N/A : merci pour tous les reviews. Je vois que certains commencent à se poser des questions sur Karl. Est-il Sam ? Mystère.


Chapitre 4.

Dean n'avait pas réussi à fermer l'œil de la nuit, et les trop rares instants de sommeil avaient tous étaient interrompus par des cauchemars incessants. Il n'avait entendu aucun bruit provenant de la chambre de ses parents, celle qu'il avait prêté à Karl. Peut-être que le jeune homme avait un meilleur sommeil ? Mais Dean en doutait.

Il fut le premier levé et commença sa journée comme toutes les autres, par un café. Alors qu'il était seul dans la cuisine, sa tasse chaude et fumante entre les mains, les souvenirs l'assaillir. C'était dans cette même cuisine que ses parents lui avaient appris qu'il allait devenir grand frère, c'était là aussi qu'une femme policier lui avait expliqué gentiment que Sam avait disparu et qu'il devait dire tout ce dont il se souvenait, et toujours dans cette même cuisine que son père fut arrêté un matin, soupçonné d'avoir fait disparaître Sammy, et puis combien de nuit il était venu voir son père qui s'était endormi sur cette table, trop ivre pour aller jusqu'au salon ? Comment une aussi petite pièce, aussi insignifiante qu'une cuisine pouvait contenir tant de souvenirs, à la fois heureux et malheureux ?

Il fut interrompu dans le fil de ses pensées par son téléphone portable. Il décrocha rapidement et écouta attentivement ce qu'on lui racontait, avant de raccrocher et de monter précipitamment au premier étage.

Il trouva Karl juste devant la nursery, la main sur la poignée. Et l'espace d'un instant, Dean eut l'impression de lire de la tristesse et de l'envie dans le regard de l'inconnu.

"Hé ! Personne n'a le droit de rentrer ici !" dit Dean, furieux.

Karl se recula tandis que Dean se plaçait juste devant la porte pour en interdire l'accès.

"Qui êtes-vous ?" demanda Dean, en pointant son arme vers Karl.

"Karl Meyvaert" répondit-il simplement, pas du tout inquiété par l'arme.

"Non, Karl Meyvaert est mort il y a maintenant presque deux ans. La police a retrouvé son corps affreusement mutilé dans un meublé de Chicago. Et son corps a été volé à la morgue juste avant l'autopsie. Alors, qui êtes-vous ?"

Karl soupira sans pour autant baisser le regard, ni paraître s'inquiéter.

"Quelle importance ? Karl, Danny, Sam… ce ne sont que des noms" donna-t-il comme réponse.

"Et ça ne répond pas à ma question" remarqua Dean.

Karl, ou du moins celui qui se faisait passer pour Karl Meyvaert, resta silencieux et ne semblait pas vouloir en dire plus. Il ferma les yeux quelques secondes, tout en secouant légèrement la tête, comme si il voulait éviter de regarder quelque chose.

"Pas maintenant" murmura-t-il, en se pinçant l'arrête du nez. Il fit quelques pas en arrière pour s'appuyer contre le mur.

"Ca va ?" demanda Dean. Il baissa son arme et s'approcha doucement du jeune homme. Il n'eut que le temps de rattraper Karl avant qu'il ne s'effondre complètement au sol.

Karl semblait en proie à une terrible souffrance, et son visage, jusqu'ici impassible, était transformé en une grimace de douleur. Il tenait ses poings fermés contre ses tempes, comme pour tenter de faire disparaître la douleur.

"Karl ?" appela Dean qui ne comprenait pas ce qui se passait. Il avait d'abord cru à une mise en scène pour éviter de répondre à ses questions, mais plus les secondes s'écoulaient, plus Dean se rendait compte que cela n'avait rien d'une comédie. Karl ne semblait pas l'entendre, ni le voir, comme si il vivait autre chose que Dean ne pouvait pas voir.

"Karl ?" répéta Dean, lorsqu'il le sentit enfin se détendre.

Karl resta immobile et silencieux un moment, comme pour reprendre des forces. Et alors que Dean s'y attendait le moins, Karl se ressaisit.

"Il arrive !" dit-il, en essayant maladroitement de se relever, mais il surestima ses forces. Il chancelât, s'appuyant contre le mur. Il ferma les yeux pour supprimer un haut le cœur, et attendit que la pièce s'arrête de tanguer.

"Quoi ?" fit Dean, surpris par cette révélation qu'il ne comprenait pas. "Qui arrive ?"

"Il sait que je suis ici… Je n'aurais jamais du… Il veut te tuer !"

Dean regarda Karl horrifié. Ce n'était pas tous les jours qu'il recevait des menaces de mort.

"Je…" commença Dean.

"Pas maintenant. Il va venir, Il n'est pas loin et je ne peux pas te protéger, pas ici" coupa Karl, en se dirigeant vers la chambre de Dean. Il fouilla à la recherche d'un sac, puis y enfourna tout ce qui lui semblait nécessaire, c'est-à-dire pas grands choses.

"Mais…" reprit Dean.

"Tu veux emporter d'autres affaires ?" demanda Karl.

Dean jeta un regard circulaire à la pièce. Il ne savait pas pourquoi, mais il faisait confiance à Karl. Quelque chose dans son regard, dans sa façon d'être… il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais vu l'agitation du jeune homme, qui jusqu'ici était resté d'un calme olympien, il devait se tramer quelque chose.

Dean ne s'était jamais considéré comme quelqu'un de matérialiste, mais là maintenant qu'il devait partir sans se retourner et sans espoir de retour, il avait envie de tout prendre. Il se contenta d'ajouter deux photos qui trônaient sur son bureau, des souvenirs du passé et des jours heureux. Puis il suivit Karl dehors.

"Une voiture ?" questionna Karl.

Dean désigna la Chevy Impala qui était garée devant la maison. Il sortit les clefs pour ouvrir les portières, mais au lieu de monter côté passager, Karl sortit un couteau de l'une de ses poches et se taillada la paume de la main gauche.

"Hé ! Mais…" commença Dean. Il n'alla pas plus loin en voyant Karl se mettre à dessiner avec son propre sang, un pentacle sur le capot de la voiture. Dean l'entendait murmurer dans une langue qui lui était totalement étrangère.

Une fois fini, Karl lui ordonna de prendre le volant. Les deux jeunes hommes roulèrent silencieusement jusqu'à la sortie de la ville.

"Je peux savoir ce qui se passe ?" eut enfin le courage de demander Dean.

"Il sait que je t'ai retrouvé, et maintenant tu es sur sa route" répondit Sam, en pansant sa blessure.

"Qui Il ?" interrogea Dean. "Et puis c'était quoi ce truc ? J'ai failli appeler une ambulance ?"

"Ce n'était qu'une vision."

"Qu'une vision ?" répéta Dean, qui ne savait plus très bien quoi penser de tout ça. Peut-être ferait-il mieux de faire demi-tour et de conduire Karl chez le premier psychiatre ? Il en connaissait des bons, par expérience !

"Je sais que cela peut paraître dingue, mais il faut me croire. On va à Blue Earth, Minnesota Le père Jim pourra sûrement nous aider" supplia presque Karl.

"Le père Jim ?" Dans le Minnesota, rien que ça ? Il devait avoir sacrément perdu les pédales pour accepter tout ça !

"Oui, Jim Murphy. C'est un chasseur" expliqua Karl.

"Un chasseur ? Ecoute, je ne suis pas un fan de chasse. Je ne suis toujours pas remis de la mort de la maman de Bambi" se moqua Dean.

Karl le regarda bizarrement, comme si il ne comprenait pas la dernière réflexion de Dean. Puis pour lever toutes ambiguïtés "il est comme moi ou Karl. Il chasse tout ce qui n'est pas naturel."

"Tout ce qui n'est pas naturel, comme un lapin de Tchernobyl ?" mais Dean sentait bien que la réponse allait être encore plus bizarre.

"Non, pas des lapins… sauf si c'est un lapin fantôme qui terrorise toute une famille, mais je n'ai encore rien vu de tel" contredit Karl, très sérieusement.

"Des fantômes ? Tu veux dire comme Ghostbuster ?"

"Comme qui ?" demanda Karl, qui semblait perdu

"Les Ghostbuster… Tu étais où ses vingt dernières années ?" demanda Dean.

"Très loin" répondit Karl, le regard éteint.

Dean l'observa et il ne voulut pas savoir où était ce très loin.

"Et c'est quoi ton vrai nom ?" questionna-t-il. Après tout, ils en avaient pour au moins trois jours de route, autant savoir avec qui on les fait.

"Ca dépend… J'aime bien Karl" dit-il, avec une note de tristesse dans la voix.

"Alors disons pour Karl, jusqu'à ce que tu changes d'avis. Tu sais on devrait s'arrêter pour ta main" proposa Dean, en voyant le mouchoir maculé de sang.

"Non ! Il ne faut pas qu'on s'arrête !" dit-il violement.

"Je veux bien, mais le Minnesota c'est pas la porte à côté. Et même en se relayant, ce qui voudrait dire que je te laisse conduire MA voiture, et ce qui n'arrivera sûrement jamais, il faudra bien prendre de l'essence, dormir, manger…" énonça Dean.

Karl parut réfléchir un moment avant de reprendre la parole. "D'accord, mais on s'arrête le moins longtemps. Je vais faire en sorte qu'Il ne puisse pas nous suivre… Tu conduis, tu me dis lorsqu'on s'arrête, mais à aucun moment tu ne t'inquiètes pour moi ? On est d'accord ?"

Dean hésita à accepter le marché. Il se demandait où Karl voulait en venir.

"Ok, mais…"

"On va chez Jim Murphy, à Blue Earth dans le Minnesota" reprécisa Karl.

"Je le sais, mais…" essaya de reprendre Dean.

"Il ne doit pas nous trouver ! Allez, tu peux le faire" murmura Karl, comme pour se donner du courage.

Dean voulut poser sa question, mais lorsqu'il se tourna vers Karl, celui-ci semblait être en transe, psalmodiant de nouveau dans cette drôle de langue. Il eut un moment d'hésitation, puis se souvenant de la terreur qu'il avait pu entr'apercevoir dans les yeux de Karl quand il parlait de 'Il', Dean appuya sur l'accélérateur. Plus vite ils seraient à Bleu Earth, plus vite il espérait avoir des réponses.