En se réveillant au petit matin, Hermione était persuadée d'avoir rêvé l'entrevue de la veille, elle était même presque certaine de s'être couchée avant que tout cela ne se produise. Pourtant les clefs étaient là, bien en évidence sur sa table de nuit, à l'endroit précis où elle se rappelait les avoir posées le soir précédent. Peut-être était-elle somnambule après tout. En ce cas, elle serait en effet descendue dans les cachots pour y prendre le trousseau, ce qui expliquait la présence de ce dernier. Mais un doute subsistait cependant, était-elle allée dans le laboratoire, avait-elle ramassé les clefs après un moment d'égarement, un rêve éveillé ? S'y était-elle rendue en dormant, ou dernière possibilité, très improbable, mais qu'elle retenait tout de même : Avait-elle réellement vu Snape ?
La jeune fille n'aurait su dire quelle était la vérité parmi toutes ces pensées se mélangeant dans sa tête. Elle secoua la tête pour remettre un peu d'ordre dans ses idées, elle avait du travail devant elle et, plus tôt elle s'y mettrait, plus tôt elle aurait terminé. Puis, avec des gestes purement mécaniques, elle enfila un jean et un pull, avant de décider qu'elle ne serait pas en état de continuer ses expériences sans une grande tasse de café bien noir. Trop confuse pour retrouver le chemin des cuisines, où elle avait pris l'habitude d'aller chercher à manger, loin du bruit et des autres habitants du château, elle suivit le chemin du seul endroit dans tout Hogwarts où elle aurait pu se rendre les yeux fermés. Ce qu'elle fit en partie d'ailleurs, seul Peeves l'empêcha de se rendormir en marchant, il avait de toute évidence envie de se défouler de quelque chose.
- Ey, Marmotte Granger ! L'interpella-t-il.
Mais elle n'eut aucune réaction, du moins en apparence, car elle laissa glisser sa baguette magique dans sa main. Mais l'esprit frappeur, n'y faisant pas attention, continua à lui tourner autour, en la bousculant et en tentant d'imiter le sifflement de la marmotte. Il le regretta bien vite et, la langue collée au palais, s'enfuit aussi vite qu'il le pouvait dans la direction opposée à la marche de la jeune fille. Cette dernière rangea sa baguette et maugréa, à l'encontre de Peeves, des imprécations qui dépassaient en grossièreté tout ce que ses amis l'avaient jamais entendu dire.
Son entrée dans la Grande Salle fit sensation et, à peine était-elle apparue sur le pas de la porte que toutes les conversations s'arrêtèrent. Comme personne ne la voyait jamais, certains enseignants avaient commencé à penser qu'elle avait déserté le château. Peu à peu, elle traversa toute la salle. Ses pas résonnaient sur le sol tandis qu'elle s'approchait de la table des professeurs où bon nombre de places, notamment celles de Snape et de Hagrid, étaient vides. Une chaise n'aurait pas dû être là normalement, mais l'esprit embrumé d'Hermione n'y prêta pas attention et elle se laissa tomber plutôt qu'elle ne s'assit sur le premier siège à sa portée.
- Hermione ! Ça me fait plaisir de vous voir enfin de retour parmi nous ! L'accueillit chaleureusement le professeur Slughorn. Et j'espère que...
Un regard vide lui coupa la parole, et Hermione marmonna quelque chose qui ne ressemblait à rien et dont le seul mot compréhensible était « Café ». L'enseignant en potions (1) s'empressa de remplir la tasse de son élève dont elle s'empara quelques instants plus tard, et qu'elle vida d'une seule traite. Puis, toujours sans un mot pour qui que ce soit, elle s'empara de la cafetière et se versa elle-même trois autres tasses qui suivirent le même chemin que la première. Enfin, ayant ingurgité assez de café pour réveiller l'Aï (2) le plus fatigué du monde, elle se leva, se saisit d'une tranche de pain qui traînait toute seule dans un panier presque vide et sortit. Personne n'avait soufflé mot durant les très courtes dix minutes où elle avait été présente, excepté Horace Slughorn, et ce fut à nouveau lui qui brisa le silence.
- Je ne sais pas pour vous, mais sans la voix, j'aurais pensé que Severus s'était infiltré dans le château en usant de polyjuice potion.
Mais sa blague resta sans effet, peut-être parce qu'elle ne reflétait que trop bien les pensées de chacun, mais peut-être aussi parce que personne n'avait utilisé le prénom de l'homme depuis la mort de Dumbledore. On l'appelait tout simplement « Snape » ou encore « le traître ».
- Pensez-vous qu'il soit normal qu'elle se renferme autant ? demanda Flitwick de sa voix flûtée au professeur McGonagall.
Celle-ci réfléchit un instant avant de répondre à son collègue.
- Je ne sais pas trop, admit-elle, mais je crois qu'il ne s'agit de rien de grave, elle est juste très choquée, ajouta-t-elle avec un sourire.
Mais ce sourire, autant que sa voix, sonnait faux, elle ne croyait pas du tout à ce qu'elle disait, mais espérait vraiment que son élève ne porterait pas ce genre de cicatrices affectives toute sa vie.
- Il faut admettre qu'il y a du progrès, fit remarquer le professeur Sprout, ce matin elle est venue ici pour déjeuner. C'est plutôt encourageant, et cela montre bien qu'elle commence à rechercher un peu de contact humain...
- A voir sa tête, l'interrompit Hooch en agitant dangereusement sa tasse de thé au-dessus du chocolat chaud brûlant de sa collègue, je dirais plutôt qu'elle était trop fatiguée pour se rappeler le chemin des cuisines...
Aux environs de midi, un elfe de maison se rendant aux cuisines eut l'occasion de voir un évènement qui ne s'était pas produit depuis plusieurs années : Minerva Mc Gonagall, ex-directrice des Gryffindors et actuelle directrice du collège d'Hogwarts, descendit les escaliers qui menaient aux cachots dudit collège. Quelques minutes plus tard, la sorcière frappa doucement à la porte du laboratoire de potions, où sa protégée avait établi son QG d'études.
- Miss Granger... dit-elle après s'être éclairci la voix.
Mais son appel resta sans réponse, et la porte ne s'ouvrit pas, en fait, aucun bruit ne pouvait laisser supposer qu'une quelconque vie existait derrière le lourd panneau de bois. Malgré cela, de l'intérieur, Hermione avait entendu l'enseignante, mais elle était occupée à étiqueter des bocaux destinés à l'infirmerie. De toute manière, se disait la jeune fille, elle avait déjà fait un effort convenable ce matin, en participant au petit-déjeuner. Et puis, elle estimait avoir vu assez de monde pour la journée... enfin... la semaine... le mois peut-être, ce qui n'était apparemment pas l'avis de la directrice. Cette dernière ouvrit la porte après avoir attendu suffisamment longtemps pour en conclure que son élève n'interromprait pas son travail pour lui répondre.
- Miss Granger, je voulais vous avertir que vos amis sont en route, et qu'ils nous rendrons visite dès ce soir.
Ce qui était, bien évidemment un mensonge, la vieille femme leur avait simplement demandé de venir très rapidement au château, car, avait-elle écrit, elle s'inquiétait terriblement au sujet d'Hermione et il serait plus que temps de mettre au point leur projet au plus tôt, avant qu'il ne devienne impossible à réaliser.
- Mes amis ? répliqua celle-ci en levant le nez de son ouvrage pour planter son regard dans celui de l'animagus. Je suis navrée professeur, mais je ne vois absolument pas de qui vous voulez parler.
Son ton était léger, trop léger décida Minerva, et elle saisit l'insolente par le bras pour la mettre face à elle, manquant de renverser un bocal de potion contre les brûlures magiques.
- Je vous parle de vos amis, Miss Granger, Messieurs Potter et Weasley ainsi que Miss Weasley, cela fait bientôt trois semaines que vous ne répondez à aucun courrier de leur part, et ils s'inquiètent sérieusement.
Hermione dégagea son bras, une lueur de défi dans les yeux et recommença son étiquetage pour Mrs Pomfrey.
- Et ? demanda-t-elle, je ne vois pas en quoi cela me regarde... professeur.
- Et je me demandais si vous alliez dîner avec nous ce soir, pour voir vos amis...
- Non ! la coupa la jeune fille en se saisissant d'un autre bocal.
L'enseignante ouvrit de grands yeux tout ronds, qui paraissaient particulièrement ridicules derrières ses lunettes, puis elle déglutit et demanda :
- Mais... co...comment ça « non » ?
L'élève, excédée de devoir à nouveau s'interrompre dans son travail, posa lentement la bouteille qu'elle tenait à présent et se tourna avec la même lenteur vers le professeur McGonagall.
- Est-ce que vous voulez que je vous fasse un dessin ? Non ! Comme dans : « Non, je n'en vois pas l'intérêt » ou « Non, je n'en ai aucune envie » ou encore « Non, j'aimerais bien finir cet étiquetage avant la prochaine pleine lune ! »
La directrice la regarda d'un air choqué, et celle-ci reprit son ouvrage, comme si l'enseignante était déjà sortie. Mais, comme celle-ci ne semblait pas décidée à s'en aller, Hermione soupira longuement et, sans quitter son travail des yeux cette fois-ci, elle demanda :
- Vous cherchez peut-être un panneau pour vous indiquer la sortie, ou pensez-vous que vous arriverez à vous en sortir toute seule ?
La vieille sorcière laissa échapper un « oh » indigné, mais s'en fut, en fermant tout de même la porte avec autant de délicatesse qu'il lui était possible, fit quelques pas dans le couloir que l'élève accueillit avec joie. Mais après moins de dix secondes (3), elle revint sur ses pas et se planta devant la jeune fille.
- Je vais vous dire cinq chose d'une grande importance, aussi j'aimerais que vous m'écoutiez attentivement : Premièrement, je n'accepte pas que vous me parliez sur ce ton. Deuxièmement, si vous avez peur de manquer de temps pour votre travail, je vous rappelle que vous avez décliné, et ce à plusieurs reprises, l'aide du professeur Slughorn qui vous l'avait proposé avec beaucoup de tact. Troisièmement, je vais avertir vos amis afin qu'ils ne viennent pas ce soir, mais ne vous réjouissez pas trop vite car : Quatrièmement je déplace ce repas d'une semaine, et vous êtes priée de vous présenter au Hall à sept heures trente « précises ». Et enfin, cinquièmement, si vous n'êtes pas à l'heure, nous viendrons avec grand bonheur vous tenir compagnie dans vos cachots lugubres que vous semblez préférer depuis quelques temps à la lumière du soleil.
Elle eut un sourire forcé, et sa protégée ne dit pas un seul mot, retombant dans son mutisme habituel, le seul signe qu'eut la directrice pour lui signifier qu'elle avait tout entendu fut un hochement de tête. Elle ressortit de la pièce en refermant la porte, mais avec un peu plus de sécheresse cette fois-ci.
Hermione finit de coller les trois étiquettes qui orneraient les trois derniers bocaux de Poussos et frappa du poing sur la table. D'abord ses parents, puis ses amis, et enfin cette vieille bique qui tentait de lui faire faire ce qu'elle voulait quand elle le voulait. Ah non ! Ça n'allait pas se passer comme ça ! Elle eut un sourire machiavélique en pensant à tout ce qu'elle allait leur faire endurer. Alors comme ça ils voulaient la voir, et bien elle leur ferait passer cette envie à jamais !
Les deux jours qui suivirent, la Gryffindor revint prendre son petit-déjeuner à la sauvette, avec, à chaque fois, une mine un peu moins fatiguée que la fois précédente. Elle se bourrait de café, et grignotait un toast en descendant les escaliers qu'elle connaissait à présent par cœur. Certains professeurs, comme Sprout, Vector et Flitwick, voulurent prendre cette attitude comme un début d'amélioration dans le comportement de la jeune fille. Mais d'autre, comme Hooch et MacGonagall étaient plutôt inquiets, cela ne leur disait rien de bon. Leur inquiétude se révéla être fondée lorsque, le troisième jour, Hermione entra, elle était vêtue de longues robes noires qui virevoltèrent autour d'elle tandis qu'elle s'avança entre les tables. Cette apparence leur rappela à tous, et cela avec un certain malaise, un de leurs anciens collègues...
(1) hmm... faudrait peut-être que Hogwarts rouvre ses portes pour qu'on puisse parler d'enseignant... enfin...
(2) Vous ne savez pas ce que c'est ? Moi non plus je ne savais pas... avant de chercher dans le dictionnaire... Pour les paresseux, cet animal en est justement un.
(3) C'est long dix secondes, essayez de compter une fois pour voir tout ce qui se passe en dix secondes...
