N/A : désolée, pas de chapitre la semaine dernière. Beaucoup de boulot, week-end prolongé à glandouiller, et beaucoup de flemmardise. Allez, un nouveau chapitre, en espérant me faire pardonner ! Attention, ce chapitre peut paraître violent pour certaines personnes.


Chapitre 11

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Le pavillon était modeste par rapport à ce que la fortune des DiNozzo pouvait s'offrir. Gibbs rentra dans ce qui tenait lieu de salon, avec dans un coin, une cuisine américaine. Deux tasses étaient posées sur le comptoir, et la pièce embaumée le café. Une large baie vitrée donnait directement sur la plage.

"Le café est tout frai" annonça une voix, derrière lui.

Gibbs n'eut pas la peine de se retourner pour savoir que c'était Tony. Le jeune homme le dépassa et remplit les deux tasses du liquide chaud et noir.

"Félicitation ! Tu es le premier à être parvenu jusqu'ici" ironisa-t-il, en tendant sa tasse à son ancien supérieur.

Gibbs l'accepta volontiers et apprécia les premières gorgées, après le jus de chaussette qu'il avait été forcé de boire sur l'autoroute.

"Jolie maison" commenta-t-il, pour combler le silence pesant.

"La seule chose qui m'appartienne vraiment" fit Tony. "Ma mère me l'a léguée… Elle adorait venir ici, c'était moins tape à l'œil, plus modeste, plus elle. Elle disait qu'il n'y avait qu'ici qu'elle se sentait bien et en sécurité. Elle y venait passer ses vacances, enfant, et mon père lui a offert comme cadeau de mariage. Il semblerait que ce soit dans cette maison que je fus conçu ! Etonnant ? Mon père déteste cette endroit… sûrement à cause de ça."

Gibbs observa son agent. Il ne souriait pas, ne faisait pas blague puérile… il était quelqu'un d'autre, peut-être le vrai Anthony DiNozzo, mais celui-ci était bien plus effrayant.

"Pourquoi Tony ?" demanda enfin Gibbs.

"Pourquoi ?... Qu'as-tu ressenti, la première fois que tu as tué quelqu'un, Gibbs ?"

L'agent du NCIS resta interdit face à cette question. Il savait que Tony avait déjà fait feu et tué dans l'exercice de ses fonctions. Gibbs savait aussi que c'était le genre d'expérience qui vous hante tout votre vie. On n'ôte pas la vie d'un homme comme ça.

"Tu as été tireur d'élite, alors, qu'as-tu ressenti la première fois que tu as eu une vraie cible, une vivant, de chaire et de sang, dans ton viseur et qu'on t'a ordonné de tirer ?"

La première fois, se souvient Gibbs, la première fois, c'était lui ou l'homme en face. Alors il avait appuyé sur la gâchette, sans réfléchir, les paroles de son sergent instructeur résonnant dans sa tête. 'Pas de Bien, pas de Mal, en temps de guerre, ces deux notions n'existent plus. Il n'y a que vous, votre unité, et l'autre, l'ennemi. Vous n'avez pas le choix, pas de remords, pas à réfléchir. Vous tirez quand on vous l'ordonne, point barre !'. Et il avait tiré ! Ce n'est qu'après, qu'il s'était posé des questions, tout en sachant qu'il n'avait pas eu le choix. Et encore aujourd'hui, il lui arrivé de rêver de cet homme, de ce coup de feu.

"J'ai eu peur" avoua Gibbs. C'est ce qu'il avait ressenti, la peur de mourir, la peur de se tromper, de faire une erreur.

"Je n'ai rien ressenti la première fois, Gibbs. Rien. Même encore aujourd'hui" confessa Tony, en regardant son supérieur droit dans les yeux.

Gibbs y lut beaucoup de choses, à la fois une profonde tristesse et en même temps de la peur.

"J'avais neuf ans, Gibbs. Neuf ans la première fois que j'ai tué un homme, et pourtant, rien, aucun sentiment, aucun regret… Tu cois que c'est normal, que je suis humain ?" questionna-t-il, sans vraiment attendre de réponses.

"Tony…" murmura Gibbs, incapable d'en dire plus.

"Mon père c'est débarrassé du cadavre, avec l'aide d'Augustins. Il ne m'en a jamais reparlé, il m'a juste fait enfermé chez les fous pendant deux ans, juste pour être sûr que je en recommence pas" se moque-t-il, comme si tout cela n'était qu'une stupide plaisanterie.

Tony tourna le dos à l'ancien marin, comme si pour le reste de l'histoire, il ne pouvait pas faire face à son regard.

"Nous avions une maison près de New York. Nous y passions la majorité de nos week-ends, la maison de la plage étant trop éloignée. Lorsque mon père n'était pas avec nous, ce qui était quasi tout le temps, ma mère renvoyait tous les domestiques et gardes du corps. Elle voulait redevenir la simple jeune femme qu'elle était avant. Mon père était contre, il trouvait cela dangereux.

Une nuit, j'ai entendu de bruit au rez-de-chaussée, et je suis allé voir ma mère. Elle aussi avait entendu. Elle m'a dit de me cacher dans son placard. Ce que j'ai fait. Je n'avais que neuf ans, j'ai obéit. Alors qu'elle allait appeler la police, un homme avec une cagoule est rentré dans la pièce. Il a été surpris. Son premier réflexe a été d'arracher le téléphone des mains de ma mère. Puis il l'a violement frappé à la tête. Elle est tombée sur le lit.

Il est resté un moment à la dévisager. Puis il s'est mis à la frapper et à lui enlever ses vêtements de force. Il l'a violé, juste sous mes yeux. Je voyais tout ce qui se passait à travers les persiennes de la porte. Il lui avait collé sa main sur la bouche pour qu'elle ne crie pas, mais j'entendais quand même ses gémissements. Elle me regardait, me demandant silencieusement de faire quelque chose. Les larmes coulaient le long de ses joues. Puis elle a arrêté de se débattre. Elle est restée là, elle ne bougeait plus, elle ne pleurait plus.

Je savais que mon père avait caché une arme. Je l'ai prise et je suis sorti. Il ne s'attendait pas à ça. Il m'a regardé, je voyais ses yeux qui se moquaient de moi, un sourire satisfait sur les lèvres. J'ai tiré. J'ai vidé le barillet et j'ai même continué à appuyer alors qu'il n'y avait plus de balle.

C'est le garde du corps de ma mère qui nous a retrouvé le lendemain. L'homme était mort, sur six balles, quatre l'avaient atteint, dont une en plein cœur. J'étais blotti contre le corps froid et sans vie de ma mère. Je voulais la réchauffer ! Je voulais qu'elle arrête de me regarder avec des yeux vides.

Pendant plus de deux mois, je n'ai pas dit un mot, incapable de raconter ce qui c'était passé. Mon père ne voulait pas qu'on sache ce qui était arrivé à sa femme, à la fois par amour pour elle, et pour ne pas tenter d'autres ennemis, alors il a corrompu Augustins de trafiquer le rapport. Augustins a accepté à cause de moi. C'est le premier flic qui est arrivé sur place, c'est lui qui m'a dit que j'avais bien fait, que j'étais en sécurité maintenant. Il ne voulait pas que j'aie un casier à mon âge. Il a juste demandé à mon père que je sois aidé."

Gibbs resta silencieux, écoutant attentivement ce que Tony venait de lui livrer. Il comprenait maintenant certaines réactions de son agent, certaines remarques et certains regards. Mais il ne comprenait toujours pas pourquoi il voulait se sauver.

"Pourquoi fuir, Tony ? Augustins a raison, tu es en sécurité !" dit doucement Gibbs, sans trop savoir ce que cette remarque allait provoquer.

Tony ne répondit pas tout de suite, les yeux perdus dans le lointain. Puis il secoua doucement la tête comme pour chasser un mauvais cauchemar.

"En sécurité ? Je ne me suis plus jamais senti en sécurité depuis cette nuit là, Gibbs."

"Tony…"

"Maintenant tu sais qui je suis. Un assassin sans âme et un trouillard…"

"TONY !" le coupa Gibbs, forçant le jeune homme à se retourner. "Tu n'es pas un assassin sans âme, et encore moins un trouillard. Je vois un de mes meilleurs hommes, un homme quoi a vécu une expérience traumatisante mais qui a su aller de l'avant, malgré tout. Je vois quelqu'un de fort. Alors arrête de te sous-estimer, c'est trop facile de pleurer, Tony, trop facile et ce n'est pas toi !"

Tony laissa échapper un rire triste et fatigué, avant de tenter un sourire misérable.

"Je t'ai menti, Gibbs. Pendant sept ans, je t'ai menti. J'ai joué la comédie, comme je l'ai si bien appris, mais je n'en peux plus de le faire. Il faut que je change d'air, que je devienne encore quelqu'un d'autre" dit-il à voix basse, comme pour ne pas se réveiller.

"Tu n'es pas obligé de partir, tu n'es pas obligé de devenir quelqu'un d'autre Tony. Soit juste toi-même…"

"Pour faire peur aux autres ?" le coupa, Tony.

"Non. Ils n'auront pas peur, car tu es leur ami, tu leur as suffisamment prouvé. Reviens avec moi, Tony" supplia Gibbs.

"Gibbs…. Je…."


Je vais tout faire pour mettre en ligne le dernier chapitre avant le lundi 21 mai, mais j'avoue que je coince un peu sur la fin.