Chapitre 2
Venant de Godric's Hollow, Harry et ses deux amis avaient transplané devant le portail de Poudlard. Ron et Hermione se rendirent dans leur chambre personnelle pour prendre un peu de repos en toute intimité : les trois derniers jours avaient été assez agités. Il était midi. Harry s'était arrêté devant la Grande Salle. Il regarda avec tristesse les huit portraits animés posés au bout des quatre longues tables : un garçon et une fille de chaque maison, tous jeunes, beaux et blonds, tous Sangs Purs. Ou étaient-ils maintenant ?
Il leva les yeux vers la table des professeurs et ne vit ni Remus Lupin ni Minerva McGonagall. Mais Blaise Zabini lui fit signe de l'attendre. Il était assis à la table des Serdaigles prés de sa nouvelle petite amie Mandy Brocklehurst. Il vint vers Harry en lui faisant un grand sourire.
« Content de te voir. Qu'est-ce qui t'amène ? Tu as de bonnes nouvelles ?
--Oui, je dois voir tout de suite le professeur Lupin et la directrice.
-- Le professeur n'est pas là. Il est apparu ce matin dans la cheminée de notre salle commune. Heureusement, Théodore n'était pas encore descendu en cours. Il a dit qu'il était très fatigué après sa nuit de Loup Garou. Il reste au Q G de l'Ordre et ne rentrera que demain matin. Il a demandé à ce que Greg et Vince le rejoignent, il avait une mission à leur confier. Vince vient de rentrer, il est dans le bureau de McGo.
--Je les rejoins. Je te vois ensuite.
-- Vous restez quelques jours ? Pansy voudrait parler à Hermione et Théo doit voir Ron à propos d'une nouvelle stratégie.
-- Nous restons deux ou trois jours sans doute. Nous avons de bonnes nouvelles. Nous avons reçu un renseignement qui semble fiable pour orienter nos recherches.
-- Toujours votre informateur secret ?
--Oui. Il est précieux. J'aimerais le connaître. Il prend beaucoup de risques pour nous aider. A tout à l'heure. »
Harry se dirigea vers le bureau de la directrice. Il montait l'escalier tournant quand il entendit la voix de Vincent.
« … Il nous a demandé de le conduire au Terrier.
--Et Molly n'a rien dit en le reconnaissant ?
-- Elle a failli le tuer. Mais ça ne peut pas être lui. Il est dans un état épouvantable. Il n'a même pas ouvert les yeux.
--Si Harry l'apprend….
--Qu'est-ce que je ne dois pas apprendre ? »
Harry venait d'entrer dans le bureau, sans même penser à frapper à la porte. La directrice et Vincent se figèrent, il y eut un instant de silence puis le Serpentard devint tout pâle. Il bégaya :
« Rien …Rien …Le professeur Lupin m'a dit …
--QUOI ? QUI EST AU TERRIER ? »
Les petits objets posés sur le bureau et sur les étagères se mirent à vibrer. La nouvelle magie de Harry se manifestait. Elle était apparue après son dix-septième anniversaire, après la tragédie. Il n'avait plus besoin de baguette magique. La puissance sourdait de tout son corps Il vibrait lui aussi et une aura brillante commençait à l'envelopper. Mais il avait appris à se maîtriser. Il regarda ses vis-à-vis stupéfaits, respira profondément et répéta :
« Qui avez-vous emmené au Terrier ? »
Il était difficile de résister au Survivant, à l'Elu quand il manifestait sa nouvelle puissance. Vincent regarda la directrice puis parla à voix basse en baissant les yeux :
« Le professeur Lupin a ramené au Q G un jeune homme blessé, torturé plutôt. Il l'a trouvé dans les cachots de la Forteresse Sombre. Il y est allé hier pour la nuit des Loups-Garous. Il espérait avoir des renseignements sur les huit élèves enlevés par Vous-Savez-Qui. Ce blessé ressemble à … Mais ce ne peut pas être lui … Il n'a aucun pouvoir magique … On dirait un Moldu … Il est mourant … Il a été attaqué par un loup-garou … Son dos n'est plus qu'une plaie …
-- QUI EST-CE ?
--Dra .. Draco … Ma .. Malfoy … »
Il y eut un long moment blanc. Harry tentait de dompter sa magie qui lui échappait mais il n'y parvenait pas. Il partit en courant, sortit du château, franchit le portail, visualisa l'écriteau et transplana.
Madame Weasley venait de redescendre de la chambre avec le plateau à thé quand elle entendit le signal à la porte. Elle eut un instant de panique quand elle reconnut la voix qui disait « Griffondor ». Harry … Que faire ? Elle ouvrit et tendit un bras pour l'arrêter mais n'y parvint pas. Il s'était déjà précipité en haut et ouvrait toutes les portes. Dans la chambre de Percy, il vit enfin ce qu'il cherchait. Il hurla :
« MALFOY ! »
Grégory se leva et recula. Madame Weasley s'arrêta à la porte. Aucun des deux ne toucha Harry. Ils savaient que, dans l'état où il était, par ce simple contact, il les projetterait sans le vouloir contre les murs de la chambre. Il rayonnait de force, sa voix était puissante, ses yeux verts lançaient des éclairs. Il leva le bras et tendit la main vers le lit, vers le visage blanc qui reposait sur l'oreiller. Des étincelles crépitaient au bout de ses doigts.
Il hurla de nouveau : « MALFOY ! » Il se passa alors quelque chose de bizarre : le blessé sursauta, ses joues se colorèrent, il eut un sourire émerveillé et il s'écria d'une voix joyeuse : « HARRY ! » Ses paupières palpitèrent comme s'il s'apprêtait à ouvrir les yeux. Mais Harry, aveuglé par la fureur, ne remarqua rien. Il cria encore :
« DEBOUT,MALFOY ! TOI, TU PEUX TUER UNE PERSONNE A TERRE. PAS MOI ! OUVRE LES YEUX ET RELEVE-TOI ! »
Le blessé répéta plus doucement : « Harry ! » et dévoila des yeux gris bleu au regard étonné. Il vit en face de lui un Ange redoutable auréolé de lumière et sentit sa volonté destructrice. Aussitôt, la couleur déserta son visage, il eut l'air terrorisé, leva faiblement son bras droit comme s'il voulait se protéger d'un sort mortel et murmura :
« Non, non … Harry, je t'en prie … non, ce n'est pas moi …je t'en supplie, Harry …ne me tue pas … ce n'est pas moi … écoute-moi … s'il te plaît, Harry … »
Ce ne fut pas la voix faible qui frappa Harry et lui fit baisser le bras mais les mots. Il n'avait jamais entendu Malfoy supplier. Il l'avait entendu se moquer, plastronner, mépriser mais supplier jamais. Il tenta de se maîtriser, respira profondément et ne bougea plus. Son aura diminua, les étincelles cessèrent de crépiter au bout de ses doigts. Mais son visage resta fermé et son regard dur. Il y eut un long moment de silence. Les deux spectateurs, à la fois terrifiés et stupéfaits, étaient immobiles et muets.
Le blessé parla de nouveau : « Harry, je te le jure, ce n'est pas moi qui commets ces crimes … Je suis prisonnier depuis … je ne sais plus … longtemps... Il m'a pris ma magie … V Vol Voldemort ... Il me torture ... »
Harry l'arrêta d'une voix coupante : « Qui es-tu ? » La voix tremblante répondit : « Draco Malfoy ».Aussitôt, Harry releva sa main et derrière lui, deux baguettes magiques apparurent. Le blessé eut l'air infiniment triste, il soupira, ferma les yeux et attendit le sort mortel. Mais Madame Weasley dit : « Harry, nous devrions attendre Remus. »
Et parce que c'était elle qui avait perdu sa fille, que c'était elle qui intercédait en faveur du blessé, Harry céda. Il ne lança pas le sortilège vert. A la place, un rayon bleu, un puissant sort de profond sommeil, sortit de sa main et enveloppa le jeune homme allongé. Il dit d'une voix dure :
« Je te tuerai demain. DORS MALFOY ! »
