Dors Draco
Tout appartient à Sa Majesté J.K.R. … Bravo !
Un proverbe grec pour la route : Un beau visage est un avantage préférable à toutes les lettres de recommandation. Aristote.
Chapitre 4
Le soir, Harry avait révélé à ses amis la présence de Malfoy au Terrier. La réaction de Ron avait été violente et Hermione avait eu beaucoup de mal à le faire patienter jusqu'au lendemain. En ce froid matin de décembre, ils étaient de nouveau devant la porte et son écriteau, en compagnie de Crabbe et Goyle, venus soutenir leur ancien camarade Serpentard en cas de besoin. Ils trouvèrent le professeur Lupin assis à la table de la cuisine. Celui-ci demanda à Harry de lever le sort de sommeil qui pesait sur Malfoy. Lui-même n'y était pas parvenu, la magie de l'Elu était maintenant plus forte que la sienne. Madame Weasley. toujours généreuse, voulait que le blessé prenne un petit déjeuner et se prépare avant la confrontation. Harry obéit de mauvaise grâce, encouragé en cela par Ron, qui ne décolérait pas.
Remus en profita pour leur expliquer comment il avait trouvé Malfoy évanoui et en piteux état dans les cachots souterrains de la Forteresse Sombre. Greyback, le plus terrible des Lycanthropes, y réunissait en cette nuit de pleine lune de nouveaux Loups-Garous adeptes du Maître des Ténèbres pour une nuit de ripailles et de débauche. Il avait promis la présence de Femmes Louves et assurait que le Lord Noir lui-même viendrait recevoir l'hommage de ses fidèles. Remus avait pris la potion Tue-Loup qui lui permettait de rester lucide au milieu des autres, le professeur Slughorn savait maintenant la préparer. Il y ajoutait une potion de Force qui lui donnait une apparence redoutable. Dès qu'il avait pu pénétrer dans la Forteresse, il avait rôdé dans les souterrains à la recherche d'indices sur les enfants enlevés pendant les vacances. Aucun des gardes Mangemorts n'était présent, ils avaient trop peur de se faire attaquer par un des Lycanthropes.
Plusieurs prisonniers étaient enfermés dans des cellules fermées par une grille. Remus avait été stupéfait de reconnaître dans l'une d'elles Draco Malfoy, le Renégat. N'ayant rien trouvé d'intéressant sur les enfants, ne pouvant monter dans les étages supérieurs dont les portes étaient bloquées, il avait pensé que le jeune homme pourrait donner de gré ou de force de précieuses indications. De toute façon, il était recherché mort ou vif par tous les Aurors du Ministère. Au petit matin, il avait repris son apparence humaine. Il se transformait dès que la pleine lune se couchait alors que les autres Loups-Garous préféraient attendre le lever du soleil. Il avait pu ainsi ouvrir la grille, jeter sur Malfoy un sort d'immobilisation et le transporter jusqu'au lieu de transplanage.
C'est au Q G de l'Ordre qu'il s'était rendu compte de l'état de son prisonnier : maigre, sale, blessé, en particulier dans le dos et en proie à une forte fièvre. Cela ne collait pas avec l'image triomphante que donnait le jeune Mangemort quand il apparaissait après les batailles. Mais Remus était épuisé après cette dure nuit. Il avait appelé Poudlard par les cheminées des salles communes et il était heureusement tombé sur Nott qui lui avait servi de messager.
Harry savait que le professeur Lupin prenait des risques insensés pour retrouver les enfants disparus. Leurs parents étaient résignés mais lui gardait espoir. Voldemort avait un but précis en les enlevant, il ne voulait pas les tuer sinon il l'aurait fait tout de suite. Ce n'était pas non plus un moyen de chantage car il n'avait fait connaître aucune exigence particulière. Remus espérait seulement que le Lord Noir ne voulait pas en faire des tueurs, des assassins comme Malfoy.
Madame Weasley vint leur dire que le blessé était prêt à répondre à leurs questions. Elle avait apporté des sièges pour tout le monde. Harry fut surpris quand il entra dans la chambre avec les autres. Draco Malfoy ne ressemblait plus au malheureux suppliant de la veille. Il était assis dans le lit, appuyé contre des coussins. Il avait repris son air aristocratique et regardait les arrivants d'un air froid et digne. Il portait un pyjama d'un des jumeaux, un vert, couleur de sa Maison, et son bras gauche, qu'il ne pouvait pas bouger, était maintenu en écharpe par un carré de soie gris argenté plié en triangle. Ils s'installèrent tous et il y eut un long silence. Harry avait dompté sa magie. Ses mains ne vibraient pas. Le professeur Lupin parla le premier.
« Etes-vous Draco Malfoy ?
- Oui, je suis le vrai Draco Malfoy.
Il y eut un grondement sourd. Ron se dominait avec peine. Hermione posa la main sur son bras. Remus reprit :
- Nous avons des questions à vous poser. Pour que nous croyions à vos réponses sans réserves, acceptez-vous de prendre du Véritasérum ?
Le pâle et beau visage se crispa un peu. Il y passa de la surprise, de la souffrance peut-être, de la peur aussi. Mais il répondit sans hésiter :
- Oui, j'accepte.
Sans qu'il sache pourquoi, Harry respira plus librement. Il n'aurait pas aimé avoir à utiliser sa puissance et à torturer son ennemi. Remus sortit de sa poche une petite fiole rempli d'un liquide incolore et la donna à Draco qui la but en fixant le professeur dans les yeux. Il y eut un nouveau silence. Madame Weasley soupira. Grégory et Vincent s'agitèrent un peu sur leur siège. L'interrogatoire reprit.
- Pourquoi dites-vous que vous êtes le vrai Draco Malfoy ?
- Je suis le fils de Lucius et de Narcissa Malfoy. J'ai fréquenté Poudlard pendant six années dans la Maison Serpentard. Je reconnais ici mes camarades Vincent Crabbe et Grégory Goyle. Mais je ne suis pas celui qu'on appelle le Charognard ou la Hyène Blonde.
Sa bouche se tordit un peu, il eut une expression de dégoût ou de haine . Puis il reprit :
- Celui-là, c'est l'autre.
- Quel autre ?
C'était la voix de Madame Weasley.
… Je vous ai reconnu sur le Chemin de Traverse quand vous avez tué ma fille.
Sa voix tremblait. Un air de tristesse passa sur le visage de Draco. Il répondit :
- Madame, je n'ai jamais tué personne et c'est parce que j'ai refusé de tuer que je croupis depuis juillet dans les geôles de Voldemort. Oui, je peux prononcer son nom. Je le hais et je le maudis. L'autre, c'est sa vengeance.
Sa voix se brisa un peu. Dans le grand silence qui régnait tout à coup dans la chambre, il continua
- Quand je me suis enfui de Poudlard avec le professeur Snape après la mort du professeur Dumbledore, Voldemort m'a convoqué à la Forteresse. Il m'a dit que cette mort le comblait et qu'il me donnerait bientôt un travail digne de moi. Mais il voulait avoir une preuve de mon allégeance. Il allait envoyer un groupe de Mangemorts attaquer une famille de fermiers moldus dont l'un des enfants était sorcier. Il voulait que je tue moi-même le garçon. Cette marque d'obéissance devait établir définitivement mon statut de serviteur. J'ai refusé avec horreur et j'ai décidé alors que je ne serais jamais l'esclave d'un tel Maître.
Draco ferma un instant les yeux et Harry pensa fugitivement qu'il devait souffrir, à la fois dans son corps et dans son esprit. Mais il reprit son récit d'une voix ferme.
- Il m'a torturé tous les jours pendant une semaine et puis un matin, il m'a fait venir dans la salle ronde où il convoque ses Mangemorts. Il y en avait cinq déjà revêtus de leur costume noir et de leur cape. Leurs visages étaient masqués. Le sixième était jeune, il avait environ ma taille, sa cape était verte et argent et il ne portait pas de masque. Voldemort s'est approché de moi, il m'a fait tenir par deux Mangemorts et il a arraché une poignée de mes cheveux. Il les a ajoutés à une potion préparée dans un chaudron et il en a fait boire au jeune Mangemort.
Ils avaient déjà tous compris. Du Polynectar ! Pendant une heure, l'autre avait le visage de Draco et il tuait à sa place.
- Il a recommencé à chaque fois qu'il y avait une attaque. A chaque fois, l'autre venait faire son rapport devant moi et décrivait ce qu'il avait fait. J'ai ainsi appris que j'avais assassiné votre fille, Madame. Ce jour-là, Voldemort était particulièrement content. Il m'a dit qu'il avait trouvé un magnifique moyen d'abattre le soi-disant Survivant, le minable Elu du monde sorcier, toi, Potter. J'étais désespéré, je voulais mourir mais il me gardait en vie, il jouissait de ma souffrance.
Il étaient tous stupéfaits de ce récit fait d'une voix qui se voulait calme et posée. Vincent reniflait et les yeux d'Hermione étaient brillants de larmes.
- C'est quand il a prononcé ton nom, Potter, que je me suis juré de résister, de ne jamais lui permettre de gagner. Je ne plierais pas les genoux devant lui. Même si le monde entier me prenait pour un assassin, moi, je savais que je n'en étais pas un. Je pouvais garder la tête haute. J'étais innocent des crimes dont on m'accusait. Alors, je vous le dis à tous, je suis Draco Malfoy et j'en suis fier.
Soudain, Grégory se précipita vers le jeune blessé, il le prit dans ses bras et le serra contre lui en disant :
- Moi, je te crois Draco. Tu n'es pas un assassin. Je suis si content … si content …
Le jeune homme grimaça, Son dos lui faisait mal. Il dit d'une voix froide, redevenant tout à coup le Prince des Serpentards de jadis :
- Pas de grandes démonstrations, Goyle. Un Serpentard ne se laisse pas aller à de telles effusions.
Mais son petit sourire démentait ses paroles. Tout le monde se détendit. Le Véritasérum n'avait pas d'effet sur le caractère Malfoyen.
Un long moment passa. Draco avait fermé les yeux. Il essayait de se reprendre après ce récit douloureux. Grégory pleurait doucement sur l'épaule de Vincent qui lui tapotait le dos d'un air embarrassé. Madame Weasley et Hermione essuyaient furtivement leurs yeux. Seul, Ron gardait un air furieux. Il se pencha vers Harry et dit à mi-voix :
- Il ment ! Son Maître lui a donné une potion pour résister au Véritasérum. Il est ici pour nous espionner et nous vendre à V... Voldemort. Son évasion a été trop facile. Si son Maître a besoin de ses cheveux pour le Polynectar, pourquoi n'était-il pas surveillé et protégé ? Qu'est-ce qu'il faisait dans les cachots ? Il risquait d'être attaqué par un Loup-Garou et c'est ce qui s'est passé d'après ce que tu m'as dit. Ne le crois pas et si tu ne veux pas le tuer toi-même, moi, je m'en chargerai pour l'amour de Ginny.
- On n'assassine pas par amour, Ron, mais par haine, dit le professeur Lupin. Ne laisse pas ces sombres sentiments envahir ton cœur. Nous nous battons contre les Ténèbres de toutes nos forces mais notre camp essaye de représenter le Bien. L'amour est l'une de nos forces. L'as-tu déjà oublié ?
Il regarda Hermione. Celle-ci tendit la main, elle prit celle de Ron et la serra tendrement dans la sienne. Le jeune homme roux détourna la tête et n'ajouta rien. Draco rouvrit les yeux et chercha Harry du regard. Celui-ci avait l'air plongé dans des réflexions personnelles assez moroses. Il fixait ses pieds et un ride marquait son front à côté de sa cicatrice. Le jeune blessé soupira et dit :
- Je manque à tous mes devoirs. Je n'ai pas encore remercié la personne qui m'a tiré de l'enfer. A qui dois-je une reconnaissance éternelle ?
Harry sursauta. Ce ton … ce langage distingué … l'ancien Malfoy élégant et sûr de lui refaisait surface.
- Remercie le professeur Lupin, lui répondit-il. Il est réellement allé en enfer même si ce n'était pas spécialement pour toi. Je ne sais pas si j'aurais eu la même générosité que lui. Pourtant, tu ne l'as pas épargné autrefois.
Mais Draco ne releva pas le sarcasme. Il s'adressa au Loup-Garou qu'il avait tant méprisé quand il leur enseignait la Défense contre les Forces du Mal.
- Monsieur, je vous remercie du fond du cœur de m'avoir tiré des griffes de Voldemort. Je suis prêt à me battre à vos côtés si vous m'acceptez. J'ai beaucoup changé … contrairement à d'autres … - il regardait vers Harry et surtout vers Ron – Je sais que je ne suis plus bon à grand chose puisque j'ai perdu mes pouvoirs magiques mais je ferai tout mon possible pour vous aider. Je peux déjà vous dire tout ce que je sais sur la Forteresse Sombre et ceux qui y vivent.
- Traître ! murmura Ron.
- Je te fais remarquer que je n'y étais pas de mon plein gré.
- Mensonges ! Tu portes sa Marque sur ton bras. Tu lui appartiens corps et âme.
- NON !
- TAISEZ-VOUS TOUS LES DEUX ! »
La voix de Harry stoppa net la dispute qui s'envenimait. Sa puissance magique l'auréolait de lumière et Draco, fasciné, pensa :
« Merlin, qu'il est beau ! … Merlin, comme je l'aime ! … »
