se frotta la nuque. Ce faisant, il frissonna.
De quoi avait-il rêvé ?
Un éclair de lumière verte, semblable à celui qu'il avait vu à la clinique, et puis… rien. Secouant la tête, il s'assit et se mit à tâtonner pour trouver ses lunettes. Les enfilant, il remarqua que le réveil électrique à côté de son lit indiquait 4h51. Il grogna et retomba contre son oreiller. Aujourd'hui, c'était le jour J. Aujourd'hui, il allait déménager. Harry serra fortement les paupières, sans même ôter ses lunettes, et essaya d'appeler le sommeil, mais le sommeil refusa de venir. Il poussa un soupir, remua sous ses couvertures, et sentit ses lunettes s'enfoncer contre sa tempe.
Il n'arriverait à rien.
Il ôta ses lunettes, les lança dans la direction de sa table de nuit, les entendit frapper le sol avec un cliquetis, et retourna son réveil contre le mur, car les chiffres rouges indiquaient maintenant 4:52, ce qui l'énervait furieusement.
Harry s'énerva encore plus lorsque des voix basses et étouffées retentirent à l'extérieur de sa chambre.
A quoi ils pensent, Rick et Dora ? Je DORS ! gronda-t-il dans son esprit plutôt vide. Ok, peut-être que je ne dors pas, mais je suis SUPPOSE dormir !
Les voix se firent de plus en plus fortes, mais ce qu'elles disaient était incompréhensible. A quoi bon essayer de dormir, pensa Harry. Il s'assit, se remit à la recherche de ses lunettes, et grogna lorsqu'il se rappela qu'il les avait fait tomber par terre. Rrrr… espèce d'idiot.
Harry se pencha et suspendit son torse hors de son lit, le bras droit tendu pour tâter le parquet dur et glacé. Rien, rien, et enfin… Ah ! Le métal légèrement chaud rencontra le bout de ses doigts, et il saisit la monture. Il était sur le point de se soulever sur son lit, lorsqu'il perdit son équilibre et tomba par terre avec un bruit sourd.
"Aï…", marmonna-t-il.
Quel charmant matin il était en train de passer.
Les voix, qui étaient toujours audibles à l'extérieur de sa chambre, se turent. Harry retint son souffle et se remit sur ses pieds, serrant son épaule droite, qui n'allait pas tarder à se couvrir d'un beau bleu. Le silence autour de lui était assourdissant. Il attendit que quelqu'un entre, mais personne ne vint. La discussion ne reprit pas.
Soudain, ce fut comme si de l'électricité statique avait empli l'air. Tout commença à bourdonner et à vrombir comme si des battements d'énergie traversaient la pièce. La sensation dura une bonne dizaine de secondes, et du palier à l'extérieur de sa chambre, Harry entendit deux légers bruits secs. L'électricité disparut, et il se retrouva à nouveau entouré par ce silence énervant, et par la lumière rouge sur le mur contre lequel son réveil était dirigé.
Abandonnant finalement toute idée de sommeil, il décida que sa chambre était trop chaude, et il sautilla jusqu'à sa fenêtre, dans l'espoir d'éviter autant que possible tout contact avec le sol froid. Il tira les rideaux, leva les stores, et ouvrit la fenêtre. Un vent froid, matinal (matinal, matinal) soufflait paresseusement de la baie, et se mit à jouer avec sa frange.
Pour une raison inconnue, Harry décida soudain qu'il avait passablement faim. Il se traîna donc jusqu'à la porte, et l'ouvrit. Il n'y avait personne. Il ne s'attendait d'ailleurs pas à ce qu'il y ait vraiment quelqu'un. Le palier était sombre. Seuls la lune en train de se coucher et le soleil en train de se lever éclairaient par les fenêtres qui le bordaient des deux côtés le petit corridor, jetant des ombres étranges sur le parquet.
Harry se dit que le sol semblait plutôt froid, et il revint sur ses pas pour enfiler une paire de pantoufles en horrible tissu écossais. Puis il ressortit de sa chambre, fermant soigneusement la porte derrière lui, de sorte à ne pas faire de courant d'air. Dora n'apprécierait pas. Si elle rentrait, c'est-à-dire.
Une pensée heureuse se glissa pour une petite seconde dans l'esprit d'Harry, avant de s'en échapper à nouveau. Et s'ils ne rentraient pas, et qu'Harry ne déménage pas… aujourd'hui, en tout cas.
Poussant un soupir, Harry se laissa descendre les escaliers. Chacun de ses pas retentissait bruyamment sur les marches. C'était la routine, ou en tout cas une habitude, à laquelle il s'était accoutumé. L'apathie jouait un rôle prédominant dans sa personnalité, parfois.
La semaine passée avait été la pire. L'explosion bizarre à son ancienne clinique avait été le premier incident d'une semaine qui avait empiré assez rapidement. L'oncle de Tristan était mort, et ce dernier irait assister à la commémoration, qui se tiendrait en dehors de la ville, la semaine prochaine. Du coup, Nadia serait seule un bon bout de temps, et elle semblait plutôt amère à ce sujet. Une autre facette de sa personnalité dynamique qu'Harry (et peut-être Tristan) ne comprenait pas.
Harry pénétra dans le salon, qui était plongé dans une obscurité presque complète. Il entra en collision avec un carton ouvert, mais extrêmement plein, qui se trouvait au beau milieu de la pièce déserte, et faillit passer par-dessus. Une autre chose à ajouter à la liste des événements qui faisaient que ce matin, en particulier, se démarquait de tous les autres.
Harry jappa en se cognant à un autre carton, qu'il renversa, ce qui eut pour effet de répandre tout son contenu sur le sol. Quelque chose roula par terre avec un dangereux cliquetis, et Harry se figea, espérant que ce qu'il venait de faire tomber n'était pas cassé. Il aurait tellement d'ennuis si quelque chose se cassait !
Après être resté assis une bonne minute en état de choc, Harry se leva et ramassa précautionneusement l'objet, qui était enveloppé dans du papier brun. Il le secoua, mais il ne fit aucun bruit qui indiqua qu'il fut cassé, et Harry le replaça délicatement dans le carton.
Tout était emballé, ou, quand il ne pouvait l'être, prêt à être emporté. Dans le noir, Harry aperçut un canapé qui était recouvert d'une sorte de drap en plastique. Ne disposant dans la maison d'aucune télévision qu'il aurait pu regarder, d'aucun ordinateur sur lequel il aurait pu travailler, ni d'aucune nourriture qu'il aurait pu manger, Harry s'affala sur le meuble de plastique froissé et attendit. Il ne savait pas exactement ce qu'il attendait, mais après quelques minutes passées à écouter le silence si présent dans cette maison, il sentit le sommeil lui fermer les yeux, et il fut agréablement surpris de se réveiller dans une pièce baignée par la lumière du soleil, qui venait de se lever.
Au moins il avait dormi un peu. Par contre, il avait toujours faim. Et où étaient donc passés Rick et Dora ? Il frotta ses yeux remplis de sommeil derrière ses lunettes, et se leva tout en s'étirant. Dehors, le soleil était bas sur l'horizon, et il rayonnait sur la baie, qu'il illuminait d'une couleur orange.
Harry commença à remonter les escaliers en direction de sa chambre. Il pourrait sortir quelque chose de ses cartons pour s'occuper. Il s'ennuyait, il avait faim, et il était encore passablement fatigué. Sans ajouter qu'il se sentait également un peu confus par la disparition apparemment inexpliquée de ses tuteurs. Et puis il y avait eu cette étrange sensation électrique. Est-ce que c'était vraiment arrivé ? Il était plutôt endormi à ce moment-là. Harry décida qu'il avait tout imaginé, et repoussa ce souvenir sans y réfléchir à deux fois.
Lorsqu'il ouvrit la porte de sa chambre, il reçut une bouffée d'air froid et matinal en plein visage, et frissonna violemment. Peut-être qu'il n'avait pas eu une si bonne idée de laisser sa fenêtre ouverte. Il entra dans sa chambre glaciale, refermant la porte derrière lui. Il s'avançait vers la fenêtre lorsqu'il remarqua une seule plume de couleur fauve et un bout de parchemin froissé sur le sol en-dessous de cette même fenêtre. Harry hésita un moment. Il y avait eu un autre oiseau dans sa chambre ? Tout cela résonnait si bizarrement dans son esprit… Il décida d'au moins lire le papier, et cinq secondes plus tard, il était agenouillé sur le parquet, le parchemin froissé à la main. Il l'ouvrit aussi vite que possible, mais il n'y avait rien d'écrit. Le retournant, il ne vit rien non plus au dos.
"Bizarre", souffla-t-il, et il jeta le papier dans le placard, dont la porte était ouverte. Les nouveaux propriétaires pourraient en faire ce qu'ils voudraient, pensa-t-il amèrement.
L'autre chose à faire, bien sûr, était de jeter la plume par la fenêtre. Harry se pencha en avant, et était sur le point de l'attraper, lorsque la porte d'entrée claqua, et que des voix retentirent à l'étage en-dessous.
Il sauta sur ses pieds, oubliant la plume, et fonça vers la porte. Il l'ouvrit à toute volée, et manqua de sauter au plafond lorsqu'il faillit entrer en collision avec Dora.
"On a un petit-déjeuner pour toi en bas, Harry", dit-elle. Harry la vit balayer sa chambre du regard, et il se retourna instinctivement pour courir ramasser la plume, sachant qu'elle détesterait voir la pièce en désordre, même en partie, pour quiconque allait déménager ici.
"Harry ?!", s'exclama Dora, l'air plutôt inquiète. Harry l'ignora, et se baissa. De sa main droite, il saisit la petite plume de couleur fauve, et une sensation des plus étranges le submergea. Il se sentit distinctement tiré de quelque part juste derrière son nombril, puis il eut l'impression horriblement désagréable de tomber en avant. Harry se prépara mentalement à l'inévitable choc, et ferma les yeux aussi fort qu'il put. Rien ne se passa. Par contre, il sentait le monde tourner autour de lui à une vitesse presque intolérable. Il se sentait malade, et complètement désorienté. Son esprit s'emballait, et il commença à paniquer. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ?
Au loin, il entendit quelqu'un l'appeler par son nom, et il fut capable d'associer cette voix à Dora. Elle semblait terriblement inquiète, et Harry se sentit un peu coupable de ce qui était en train de se passer, quoi que ce put être.
Il allait ouvrir les yeux pour juger de sa situation générale, lorsque, sans avertissement, ses pieds entrèrent violemment en contact avec un sol dur et froid. Sa cheville flancha, et, avec un jappement de douleur et de surprise, il tomba en avant, sa main relâchant enfin la plume. Il resta couché, le visage dans l'herbe humide, le temps que sa tête cesse de tourner, et que les douleurs qui élançaient sa cheville s'estompent.
Harry grogna et se souleva. Il faisait horriblement froid ici, et, lorsqu'il ouvrit les yeux, il remarqua que c'était le soir et que le soleil commençait à se coucher. Est-ce qu'il avait dormi tout l'après-midi ? Est-ce qu'il était malade ? Mais c'était impossible, étant donné qu'il ne se trouvait même pas là où il était auparavant. En fait, il n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait.
Il s'assit, et tressaillit en sentant battre sa cheville. Il s'appuya contre un objet dur et froid qui se trouvait derrière lui (on aurait dit de la pierre polie), et referma les yeux. Ça n'allait pas; ça n'allait pas du tout.
Il commença à se lever, essayant de son mieux de ne pas s'appuyer sur sa cheville droite. Elle n'était pas cassée, mais il était évident qu'il se l'était foulée. La sensation lui semblait bizarrement familière, mais il ne s'était encore jamais foulé la cheville – ou si ?
Se cramponnant au large objet qui se trouvait à côté de lui, Harry put examiner les environs. Son estomac se serra douloureusement lorsqu'il vit où il se trouvait.
C'était un cimetière.
Il n'avait jamais aimé les cimetières.
Il continua à étudier les alentours, et remarqua que, sur une colline à sa gauche, il y avait un vieux manoir. Il paraissait en mauvais état, et Harry en conclut qu'il devait être abandonné. Un peu plus bas sur la colline se trouvaient des bâtiments tout aussi vieux, et tout aussi délabrés. Ce n'était qu'après que la route ait pratiquement laissé derrière elle toute trace du cimetière qu'on pouvait sentir des signes de vie.
Un homme venait de passer le portail: il marchait d'un bon pas, bien qu'il ait le dos voûté, et il était habillé de noir. Harry se figea, ne sachant pas s'il devait appeler ou non, mais finalement il abandonna, étant donné que l'homme était déjà éloigné de plusieurs mètres, et que son état d'esprit était discutable. C'était un cimetière, après tout. La vue d'un garçon blessé accroché à une pierre tombale n'aiderait pas à calmer son esprit…
Une autre minute passa. Harry n'avait toujours aucune idée de l'endroit où il se trouvait, et était de plus en plus perplexe quant à la manière dont il y était arrivé. Il ajusta ses lunettes et cligna des yeux à travers le verre droit fissuré. Il ne pouvait plus concentrer ses yeux, et la mauvaise visibilité commençait à lui donner mal à la tête. Il enleva donc ses lunettes et les mit dans sa poche. Sa vision ayant à présent considérablement empiré, Harry décida qu'il devrait au moins quitter le cimetière. La nuit tombait, et il commençait à être frigorifié, quoiqu'il ne puisse vraiment pas décider si c'était à cause de l'air nocturne ou du sentiment perturbant qu'il avait d'être épié.
Les nuages recouvraient lentement l'éclat de la lune au-dessus de lui tandis qu'Harry plaçait avec précaution un peu de son poids sur sa cheville droite. Il tressaillit immédiatement lorsqu'une douleur aiguë remonta le long de sa jambe. Il poussa un grognement mécontent et ferma les yeux. La marche allait être longue, très longue, jusqu'où il voulait arriver. La route semblait une direction assez logique à prendre, étant donné que c'était là que l'homme était parti. Il lâcha le monolithe sur sa gauche, chancelant sur ses deux pieds, et avança en boitant jusqu'au suivant. Puis le suivant. Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il atteigne la fin de la rangée de pierres tombales. Il soupira, tourna la tête, et loucha en direction de ce qui semblait être une petite ville. Sa vision était floue au point qu'il était incapable de discerner autre chose que le vacillement des lumières au loin, et le contour des maisons les plus proches.
Une jambe après l'autre. Harry descendit la route de graviers et de boue en boitant, clignant et plissant les yeux pour essayer d'y voir un peu. Il pouvait lutter contre une vision défectueuse, mais pas contre un mal de tête. La route était droite et large, mais Harry imaginait que les gens qui vivaient là ne possédaient pas de voitures, comme il n'en avait encore entendu aucune, et que même les plus petites villes connaissaient en général au moins un peu de trafic. Le vacillement des lumières à plusieurs des fenêtres apprit à Harry qu'on utilisait du feu pour l'éclairage. Il n'y avait pas de lampadaires: rien qui indiqua une société technologique. Une porte sur la gauche d'Harry s'ouvrit à toute volée, et la voix aiguë d'une femme retentit dans l'air calme du soir.
"… ET BIEN SI !", hurla-t-elle, et elle claqua la porte, continuant à rouspéter tout bas.
Harry s'arrêta et plongea la main dans sa poche pour récupérer ses lunettes. Il les enfila au moment où la femme passait à côté de lui, ne remarquant même pas (ou ne voulant pas remarquer) sa présence. Il essaya d'avancer en gardant ses lunettes sur le nez, mais le verre cassé l'ennuyait beaucoup plus qu'il n'en valait la peine. Il les enleva donc à nouveau et les renfonça assez brusquement dans sa poche.
Il fallait vraiment qu'il demande à quelqu'un où il se trouvait. La femme semblait si furieuse que son aide aurait probablement été assez difficile à obtenir. Harry continua à avancer en boitant, ne sachant même pas vraiment où il allait, ni même pourquoi il cherchait à quitter l'endroit où il était apparu. Quelqu'un allait peut-être venir le récupérer. Mais ensuite il réalisa que personne ne viendrait le chercher si personne ne savait où il se trouvait. Alors il s'arrêta, puis fit demi-tour en direction du cimetière, où il décida qu'il attendrait pour les quelques prochaines… euh, il ne savait pas combien de temps il attendrait, mais il y resterait aussi longtemps que possible, et ensuite peut-être qu'il informerait quelqu'un de son arrivée: la police, éventuellement. Peut-être aussi que plus tard il y aurait un gardien qui pourrait lui dire où se trouvait cette ville.
Le soleil était pratiquement couché, et la brise de printemps semblait mille fois plus froide à Harry, qui était habillé d'un vieux bas de pyjamas rayé, et d'un T-shirt beaucoup trop grand. Pour marcher, il n'avait que ses pantoufles. Il se sentait vraiment stupide, à se promener habillé comme ça, mais il n'avait pas deviné qu'il se retrouverait soudain échoué dans une minuscule ville au milieu de – Dieu savait où. Au moins, son pantalon avait des poches.
Quelque part derrière lui, un homme cria, et Harry remit instantanément ses lunettes, les cognant douloureusement contre l'arrête de son nez. Il était tellement habitué à le faire qu'il n'y prêta même pas attention. Le bruit s'intensifia, et Harry pouvait à présent dire qu'il s'agissait de deux hommes qui discutaient intensément. L'un des deux hommes semblait bien plus calme, mais aussi bien plus énervé, que l'autre. Celui-là était carrément fou de rage.
Harry oublia la douleur dans sa cheville, et rebroussa rapidement chemin pour aller se cacher derrière le monument funéraire à côté duquel il avait atterri – accélérant à mesure que les voix se faisaient mieux entendre. Il atteignit le portail du cimetière et s'arrêta un instant, haletant et se mordant la lèvre pour étouffer la douleur qu'il sentait maintenant tout le long de sa jambe droite. Les voix le suivaient. Il ne perdit donc pas de temps et ouvrit le portail, ce qui eut pour résultat de faire crier ses gonds. Il en déduisit que la plupart des gens n'utilisait plus le portail.
Le cimetière avait l'air encore plus sinistre maintenant que l'obscurité avait recouvert la campagne. Les pierres étaient illuminées d'une lueur plus qu'un peu inquiétante, et les arbres qui étaient plantés ça et là se balançaient sous une brise qu'Harry ne sentait plus. Il rejoignit la large pierre tombale auprès de laquelle il s'était réveillé (avait-il même été endormi, en fait ?) moitié boitant, moitié sautillant, et s'affaissa à côté du marbre froid, invisible depuis la route.
Maintenant qu'Harry était bien éloigné de la ville, il ne pouvait plus entendre les voix, mais cela n'avait pas pour effet de le soulager. Au contraire, il était d'autant plus effrayé. Il ne pouvait pas expliquer pourquoi, mais il n'en avait pas non plus l'envie. Savoir pourquoi pouvait signifier en savoir trop. Il était seul, dans un cimetière, dans un endroit où il n'avait jamais mis les pieds auparavant (autant qu'il s'en rappelle). La situation était loin d'être amusante. Au-dessus de sa tête, il entendit le battement de larges ailes, et une forme sombre passa en volant. Harry sauta presque en l'air avant de réaliser qu'il s'agissait juste d'une chouette, et de se réappuyer contre la surface froide de la pierre tombale. Son seul réconfort, songea-t-il.
Il y eut quelques instants d'un silence plutôt paisible, puis, de quelque part sur la route, les voix se firent soudain à nouveau entendre. L'estomac d'Harry se serra, et il se blottit encore plus hors de vue, espérant que ces hommes en colère – peut-être des ivrognes – le laisseraient simplement tranquille.
Il écouta attentivement pour voir si le portail allait grincer, mais rien ne se passa. Les voix s'étaient tues, et à présent, seul le bruissement des feuilles pouvait être entendu. L'oiseau revint, poussa un cri, puis repassa par-dessus sa tête. Harry commençait à devenir un peu nerveux, et les battements de son cœur s'accéléraient. L'oiseau le survola une nouvelle fois.
Harry était sur le point de se lever et de lui crier de partir, lorsqu'il entendit quelques mètres plus loin un bruit d'herbe écrasée sous des pas. Il retint son souffle et pria pour que son cœur ne le dénonce pas: il battait si vite qu'il allait bientôt provoquer une sorte d'attaque si Harry n'arrivait pas à reprendre le contrôle de ses nerfs.
Bien sûr, une attaque serait plus rapide que ce que les ivrognes pourraient lui faire – si c'étaient des ivrognes, c'est-à-dire. Les pas s'arrêtèrent, et Harry recommença lentement à respirer, toujours attentif à son entourage.
Rien… encore. Peut-être que les pas appartenaient à un croque-mort, ou à promeneur solitaire venu se recueillir. Sa nature pessimiste reprenant le dessus, Harry imagina qu'il était sur le point de se faire massacrer, et se roula en boule pour se protéger, les genoux contre la poitrine.
La lune disparut derrière des nuages, coupant toute lumière, et même le son. Il se sentit comme prisonnier dans quelque vieux film muet, sans aucun moyen d'en sortir. Puis il entendit une respiration, et même la plus infime trace de gloussement, et avant qu'Harry puisse se retourner, un homme, un sourire sarcastique des plus sinistres posé sur les lèvres, avait pointé un bâton en direction de sa tête.
"Bienvenue chez vous, M. Potter."
