Onarluca: J ça s'est gentil, merci ! Effectivement, le principal, c'est que vous ayez la fin de l'histoire, hein ? M'inquiète un peu, car Hilarity ne s'y est par remise… Bon, je paniquerai vraiment quand j'aurai plus rien à traduire, et j'ai encore de la marge !

Vierge: Je te comprends ! Moi, j'ai eu l'avantage d'éviter les cliffies, étant donné que j'ai lu les quinze premiers chapitres à la suite. ;-)

Juliette: Les gentils auteurs apprécient toujours les reviews, en tout cas ! lol

Ben oui, pas de Sirius la dernière fois, mais le revoilà, et je vous promets de très, très beaux passages pour la suite…

C'est normal, c'est fait pour ! Lucius a choisi cet endroit exprès. Un peu stupide de sa part, mais bon… C'est qu'un Malfoy, hein ! lol

Pour information générale, la fic originale est parue jusqu'au chapitre 18. Vous avez un lien pour accéder à la page d'Hilarity dans ma liste d'auteurs favoris.

Cocbys: Je comprends bien ton problème (et pour ta mère, et pour la longueur des chapitres ;-)…

ça arrête là parce qu'Hilarity a la TRES fâcheuse tendance de couper à des endroits impossibles, et en plus de faire patienter ses lecteurs un max de temps avant d'updater. Je vais presque vite, à côté d'elle, c'est dire !

Pour les fautes, je le dois aussi à mon ordi (pour le correcteur d'orthographe, parce que celui de grammaire m'a lâchement abandonné), et à ma beta Blacky, qui fait du très bon boulot !

Blacky: Te le fais pas dire ! Je sais vraiment pas où elle va chercher tout ça, Hilarity ! Et elle a que 16 ans, je crois ! En passant: j'adore quand tu insistes… ;-)

Chapitre 11: Un Cracmol et une Moldue

"Stop laughin', stop lovin', stop livin'—

But I don't care!

I'm still here!"

(Cesse de rire, cesse d'aimer, cesse de vivre – Mais je m'en fiche ! Je suis toujours là !) -- 'Still Here' de Langston Hughes

12 mai 1996

Matthias Prendergast n'était pas en train de passer une semaine spectaculaire. Au contraire, c'était l'une des pires qu'il avait vécue depuis que sa formation d'Aurore avait pris fin. Et c'était quand, ça ? Il y avait une bonne vingtaine d'années, d'après lui. Mon Dieu, comme il vieillissait…

Ce jour précis, en fait, avait été extraordinaire. Extraordinaire, parce que c'était l'un des pires qu'il avait jamais passé. Jamais.

L'attaque de Mangemort il y avait à peine une semaine avait laissé tout le Congrès abasourdi. Ils ne s'attendaient pas à une attaque, ce qui était leur plus grande erreur. Et ils ne s'y attendaient pas, parce que les partisans de Voldemort faisaient profil bas, attendant la domination européenne, et là…

Et là, les portes de l'enfer s'ouvriraient.

Matthias frissonna et sortit de cette rêverie pas franchement gaie. Il avait de la paperasserie à remplir. Au sujet de sortilèges de mémoire infligés à des Moldus durant ces deux dernières semaines. Il y avait eu un grand arrivage de travail de bureau, la plupart remontant à l'attaque. La paperasserie ne faisait pas partie de la description de son job, mais il la remplissait quand même.

Les choses étaient soudain devenues bizarrement calmes cette dernière semaine. Matthias s'attendait presque à ce que quelque chose se passe. Il prévoyait une grande explosion, peut-être sur le bâtiment du Congrès lui-même.

Avec ce nouveau lot de pensées pas si gaies en tête, Matthias saisit le premier dossier de la pile et posa distraitement les yeux sur le nom qui y était inscrit: Judith Hawthorne. Il passa en revue les dossiers suivants et poussa un juron en constatant qu'ils n'étaient même pas classés selon l'ordre alphabétique. Encore plus de travail pour l'irritable Aurore. Il prit sa tasse de café brûlant et le second dossier. Martin O'Rourke.

La porte de son minuscule bureau, que tout le monde ignorait généralement, s'ouvrit brusquement puis se referma tout aussi brusquement. Matthias sursauta à ce bruit et lâcha sa tasse de café, renversant le liquide noir et brûlant sur sa robe toute neuve. Il jura lorsque la chaleur se répandit sur ses jambes, et jura encore plus fort lorsqu'il vit qui était entré: son partenaire. James Cooper.

"Nom de Dieu, Cooper !" Matthias continua à murmurer des paroles inaudibles en agitant sa baguette, faisant disparaître les taches, mais pas la sensation de brûlure.

"Merde, Cooper ! On ne claque pas les portes comme ça !", gronda-t-il en posant sa tasse vide sur la table recouverte de parchemins.

Cooper sourit. Le salaud, songea Matthias.

"Ouh, je suis désolé, Prendergast. Est-ce que le petit Matthie s'est fait mal ?", ricana-t-il, prenant sa voix d'enfant la plus ennuyante. Matthias se tendit, songeant qu'il devrait se rappeler de gifler l'imbécile plus tard. Pour l'instant, il murmura un sort pour refroidir ses jambes brûlantes, et fusilla l'idiot du regard.

"Au nom de Merlin, qu'est-ce que tu veux ?", répliqua-t-il.

Cooper reprit son sérieux et passa la main dans ses cheveux bruns foncés et courts. "Morton nous a envoyé des types anglais à qui on doit montrer le site. Il dit qu'Albus Dumbledore veut qu'ils y jettent un œil. J'lui ai dit qu'on serait ravis de le faire."

Matthias soupira d'un air fâché. "Et qui sont ces types anglais, Cooper ?"

Cooper baissa les yeux au sol et fronça les sourcils. "Merde… Oh, euh… L'un des deux c'est ce Black, là, et l'autre, un ami. Oh zut. Je me rappelle pas de leurs noms."
"Sirius Black ?", proposa un Matthias énervé en empilant les papiers. Cooper ne méritait pas d'être un Aurore: ce type n'était qu'un imbécile.

"Ouais, c'est lui. C'était ce prisonnier, hein ?"

"Il a été disculpé, Cooper", répondit simplement Matthias, en fourrant au hasard les papiers dans un tiroir de son bureau. Il le regretterait plus tard, mais pour l'instant ça n'avait aucune importance.

"Oh mais je sais ça !", dit gaiement Cooper. "J'essaie juste de mettre les choses au clair. Mettre des noms sur les visages, ce genre de choses."
"Oui, ok. Alors, quand est-ce qu'on les voit ?"

"Aujourd'hui."
"Aujourd'hui ?!" Matthias sursauta et lâcha la seconde pile des dossiers qu'il était en train de "remplir", pile qui se répandit sur son bureau et sur le sol.

"Ouais, ouais. Dans une demi-heure ou quelque chose comme ça." Par Merlin, mais ce type était débile ! Matthias commença à se sentir agité par la simple présence de Cooper, mais se força à ne pas lui jeter un sort sur le champ. Ce qui épuisait la plus grande partie de sa force de volonté.

"Dans une demi-heure ? Et tu as pensé à m'en informer maintenant ?", soupira-t-il à nouveau, en mettant une troisième pile de papiers dans un autre tiroir inutilisé.

"Ben oui", répondit Cooper. "Ah, et euh, on est censés leur montrer la, euh, la clinique, et après les emmener là où habitent les Peterson."
"Et c'est tout ?"

Cooper se gratta le nez et réfléchit.

"Je crois que oui, pour l'instant. Mais on doit rester dans les parages après être arrivés chez les Peterson. Dumbledore a dit à Morton qu'il y aurait peut-être une tâche à accomplir, ou quelque chose du style. En tout cas, c'est une sacrée visite qu'on doit leur faire faire."

"Cette fois, c'est tout ?"

Cooper acquiesça, mais Matthias ne le regardait pas et ne put donc pas le remarquer. Et alors, de façon surprenante, Cooper comprit qu'il n'était plus désiré ici, et il partit sans un mot, claquant la porte derrière lui en sortant. Il le regretterait plus tard. Matthias était tout simplement trop énervé pour s'en préoccuper. La clinique n'était pas une vulgaire attraction pour touristes, et des protections contre tout le monde sauf les Aurores, les Sorciers d'élite, les sorciers du Congrès, et tous ceux qui étaient envoyés par des gens importants avaient même été placées autour des ruines. Le jour suivant l'attaque, la population de sorciers locale grouillait autour de l'endroit. Les journalistes avaient été les pires. Matthias n'avait aucune idée qu'il y avait une telle concentration de sorciers et sorcières dans le coin ! En tout cas, ils étaient tous malades de peur.

Personne ne se doutait qu'il y avait des Mangemorts toujours actifs.

Et puis il y avait les Peterson. Ils avaient le seul Cracmol garçon de tout le continent, se rappelait Matthias. Il ne se souvenait pas du nom du garçon, mais il connaissait bien ses parents. Ils étaient de très bons sorciers, en effet. Robert et Julia Peterson. Quel dommage que leur seul fils soit un Cracmol, se dit Matthias. Salem avait eu très envie de mettre les mains sur le garçon, même si ce dernier fréquentait l'école de la côte ouest. De plus, Salem était plus une sorte de culte pour les sorciers qu'une école florissante.

Dommage, vraiment. Il aurait eu le potentiel.

Matthias, étant anglais, avait fréquenté Poudlard dans sa jeunesse. Il aurait vraiment aimé y retourner, mais il y avait peu de bons Aurores aux Etats-Unis, et il était l'un d'entre eux. Et en ce moment, il n'aimait pas ça.

Matthias Prendergast devait probablement autant apprécier sa position d'Aurore modèle que Remus Lupin appréciait celle de nouveau médiateur du trio formé par Sirius Black, Severus Snape et lui-même, qui, ce soir-là, revenait vers le bureau de Dumbledore. Il passait le meilleur moment de toute sa vie, pour parler franchement.

"ça suffit, Sirius."
"Arrête, Sirius."

"N'exagère pas, Sirius."
"SIRIUS !"
"SIRIUS BLACK !"

"Je t'ai prévenu, Sirius."

"Tu n'as jamais été doué dans ce domaine, Sirius."

"Tu l'as cherché, Sirius."
"Honnêtement, Sirius."

"Par la barbe de Merlin, Sirius."
"Je suis sûr que ça va partir dans une heure ou deux, Sirius."
En ce moment, il était tard. Très tard, en fait. Ou tôt, suivant comment on choisissait de voir les choses. La nuit avait depuis longtemps recouvert le ciel d'un bleu velouté, et les nuages avaient suivi, amenant avec eux une pluie grise et glacée qui agitait les eaux du lac.

Sirius était trempé, et c'était peu dire. Remus s'était efforcé de cacher son sourire carnassier depuis des heures et des heures, mais l'effort lui coûtait de plus en plus. Snape, lui, ne s'encombrait pas de subtilités telles que la politesse. Il avait arboré cet espèce de sourire depuis une heure, ce qui effrayait passablement Remus.

"Beuh… J'ai besoin de ma baguette", grogna Sirius en tordant ses cheveux noirs qui lui tombaient jusqu'aux épaules, et en faisant gicler de l'eau sur les dalles du couloir.

Remus tint bon la baguette de Sirius: il la lui avait confisquée après que ce dernier ait réussi à rosir les cheveux de Snape à trois reprises… C'était horriblement amusant, mais ses singeries devenaient quand même de plus en plus ennuyantes avec le temps.

"Au diable toi et ton passé de professeur", déclara Sirius, essorant l'eau de sa robe.

Remus soupira.

"ça n'a même pas duré une année", dit-il en jetant un regard à Snape qui voulait dire Tu es mort si jamais le meurtre devient légal, puis il poursuivit "De plus, quelqu'un doit vraiment te surveiller, Sirius. Tu as vraiment besoin d'une sorte de baby-sitter."

Sirius, malgré son état, sourit. "Tu es mon baby-sitter, Moony !" Il donna une petite tape sur le bras de Remus, y laissant une tache sombre d'eau. Pour démontrer le fait qu'il avait toujours la pleine possession de la baguette de Sirius, Remus l'utilisa pour sécher la tache. Sirius gronda.

Derrière eux, les Maraudeurs purent entendre le raclement de gorge impatient d'un certain professeur de potions. Un certain professeur de potions qui avait des mèches roses.

Oubliant une nouvelle fois son état, Sirius se retourna et ricana. "Tu devrais penser à garder ce look, Snape ! "

Snape le fusilla du regard. Remus leva les yeux au ciel. Sirius glissa pratiquement sur sa propre flaque d'eau en étant tiré en arrière par un loup-garou très impatient.

"Hé ! Fais gaffe, Remus ! "

Aucune autre vue que la gargouille n'aurait pu être plus accueillante pour Remus, qui devenait de plus en plus hargneux de minute en minute. (Il risqua un coup d'œil en direction de Sirius.) Non, de seconde en seconde. Les secondes devinrent des micro-secondes lorsque Sirius reprit son équilibre et réussit à récupérer sa baguette. Remus attrapa son ami et murmura le mot de passe avant que Sirius puisse jeter un quelconque sort à son ennemi aux mèches roses. C'était vrai qu'elles lui allaient vraiment bien, songea Remus.

La gargouille bailla paresseusement, mais sauta de côté.

Les trois hommes (ou plus précisément un professeur acerbe aux mèches roses, un loup-garou et un enfant espiègle) entrèrent dans le bureau circulaire de Dumbledore, et le découvrirent assis derrière sa table, semblant ne pas avoir bougé depuis que le trio en était sorti quelque temps plus tôt.

Le directeur sourit, ses yeux scintillants dans la lumière des bougies flottant au-dessus de son espace de travail.

Dumbledore les salua d'un signe de tête, jeta un coup d'œil soupçonneux à Sirius, et sourit en apercevant les cheveux de Snape.

"Je n'oserai pas demander ce qui est arrivé à Ms. Black et Snape durant votre absence…", demanda-t-il les yeux pétillants. Remus sourit. "Est-ce que vous aviez l'intention de vous sécher, M. Black ?", ajouta-t-il avec humour.

Sirius jeta un regard à Snape. Ses yeux pâles et hantés étincelèrent et s'élargirent. Remus recula, craignant ce que son ami était sur le point de faire - et devant Dumbledore, en plus.

Soudain, Sirius disparut. A sa place était assis Snuffles, trempé et l'air pitoyable. Il remua la queue à deux reprises, et Snape, surpris, sauta en arrière lorsque le chien se mit à se secouer pour se sécher.

Remus plongea en avant pour attraper le chien – le sorcier – par la peau du cou, et le tira en arrière. Sirius reprit sa forme humaine et observa les dégâts avec un sourire sauvage sur les lèvres.

Dumbledore gloussait, bien à l'abri de l'eau derrière son bureau, tandis que Snape, partiellement trempé, avait une expression des plus mauvaises sur ses traits, et une lueur dangereuse dans ses yeux. Remus choisit de ne rien dire ou faire si ce n'est agiter sa baguette pour sécher la pagaille.

"Qu'est-ce que nous devons faire, Professeur ?"

Remus avait assez de contrôle sur lui-même pour ne pas sauter en l'air à ces paroles. L'humeur de Sirius pouvait vraiment changer en l'espace d'un battement de paupières, et parfois plus rapidement encore. A présent, le Maraudeur était complètement sec (grâce à une baguette, sans doute), et il regardait Dumbledore avec des yeux attentifs et sérieux.

Ceux de Dumbledore se durcirent légèrement. "Vous allez rencontrer au moins deux Aurores américains. Matthias Prendergast et James Cooper."

"Matthias ? Ce préfet de notre première année à Poudlard ?"

"Celui-là même", déclara aimablement Dumbledore. "Vous voyagerez par portoloin."

Le vieux sorcier – qui ne faisait toujours pas vraiment ses cent cinquante ans – se pencha sur son bureau et ramassa une simple plume. "Elle devrait s'activer dans exactement", il regarda sa montre et attendit une seconde, "deux minutes depuis cette seconde."

Snape ouvrit la bouche. Il était totalement sec, mais il restait du rose dans ses cheveux perpétuellement gras. "Où allons-nous arriver, Albus ?" Il lança un regard lourd de menaces à Sirius, qui le lui retourna illico.

"Dans une petite ville le long de la côte nord-est, si je me souviens bien." Dumbledore regarda à nouveau sa montre, et leur tendit la plume. "Attrapez ça, je vous prie", commanda-t-il.

Ses trois anciens élèves s'avancèrent (Sirius changea de place avec Remus pour éviter de toucher les coudes de Snape. Remus leva les yeux au ciel. Dumbledore gloussa à nouveau.) et posèrent chacun un doigt sur la plume blanche.

"Encore une minute", les informa Dumbledore.

La minute passa rapidement, et bientôt Dumbledore compta les dernières cinq secondes. Ce fut durant ces derniers instants dans le bureau circulaire que Sirius se tendit. Remus le regarda: les yeux de Sirius étaient fixés sur la table de Dumbledore. Aucun d'eux n'eut le temps de dire quoi que ce soit, car l'instant suivant les couleurs se brouillèrent, et bientôt tous les trois atterrirent assez gracieusement devant un grand bâtiment blanc à l'aspect quelconque.

Le soleil brillait dans un ciel bleu d'azur, sans un seul nuage, et qui se confondait aux eaux bleues d'un port non loin de là. Une mouette les survola, criant dans le calme matin de cette fin de printemps.

Snape regarda autour de lui, le dégoût se peignant sur son visage au nez crochu. "Où sont-ils ?", demanda-t-il en jetant un autre regard aux alentours. Il n'y avait personne.

Le bâtiment, remarqua Sirius, était construit en retrait d'une petite rue très simple, et très moldue. Des rangées d'autres bâtiments en brique s'alignaient le long de leur côté de la rue, et du côté opposé. Il n'y avait aucun écriteau accroché nulle part. Tous les rideaux avaient été tirés et les stores descendus, comme si les habitants voulaient se protéger de la lumière du jour ou des curieux. Sirius se demanda s'il s'agissait d'une ville de moldus ou de sorciers. Il n'y avait aucune voiture garée dans les environs, ni d'ailleurs aucun de ces affreux parkings moldus. L'odeur de l'océan se faisait fortement sentir avec la chaleur, et un seul bateau était accroché à un vieux ponton délabré.

"On frappe, ou on continue à fixer le bâtiment ? Ils ne sont pas fascinants à ce point, Black", siffla Snape. Sans un autre mot, et sans attendre la réponse de Remus ou de Sirius, Snape se dirigea vers le bâtiment et frappa trois coups secs à la porte.

Rien ne se passa.

Le trio attendit, de plus en plus impatient comme les minutes passaient.

Il y eut un bruit sec, et Sirius, agissant par instinct, se retourna brusquement en brandissant sa baguette.

Il se retrouva nez à nez avec un homme d'environ sa taille. Ce dernier avait des cheveux bruns roux, des yeux couleur noisette, et il portait la robe internationale des Aurores. Sirius soupira et baissa sa baguette. L'homme sourit et lui tendit la main.

"Matthias Prendergast", déclara-t-il, un peu essoufflé.

"Sirius Black." Les yeux de Matthias s'agrandirent brièvement lorsqu'il serra la main de Sirius.

"Vous avez l'air d'aller assez bien pour quelqu'un qui a été soumis aux Détraqueurs pendant si longtemps", dit-il en secouant la tête avec incrédulité. Sirius sourit.

"J'ai toujours été diablement beau. Personne, ni quoi que ce soit, ne peut m'enlever ça ! "

Remus et Snape grognèrent. Remus s'avança et poussa Sirius de côté.

"Excusez-le. Il n'a plus toute sa tête, je le crains. Je suis Remus Lupin", déclara-t-il en donnant une poignée de mains à Matthias.

"Ah oui. Je me souviens de vous. Le premier loup-garou à devenir un sorcier qualifié." Matthias sourit une nouvelle fois.

Remus hocha brièvement la tête et tendit le bras vers Snape. "Et lui c'est - "

"Severus Snape", lâcha Snape, s'en s'occuper des formalités, et indifférent à la main que lui tendait Matthias. "On nous a dit d'arriver il y a pratiquement dix minutes de cela, et pourtant personne n'était là pour nous recevoir. Pouvez vous expliquer ?"

Matthias détacha ses yeux des mèches roses de Snape, qui commençaient à disparaître. Il était sans aucun doute perplexe, mais ne sembla pas perturbé le moins du monde. "Mon partenaire, un certain James Cooper, ne m'a informé de cela qu'il y a une heure, tout au plus. J'avais des papiers à remplir. Surtout au sujet de, euh, l'incident de la semaine passée."

"Vous avez attrapé quelqu'un ?", demanda Remus.

Matthias secoua la tête. "Non. Aucune piste. Aucune signature. Rien du tout. C'était une chose des plus bizarres."

"Aucune signature ?", remarqua froidement Snape. "Comment est-ce que c'est même possible ?"

Matthias haussa les épaules. "Si j'avais une idée, on ne serait pas ici en train de parler en ce moment présent."

Sirius sourit et se permit de ricaner. Snape lança au Maraudeur un regard meurtrier: un regard qui serait sûrement suivi d'une réelle tentative d'assassinat… Peut-être que Sirius représentait un plus grand danger que Snape, d'ailleurs…

"Alors, est-ce que l'on veut se rendre au site de l'incident ?", proposa Matthias.

Remus et Sirius acquiescèrent. Snape se retint seulement de ricaner.

"Bien. On y apparaîtra", dit Matthias. Il leur expliqua où ils allaient, et en quelques secondes, ils se retrouvèrent tous sur le trottoir faisant face à des ruines entourées d'une clôture, ruines de ce qui semblait avoir été autrefois un bâtiment en briques.

"Par Merlin", souffla Sirius. "Personne n'a survécu, j'imagine ?"
Matthias hocha gravement la tête. "Personne."

"Si cela ne vous dérange pas de nous mettre au courant", demanda Remus, dépassant un Sirius fasciné, "qui est mort ?"

Matthias réfléchit un moment avant de répondre. "Sept moldus et un sorcier."
"Qui était le sorcier ?"

"Crispin Peterson, l'oncle du cracmol que je suis supposé vous emmener voir plus tard cet après-midi."

Sirius fixait les ruines: de la fumée et de la poussière s'élevaient toujours des briques et des autres débris. "Vous avez une idée de la raison pour laquelle il était là ?"

Cette fois, Matthias ne put que hausser les épaules. "Aucune idée. On a fait un Priori Incantatum, bien sûr. On a relevé un sort d'immobilisation qui a manqué sa victime, étant donné qu'on n'a retrouvé personne qui l'avait reçu. Ce qui est bizarre, c'est qu'il était mort avant que l'explosion ait lieu."
Cette fois, Snape remua brusquement. "Comment vous pouvez bien en être sûrs ?", demanda-t-il, l'air incrédule – une caractéristique bien peu habituelle pour Snape.

"Ses yeux étaient ouverts. Son corps était, en grande partie, intact. Rien d'interne, en tout cas. Des coupures dues à l'explosion, surtout. Les guérisseurs ont découvert qu'il avait été tué par l'Avada Kedavra."

"Alors il y avait un autre sorcier dans la clinique", dit Remus, surtout pour lui-même. Matthias hocha la tête.

"On pense, et ce n'est qu'une supposition, remarquez, que le sorcier qui a tué Peterson est le même qui a jeté la Marque des Ténèbres. Le fait qu'il n'y ait aucune signature signifie qu'on ne peut rien prouver de manière définitive, mais c'est plus qu'évident." Matthias fit le tour des barrières et s'avança dans les décombres.

"Je voudrais parler aux Peterson immédiatement", dit sombrement Remus.

Matthias lâcha la brique qu'il était en train d'examiner. Elle tomba avec un bruit sec, et se brisa. "Comme vous voulez, bien que ce soit dimanche. Ils peuvent être sortis."

Les quatre hommes arrivèrent chez les Peterson une demi-heure plus tard, ayant pris le thé avec Matthias dans son bureau avant de partir. Comme ce dernier l'avait prévu, personne ne semblait être dans la maison.

"Si vous souhaitez parler à leur fils", commença Matthias. "Il sera à l'école demain de 7 à 14 heures environ, selon mes horaires d'école moldue. Je n'ai eu que deux minutes pour y jeter un œil avant de venir vous chercher, donc si les heures sont incorrectes, toutes mes excuses. Voici l'adresse." Il tendit à Sirius un bout de parchemin sur lequel il avait inscrit l'adresse de l'école de son écriture soignée.

"Selon des lois moldues, vous devez vous annoncer en tant que visiteurs. Vous pourriez vouloir vous habiller comme des moldus", dit-il en les inspectant tous les trois, surtout Snape.

"Où allons-nous dormir ?", demanda Sirius. Sa voix était dure et froide.

Matthias réfléchit un instant, les sourcils froncés. "Vous pourriez venir chez moi. J'ai de la place plus que suffisante pour vous trois. J'ai même des vêtements moldus que je pourrais vous prêter."

Les Maraudeurs et Snape se regardèrent, et se mirent silencieusement d'accord, si une telle chose était même possible lorsque Snape était impliqué. "D'accord", dit Remus. "Nous acceptons votre offre. Bien que", ajouta-t-il rapidement, examinant Sirius, "Sirius ait des problèmes d'empiffrement. Vous pourriez vouloir jeter un sort sur la plupart de vos armoires. Sur toute votre cuisine, en fait." Sirius enfonça son coude dans les côtes de Remus, et pas si gentiment que ça.

"C'est un menteur pathologique. Sans parler d'un loup-garou peu digne de confiance. Ne croyez pas un seul mot qui sort de sa bouche", expliqua Sirius d'un ton ferme et calme. Il aurait presque paru sincère. Et il aurait aussi eu l'air sincère, s'il ne souriait pas tout en parlant.

Matthias rit. "Des sorts sur les armoires, alors." Puis il s'arrêta et regarda le trio comme s'il les voyait pour la première fois.

"Attendez une minute !", s'exclama-t-il après un bref silence. "Je me rappelle de vous !"

Sirius jeta un regard nerveux à Remus, qui lui rendit un regard perplexe.

"De Poudlard", expliqua rapidement Matthias. "Premières années quand j'étais en sixième, je crois." Remus acquiesça. Snape se renfrogna.

"Ce n'est ni le moment ni l'endroit pour évoquer des souvenirs", déclara-t-il froidement. "Nous avons d'autres choses à faire." Il se tourna vers Matthias. "Est-ce que vous avez la moindre idée de quand ces gens vont revenir ?"

Matthias, qui était sans doute en train de fixer les mèches roses, sortit d'un état rêveur et sourit nerveusement. "Aucune idée. Comme je l'ai déjà dit, vous êtes les bienvenus chez moi."

"Et comme nous l'avons déjà dit", dit Remus à Snape, "ce sera volontiers."

Le reste de la journée se passa sans événement majeur, et quand la nuit tomba, ce fut encore le cas. Matthias repartit travailler tard ce soir-là, après que son partenaire, James Cooper, fut apparu dans la cheminée pour l'informer qu'il y avait eu des problèmes dans un des départements.

Remus, qui avait étudié différentes cartes et différents livres de sortilèges (à la demande de Dumbledore) quitta la chaise qu'il occupait à la table de la cuisine et se massa les tempes.

"Je ne sais vraiment pas par où commencer. Rien n'a un sens. L'absence de signature, l'absence de toute preuve, l'absence des Lestrange."

"Et les Peterson", ajouta Sirius qui se trouvait dans l'ombre du salon.

Remus soupira. "Et les Peterson. Nous devons immédiatement trouver les Lestrange. J'ai comme l'impression que Dumbledore sait quelque chose que nous ne savons pas."

Sirius s'indigna: "Comme d'habitude. Qu'est-ce qu'il y a de nouveau à ça ?"

"Sirius, ce n'est pas le moment de commencer à se chamailler."

"Il nous cache quelque chose. Je le sais. Quand on est partis- " Sirius avala sa salive. "Quand on est partis ce matin – hier soir – Oh zut ! Quand on a quitté son bureau, j'ai remarqué une coupure de journal concernant l'attaque sur le bord de sa table –"

"C'est bien compréhensible", répliqua Remus. "C'est pour ça qu'il voulait- "

"Non, Remus. Ecoute !", grogna Sirius. Remus referma ses mâchoires avec un bruit audible, et regarda autour de lui.

"J'ai aussi remarqué", poursuivit Sirius en avalant sa salive, "une lettre. Très probablement celle que Ron avait. En tout cas, j'ai aperçu… Oh, peu importe. De toute façon, ça n'a rien à voir."

Plutôt que de poursuivre la discussion, Remus se retira dans la cuisine et se rassit à la table après avoir sorti un simple atlas moldu. Il commença à examiner les différents emplacements qu'ils avaient visités ce jour-là, mais ne remarqua rien de bizarre ou d'anormal, si ce n'étaient les ruines.

Snape, qui avait silencieusement étudié un quelconque manuel de potions qu'il avait trouvé dans la bibliothèque de Matthias, leva brusquement les yeux. "Est-ce qu'il y a d'autres sorciers dans les environs ?", demanda-t-il. Remus regarda le professeur de potions d'un air perplexe avant de hausser les épaules.

"J'imagine que oui. Pourquoi ?"

Snape se renfrogna. "Est-ce qu'il ne serait pas bien plus logique de parler à un sorcier qualifié de la région plutôt qu'à un cracmol ? Un cracmol de moins de seize ans, qui plus est."

Remus réfléchit un moment. "Je suis sûr que Dumbledore a ses raisons, Severus." Il referma l'atlas d'un coup sec et le reposa sur la table.

A la lumière de la bougie posée sur la table de la salle à manger Remus vit Sirius se lever et s'étirer d'une façon décidément très canine. "Je vais essayer d'aller dormir. On devra se lever tôt demain si ce gamin doit être à l'école avant huit heures. Je préférerais vraiment le voir chez lui plutôt que dans une école moldue", annonça-t-il, et il quitta la pièce sans un autre mot.

Remus referma les livres qui restaient sur la table, et le suivit.

Le lendemain matin, les trois sorciers apparurent près de la maison des Peterson. Le temps était ensoleillé, il n'y avait aucun nuage dans le ciel, mais l'air matinal était glacial, tout comme le vent qui venait de la mer.

"Ils ont intérêt à être chez eux", grommela Snape en resserrant son manteau contre lui.

Sirius était sur le point de répliquer lorsqu'un fort grondement se fit entendre derrière eux. Tous trois eurent seulement le temps de sauter de côté avant qu'une voiture en piteux état s'engage brusquement dans l'allée où ils se tenaient. Les deux Maraudeurs et Snape réussirent juste à se cacher avant qu'une fille grande et maigre s'extraie de la voiture, du côté du conducteur. L'air incroyablement énervée, elle remonta le trottoir jusqu'à la porte de la maison.

Elle n'eut pas besoin de frapper, car un garçon plus petit qu'elle sortit de la maison en trébuchant, les cheveux en bataille, et un sac à dos accroché à l'épaule. Il cria quelque chose à ses parents, et claqua la porte. La fille commença à rire et ébouriffa les cheveux du garçon.

"Ah, arrête ça !", cria le garçon alors qu'ils s'approchaient du véhicule. Il repoussa ses mains et rouspéta en entrant dans la voiture, jetant son sac sur le siège arrière.

"MERDE !", s'exclama quelqu'un à l'intérieur du véhicule. La porte s'ouvrit violemment, et le garçon courut en trombe jusqu'à la maison. La fille le suivit rapidement. Les deux portes restèrent ouvertes.

Sirius regarda la voiture avec attention, un plan se formant dans son esprit. C'était sa chance. Sa seule chance. Et il n'allait pas la laisser passer.

"Sirius, qu'est-ce que tu fais ?", souffla sévèrement Remus.

Sirius grogna, et s'avança.

"Sirius ! Non !" Remus attrapa Sirius par le bras et essaya de lui faire rebrousser chemin.

"Lâche-moi, Remus ! J'y vais !"

"Non, tu n'y vas pas ! La Moldue va avoir une crise cardiaque !"

"Lupin a raison", coupa Snape. "Tu n'as pas tout à fait l'air, oh, comment dire, sain d'esprit."
"Ferme-la, Snape. Je suis pas d'humeur."
"De toute évidence."
Sirius gronda et se libéra de l'emprise de Remus, fonçant vers la voiture. En un clin d'œil, il était installé à l'arrière. Remus, contre son gré, l'imita. Snape resta d'un air de défi le long du garage, sans faire le moindre geste pour les suivre.

"Laisse-le. On a besoin de quelqu'un pour parler aux parents, de toute façon", dit Sirius à Remus, qui était prêt à aller chercher le professeur de potions. Il aimait assez l'idée de ne pas l'avoir avec eux, d'ailleurs.

"Sirius, je te connais depuis un certain temps maintenant. Tes années à Poudlard ont été remplies des idées les plus stupides que le genre humain ait jamais vues. Mais ça, ça, Sirius, c'est la pire idée que tu aies jamais eue."
"Merci."

"Non. Je suis très sérieux. Tu es malade. On est assis dans une de ces détestables automobiles moldues. Pour une fois, et je déteste avoir à le dire, Snape a raison." Remus remua sur son siège, mal à l'aise, et fit sans le vouloir tomber le sac par terre.

Sirius commençait à perdre patience. "Où sont-ils ?"

"Ils vont revenir. Je crois savoir que notre cracmol a oublié quelque chose."
Sirius fit entendre un bruit qui ressemblait furieusement à un rire. "ça, c'était plutôt évident."

Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit à nouveau, et la fille sortit brusquement de la maison, paraissant énervée au-delà de tout. Le garçon n'était visible nulle part.

"Où est-il ?", murmura Remus après avoir jeté un sortilège d'invisibilité sur Sirius et lui-même. Sirius secoua la tête. Puis, juste comme la fille entrait dans la voiture, le garçon sortit de la maison en courant et se jeta sur le siège du passager, hors d'haleine.

"Bon Dieu, Tristan", dit la fille en démarrant. "Tu pourrais pas être ENCORE plus irresponsable ?"

"J'ai oublié, d'accord ? Laisse tomber", répliqua le cracmol appelé Tristan en croisant les bras.

"Tu as oublié que tu devais pas le rendre avant mercredi ? Mon gars, tu – es- un – idiot", répondit la fille en reculant dans l'allée avant d'accélérer sur la route.

"J'ai oublié ! Normalement, j'ai des gens pour", il toussa, "me le RAPPELER !"

"Hé, c'est pas moi qui te rappelle ce genre de choses ! Tu es seulement stupide." Elle alluma la radio. "En fait, qui te rappelle ça ?"

"Tu le connaissais", répondit Tristan. Sa voix était triste.

"Oh. D'accord. Merde, je voudrais qu'il n'ait pas déménagé", soupira la fille en prenant un virage très serré.

"Ouais, je sais."

Sirius jeta un coup d'œil perplexe à Remus.

"C'était un chouette gars, t'sais ?"

"Ok, Nadia. Venant de toi, ça suffit. J'ai vraiment peur maintenant", s'exclama Tristan, visiblement sur le point d'éclater de rire.

"Ferme-là, Stan !"

"Ne m'appelle pas Stan !"

"Stan, Stan, Stan, Stan !", hurla Nadia avec une insupportable voix de fausset.

"Hé, il t'a laissé l'adresse de sa maison en Angleterre ?", demanda Tristan, faisant un effort pour ignorer Nadia.

"Merde. Je n'ai pas demandé, et Harry ne l'a pas proposé."
Sirius sursauta si fort qu'il passa pratiquement par le toit de la voiture – littéralement.

"Calme-toi !", siffla Remus aussi doucement qu'il le pouvait, étant donné la situation dans laquelle il se trouvait. Il y avait bien plus d'un seul Harry dans le monde, et surtout bien plus d'un seul Harry en Angleterre.

"Tu as entendu - ?!"

"Oui ! Maintenant tais-toi !"

"Alors, en gros", commença Tristan, lentement. "On va jamais plus le revoir ?"

Nadia rit sèchement. "Il sait où on vit. Il nous écrira, s'il sait ce qui est bon pour lui."
"J'imagine."
La voiture était restée silencieuse un moment, lorsque Sirius, qui avait visiblement bataillé avec ses émotions durant tout ce temps, cria le sortilège et, sans aucun avertissement, redevint très, très visible.

La fille poussa un cri et la voiture dévia de sa trajectoire.

"Où est-il ?", cria Sirius. Remus l'attrapa par sa robe et le tira en arrière.

"Par Merlin, Sirius ! Tu es devenu dingue ?"

"Tu ne serais pas le premier à le penser", grogna ce dernier.

La voiture s'arrêta soudain au bord de la route, et la fille en sortit précipitamment, le garçon à sa suite.

"Qu'est-ce que vous voulez, bordel !", cria-t-elle, tremblant de tout son corps. "J-Je vais appeler la p-police", bégaya-t-elle ensuite, l'air un peu perdue lorsque Sirius sortit lui aussi du véhicule et le contourna pour la rejoindre à l'avant.

"Où est-il ?", cria-t-il une nouvelle fois.

Elle regarda nerveusement autour d'elle. "Q-qui ?", geignit-elle presque.

Remus jaillit hors du véhicule après avoir eu quelques difficultés à ouvrir la portière. La fille glapit et sauta sur la route.

"Sirius !", appela énergiquement Remus. "Ce – n'est – pas – notre – Harry !"

"Comment tu peux en être si sûr, Remus ?"

Remus ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. "Parce que", commença-t-il en fixant ses yeux ambrés sur ceux, hagards, de Sirius, "il y a des millions d'Harry sur cette planète. Pourquoi serait-il ici plutôt qu'ailleurs ?"

"Et pourquoi les Lestrange seraient ici ?", rétorqua Sirius. Ses yeux lançaient des éclairs. "Je parie que ces malades l'ont kidnappé, Remus !"

Une lueur d'espoir, aussi faible soit-elle, s'alluma dans le cœur de Remus. Il refusait de croire en cette lumière, et l'éteignit rapidement. Peut-être pourrait-il y revenir plus tard, mais pour l'instant, il avait l'esprit de son ami à sauver. "S'il te plaît, Sirius."
Sirius s'arracha des mains de Remus et recula. Le garçon poussa un cri de terreur et courut vers l'arrière de la voiture pour se recroqueviller derrière le coffre.

"Ne me dis pas que tu ne crois pas possible qu'Harry ait pu être kidnappé. Je t'ai vu, Remus. J'ai vu tes yeux. Je sais que tu le crois."
Remus se surprit à hocher la tête avant d'avoir pu se contrôler. "On ne peut pas exclure cette hypothèse –"

"Bien sûr que non. Parce que c'est ce qui s'est passé." Sirius se tourna vers la fille et l'attrapa par les épaules. Elle cria à nouveau et essaya de se dégager. "OU EST-IL ?"

"QUI ?", cria-t-elle.

"Harry !", répondit-il d'une voix enrouée et rauque d'émotion.

"Harry ?", geignit-elle. Puis, sans prévenir, elle reprit contenance. "Qu'est-ce que vous lui voulez ?"

"Attendez !" Toute l'attention fut dirigée vers le coffre de la voiture, près duquel le garçon, le cracmol, Tristan, se tenait. "J-je sais ce que vous êtes", murmura-t-il. "Et je sais qui vous êtes. Ma mère et mon père…", il s'arrêta comme Sirius s'avançait vers lui, l'air presque meurtrier.

Le garçon avala sa salive, mais continua. "Harry était l'un des vôtres, n'est-ce pas ?"

Sirius cria pratiquement de, eh bien, ce n'était pas de la joie. "OUI !", brailla-t-il. Tristan recula un peu, trébuchant sur le gravier.

"J-je ne sais pas où-où il est m-maintenant, mais j-je sais où il-il habitait", dit-il en regardant le sol.

"Qu'est-ce que tu fous, Tristan !", cria la fille en dépassant Sirius et Remus pour attraper son ami par les épaules. "Ne leur dis RIEN !"

"Il n'habite plus ici, Nadia. Qu'est-ce que ça peut faire ?", dit-il en remuant, sans la regarder dans les yeux.

"Ce que ça peut FAIRE ? Tu ne les connais pas ! ça pourrait être des meurtriers !"

Tristan tressaillit visiblement, de même que Sirius.

"Quoi ?", demanda la fille, perplexe.

"Allez, Nadia. Allons-y, ok ?" Il leva les yeux. "S'il te plaît ?"

A ces mots, la fille sembla ne pas savoir quoi dire ou penser. Elle hocha bêtement la tête, mais ne bougea pas. "Pourquoi c'est si important ? C'est qui ?", ajouta-t-elle dans un murmure.

"Ma mère et mon père ont parlé, euh, d'eux." Il regarda Sirius puis rebaissa les yeux.

"Ce sont des sorciers. Bien sûr qu'ils ont parlé de moi", lâcha soudain Sirius. La fille se retourna brusquement, l'air toujours pâle et effrayée. Puis elle se retourna vers Tristan.

"On a l'école, tu sais ?"

"Oublie. C'est important, j'en suis sûr."

"Des sorciers, Tristan ?", dit Nadia d'un ton totalement sceptique.

"C'est une longue histoire."
"J'en suis sûre. Mais qu'est-ce qu'ils ont à voir avec Harry ?"

Tristan haussa les épaules. "C'est l'un des leurs."
"L'un de qui ?"

"Eux."

"C'est qui eux ?"

"C'est ça, la longue histoire." Il remua encore une fois, l'air plutôt mal à l'aise face à tous ces regards qui le fixaient. "On peut pas juste y aller ?", plaida-t-il en levant les yeux pour rencontrer ceux de Nadia. Elle regarda immédiatement Sirius, puis Remus (qui était prêt à retenir Sirius à tout moment), soupira, puis se retourna vers Tristan.

"Si tu ne le fais pas, je leur donnerais l'adresse de toute façon. Ils peuvent y aller sans voiture, j'imagine. Ils sont arrivés ici sans problème", ajouta-t-il avec un air à la fois content de lui et furieux.

Nadia regarda le sol, tira sur ses cheveux, et soupira d'exaspération.

"Bien, bien. Montez dans la voiture."

Tristan se faufila le long de la voiture tout en fixant avec prudence Remus et Sirius, et s'assit à l'avant. Remus et Sirius (qui avait l'air de plus en plus hagard) s'assirent à l'arrière, et Nadia s'installa derrière le volant.

"Bouclez vos ceintures", dit-elle.

Remus regarda Sirius. Tristan regarda Remus par le rétroviseur et lui lança un regard qui voulait dire "Laissez tomber". Enfin, ils partirent dans la direction opposée, roulant à toute allure.

"Ralentis, Nadia", ordonna Tristan. Vu la tête qu'il faisait, il était sur le point d'être malade.

Nadia ne fit qu'accélérer. Ses mains serraient tellement le volant que ses articulations en étaient blanches.

Moins de dix minutes plus tard, la voiture ralentit soudain et tourna dans une longue route mal entretenue flanquée de sapins sur ses deux côtés. La route n'était en aucun cas régulière: elle était jonchée de nids de poule, ce qui avait pour résultat de secouer tous les passagers de la voiture. Enfin, la route fit un virage, les arbres s'espacèrent puis disparurent complètement, et la voiture rencontra un grand portail orné. La lettre E avait été placée avec élaboration au centre, et elle était séparée en son milieu par l'ouverture du portail.

Nadia gara la voiture et en sortit.

"Bon, et bien prions pour que personne n'ait encore emménagé", marmonna-t-elle en ouvrant le portail. Il ne fit aucun bruit.

Derrière s'étalait une longue allée en asphalte qui menait jusqu'à un grand garage accolé à un petit bâtiment. Sur la gauche s'élevait la maison elle-même. Elle était immense.

Sirius fut soudain frappé d'inspiration, et il arrêta Remus en plein milieu du chemin.

"Tu crois qu'on pourrait apparaître à l'intérieur ?", demanda-t-il avec excitation, tout en ayant l'air pensif.

Remus soupira. Il semblait s'être attendu à ça. "Tu pourrais essayer, mais sois prudent ou tu vas te retrouver en plusieurs morceaux."
Nadia et Tristan les devançaient maintenant de plusieurs mètres. L'ayant remarqué, Nadia se retourna et cria dans leur direction, apparemment plus du tout effrayée. "Vous venez vous deux ou quoi ?"

Remus répondit: "Attendez un moment. Sirius veut essayer quelque chose."

Puis il ajouta à voix basse: "Tu es prêt Sirius ?"

Sirius avait l'air frustré: ses sourcils étaient froncés et il semblait se concentrer sur quelque chose.

"Je ne peux pas apparaître, Remus. Ils ont des protections ou quelque chose comme ça."
Passant sur le fait que Sirius avait essayé d'apparaître sans l'en informer, Remus répondit: "Ce qui veut dire que…"

"Ce qui veut dire que c'étaient des sorciers, Remus."
"Je sais ce que ça veut dire, Sirius. Mais est-ce que tu penses…"

"Je ne suis pas sûr. Mais entrons." Sirius se remit à suivre le garçon et la fille, et Remus l'imita.

Vingt secondes plus tard, tous quatre se tenaient devant la porte en chêne à l'arrière de la maison, qui avait la taille d'un manoir. Pas de voiture signifiait pas d'habitants, les avait informés Nadia. Les lumières n'étaient pas allumées, et il n'y avait pas de feu, non plus, avait-elle également fait remarquer. Toutefois, elle s'aperçut aussi rapidement qu'ils ne pouvaient pas entrer sans clef.

Tristan sembla soudain avoir une idée. "Est-ce que vous deux vous pourriez, vous savez, l'ouvrir ? Alo…" Il s'arrêta au milieu du sort en sentant sur lui le regard venimeux de Nadia.

"Quoi ? Ma mère et mon père me l'ont appris. Je ne suis pas totalement inutile, tu sais."

Nadia eut juste l'air encore plus déroutée.

"C'est de nouveau la longue histoire, Nadia." Elle semblait totalement perdue mais hocha la tête, et s'assit sur les marches.

Sirius se tourna vers Remus. "Ben ça peut pas faire de mal d'essayer." Il sortit sa baguette et, sans attendre la réponse de Remus, s'approcha de la porte.

"Alohomora !" Il y eut un déclic, et Sirius se retourna, un sourire malicieux sur les lèvres.

"Il semble qu'ils ne soient pas protégés contre tout, hein ?"

"Probable qu'ils l'utilisaient trop souvent", commenta Remus en s'avançant vers la porte.

"Alors, on y va ?" Et deux sorciers, un cracmol et une moldue très perturbée pénétrèrent dans l'ancienne demeure de monsieur Harry Potter.

La maison elle-même était vide. A l'exception de quelques meubles recouverts de plastique et de quelques cartons, il n'y avait rien à l'intérieur. Il n'y avait surtout personne.

"Euh, sa, euh, chambre était là-haut", dit Tristan. Il passa devant Sirius et Remus et montra le chemin vers le grand escalier.

La porte de l'ancienne chambre du garçon était simple. Aucune image ni aucun panneau n'y était accroché, bien que Nadia fit remarquer qu'ils s'étaient probablement débarrassés de ceux qu'il pouvait avoir eus. Cette porte était fermée aussi, mais, après un autre "Alohomora", ils se retrouvèrent à l'intérieur.

Immédiatement, les deux Maraudeurs remarquèrent que quelque chose semblait faux: horriblement faux. Rien à l'intérieur de la chambre ne semblait bizarre ou pas à sa place. Il y avait toujours des cartons de déménagement ici et là, et le lit près de la fenêtre n'était pas défait. La fenêtre était ouverte, et la pièce était froide. Quelque chose dans l'air semblait rapporter de mauvaises actions. Sirius frissonna.

Remus se dirigea vers l'un des cartons qui se trouvait au pied d'une bibliothèque vide. Il l'ouvrit et en regarda le contenu. "Des livres", dit-il.

Sirius rejoignit son ami qui sortait les livres du carton. L'un après l'autre, jusqu'à ce que quelque chose de familier attire son regard.

"On devrait vraiment y aller", dit Nadia du côté de l'embrasure de la porte. Elle avait l'air nerveuse. "Je veux dire, les nouveaux propriétaires devraient être là. Il est parti depuis deux ou trois jours déjà. Les propriétaires arrivent généralement un jour après, donc…" Elle laissa sa phrase en suspens lorsqu'elle vit l'air de totale…, totale… c'était quelque chose comme de l'horreur mêlée à de l'euphorie, sur le visage des deux sorciers.

"Oh mon Dieu", souffla Sirius, une très vieille copie de Vie et habitat des animaux fantastiques dans les mains. Il ouvrit le livre et fixa le nom qui était inscrit à l'encre noire en haut de la première page. Harry Potter. Il s'étrangla. "Oh mon Dieu", souffla-t-il à nouveau, incapable de contenir l'émotion qui le submergeait. Il referma le livre avec un bruit sec et plongea la tête entre ses mains.

"C'est lui !", dit-il d'une voix étouffée. "C'est lui !" Il leva les yeux et Remus fut surpris par ce qu'il y vit. Des larmes. Des larmes qui brillaient dans les yeux de Sirius et leur donnaient une couleur d'un bleu étrange. Les yeux de Remus le brûlaient également, mais il ne pouvait pas se rappeler avoir vu Sirius pleurer: du moins pas depuis que James et Lily… Il s'arrêta immédiatement de penser.

"C'est Harry, Moony ! Il était ici !" Son visage s'assombrit. "Il était ici… Oh mon Dieu –"

Remus se leva rapidement, prêt à prendre la situation en charge avant que Sirius ne tue quelqu'un. "Où il est ? Vous le savez ?"

Tristan avala sa salive et Nadia se glissa un peu plus à l'extérieur de la pièce. Tous deux secouèrent la tête. "T-tout ce qu'il a d-dit, c'est qu'il ne savait pas… On a pensé à l'Angleterre, j'imagine, puisqu'il est anglais.. Et puis j'ai pensé…" Tristan s'arrêta.

"Pensé que quoi ?", demanda Remus, comme Sirius était toujours agenouillé sur le sol. Les yeux de Tristan firent le tour de la pièce avant de revenir sur ses propres pieds. "Que vous étiez peut-être tous à sa recherche." Il rencontra les yeux de Remus à contrecœur. "Il a été ici pendant une année, mais je n'ai parlé de lui à mes parents que récemment…Ils semblaient bouleversés… Mais ils n'ont rien fait, ils ont juste laissé couler, en quelque sorte." Il se tut lorsque Sirius se leva.

"On est trop tard, Moony ! S'il est parti depuis déjà un jour, qui sait où ces salauds l'ont emmené !"

"Dumbledore ne semblait pas soupçonner que –"

"Dumbledore ! J'ai vu une lettre ouverte sur son bureau quand on a pris le portoloin, Remus. J'ai seulement eu une minute pour la lire, mais quand je suis arrivé vers la fin…" Il laissa sa phrase en suspens. "On doit voir Dumbledore", ordonna Sirius.

Le changement de sujet et de ton était brusque. "Et Snape ?", protesta Remus.

"Il peut retrouver son chemin. On doit s'occuper de ça immédiatement."
"Et les Lestrange ?"

"Ils sont manifestement avec Harry, Remus !", affirma Sirius comme si c'était la chose la plus évidente du monde. Peut-être que ça l'était. D'accord, ça l'était. Remus agita une main impatiente devant lui, furieux contre lui-même d'être si stupide.

"Moony !", cria Sirius, "Maintenant !"

Remus était partagé entre l'obligation d'aller chercher Snape, et le désir de trouver un endroit pour apparaître en Ecosse. Apparaître entre deux continents était difficile, mais dans des situations telles que celle-ci, le risque de finir en plusieurs parties était encore plus grand.

"Tristan", commença Remus en se retournant pour regarder le cracmol. "Il y avait quelqu'un d'autre comme nous ici. Il est resté chez toi quand nous sommes, euh, partis." Il regarda Sirius puis se retourna vers Tristan, juste légèrement embarrassé. "Il est un peu plus grand que moi, sa robe est noire… Oh, tu le reconnaîtras sûrement en le voyant. Dis-lui juste qu'on est rentrés en raison d'un cas d'urgence. C'est très important que tu lui transmettes ça, d'accord ?" Tristan acquiesça. "Merci. Bien. Maintenant, sortir de cette propriété pour pouvoir apparaître."

Tous quatre sortirent du manoir dans le plus grand silence. Remus ne quittait pas Sirius des yeux; Sirius portait les livres d'Harry; Tristan pâlissait de seconde en seconde; Nadia était toujours trop sidérée et perturbée pour dire quoi que ce soit.

Quelques temps plus tard, après avoir quitté la propriété, Remus et Sirius se retrouvèrent au milieu de Pré-au-lard, se sentant tous deux complètement accablés. Remus fut le premier à se reprendre, ou du moins à reprendre ses esprits.

"Harry nous attend", déclara-t-il.