N/A : merci pour tous les commentaires. Je suis désolée, mais je ne vais plus pouvoir faire mes MaJ le matin, car j'ai changé de boulot et que maintenant je prends le train et que je ne peux pas me permettre de partie avec 3 min de retard. Donc mes nouveaux chapitres seront disponibles le soir.
2 novembre 2005
Dean Winchester coupa le contact de la voiture. Il regarda quelques secondes la façade de l'établissement devant lequel il s'était garé. C'était une sorte de rituel, comme une coupure entre son monde et celui dans lequel il allait pénétrer. Il soupira en sortant de sa voiture.
"Bonsoir monsieur Winchester" le héla une jeune infirmière à l'accueil.
"Bonsoir, Betty. Je suis un peu en retard" s'excusa-t-il. Son travail l'avait retenu plus longtemps que prévu. Et puis, même s'il n'osait pas se l'avouer vraiment, il détestait cette date et ce quelle représentait. Toute sa vie avait basculé ce jour de 1983, il s'était retrouvé projeté dans le monde des adultes. Il avait vu ses parents se détruire devant lui.
"Elle vous attend dans sa chambre. Ces derniers jours, elle a été un peu plus agitée, mais rien de grave" lui expliqua-t-elle, en lui ouvrant la porte automatique. "James vous attends !"
Dean gratifia la jeune nurse d'un sourire qu'il savait particulièrement apprécié par la gente féminine. Il suivit James dans les longs couloirs blancs et aseptisés qu'il connaissait par coeur. Puis l'infirmier ouvrit une porte avec l'une des clefs qu'il portait à la ceinture. Dean le remercia et entra dans la petite chambre.
"Bonjour, maman" dit-il d'un ton doux et plein de tendresse.
Mary Winchester était assise sur le bord de son lit. Elle regarda Dean un petit moment avant de se remettre à bercer une vieille couverture d'enfant. Dean attrapa la seule chaise de la pièce pour s'y asseoir. Cela faisait sept ans que sa mère était enfermée dans cet hôpital psychiatrique. Après la disparition de Sammy, elle avait fait plusieurs dépressions avec tentatives de suicide avant de s'enfermer dans un mutisme complet. John Winchester avait tenté d'aider sa femme mais lui-même se débattait avec ses problèmes d'alcool. Pour finir, l'alcool avait eu raison du foie de John, et Mary avait été interné. Dean n'avait que 19 ans à l'époque, mais chaque semaine il venait lui rendre visite. Il avait choisi de ne pas s'éloigner de Lawrence et il s'était installé à Kansas City. Il y était devenu policier, dans une brigade spécialisée dans les disparitions.
Il raconta sa semaine à sa mère, qui, comme à chaque fois, ne lui répondait jamais. Parfois, elle bougeait les lèvres comme si elle voulait dire quelque chose mais qu'elle en était incapable. Les médecins n'étaient pas encourageants. Pour eux, elle resterait dans cet état jusqu'à la fin de sa vie.
Dean se souvenait de sa mère, avant tous les événements. Elle était toujours gaie, à rire aux plaisanteries de son fils aîné, à chanter pour son cadet. Elle avait une voix mélodieuse, ou du moins Dean voulait garder le souvenir d'une voix mélodieuse.
Au bout d'une demi heure, Dean se leva. Il devait encore passer dans leur vieille maison, il avait besoin de papiers. Mary l'imita et pris un dessin qu'elle avait fait pour le donner à son fils. Elle le faisait à chaque visite et c'était toujours le même dessin : un berceau d'enfant et une ombre noire à côté.
"Merci" dit-il simplement en pliant la feuille et en la rangeant dans une de ses poches, sans même jeter un regard.
Dean se retrouva rapidement sur le parking. Il leva la tête vers la fenêtre de sa mère. Il aperçut sa silhouette se découper dans la lumière. Il lui fit un petit signe de la main mais sa mère paraissait regarder autre chose. Il se retourna et distingua une ombre dans les bosquets qui bordait l'hôpital. Il s'approcha mais la personne qui était caché de déroba avant qu'il n'ait le temps de l'aborder. Il resta un moment à scruter l'obscurité sans rien voir de plus. Quand il se retourna, sa mère avait disparu.
Dean ne pensa plus à cet incident. Puis, tout le monde avait le droit de se promener, même prés d'un hôpital psychiatrique. Il déambula dans la grande maison vide. Il n'avait jamais réussi à se convaincre de la vendre. Malgré tout, il y attachait dés moments joyeux, comme ce jour où son père avait voulu faire une photo de famille devant la maison. Sam n'avait que quelques semaines, et tout le monde souriait à l'objectif, inconscient du drame qui allait ce produire quelques mois plus tard.
Dean étala les papiers dont il avait besoin sur la table de la cuisine. Il chercha un morceau de papier, mais n'en trouvant pas, il sortit le dessin de sa mère. Il jeta un regard rapide, et, au moment où il allait le retourner pour s'en servir comme brouillon, quelque chose attira son attention. Le dessin était différent cette fois. Il monta rapidement dans son ancienne chambre. Il y avait rangé un double du dossier de Sam ainsi qu'une partie des dessins de sa mère. Il les compara. Tous étaient pareil, avec le berceau et l'ombre, mais dans le dernier, sa mère avait ajouté un nouvel élément : des flammes au plafond.
Il n'y avait pas eu de feu. Dean s'en serait souvenu, puis même si sa mémoire avait occulté ce détail, il y en aurait une trace dans le dossier. Et ce dossier, il le connaissait par cœur, il y passait tous ses temps libres et ses nuits blanches. Pourquoi sa mère avait-elle ajouté des flammes ? Il relut la déposition qu'elle avait faite au moment des faits et aucune mention de feu ou de lumières. Il regarda l'heure. Il était quasi 22 heures, mais en inventant une excuse bidon, il arriverait peut-être encore à voir sa mère ce soir.
L'institut avait un air beaucoup plus lugubre la nuit, mais Dean ne prit pas le temps de ce faire ce genre de réflexion. Il ne reconnut pas l'infirmière de garde.
"Je suis Dean Winchester. Je sais qu'il est tard et que les heures de visites sont finies depuis longtemps, mais je dois voir ma mère, Mary Winchester. C'est urgent !" dit-il, sans reprendre son souffle et en montrant son insigne.
"Ca devra attendre demain" répondit-elle, en le regardant d'un air patibulaire.
"Ecoutez ! Mon petit frère… Sammy a disparu il y a aujourd'hui 22 ans. Ma mère a vu l'homme qui l'a enlevé… Depuis 22 ans, elle fait ce même dessin, sans jamais expliquer ce qu'il représente… Mais aujourd'hui, elle a ajouté des flammes… là, vous voyez !... il se peut qu'elle se souvienne de quelque chose" insista Dean, en collant le dessin sur la vitre qui protégeait le personnel soignant des visiteurs, comme si eux aussi étaient malade.
"Je suis désolée pour votre famille, mais les heures de visites sont…" commença-t-elle.
Au même moment, un médecin sortit de la zone réservée aux malades. Dean en profita pour se précipiter dans la partie sécurisée, provoquant des exclamations d'indignation de la part des deux soignants.
Il courut aussi vite qu'il put. Il savait que la sécurité allait le rattraper et qu'il aurait des problèmes. Alors qu'il tournait au coin, il aperçut un homme en blouse blanche devant la porte de sa mère.
"Hé ! Vous !" cria-t-il. Il ne savait pas pourquoi, peut-être espérait-il que l'homme allait lui donner les clefs. Mais celui-ci s'enfuit, avant même qu'il n'ait eu le temps de voir son visage. Dean le prit en chasse. Pourquoi cet infirmier s'enfuyait-il ?
Il eu le temps de voir une porte de secours se refermer. Il tenta de la défoncer, mais il ne parvint qu'à se faire mal à l'épaule. Alors qu'il allait repartir, il aperçut une clef par terre. D'instinct il sut que c'était celle de sa mère. Il ouvrit doucement la porte et s'avança dans la chambre plongée dans le noir.
"Maman ?" appela-t-il inquiet, en ne voyant personne dans le lit. Les draps étaient tassés aux pieds, et une petite tache sombre sur l'oreiller l'intrigua. Il la toucha et constata que c'était du sang. Il leva la tête. Ce qu'il vit le pétrifia. Sa mère était au plafond, une plaie saignante au ventre. Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Au même moment, des flammes enveloppèrent le corps de Mary Winchester.
"Maman !" hurla Dean, toujours incapable de bouger. Soudain, il sentit quelqu'un le saisir par la taille et le forcer à sortir.
"Non !" Dean se débattit pour échapper aux bras de son sauveur. Mais il le tenait bien, et Dean n'avait aucun moyen de s'échapper. Il se retrouva dans le couloir où l'alarme sonnait. C'était la panique. Et aussi soudainement qu'il s'était senti attrapé, il sentit la prise de son bienfaiteur se relâcher.
Il tenta de discerner le visage de la personne qui venait de le sauver, mais elle était déjà loin. Il fut rapidement emporté dans le courant des malades qu'on évacuait, et il se retrouva sur le parking.
Dean resta un moment, les bras ballant devant le bâtiment. La police l'avait interrogé, lui demandant pourquoi il s'était introduit comme ça, puis ensuite il avait été pris en charge par une équipe médicale mais refusa des les suivre à l'hôpital. Rapidement la rumeur d'un court circuit dans la chambre de Mary Winchester parcourut la foule amassée sur le trottoir.
"Dean ?" il sursauta, en sentant une main se poser sur son épaule. Il reconnut le visage bienveillant de Missouri Moseley, une amie de son père. Il avait eu un moment de crise parapsychologique et autres trucs bizarres, et il l'avait rencontré en cherchant un médium. Dean n'avait jamais vraiment cru à tout ça, mais Missouri avait eu un effet bénéfique sur son père. Elle l'avait soutenu durant ses dernières années de vie, sans jamais le critiquer. Elle était devenue une des rares amies de la famille.
"Ho, Dean ! Je suis désolée" dit-elle simplement, comme si elle savait qu'il n'attendait que ça.
"Viens ! Je te ramene chez toi. Je pense qu'un bon verre ne peut pas faire de mal" continua-t-elle, en le guidant vers sa voiture.
Dean voulut faire remarquer que sa vieille impala chevy, l'ancienne voiture de son père, était garée de l'autre de côté, mais Missouri lui promit qu'il pourrait venir la récupérer dés demain, mais que ce soir il n'était pas en état de conduire.
Le trajet se passa dans le silence. Dean ne voulait pas parler. Il n'avait pas dit ce qu'il avait vraiment vu dans la chambre de sa mère. Il savait qu'on le prendrait pour un fou.
Bon week-end de Pâques.
