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L'interpellée se retourna et vit les traits tirés de l'ex-enseignant.
- Vous pouvez parler, répondit-elle, on dirait que vous sortez d'un tombeau.
Elle lui sourit et il eut une ébauche de sourire durant un bref instant avant de redevenir sérieux.
- Il faut absolument que vous acceptiez de voir vos amis demain, c'est extrêmement important...
Elle se retourna, l'air buté, ainsi lui aussi voulait qu'elle les voie, il était bien comme les autres...
- Regardez-moi quand je vous parle, Miss Granger ! ordonna-t-il en la tirant soudainement par le bras pour la remettre face à lui.
Hermione laissa échapper malgré elle un cri de douleur et pâlit brusquement tout en sentant perler une larme au coin de ses yeux. Sans le vouloir, l'homme l'avait saisie par son bras blessé, avec une lueur d'incompréhension dans le regard il murmura :
- Qu'avez-vous encore fait, petite fille stupide ?
Il avait l'air inquiet, mais la poussa néanmoins sans ménagement hors de la salle de bain vers sa chambre et la fit asseoir sur un côté du lit. La jeune fille était en pleurs, mais une alarme sonna tout de même dans sa tête et elle fit mine de vouloir se relever. Quand il vit cela, Snape appuya sur son épaule pour la faire se rasseoir tout en maugréant.
- Restez tranquille.
C'est seulement alors qu'il vit le regard de chiot apeuré qu'elle lui lançait à travers son flot de larmes et il s'arrêta de fouiller dans une des armoires pour la regarder dans les yeux.
- Je sais que je suis un tueur et que vous n'avez aucune raison de m'accorder votre confiance, mais si je vous jure que je ne vous ferai aucun mal, vous tiendrez-vous tranquille ?
Il s'était mis à sa hauteur pour lui parler et Hermione reprit confiance. Après un reniflement, elle hocha la tête. Plongée dans ses larmes, elle ne vit pas le semblant de sourire d'encouragement qu'il eut en remontant la manche de la jeune fille. Il lui demanda de le prévenir s'il lui faisait mal. Il palpa le bras quelques instants et la voyant grimacer il diagnostiqua :
- Bras cassé, et pas qu'un peu ! Comment diable avez-vous fait pour subir un choc aussi fort ? demanda-t-il en sondant son regard.
Elle marmonna quelque chose mais il l'interrompit :
- Parlez plus fort et plus distinctement, Miss Granger, les professeurs Slughorn et Mc Gonagall admettent peut-être ce genre de réponse, mais moi pas !
- J'ai sauté depuis le septième étage et je me suis pris un escalier ! Cria-t-elle entre deux sanglots, ça vous va comme réponse ?
Sans un mot, Snape se leva et sortit de la pièce. Au moment où elle se demandait s'il n'était pas parti pour de bon, il revint avec un flacon à la main. La jeune fille fit la grimace en reconnaissant la potion.
- Oui, je sais, fit-il froidement en voyant sa mine, ça a un goût affreux, mais vous y réfléchirez peut-être à deux fois avant de sauter la prochaine fois.
Avec un air de défi, elle prit la bouteille qu'il lui tendait et l'avala d'un trait. Aussitôt, elle sentit une déchirure sur son bras et sut que la potion faisait effet, mais elle ne laissa transparaître qu'une légère crispation sur son visage. Elle se sentit soudain très faible, bien que résolue et voulut savoir :
- Pourquoi est-ce si important pour vous que je voie mes amis ?
Il lui jeta un regard suspicieux, puis pensif.
- Bien sûr, fit-il, ça pourrait tout expliquer... murmura-t-il avant de hausser le ton, suivez-moi.
Ils prirent l'un après l'autre le passage qui menait à son bureau et il l'installa dans le fauteuil tandis que lui-même restait debout.
- Miss Granger, commença-t-il, le professeur Mc Gonagall vous a-t-elle dit pourquoi vos amis devaient venir au château ?
Hermione secoua la tête négativement.
- Hm, je vois, fit-il en passant sa main dans ses cheveux, l'air ennuyé. Voyez-vous, il y a de fortes chances pour qu'elle vous demande de faire un quadruple Fidelitas.
Hermione fronça les sourcils, cela voulait dire que...
- Je vois que vous comprenez vite. Cependant, avec votre attitude fermée, vous lui rappelez désagréablement ... quelqu'un et, par votre comportement, vous semblez cacher quelque chose de très lourd à porter.
- Je ne veux pas leur parler, commença-t-elle, ils ne comprennent pas que...
Brusquement sa voix s'éteignit d'elle-même. Snape leva son regard vers elle, attendant une suite qui ne vint pas.
- Je ne veux pas le savoir, il FAUT que vous participiez à ce sort ! dit-il en passant et en repassant devant elle.
- Et pourquoi est-ce si important, professeur ?
Il s'arrêta et lui jeta un regard étrange, était-ce parce qu'elle lui avait donné son ancien titre ou parce qu'elle ne comprenait pas ce qu'il voulait dire ?
- Parce que tant que Potter sera en vie, le monde sorcier aura une ancre à laquelle accrocher son espoir et que le sommeil de Voldemort en sera troublé. Répondit-il d'une voix calme et posée.
- Et vous appréciez tant que ça de lui servir de nounours ? demanda-t-elle, méprisante, en se rappelant tous les bruits qu'elle avait entendu sur les death-eaters.
Snape pâlit de rage et elle de peur, elle l'avait stupidement provoqué, lui, un meurtrier notoire.
- Je ne sais pas ce que votre petite tête d'adolescente bourrée d'hormones a bien pu imaginer, et d'ailleurs je ne veux pas le savoir, cracha-t-il, mais je ne suis pas, n'ai jamais été et ne serai jamais le « nounours » de Voldemort, plutôt mourir.
- Vraiment, fit-elle ironique en se disant que de toute manière elle allait mourir, alors pour un peu plus ou un peu moins, j'ai pourtant cru comprendre que vous étiez plutôt en faveur depuis la mort de Dumbledore.
Il fit quelques pas pour s'éloigner d'elle et serra les poings à s'en faire blanchir les jointures, et Hermione vit qu'il jetait un regard à ses notes avant de revenir près d'elle.
- Je suis en effet rentrée en faveur, commença-t-il doucement, mais pas de la manière dont vous l'imaginez. Faveur qui, par ailleurs, m'a permis de demander la plus stupides des choses, et la plus inutile, je m'en rends bien compte à présent.
Il fit quelques pas vers la cheminée.
- Vous l'a-t-il accordée ? demanda Hermione
Il s'arrêta, mais sans se retourner vers elle.
- Oui.
Un pas, deux pas, trois...
- Et c'était ?
Pas de réponse, mais il avait à nouveau stoppé.
- Qu'est-ce que vous lui avez demandé ? insista-t-elle.
Il baissa la tête et, se tournant à demi, il répondit d'une voix rauque :
- Votre grâce...
Avant qu'il ait pu avancer d'un demi-milimètre de plus, elle avait bondi hors du fauteuil et lui tenait le bras.
- Restez... implora-t-elle, j'ai besoin de votre aide...
A ces mots, il se tourna entièrement vers elle, et son masque d'impassibilité fondit pour révéler son étonnement.
- Besoin de moi, laissa-t-il tomber avec un sourire triste, la dernière personne qui ait eu besoin de moi est morte de ma main...
- Ne dites pas ça, le coupa-t-elle, et si besoin de votre aide, ce n'est pas pour sauver le monde, c'est pour vous ressembler le plus possible et je vous interdis de m'interrompre. Je vais faire leur Fidelitas, soit, mais je vais aussi faire passer à mes amis l'envie de me voir, ajouta-elle très vite en se mettant face à lui pour lui barrer la route. Et de toute façons, finit-elle en mettant les poings sur les hanches, si vous refusez, je vous amène à Mc Gonagall !
Elle avait dit tout cela très vite et d'un ton décidé, ce qui fit qu'elle se trouva décontenancée quand Snape se mit à rire.
- Eh, quoi, ce n'est pas une blague ! fit-elle furieuse.
- Ce n'est pas cela, rit-il, mais comment comptez-vous me maîtriser sans baguette ?
- Rien à foutre, râla-t-elle, je vous assommerai à mains nues s'il le faut.
Snape maîtrisa son rire et croisa les bras en la regardant dans les yeux, à nouveau Hermione crut se trouver face au parrain de Harry.
- Allez, c'est d'accord, je vais vous aider à devenir aussi ignoble que moi, mais à une condition... lâcha-t-il, que vous m'expliquiez comment et pourquoi vous vous êtes jetée du septième étage...
Hermione se mit donc à raconter tout se qui s'était produit durant la dernière heure et, ce faisant, elle remarqua que Snape s'était assis sur le bureau et qu'il jouait avec la bague. Elle n'y prêta pas autrement attention, mais se promit de lui en demander l'origine à l'occasion. Quand elle en arriva au passage où elle échappait à Slughorn, il se rembrunit.
- Il vous a demandé d'où vous tiriez ce livre ?
- Oui, répondit-elle en ne comprenant pas pourquoi il attachait autant d'importance à un si petit détail.
- Je vais devoir vous demander de mettre ce livre dans le laboratoire de potions. Quoique, connaissant Horace et Minerva, ils doivent déjà avoir compris, ajouta-il à mi-voix. Peu importe, reprit-il plus fort, faites-le quand même au cas où...
Lorsque la jeune fille eut terminé son histoire, elle bâilla longuement et regarda sa montre, il était plus de 11 heures.
- Je crois que je vais aller me coucher, soupira-t-elle en se levant et en se dirigeant vers la porte.
Mais Snape la rattrapa par le bras gauche et elle nota au passage avec satisfaction que la douleur s'était nettement atténuée.
- Surtout pas, lui intima-t-il, Minerva doit avoir posté quelqu'un devant votre chambre, à peine apparaîtrez-vous au bout du couloir que vous serez interrogée sur vos actes et paroles.
Hermione s'arrêta et le fixa.
- Et vous voulez que je fasse quoi moi ? Que je dorme ici ? Dans vos appartements secrets dont personne ne soupçonne l'existence ?
Il relâcha sa prise, paraissant soucieux, ou tout du moins pensif, cherchant une solution à l'impasse qui se présentait à eux. Elle ne pouvait pas remonter, sans quoi Mc Gonagall lui demanderait de se justifier, mais elle ne pouvait pas décemment dormir là. Hermione poussa un soupir, mi-las et mi-exaspéré, il n'y avait pas de solution. Cependant, lorsqu'elle reporta son attention sur le maître de potions, elle vit que son visage s'était éclairé, il avait trouvé. Il reprit son bras et la traîna à travers le passage, toujours sans un mot, puis il lui demanda :
- Possédez-vous une cheminée dans votre chambre, Miss Granger ?
- Euh... je crois, oui... répondit-elle en revoyant plus nettement le foyer face à son lit.
Mais, se dit-elle soudain, si la cheminée de Snape était raccordée, comment se faisait-il que la directrice d'Hogwarts n'ait pas pensé à l'utiliser pour entrer chez lui ? Snape dut comprendre à quoi elle réfléchissait.
- J'ai utilisé un « EspoVen » , expliqua-t-il, en vérité c'était Dumbledore qui...
Il ne finit pas sa phrase, mais Hermione ne lui en tint pas rigueur. Son cerveau était entré en ébullition, elle avait vu ce sortilège dans un des livres de l'homme, mais elle ignorait qu'il puisse s'appliquer à une cheminée. En revanche, elle ne savait pas comment le jeter car aucune explication n'était inscrite en-dehors, bien sûr, de la formule. Elle le lui dit, s'attendant à un éclaircissement, mais pour toute réponse, il lui saisit la main gauche qu'il posa à plat sur les pierres de la cheminée et il posa également la sienne avant de sortir sa baguette.
- « Soli possumus venire », murmura-t-il, et Hermione sentit une douce chaleur remonter le long de sa main.
- Désormais, reprit-il, nous sommes les seuls à pouvoir utiliser cette cheminée. Revenez demain par la même route et je vous enseignerai la meilleure façon de déplaire à vos amis.
Il sourit, et la jeune fille se prit à penser qu'ainsi il ressemblait étrangement à Sirius. Peut-être la ressemblance aurait été plus frappante s'il n'avait pas été si maigre et négligé. En effet, il portait une vieille robe tirant sur le gris rapiécée en plusieurs endroits et on pouvait voir poindre une légère barbe sur son visage émacié. Lui qui ne se présentait en face de ses élèves que toujours impeccablement vêtu et rasé de près faisait penser à un prisonnier en cavale.
- Vous vous endormez déjà il me semble, la coupa-t-il dans ses réflexions.
Elle hocha la tête, prit une pincée de poudre dans un bol qu'il lui tendait et regagna sa chambre dans un tourbillon de flammes vertes.
