Réponses aux reviews :
Ali-Shan: Haha, oui, je tarde un peu! Mais là, je suis en train de venir à bout de la période des examens, alors peut-être, j'ose espérer, que mon tempo va s'améliorer? (n'aie pas trop d'espoir, je te prie!) Merci pour le compliment.
SNT59: Eh! C'est que dans toutes les asiles, il y a toujours un fou qui est en fait un sage qu'on aura pas compris.
OOoOBlack Siri OoOoO: Merci beaucoup! J'espère que celui-là sera tout aussi super.
Babou: Je suis bien d'accord avec toi, Heero manque de prudence. Mais il en manquait déjà en suivant Duo! On verra bien ce qui lui arrivera. Tant qu'au couple Heero Duo, eh bien c'est mon but premier, mais ça risque de prendre un curieux tournant.
Marnie02: Le rire au sérieux, le sérieux aux larmes, les larmes à la surprise… La folie est comme un défi. Surtout les dialogues, justement. Tant qu'à moi, j'ai vraiment adoré Alice au pays des Merveilles. Sans doute vais-je faire apparaître mon Chat du Cheshire, qui est l'un de mes personnages préférés. J'aimais aussi l'étrange couple que formaient le chapelier fou et le lièvre de mars…
Enfin, au plaisir de te retrouver au prochain chapitre (celui-ci en fait).
Ilham: Trowa est intriguant lui-même. Que ce soit le vrai Trowa ou ma caricature. C'est pourquoi j'adore le manipuler ;;
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Chapitre 5
Hilde, ou une hilarité feinte de rires
15 novembre, suite.
Vous avez déjà été dans un parc d'attractions géant? Vous savez, un de ceux qui sont réputés pour avoir les plus gros manèges susceptibles de soulever le cœur juste en les regardant? Sans doute. Tout le monde a déjà été un de ces gamins attirés par les sensations fortes. Ils se promènent en bande, bousculent tout le monde pour marquer leur présence, passent du stand à barbe à papa aux jeux où il est pratiquement impossible de gagner, pour finalement s'envoyer tous les manèges qui semblent pouvoir flatter leur orgueil. Et évidemment, il y a toujours parmi eux cet enfant, plus petit, plus hésitant, plus mouton aussi, qui se laisse entraîner malgré sa peur des hauteurs et son effroi pour la simple sonorisation d'une attraction nommée 'Les pentes de la terreur' ou quelque chose dans le genre. À chaque pas vers le manège, son cœur fait un bon énorme. Dans la file, il en est à trembler. Lorsque le contrôleur abaisse la barre de protection sur lui, son pouls est si rapide qu'il a du mal à respirer. Quand le manège entre en marche et qu'il commence sa montée (ils montent toujours) alors là, c'est le comble, la panique, il veut redescendre. Il veut redescendre au moment où il sait très bien que c'est impossible, non seulement parce que le type qui contrôle l'engin serait bien embêté de déranger tous les autres pour faire sortir un petit con qui n'a pas su dire non, mais aussi à cause de l'humiliation. Mais derrière tout ça, il y a une raison plus secrète, moins révélée. Ce petit con en question avait envi d'être sur le manège. Il veut que les autres l'entraînent dans des aventures pas possibles, le confrontant à des frousses mortelles. Pourquoi? Mais parce qu'il a l'impression de vivre. Son cœur bat fort. Il ressent. Il affronte et ose.
Pourquoi je vous raconte ça? Eh bien, je crois que ce gosse, c'est tout moi. L'attraction, c'est ce cartier. L'ami qui influence, c'est Duo. Duo est celui qui, sans ouvrir la bouche, semble me dire : « Mais qu'attends-tu pour vivre? Aimes-tu donc dépérir à ce point? Nous savons tous deux que tu hais la lessive! Ça n'a rien avoir avec la volonté… » Et moi, je suis l'autre ami, l'offensé, dont la masculinité, l'orgueil de mâle primitif, a été atteint. Et je me retrouve dans un pot aux roses où je dois absolument savoir. C'est pourquoi j'ai suivi Hilde.
Hilde, dans la troupe de joyeux insouciants, est celle qui veut tout essayer, celle qui pointe les attractions, s'exalte de joie, puis part à la course sans laisser le temps aux autres de la suivre ou non. C'est l'impression qu'elle me donne, en tout cas, à me tirer par la main dans toutes les directions, à changer d'idée et à aller ailleurs. Ainsi, c'est moi qui ait mal au cœur. Et au bras. D'autant plus que ceux que nous croisons nous lancent des regards malicieux, peu scrupuleux. Finalement, je ne me sens pas plus aisé avec une folle parmi les fous que si j'avais été seul. Je m'en veux un peu. Mais je ne peux pas désister, parce qu'il y a cette autre partie de moi-même qui attend fébrilement qu'il se passe quelque chose. Ce cartier semblait très spécial à cette partie de moi. À ce moment, je n'aurais su dire pourquoi, mais j'avais une bonne idée sur la chose, en regardant les gens. Ils étaient très différents…
-Et là, et là… -grand éclat de rire- c'est la lunetterie! Mais le plus drôle, c'est que le type qui en est à la tête porte des lunettes! T'imagines! HAHAHA!
Bon, ça vous donne un indice, non? Le pire, c'est qu'elle ne semble même pas s'offenser que je ne ris pas du tout à ses commentaires qui, pour elle, semble l'hilarité même. En fait, ils sont plutôt puérils et déplacés… J'essaie de dégager mon bras sans succès et tourne la tête afin de trouver un lieu convenable où attirer son attention, histoire d'avoir un pas stable et de cesser de zigzaguer comme ça au milieu de la rue…
Venant d'un écrivain, je suppose qu'aucun d'entre vous ne trouvera surprenant que mes yeux se sois posés presque immédiatement sur l'enseigne défraîchie d'une bibliothèque. Eh bien, ça l'est. Voyez-vous, les bibliothèques m'ont toujours énervé. Je commande mes livres sur le net ou les achète en librairie. Pourquoi? Parce que le silence hypocrite troublés par des toussotements et de faibles gloussements m'insupporte. Parce que la façon parfaitement propre et ordonnée dont les livres sont rangés me met mal à l'aise. Parce que je n'aime pas les coups d'œil suspicieux ou complices des bibliothécaires lorsqu'ils louches sur ce que j'emprunte, ni plus leurs jugements visibles au fond du regard. De plus, l'ambiance est carrément sinistre et la plupart des livres sont vieux et des jeunes auront eu la brillante idée de griffonner à l'intérieur, de déchirer des pages ou de renverser des liquides non-identifiés dessus…
Au final, ce n'est pas un lieu qui m'attire. Mais je pointai quand même un doigt vers l'édifice.
-Et si on allait à la bibliothèque? demandai-je le plus innocemment possible, J'ignorais même qu'il y en avait une seconde dans cette ville.
Hilde cesse de sautiller, tourne la tête vers moi et… sourit, tout simplement. Un sourire bizarre. Trop grand, trop blanc, et trop cynique. Comment cette fille pouvait-elle avoir un air cynique? J'attends une réponse, mais elle ne vient pas. Alors je me dirige vers la bibliothèque sans lui redemander son avis. Elle me suit, la main toujours agrippé à mon bras. Elle finit par laisser s'échapper un gloussement. Je ne m'arrête pas avant d'avoir atteint la porte, me retourne, et gronde :
-Qui a-t-il de drôle, cette fois-ci? Le bibliothécaire ne sait pas lire?
Elle resta deux secondes silencieuse avant d'éclater de rire. Elle m'asséna une grande tape sur l'épaule, gloussant, ricanant, s'esclaffant encore et encore. Je grince des dents. Normalement, mes sarcasmes blessent les gens; ils ne les ont jamais vraiment fait rire. En fait, Je ne sais pas si vous l'avez remarqué (ce n'est manifestement pas le cas de cette chère Hilde) mais je ne suis pas ce qu'on appelle un boute-en-train… Elle finit miraculeusement par s'arrêter, subitement, par me regarder et me refaire le coup du sourire ironique.
-C'est UNE bibliothécaire, rétorque-t-elle, à peine essouffler.
Elle se fiche de moi? Où est le rapport?
-Et alors?
-Et alors quoi?
-Qu'est-ce que ça peut bien faire si c'est une femme?
-Eh bien… Ça fait que ce n'est pas un homme, et qu'elle sait lire!
Je pèse son regard un moment. Sérieux comme jamais. Définitivement cinglée. Qu'est-ce qui peut bien se passer dans la tête des gens de son genre? Je grogne et ouvre la porte.
-Ça n'a aucun sens…
-Oh, mais il n'y a pas de sens à trouver. S'il y en avait un, ce ne serait pas marrant, on ne pourrait pas rire de ce que l'on souhaite. De toute façon, ce qui a un sens est prompt à le perdre à n'importe quel moment, juste pour t'embêter. C'est donc inutile de donner un sens à quoi que ce soit. Sauf peut-être… au sens de l'humour. Celui-là m'apparaît très noble!
Pourquoi ça ne m'étonne pas? Il n'empêche… Je ne comprend pas exactement ce qu'elle m'a dit, mais il me semble que ça pourrait être important ici. Je me surprend à me demander ce que Duo en penserait. Duo me répondrait par une énigme. Il aurait aussi un sourire ironique, sans pitié, et me regarderait patiemment, comme on regarde un enfant. Duo s'approcherait de moi et ferait encore une allusion à… à ses yeux?
Je rougis brusquement, entrai dans la bibliothèque et filai vers la droite sans attendre de voir si Hilde me suivait ou pas. C'était le cadet de mes soucis.
Je me retrouvai bientôt dans un rayon quelconque, haletant. Pour me calmer, je saisis un livre, au hasard. La couverture était rouge, mais rien de plus. Pas de titre, pas d'auteur. Pas d'image. J'ouvris le livre, tout de même un peu curieux. J'écarquillai les yeux. Les pages étaient blanches. Je feuilletai rapidement. Blanches, blanches, blanches… Je fronçai les sourcils, replaçai le livre, et en prit un autre. Jaune, cette fois-ci. Pas de titre, pas d'auteur. J'ouvrit. Pas de texte non plus! Interloqué, je laissai tomber le livre et en prit un troisième, l'arrachant littéralement de son emplacement. Un orangé. Tout aussi vide que ses compères. Mais enfin! Qu'est-ce que…
-Oh, monsieur, ça n'est pas le livre qui vous convient.
Je fis un saut d'au moins dix centimètres et me fis mal au cou en tournant la tête trop brusquement. On m'a un jour dis que je devais apprendre à me détendre. J'avais envoyé paître ce type. J'aurais peut-être pas dû, tout compte fait.
Une femme rousse, aux cheveux légèrement frisés et coupés courts, me souriait d'un air compatissant. Elle s'approcha, se pencha, ramassa le livre et le rangea d'une main experte à l'endroit même où je l'avais pris. Elle fit de même avec celui que je tenais encore ouvert, entre les mains. Elle m'offrit ensuite un regard rassurant et me prit par la main. La sienne était douce et délicate. Elle m'entraîna à sa suite et je me laissai guider, abasourdit, hâtif de trouver une réponse à cette mascarade. La jeune femme m'entraîna dans plusieurs rayons et je remarquai soudain que les livres semblaient classés par couleurs. Aucun ne jurait avec son voisin. Tous suivaient un dégradé propre et fin. La femme s'arrêta dans un rayon où tous les livres étaient de teinte bleue. Elle me sourit à nouveau. Elle m'apparaissait comme peu confiante, mais ses yeux me scrutait avec une sorte de… de gentillesse gratuite, si vous voulez. Et si vous ne voulez pas, eh bien, je ne vais certainement pas vous faire un dessin…
-J'imagine que vous n'êtes pas accoutumé à notre système, monsieur. Permettez-moi de vous l'expliquer. Ici, tous les livres ne peuvent être lus par un seul individu. En fait, croyez-moi, ce sont eux qui vous lisent, au bout du compte.
Devant mon air neutre, elle parut embarrassée. Elle se tordit les mains et balbutia, se racla la gorge et réussit à continuer.
-C'est bizarre, mais… attendez. Je vais vous montrer, ce sera plus simple.
Elle disparut dans un autre rayon quelques secondes et réapparut bien vite, un livre d'un joli vert pomme dans les bras. Grand, mais pas très épais. Elle revint à mes côtés, regardant le bouquin avec… amour? Nostalgie? Elle passa sa main sur la couverture. Mes yeux s'écarquillèrent à nouveau lorsque le nom de Catherine Bloom apparut en arabesques sur le cuir vert. Dessous suivirent les mots Une œuvre de Catherine Bloom. Incohérent! Elle ouvrit le livre à une certaine page, blanche, et plissa les yeux. Alors, sous mon regard ébahit, et damnez-moi à tous les diables si je mens, des mots apparurent. Des mots d'une écriture gracieuse et féminine, comme écrits à la main et non à la machine à écrire. Puis une image, montrant peu à peu un chapiteau de cirque. Elle tourna la tête vers moi, sans vraiment me regarder.
-J'ai toujours aimé le cirque, voyez-vous? Même que mon père y travaillait, lorsque j'étais encore enfant. J'ai été pendant deux ans acrobate, lors de mon adolescence. Puis le cirque a dû fermer. Mais en mon for intérieur, les histoires de fauves, d'hommes forts, de types cracheurs de feu et de clowns refont surface. J'arrive même parfois à percevoir l'odeur de barbe à papa. Mais aujourd'hui, ces histoires sont agrémentés d'une touche fantastique bien à moi… mais c'est mon livre. Et à moins que je ne l'ai entre les mains, vous ne pourriez en voir les images.
Elle fit une pause, observant de nouveau les pages de son œuvre avec ce tendre sentiment. Elle ferma alors le bouquin et le déposa précautionneusement au sol, sur quoi elle se hissa sur la pointe des pieds, saisit un livre d'un bleu étonnamment profond, et me le tendit.
-J'ai ce don pour détecter la couleur qui sied aux gens. Vous êtes ce livre. Vous voulez y jeter un coup d'œil? Il suffit d'observer le livre et de se concentrer. Sur ce qu'on veut.
Elle sourit. Je tentai de lui répondre, mais malheureusement pour elle, ce dût plutôt ressembler à une grimace. Je pris le livre, nerveusement. C'était impossible, m'étais-je dis. Un livre ne peut pas s'écrire seul en sondant un individu. Quelqu'un doit l'avoir imaginé, doit l'avoir conçu… Sinon, ce serait de la pure magie, et la magie est toujours truquée, non? Nous ne sommes pas dans un conte de Harry Potter, à ce que je sache! Et pourtant… Je serrai le livre. Il était épais. Il m'apparaissait tout neuf, comme si personne n'avait posé le doigt dessus depuis sa fabrication. Comment fabrique-t-on un livre comme ça? Je secouai la tête. Concentration. Soudain, je sentis une curieuse vague d'énergie m'envahir. Puis quelque chose remuer entre mes doigts. Mes yeux s'agrandir. Cet objet était-il donc… vivant? Une lettre commença à s'écrire lentement; une lettre courte, comme griffonnée rapidement : mon écriture. Un H. Puis un e minuscule. Puis un second e, rattaché au premier. Bientôt, mon nom au complet fut inscrit, ainsi que la notion pensé par l'auteur Heero Yuy. Tremblant, j'ouvris le livre à la première page. Ce fut un véritable choc électrique qui me frappa alors qu'une écriture rapide, empressée, presque violente, se mettait à apparaître. Je crus même entendre une voix ronchonne et irritée dans ma tête…
Je lâchai le livre qui alla s'écraser au sol et reculai jusqu'à l'étagère, détournant le regard. Je m'aperçus alors que mon cœur battait trop vite, à m'en faire mal, et que l'étagère derrière moi me faisait peur. Je m'en éloignai. Catherine, la jeune femme, ramassa le livre délicatement, l'air un peu triste.
-Oui, c'est l'effet que ça fait à plusieurs. C'est pourquoi peu de gens viennent à la bibliothèque. Mais rien ne vous y oblige. Les livre avec des mots déjà inscrits sont à la cave, mais ils sont un peu abîmés, si ça vous intéresse. Si vous avez besoin d'aide, je serai à la réception, monsieur… Yuy? Je suis Catherine.
Je souris et la remerciai du bout des lèvres. Elle était gentille, douce, mais pour le moment, je ne me sentais pas d'humeur. Je la regardai partir, son livre vert entre les mains. Mes yeux revinrent sur le bleu, bien rangé à sa place. Hésitant, je le repris. Les mots avaient été comme effacés. L'énergie que j'avais ressenti remuait plus faiblement, comme avec paresse. Je remis le livre à sa place et m'empressai de trouver la sortie. Je fonçai littéralement dans Hilde.
Celle-ci, en me voyant, ouvrit de grands yeux surpris et ricana.
-Tiens! En voilà une coïncidence!
Bien sûr. C'était tout à fait improbable que nous nous rencontrions dans cet endroit, surtout après y être entrés ensemble. Je ne le dis pas à haute voix. Au fond, j'utilisais peut-être Hilde à mon profit. Or, je n'avais pas le manuel d'instruction pour l'utiliser. Elle sourit et me désigna un livre d'un orange éclatant. Dessus, en plus de son prénom, était inscrit la notion Mille et une façon de mener la vie en bateau par Hilde Shbeiker. Effrayant… Non, effarant. Je n'eus pas du tout envi d'ouvrir ce livre.
-Je vais louer ça! Tu as trouvé ton livre? Non? –rire- ou c'est plutôt lui qui ne t'a pas trouvé, n'est-ce pas? T'en fais pas, il y en a toujours un pour soi!
-Quel est celui de Duo? demandai-je subitement en le regrettant aussitôt.
Elle cligna des yeux et, soudain, son visage devint étonnamment sérieux, voire grave. Elle ne souriait plus du tout. En fait, c'était tout comme si elle n'avait jamais souri.
-Duo… Duo ne sait pas lire, marmonna-t-elle.
Je m'en souvint alors. C'était vrai. Il me l'avait dit. Juste pour voir ce qu'elle allait dire, je lui demandai ceci :
-Et si je lui apprenait à lire?
Elle me regarda une bonne minute sans rien dire. Elle mit son livre sous l'aisselle, et, finalement, sourit à nouveau de son sourire cynique.
-Il va te falloir du temps, du courage, et un excellent sens de l'humour!
Je roulai des yeux.
-Hilde, dis-je d'un ton froid, On ne peut pas rire à tout. C'est impossible. Tout n'est pas drôle. Pourquoi est-ce que vous faites ça?
Au départ, je la croyais droguée. Mais apparemment, c'était son caractère naturel. Et le titre du bouquin pouvait être une preuve passable, à condition que le livre ne prenne en compte que l'individu en soit et pas les substances illicites qu'il aurait pu ingurgiter (un livre peut-il sincèrement prendre quelque chose en compte?). Elle rit à nouveau et me tapa sur l'épaule. Par contre, je crus déceler la pitié sur ses traits.
-Je sais! Il faut souvent feindre le rire, si on veut arriver à l'hilarité. Et alors, c'est là que l'on finit par trouver la chose réellement drôle. Alors, il n'y a plus de négativité! Mais pour ça, il faut vraiment rire très fort, et rire tout haut de ce qui n'est pas drôle! Mon pauvre Heero, vous êtes trop bizarre avec vos questions!
Et elle me laissa là, en plan, s'en allant dans un autre rayon en s'esclaffant. Personne pour lui dire de faire moins de bruit. Personne pour m'affirmer que c'était elle, la folle, et non pas moi.
0o0o0o0o0o0o0
Après avoir hésiter un long moment, je suis retourné chez Duo et non pas chez moi. La porte de la chambre de Trowa était toujours fermée. Une musique en sortait, étouffée. Classique. Du violon mêlé à d'autres instruments. Je passai mon chemin. Le mystère Trowa sera élucidé une autre fois. Je me dirigeai vers le salon. Duo était toujours là. Couché sur le canapé, il fixait le plafond, une expression endormie sur le visage. Je m'approchai.
-Tu aimerais apprendre à lire, Duo?
Il tourna son visage fatigué sur moi, cligna des yeux et sourit.
-Oh, ce n'est pas plutôt 'Aimerais-tu que JE t'apprenne à lire, Duo chéri?'
-Pourquoi le chéri?
-Pourquoi cette question aux premiers abords?
-Laisse tomber… grommelai-je.
-Oh, non, sinon ça va se casser!
Je me retournai, franchement irrité, et allais m'éloigner quand il m'agrippa le poignet. J'arrêtai mon geste.
-Non, je n'aimerais pas apprendre à lire. Oui, j'aimerais que ce soit toi qui me l'apprenne, et le chéri, c'est une flatterie personnelle. Content?
Je retirai ma main et le regardai avec un drôle d'air. Il se contredisait totalement. Et il n'avait pas l'air de s'en apercevoir. Mais il voulait bien que je lui apprenne. C'était déjà ça. Mais je me sentais un peu mal de penser qu'en fait, je ne voulais que savoir quel était son livre, sa couleur. Le violet?… Et même… la simple idée de lui apprendre quelque chose m'apparaissait… loufoque. Comme s'il n'en avait pas besoin.
-C'est parce que je reviens de la bibliothèque, et que là-bas, les livres…
-QUE?! Vraiment?!
Il se leva à une vitesse surprenante et me secoua par les épaules.
-Ça va pas, non? Un endroit pareil! Pour un écrivain en plus! Franchement, tu devrais te taper sur les doigts! Vilain garnement! Tss, toujours à chercher le danger! Tu…
-Duo, le coupai-je avec peine, essayant de garder l'équilibre, Normalement, les écrivains aiment les bibliothèques parce qu'ils aiment lire…
Il s'arrêta, et s'il m'aurais lâché, je me serais affalé par terre. Je dansai un peu des pieds pour éviter de faire une chute et de l'entraîner avec moi.
-Ouais, mais tu as constaté que dans celle-là, on ne lisait pas vraiment, hein? dit-il finalement.
-Euh… effectivement.
-As-tu ouvert ton livre? demanda-t-il suspicieusement, le regard presque… furieux.
-Oui, mais je ne l'ai pas lu. Je l'ai… laissé tomber.
Le regard de Duo s'adoucit alors et il me sourit tranquillement, lâchant mes épaules. La sensation d'être touché demeura là, cependant. Une sensation froide, à donner le frisson.
-Je m'en doute. C'est peut-être mieux ainsi. Tu sais, personne ne va vraiment à cette bibliothèque. Oh, Trowa y va quelque fois, mais c'est plutôt justement parce qu'il n'y a personne. Autrefois, il aimait bien lire…
Le regard de Duo se troubla un court instant. Il saisit sa longue natte et en observa le bout, nonchalant.
-Je suppose que les gens ont peur de voir ce qu'il y a à l'intérieur d'eux-mêmes.
Il leva la tête.
-Qui sait, peut-être ont-ils peur de constater que leur livre propre est une histoire d'épouvante!
Je souris faiblement. En fait, c'était moyennement drôle. Parce que, au fond, j'ai pensé que le livre pourrait me sortir quelque chose ressemblant à ce que j'écris habituellement. Pire, voir apparaître l'un de mes romans. Duo se rassied et m'observe toujours. Il émit tout à coup un son moqueur.
-Je paris que tu t'es demandé quel genre d'aventure se cacherait derrière mon livre, n'est-ce pas Heero?
Je rougis sans vraiment le sentir. Je sais juste que j'ai rougis. Je rougis trop, ces temps-ci. Comment peut-il savoir ça? C'est si transparent? Sans doute. Pourquoi lui aurais-je demandé s'il voulait apprendre à lire, sinon? Je m'assis à côté de lui, perturbé, et acquiesce. Puis je fronce les sourcils. Au moins, je ne suis pas le seul à avoir des impressions étranges vis-à-vis de Duo.
-Tu sais, Hilde Shbeiker, ta voisine?
Il hoche la tête négativement.
-Voisine de Trowa. J'habite pas ici.
-Mais tu vois de qui je parle, non?
Il hoche à nouveau la tête, cette fois à l'affirmatif, et plisse le nez, comme s'il essayait de se souvenir…
-Gentille fille… Toujours à chercher le rire. Surtout là où il n'est pas. C'est une philosophie intéressante, tu ne trouves pas? Mais si tu l'a rencontré, vu ton caractère, elle a dû quelque peu… t'étonner! glissa-t-il d'un ton presque sarcastique.
-Oui, Trowa m'avais prévenu qu'elle risquait de me traumatiser. Eh bien, figure-toi qu'elle a cessé de rire quand j'ai mentionné ton nom. Il y a quelque chose entre vous?
Duo ouvrit de grands yeux, sembla vérifier si j'étais sérieux, puis secoua la tête.
-Comment? Entre nous? Il y a au moins… Un mur, des meubles, toi et…
-Duo, sérieusement, étiez-vous… je ne sais pas moi, proches? Intimes?
Dites-moi pourquoi ça m'intéressait. Peut-être parce que si la réponse aurait été positive, ça m'aurait prouvé que Duo était un type normal avec des problèmes sociaux aussi. Vous vous doutez que la réponse était négative. De toute façon, ç'aurait été une preuve stupide…
-C'était une amie, rien de plus.
Oups, ma question aurait-elle sonné dans ce sens?
-Mais… ce n'est pas ce que je demandais, je voulais dire…
-Allons, allons, je sais bien que tu mourrais d'envie de savoir si j'avais couché avec elle. Eh bien non. Oh, et en passant, avec Trowa non plus. Enfin, ç'aurait été difficile, puisqu'il aurait fallu faire ça sans se toucher… Ah! Je n'ai rien fais non plus avec la serveuse à qui tu as donné ton autographe, Relena. Et aucun des voisins ne m'ont jamais vu dénudé. Tant qu'à ceux du…
-La ferme! Ce n'est pas ce que je demandais! Je m'en moque de savoir avec qui tu baises!
C'était vrai. À ce moment, j'avais très honte de m'être mal exprimé, alors s'il fallait qu'il en rajoute en plus en m'exposant sa vie sexuelle! Bon.. d'accord, jusqu'à maintenant, il n'avait encore couché avec personne selon ses dires, mais enfin… C'est affreusement gênant. Je suppose que je suis coincé. Pourtant, avec d'autres gens, ce sujet m'apparaissait banal. Peut-être parce que je me foutais bien de ces gens-là, qu'ils n'étaient que des figurants dans ma vie, que ce soit mon éditeur ou mon père… Mais, vous aller bien vite l'apprendre, ma réplique paniquée était une très mauvaise idée…
-Ah, vraiment? me demanda-t-il, vaguement surpris.
J'hochai la tête.
-Ça ne me concerne pas, ce que tu fais de ton corps…
Il eut un sourire malicieux.
-Tu veux que je te prouve le contraire?
Je lui jetai un regard interrogateur, du genre qui doit encourager Duo dans ses élucubrations. Il eut d'ailleurs un regard suggestif, et, sans que je ne puisse réaliser ce qu'il faisait, il se retrouva bientôt assis sur mes genoux, face à moi. Il me saisit le visage et approcha le si…
-A..Arrête…
Je le maintint à distance du bout des bras, à demi frustré, à demi scandalisé. Parmi tout ça, une certaine fierté d'avoir eu le réflexe de l'empêcher de… Enfin, vous avez compris le principe : Duo allait littéralement m'embrasser. J'hésitai entre le dégoût, la confusion et la surprise. Même encore aujourd'hui. Ça se départage, ça se bouscule. Puis j'ai souris, et je me suis mis à rire. Plus hystériquement que par réel amusement. Parce que me voir avec un autre homme m'a toujours fait cet effet. Parce qu'il s'agit de Duo, et que, si je suis honnête avec moi-même, je ne suis pas sûr que Duo soit vraiment un homme. Parce que je ne ressentais pas de dégoût, au final.
Mes bras se font mous sur ses épaules. Duo reprend mon visage entre ses mains. Il se penche à nouveau, et cette fois, ses lèvres effleurèrent les miennes. J'éclatai à nouveau d'un rire nerveux. J'eus peur de me mettre à hyper ventiler. Je me retournai et enfouis mon visage dans mon épaule du mieux que je le pouvais. Duo m'embrassa légèrement l'oreille et sa bouche y demeura lorsqu'il parla à nouveau.
-Tu vois, tu n'es pas aussi indifférent à ce que je fais de mon corps…
J'arrêtai de rire, essoufflé, mais surtout vaguement humilié.
-Tu veux que je te frappe à nouveau, Duo? marmonnai-je sombrement.
-Tu fais ce que tu veux de tes poings, mon mignon, roucoula-t-il, mais ça serait moins drôle que si tu te moulais à mes avances…
Je tournai la tête, agrippai sa natte qui gisait sur son épaule, et la tirai par l'arrière, entraînant sa tête. Il se laissa faire, le sourire aux lèvres. Mon cœur battait à nouveau trop fort. Je me rendis alors compte que l'idée ne m'offusquait pas le moins du monde… Je lâchai ses cheveux et, le plus naturellement du monde, Duo revint tout près de moi, me faisant me sentir tout drôle, à l'intérieur. Comme une nausée, mais en plus agréable. Il effleura à nouveau mes lèvres. Je sentis une boule se former dans ma gorge. Comment étais-je supposé réagir? Il m'embrassa tout doucement. Ça tenait plus d'une caresse que d'un baiser, en fait. Et c'était, je dois le préciser, froid. Très froid. Et la vague qui me faisait frémir était glaciale. Elle aurait dû être chaude, non? Je reculai la tête, encore indécis, mais Duo suivit le mouvement et continua ses caresses buccales, le long de ma mâchoire.
-Au secours… murmurais-je, haïssant le ton piteux et plutôt aigu de ma voix, qui n'était plus qu'un souffle.
Duo gloussa et continua… jusqu'à ce qu'un raclement de gorge me fasse sursauter et que Duo se retourne. Trowa se tenait là, les bras croisé, le regard hautain. Pour tout vous dire, je crois n'avoir jamais été aussi embarrassé de toute ma vie. Ou du moins, je ne m'en souviens pas et c'est aussi bien ainsi parce que c'est vraiment très désagréable. De plus, ce n'était pas n'importe quel individu. C'était Trowa. Il fallait bien que je sorte quelque chose…
-Trowa, dis-lui d'arrêter! m'écriais-je alors, Il essaie de me violer!
Trowa cligna des yeux, imperturbable.
-En fait, ce sont des attouchements. Le dictionnaire Larousse stipule que le viol est un acte de pénétration sexuelle commis sur autrui par violence, contrainte, menace, ou surprise. Donc, pour que ce soit du viol, il faudrait qu'il y ait pénétration.
Je lui jetai un regard de travers. Au lieu de m'aider, il me récite le Larousse?!
-…toutefois, Duo, les attouchements sont tout aussi répréhensibles que le viol.
Duo me fit une accolade joyeuse avant d'enfin se retirer et se lever. Il secoua la tête et leva ses mains en guise de défense, le regard joueur. Le salaud n'avait même pas honte de son comportement. Parce que c'était Duo, évidemment. C'était une raison suffisante, non?
-Mais noooon! C'était l'épique conquête du mont Heero, souviens-toi! J'essayais juste… de monter au sommet. C'est pas de la tarte, tu peux me croire! Mais on fait du progrès, car cette fois, mes yeux ne l'ont pas fait s'évano…
-C'était absolument sans consentement!
-Mais alors, pourquoi tu ne m'as pas frappé, gros nigaud?
-Parce que…
-Duo, m'interrompit sèchement Trowa, la dernière fois que tu as fais ça à quelqu'un, ça s'est assez mal terminé, alors pourquoi ne le laisserais-tu pas tranquille un peu?
Duo eut l'air songeur, paraissant un peu choqué. Il se retourna vers moi, me jaugea un instant, puis soupira.
-Je suis désolé, Hee-chan. C'est mal de profiter des pulsions d'un autre.
Je le dévisageai, outré. Il sourit.
-Mais tu as ris.
-C'était feint. C'était nerveux.
-Ça te montre alors qu'il ne faut pas feindre. Ça ne marche pas pour toi. Je crois que c'est pour ça que la philosophie de Hilde ne s'applique pas à tous…
-Non, tranche à nouveau la voix morose de Trowa, c'est juste parce qu'elle est une pure idiote qui se moque des sentiments des autres.
-Allons, allons! Ne sois pas grossier!
-Je ne le suis pas. J'énonce les faits. Heero pourra m'appuyer là-dessus. N'est-ce pas, Heero?
Il me fixe alors de ses yeux verts. Il sait que j'ai vu Hilde? Depuis combien de temps est-il là? J'hausse les épaules.
-J'aurais plutôt dit folle, dis-je, un peu perdu si je l'admets.
Trowa et Duo échange un coup d'œil. Trowa a un bref sourire et Duo rigole gentiment.
-Oui, eh bien en fait, si tu prends la seconde définition du Larousse, Qui apparaît extravagants dans ses actes, ses paroles, nous sommes à peu près tous fous, ici.
-Tu vas me citer le Larousse à chaque fois?
Mon ton moqueur l'agace et il balaie l'air de la main, comme s'il balayait ma question.
-Je suis méticuleux, rétorque-t-il, J'aime les mots lorsqu'ils sont bien employés. Un peu à la manière d'un écrivain, rajoute-t-il avec reproche.
-C'est du trouble obsessionnel compulsif, dis-je pour rendre l'appareil à ses définitions, Du TOC, en jargon.
Duo pouffa et leva le pouce.
-Touché! Trowa est un toqué! Et un point pour Heero!
-Mais je n'ai jamais insi…
-Bon d'accord, tu m'as eu, coupe Trowa en roulant des yeux.
Je reste un instant sans rien dire puis sourit en le regardant. Mystère Trowa s'arrêterait-il seulement à un peu de TOC et une curieuse phobie du touché? Y a-t-il jamais eu un mystère? Sans doute, dans son passé. Je finirai par le savoir, d'une façon ou d'une autre.
Trowa regarda l'heure sur la pendule accrochée au mur et soupira.
-Une autre soirée en enfer, je suppose.
Sur ce, il sort de la pièce sans autre remarque, va sans doute prendre une veste, et quitte l'appartement sur un claquement de porte sec. Duo plisse les lèvres et je lui trouve un air particulièrement ironique. Il me regarde alors et s'approche. Je me lève aussitôt. S'il croit qu'il va continuer ses petits jeux parce que Trowa part travailler… (oui, n'ai-je pas mentionné que Trowa est un espèce de barman?… Il travaille du dîné jusqu'aux petites heures, se couche, se lève vers midi et répète cette routine…) Duo était-il incapable de garder une attitude fixe? Il passait du calme collant aux débilités agaçantes en moins de deux.
Il vint effectivement trop près et je sentis l'urgent besoin de le frapper, encore une fois. Mais le coup ne vint jamais. Duo se pencha, le nez presque contre le mien. La fraîcheur me parcourut à nouveau et une vague se départageant entre l'horreur et l'excitation m'envahit. Il ne m'embrassa pas, toutefois. Souriant, il me demanda simplement :
-Tu veux des pâtes, pour le repas?
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C'est le chapitre le plus long et le plus naze que j'ai jamais écrit, vous m'en voyez désolé. MAIS! Il y a eu un baiser. C'est bien, non?
