Chapitre 2

Réponse aux reviews:

Kasufu: Contente que ça t'es plu! Mais attends, ceci n'est pas le centre de l'histoire qui va se dérégler d'un instant à l'autre donc j'espère que tu continueras à l'apprécier.

Aishanu Soma: Merci pour l'encouragement!

Nass: Voici la suite, contente de constater que mon début n'est pas pourri!

Aki no Sama: Qu'Heero aille rejoindre Trowa n'est pas une mauvaise idée! Hehehe.. mais malheureusement je doute que les psychiatres seraient d'accord si c'était le cas. Eux et leur diabolique méthode! Le couple 3 x 4 n'arrive que plus tard, malheureusement pour toi, mais il y sera. Je ne peux répondre à l'autre question bien qu'elle me flatte beaucoup!

C'est vrai que ça fait malsain, mais cette fic est elle-même malsaine, tu vas voir. J'avais envi d'un peu d'horreur! Et puis, nan! C'est pas interdit d'être bizarre! Et si ça l'est un jour, je serai la première révolté! Vive l'unique, l'original, l'IMAGINATION, LA DIFFÉRENCE!! A-hem, bon là c'est moi qui suis bizarre.

-------------------------------------------------------------------

Chapitre 2

-Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal.

Le peu de gens assistant à la messe quittèrent tous leur banc d'un même mouvement et s'alignèrent en deux parfaites rangés le long de ceux-ci. Duo vint se placer debout devant celle de gauche et le père Merquize, son confrère, s'installa devant celle de droite.

L'eucharistie pouvait paraître ennuyeuse et routinière au fil du temps, mais Duo aimait habituellement voir défiler les différentes têtes devant lui. Chacune était unique et lui inspirait quelque chose de nouveau. Il avait toujours du flair pour repéré qui était de bonne humeur ou pas, ceux qui venaient de pécher ou pas. Enfin, habituellement. Ce jour-là, Duo sourit à peine à un vieil homme à l'air bourru arborant une grosse barbe grisonnante. Il fit peu de manière à une jeune femme rousse à la peau mate et aux lèvres écarlate. Seul un endroit lui trottait dans la tête et il n'aimait pas cela.

En revenant de l'institut de psychiatrie, il avait dit au père Pivot qu'il n'y retournerait plus. En guise d'explication, il avait ajouté que Quatre Winner ne voulait plus avoir affaire à l'église et que pour prouver ses dires, il l'avait même agressé. Son supérieur avait d'abord sympathisé, puis avait tenté par tous les arguments possibles de le convaincre de retourné voir Quatre. Il avait même usé de citations bibliques sorties d'on ne sait où. Duo avait légèrement protesté, puis avait finalement acquiescé, malgré lui. Résultat, il devait y retourner dès cet après-midi. Et il s'en voulait. Il s'en voulait d'avoir autant de mal à dire non, d'avoir si peur de blesser quelqu'un, de lui déplaire. Un de ces jours, il s'en rendrait vraiment malade…

Il jeta un regard en coin au père Merquize. C'est lui que Pivot aurait dû choisir pour cette tâche. Merquize avait beau être encore jeune, il était le prêtre catholique typique. Non seulement était-il fanatique, mais il était aussi d'un naturel fonceur et obstiné. Alors que Duo ne pouvait pas convertir la moindre personne, il s'agissait de la spécialité de Merquize, le tout réalisé par des discours soignés, mais passionnés. Vraiment, Duo se demandait bien qu'est-ce qui avait prit à l'abbé Pivot de lui confier à lui, le soin d'aller se ridiculiser dans les entres de la psychologie…

-Le corps du Christ.

-Amen.

Il déposa distraitement un hostie sur la langue d'une vieille dame au regard grave. Elle était la dernière personne de la filée qui devait s'écourter de dimanche en dimanche…

Duo se retira discrètement et alla se changer. Il troqua sa soutane pour une chemise et un pantalon de toile; Pas question de se faire remarquer. De toute manière, son temps imparti jouerait probablement vers les cinq minutes, dix s'il était malchanceux. Il n'avait qu'à se rappeler l'expression de peur, de rage que Winner arborait.

Duo ferma les yeux un moment. Ces yeux. Et il ne s'était même pas défendu. Ça n'aurait pas été difficile pourtant, puisque le patient semblait pouvoir se briser à la moindre brusquerie. Mais non. S'il avait été seul avec lui, il l'aurait laissé le tuer. Horrifié par cette pensé, Duo frissonna et la chassa de son esprit. Il jeta un coup d'œil à l'horloge. Midi quarante-cinq. Un peu tôt, mais plus vite il irait, plus vite il en sortirait. Il sortit par derrière et, à l'instar de prendre sa voiture, il marcha. L'institut psychiatrique se trouvait aux abords de la ville, seulement un peu plus loin. Il ne jugeait donc pas nécessaire de polluer l'air un peu plus pour s'y rendre.

En moins d'une vingtaine de minutes, il y était. Il lui fallut encore dix autres minutes pour esquisser un pas vers la bâtisse. Elle était blanche, même de l'extérieur. C'en était écœurant. Duo allait finir par devenir allergique à cette couleur. Il constata, avec contrariété, que la chemise qu'il avait choisie était de cette même couleur. Il grimaça et finit par entrer.

Le même silence troublant que la dernière fois l'accueillit. Les quelques docteurs qui passaient d'un couloir à un autre ne lui jetait pas un regard. Ils avaient tous l'air fatigué et leur concentration était telle que les émotions se voyaient à peine à travers leurs visages. Un troupeau d'être mécaniques, voilà à quoi ils ressemblaient…

Duo prit l'ascenseur et appuya sur le bouton du quatrième. La nervosité commençait déjà à le gagner. À mesure que la cage franchissait les étages, il angoissait. Ses mains étaient moites. Il les essuya rapidement sur son pantalon et tenta de se rassurer. Ça n'était rien, simplement des gens avec certains troubles mentaux. Quatre était comme eux. Un événement tragique, une remémoration de faits désagréables… quelque chose avait dû le faire craquer, c'est tout. Et la conversation précédente, aussi confuse soit-elle, n'avait rien avoir là-dedans…

Les portes s'ouvrirent, Duo sursauta. Il se redressa, ramena toute la contenance qu'il pouvait avoir, et sortit de l'ascenseur. Les portes se refermèrent alors, l'emprisonnant dans l'étage. Il marcha d'un pas mal assuré et se retrouva rapidement à la petite réception. Il se demanda bêtement pourquoi il y avait une réceptionniste au rez-de-chaussée et une à cet étage. La blonde, en train de taper quelque chose sur son ordinateur, leva les yeux. Elle eut un sourire professionnel.

-Vous êtes de retour.

-On dirait bien.

-Pour voir monsieur Winner?

Duo eut un sourire gêné et opina de la tête. La femme pianota un instant sur son clavier puis se leva.

-Le Dr Wufei est très occupé pour le moment. Il serait irrité si je lui annonçait votre visite.

-Oh, je n'en doute pas, marmonna Duo.

-Mais je peux vous y conduire moi-même, si vous voulez.

Surpris, Duo la dévisagea. Elle souriait, complice. Une femme gentille et compatissante? Non, il y avait autre chose derrière. Son regard. Son regard n'exprimait pas d'intérêt envers Duo. Peut-être avait-elle envi de désobéir à son patron par vengeance personnelle? Ou alors c'était pour le faire fuir de cet hôpital. Trop de possibilités. Et puis, ça l'arrangeait, de toute façon, alors pourquoi s'en faire avec ce qui ne le regardait pas vraiment.

-Vous seriez bien gentille, répondit-il finalement.

La blonde hocha la tête et s'engagea dans le couloir. Duo se mit à sa suite malgré lui. Cette fois-ci, il y avait peu de plaintes. Peut-être les patients avaient-ils eut leur dose quotidienne de tranquillisants, songea amèrement Duo. Qui avait-il d'humain dans ce genre de traitement. Y avait-il réellement un effet bénéfique sur les gens?

-Voilà, la porte 61. Je ne sais pas si je dois vous laisser seul. Monsieur Winner est un patient capricieux. Il est un peu… agressif.

Elle eut l'air embarrassée. Duo la laissa ouvrir sans rien ajouter. La porte s'ouvrit, laissant entrevoir les ténèbres. Le rideau rouge ne laissait pas passer le moindre filament de lumière. La réceptionniste allait ouvrir, mais Duo fit un mouvement pour l'en empêcher. Il n'aimait pas tellement la noirceur, mais il tenait à éviter une autre crise.

-Laissez-moi seul avec lui. Laissez seulement… la porte entrouverte, je vous pris.

-Vous êtes sûr? demanda la femme.

-Oui, ça va aller.

Sur ce, il s'engouffra dans la chambre, un peu peureusement. Ses yeux s'habituèrent peu à peu à l'obscurité, et il discerna une silhouette assise dans un coin. Il s'en approcha, le pas mal assuré. Quatre ne semblait même pas s'être aperçu de sa présence. Concentré, son bras bougeait avec force. Il dessinait, pourrait-on dire. Duo se pencha. Quatre leva les yeux sans arrêter son mouvement.

-Vous êtes revenu, constata-t-il simplement.

-Je voulais m'assurer que vous alliez mieux.

Dans l'ombre, Duo vit la bouche de Quatre s'étirer en une grimace.

-Si vous le dites…

Il pencha la tête et continua de donner des grands coups. Duo remarqua il dessinait sur le sol, et avec une craie. Probable qu'on ait pas voulu lui laisser d'objet pointu, comme un stylo…

-Le père Pivot… commença-t-il.

-Le père Pivot est idéaliste, mais ses prières ne m'ont jamais aidé. De toute façon, je n'ai pas besoin d'aide. Plus maintenant.

Silencieux, Duo songea que c'était une bataille perdue d'avance et qu'il pourrait partir immédiatement, s'il le voulait. Il ressentait pourtant le besoin de dire quelque chose. D'autant plus que la noirceur le paralysait sur place…

-Si vous n'aviez pas besoin d'aide, vous ne seriez pas dans un institut psychiatrique.

Quatre émit quelque chose comme un gloussement.

-Oh, mais je suis ici volontairement…

Duo le regarda bizarrement.

-Qu'est-ce qui peut vous donner l'envi de vivre ici?

Quatre cessa son mouvement. Sa mine parut se renfrogner.

-Les choses vous poussent à agir en conséquence…

-Quelles choses?

-Ces choses.

-Oui, mais quelles choses?

-…

Quatre regarda son gribouillage et frappa dans ses mains, satisfait. Duo y jeta un œil. Il n'y vit rien du tout. Il dévisagea Quatre.

-Et ce… dessin, il sert à vous protéger contre ces choses?

Quatre secoua la tête et rit. Un rire sans joie, quasiment hystérique.

-Non, répondit-il finalement, C'est simplement pour me dégourdir. Si je ne fais rien, ça les attire. Mais…

Sa voix devint un chuchotement.

-On ne peut pas s'en protéger, seulement s'y camoufler…

Duo, peu certain de comprendre, hocha la tête. De la paranoïa… Quatre devait avoir trop lit l'apocalypse pour se croire entouré de 'choses'. Ces choses, pensa Duo, devaient être des démons, puisque Quatre était auparavant un fervent catholique.

Quatre caressa du revers de la main l'endroit où devait être son dessin.

-Je suis navré de vous avoir attaqué, murmura-t-il d'un ton très doux, Je croyais que vous étiez comme eux.

-Et je ne le suis pas?

Un court silence s'installa, ne faisant qu'empirer le malaise de Duo face à la noirceur. Il observa la porte entrouverte et décida qu'il était temps. Il ne pourrait pas supporter d'être une minute de plus dans l'ombre.

-Je vais rentrer voir le père Pivot et lui affirmerai que vous ne voulez plus avoir affaire à lui, déclara-t-il.

Quatre approuva en hochant la tête. Puis, il se redressa légèrement.

-Vous devriez habiter ici.

Choqué, Duo secoua la tête.

-Moi, je vais très bien…

Quatre éclata d'un rire aigu. Il allongea les bras et agrippa les épaules de Duo qui sursauta et se tendit au contact. Les doigts du jeune homme, long et osseux, s'enfoncèrent dans sa peau à travers sa chemise. Duo eut une impression de brûlure.

-Vous êtes marrant! Quelqu'un qui va bien? Oh, c'est très drôle! Quelle idée!

Duo, les yeux écarquillés, tenta de se défaire de l'emprise sans trop de succès. Quatre le serrait de plus en plus fort, amplifiant la sensation douloureuse.

-Ici, tout serait moins pire… Tous vos problèmes seraient réglés…

La voix de Quatre Winner était quasiment suppliante. Duo saisit ses mains et réussit à les écarter de ses épaules, provoquant un soulagement immédiat à sa peau. Il se leva rapidement pour échapper à une nouvelle étreinte. Il sourit faiblement.

-Non, merci. Je préfère vivre dans le vrai monde, murmura-t-il.

Quatre secoua la tête violemment. Il s'accrocha délibérément aux jambes de Duo et enfonça de nouveau ses doigts dans sa peau. La sensation revint.

-Le vrai monde vous tuera, il vous tuera, il vous tuera… Restez avec moi… le vrai monde vous tuera… il n'y a rien de vrai… le monde vous tuera… il vous tuera…

Tandis qu'il répétait sa litanie, Duo le regardait avec horreur. Ces mots lui entraient dans la tête et se répétaient d'eux mêmes en échos.

-Quatre, je…

La lumière s'alluma. Quatre poussa un cri de mort, se leva en trébuchant et plongea sur son lit. Il ramena les couvertures sur sa tête et se mit à injurier la réceptionniste qui, nerveuse, n'osait pas bouger du cadre de la porte. Soulagé, Duo s'approcha de Quatre.

-La lumière ne vous fera pas de mal, Quatre. C'est à rester dans l'ombre que…

-La lumière est hypocrite! C'est la lumière qui fait apparâitre des ombres! La noirceur me camoufle des ombres!!

Le raisonnement de Quatre lui parut bien abstrait, mais Duo posa tout de même sa main sur son épaule avec compassion. Sa nervosité s'atténuait peu à peu. Les mots devenaient inaudibles dans sa tête. Des mains frêles et blanches sortirent des couvertures ainsi qu'une tête blonde. Duo prit cette fois le temps d'observer cette gueule d'ange. Des traits délicats, une bouche pulpeuse pour un garçon, mais surtout des yeux turquoise dans lesquels une lueur instable vacillait. Quatre avait dû être un jeune homme adorable avant l'arrivée de cette lueur malsaine.

-Je dois y aller maintenant, se contenta de dire Duo.

Il tourna les talons. Quatre fixa le mur. Un pâle sourire étira ses lèvres.

-Vous… vous reviendrez, n'est-ce pas?

Duo arrêta. La voix était piteuse, mais pleine d'espoir.

-Vous voulez que je revienne vous voir?

Quatre ne répondit pas, comme intimidé par la question. Duo n'avait pas envi de revenir. Il détestait cet endroit. De plus, il ne croyait pas avoir de points communs avec ce Quatre Winner. En réalité, il était tout son contraire. Quatre aimait l'obscurité, il se tenait dans un lieu étroit sans contact avec le monde volontairement, et il tenait des propos totalement démentiels. Et puis, ses réactions étaient violentes. Néanmoins, il ne sut pas dire non. Tout son être lui criait de refuser, de partir sans même répondre, mais quelque chose de plus fort, de plus intense, le poussa à accepter. Il tourna la tête et sourit.

-Alors je reviendrai. Avec la permission de votre psychiatre.

Les traits de Quatre se durcirent.

-S'il refuse, déclara-t-il, Je lui cracherai au visage et implorerai les choses de le tirer dans l'ombre. Maintenant, éteignez la lumière…

Duo sortit, ébranlé, alors que la réceptionniste fermait et la lumière, et la porte. Elle soupira d'aise comme si elle avait retenu son souffle pendant tout ce temps.

-Je n'aime pas me promener ici, confia-t-elle, Je sais que ça va paraître stupide, mais j'ai peur que la folie soit contagieuse. Et ces propos… à vous glacer le sang.

« Vous ne croyez pas si bien dire… » songea Duo. Il sourit.

-Pourquoi être réceptionniste dans un tel endroit alors?

Le regard de la femme se voila.

-Oh, omis les patients, le personnel est… euh… sympathique.

Hum? Étrange…

BANG!!

Duo et la blonde sursautèrent. Un cri retentit ainsi qu'une pluie d'injures et d'obscénités. Un patient était sorti de sa chambre et gueulait sur un objet pas identifiable qu'il piétinait avec véhémence. La secrétaire hésita, puis se précipita sur lui. Duo détourna la tête et prit le chemin inverse en attendant qu'elle ait réglé le cas, ou du moins, qu'elle ait appelé une infirmière à l'aide. Il sentit soudainement quelque chose sur sa droite et stoppa brusquement. Tournant la tête, il fixa la porte 66. La sixième porte. 666. Duo se retint d'éclater de rire. Oui, bien sûr, le chiffre du diable ne pouvait être mieux placé que dans un asile de fou. Duo n'avait jamais vraiment aimé les maths, de toute manière. Il allait continuer son chemin, quand il eut de nouveau cette impression bizarre. Il tourna la tête et regarda de nouveau la porte. Son regard s'abaissa sur la poigné. Était-elle verrouillée? Duo secoua la tête. Question ridicule. Il ne voulait même pas ouvrir cette porte. Mais pourtant…

Il tendit la main et tourna. La porte n'était pas fermée complètement, la poigné ne lui résista donc pas. Quelle grossière maladresse, songea Duo. Tous les patients de cet étage étaient-ils donc tous libres comme l'air? Apparemment oui, ou alors on prenait un malin plaisir à laisser les portes ouvertes. Pourtant… cette jeune infirmière, de la dernière fois, ne lui avait-elle pas dit que l'un des patients pouvait s'avérer très dangereux? D'ailleurs, se trouvait-il à l'intérieur? Très certainement. Duo en était presque sûr. Comment s'appelait-il déjà? Heero. Oui. Heero Yuy. Candidat refusé de justesse à Ioh. Potentiellement dangereux. Et malgré cela, Duo ouvrit la porte et entra.

La chambre ressemblait en tout point à celle de Quatre Winner. Blanche, petite, aucune personnalité. À la place d'un rideau rouge et épais, on avait placé des barreaux à la fenêtre. Sympathique… Le lit était vide. Duo s'avança et regretta son pas. Il eut tout à coup le tournis. De cette pièce émanait quelque chose d'étrange. Peut-être n'était-ce qu'une illusion. Il lisait trop, ce devait être cela. 666? Et puis quoi encore. Ç'aurait pu être 999…

Duo tourna sur lui-même, à la recherche d'une présence. Il la trouva, assise dans un coin, un papier dans les mains. Prudemment, il s'avança derrière le type qu'il reconnut comme étant Heero Yuy. Ah, il avait touché juste. Il se pencha pour voir ce qu'il lisait, et fut stupéfait de se buter à une feuille entièrement blanche. Il plissa le nez. Il n'y avait pas de quoi être surpris. Était-il oui ou non dans un hôpital psychiatrique?

Soudain, Heero se retourna et ses lèvres se retroussèrent. Il hissa littéralement. Comme un chat énervé. Sans produire d'autre son. Il laissa tomber la feuille, recula et son dos colla le mur. Ses yeux étaient demeurés froids, implacables. Duo eut un mouvement de recul.

-Pardon! Pardon, je ne voulais pas t'effrayer!

Il détourna le regard gêné, et constata avec stupeur qu'il avait tutoyé l'individu. Il grinça des dents et s'excusa à nouveau. L'expression de Heero ne changea pas. Il se contenta de dévisager Duo, le regard opaque. S'il avait vraiment été effrayé, il n'y avait plus aucune trace de peur dans son visage. D'ailleurs, il n'y avait pas trace de grand chose sur ses traits. On aurait dit que sa figure était redevenue vierge de toute émotivité. C'était hallucinant. Duo remarqua alors à quel point Heero devait être jeune. Il lui avait donné la vingtaine la première fois, mais maintenant, il n'était plus sûr. Il devait tout de même être majeur pour s'être retrouvé ici. Donc dix-huit ans. Tout au plus.

-Tu… Vous… euh…

Devait-il le vouvoyer? Il décida que non. Vouvoyer quelqu'un visiblement plus jeune que lui semblait un peu exagéré.

-Tu es Heero, n'est-ce pas?

Heero n'eut aucune réaction.

-Je m'appelle Duo Maxwell. Je suis… en fait, j'ignore pourquoi je suis venu te dérangé. J'ai simplement été… disons, attiré vers ta chambre…

Duo se sentait complètement ridicule, mais le fait que Heero soit déjà un inadapté mental, pour être poli, lui redonnait de l'assurance. Il finit même par s'asseoir par terre, face à lui. Le patient lui décocha un étrange regard.

-Alors, qu'as-tu… qu'as-tu fait pour te retrouver ici?

Le visage indifférent de Heero se crispa un rien et, lentement, il pivota en gardant sa position assise, et finit par tourner entièrement le dos à son visiteur qui se reprocha son indiscrétion spontanée.

-Je suis navré, se confondit-il, C'est bête de te demander ça alors qu'on ne se connaît pas, mais… Ah, j'en sais rien! J'ai sûrement eu envi de comprendre, voilà!

Heero bougea légèrement la tête et observa Duo, interrogateur. Celui-ci le regarda dans les yeux, chose qu'il ne faisait presque jamais avec quiconque. Une lueur de résignation passa rapidement dans les yeux de Heero. Il se retourna, toujours aussi lentement, et s'approcha à quatre pattes de Duo qui, trop surpris, ne dit rien jusqu'à ce que le jeune patient s'agenouille devant lui et commence à déboutonner son pantalon sous le vêtement d'hôpital. Interloqué, Duo l'observa deux secondes, puis réagit vivement. Il remonta immédiatement le vêtement, le visage rougissant.

-Mais enfin, qu'est-ce que tu fais?!

Heero pencha la tête de côté, les bras ballants. Duo lui reboutonna son pantalon, plus gêné qu'outré. À quoi pensait-il? Enfin, à rien! C'était un fou, non? Mais encore, il l'avait regardé, lui, dans les yeux avant de faire ça. Il avait donc perçut quelque chose! Mais perçut quoi? Duo n'avait absolument pas eu ce genre d'idée vicieuse! Alors, il devait avoir confondu. Électrisé, Duo se demanda soudain si ça voulait dire que quelqu'un d'autre avait déjà obligé Heero à… déboutonner son pantalon. Il releva les yeux, sérieux. Heero l'observait. Son regard était toujours aussi glacial, son expression était encore neutre, mais il y avait tout de même une certaine curiosité qui émanait de lui. Duo toussa, embêté, et posa maladroitement ses mains sur les épaules du jeune homme qui, malgré qu'il se raidit légèrement, se laissa faire.

-Écoute, tu n'as pas, jamais, à faire ça. À quiconque. Tu comprends? Peu importe qui te le demande, tu n'as pas à…

-Monsieur Duo?

Duo se retourna, et, à la vue de la jeune infirmière devant lui, se releva rapidement et baissa la tête comme un gamin prit en faute.

-Ah, mademoiselle Hilde…

-Que faites-vous ici? Je croyais que vous veniez voir Quatre?…

-Oui… mais…

Dépité, Duo jeta un regard vain à Heero qui paraissait maintenant totalement désintéressé des deux intrus. Il regardait le mur avec une sorte de passivité enfantine. Hilde haussa les épaules.

-Vous avez entendu du bruit, comme les garde-malade ne venaient pas, vous êtes entré et vous avez calmé Heero qui faisait une crise.

Duo la regarda, perplexe. Elle sourit et lui fit un clin d'œil. Duo eut un mince sourire et, machinalement, alla la rejoindre. Il était perdu… Heero tant qu'à lui, continua à fixer le mur obstinément.

Une fois dehors, Duo mit quelques secondes avant de pouvoir parler. Il se sentait mal, comme si ce qui venait de se produire faisait de lui un criminel. Hilde lui donna une petit claque dans le dos.

-C'est pas bien grave, monsieur Duo, la plupart des gens sont fascinés par les fous.

-Jusqu'à en devenir fou eux-même? demanda-t-il d'un air penaud.

-Ne dites pas ça, voyons. De toute façon, je ne le dirai à personne. Promis. J'irai même en faire le sermon devant l'autel de votre église, s'il le faut!

Malgré son désarroi, Duo éclata de rire. Décidément, cette jeune femme lui était très sympathique.

-Cela ne sera pas nécessaire, merci quand même. Moi-même, je ne fais pas ça quand je dois promettre quelque chose… Bon, à la prochaine, mademoiselle Hilde.

-À bientôt, monsieur Duo!

Ils se saluèrent et Duo partit. Il dit bonjour à la réceptionniste, qui, échevelée et visiblement essoufflée, lui répondit par un vague signe de la main. Ça n'était pas sa place ici, à l'évidence. Mais parfois les gens ont leur raison.

En sortant de la bâtisse, Duo se questionna sur ses propres raisons. Pourquoi avait-il voulu devenir prêtre? Il avait beau croire en Dieu, cela ne dépassait pas les croyances d'un simple paroissien. Il priait, certes, mais ne s'adonnait pas à presque tous ce que la bible disait. Par exemple, il serait incapable d'affirmer que la femme a moins de valeur qu'un homme. Il serait incapable de dénier les croyances d'un bouddhiste ou d'un juif. Le père Pivot lui avait dit qu'il était juste trop gentil. Duo en doutait. Il méprisait un peu cette gentillesse. Pas qu'il aimerait être méchant, mais il se trouvait mou et hypocrite, que ce soit lorsqu'il souriait ou lorsqu'il prêchait. Cette pensé le démoralisa. Encore une fois, pourquoi prêtre? Il aimait bien ce métier, mais quand même, pas à l'excès. Ça avait même plutôt tendance à le complexé.

Duo tourna un coin. Il songea au père Maxwell. Lorsqu'il était jeune, le vieil homme avait été comme un père pour lui. Toujours tendre, il n'imposait jamais de restriction sur quoi que ce soit. Il était, bien entendu, un peu moralisateur, mais il cédait aux moindres caprices de Duo. Il n'avait de cesse de dire que l'innocence et la pureté d'un enfant étaient les plus belles valeurs qu'il aurait pu trouver. C'est à cette époque que Duo avait commencer à se laisser pousser les cheveux, juste pour embêter son mentor. Même après l'incendie, il avait continué à les laisser pousser, par habitude. S'il les coupait, ce serait une petite trahison envers la complicité qu'il avait eu avec le père Maxwell… Dieu protège son âme.

Duo se sentit soudainement agrippé et attiré vers l'arrière. Un énorme camion lui fila sous les yeux à une vitesse folle. Ébahi, son cœur manqua un battement et Duo sentit ses jambes devenir flasque. Heureusement, quelqu'un le retenait par l'arrière. Il tourna la tête, tremblant, et croisa un œil vert d'une profondeur démesuré. L'homme le lâcha et il manqua de s'écrouler.

-Voilà pourquoi les songes peuvent être meurtriers. On s'y perd une fraction de seconde, aux limites du monde réel, et on se fait fauché par un bus. Vous avez eu de la chance que j'ai eu l'œil alerte…

Le ton était nonchalant, mais très arrogant. Duo fronça les sourcils et tâcha de sourire quand même.

-Ah, oui, mer…

-Ne me remercier pas. Je ne l'ai pas fait pour vous.

-Pardon?

-Je l'ai fait pour éviter que les médias n'ait une autre carcasses à dévorer, vautour qu'ils sont…

Duo dévisagea l'homme. Trentaine, très grand, mince. Trop mince. Des cheveux qui lui cachait l'œil gauche. L'autre qui le toisait avec insolence. Duo décida qu'il ne l'aimait pas. C'était rare qu'il n'aimait pas quelqu'un juste en le regardant. Car, les propos ne le gênaient pas plus que l'apparence et l'aura que l'homme dégageait. De plus, il l'avait déjà vu quelque part. Certainement pas à l'église…

-Eh bien, les anti-média vous en seraient très reconnaissants… Veuillez m'excuser…

Duo traversa, cette fois en regardant des deux côtés. Il ne se retourna pas pour apercevoir la lueur calculatrice passer dans l'œil apparent de l'inconnu.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

-Eh bien, j'ai réussi à poster le second chapitre. C'est un jour heureux, j'imagine…