Dors Draco

Personnages et lieux sont à J.K.R. Quelle imagination fertile !

Chapitre 5

Harry reprit rapidement son self-control. Il agissait en chef et les autres, même les personnes plus âgées que lui comme Madame Weasley ou Remus Lupin, l'écoutaient et lui obéissaient. C'était venu tout naturellement quand il était sorti du désespoir après la mort de Ginny. Sa puissance égalait et sans doute dépassait celle de Dumbledore. Il regarda Draco Malfoy et demanda assez froidement :

« Comment as-tu perdu tes pouvoirs ? D'habitude, un sorcier sans magie dépérit puis meurt rapidement. Pourquoi es-tu toujours en vie ?

- Je ne les ai pas complètement perdus. C'est encore une vengeance de Voldemort. Il les a transférés dans ma baguette magique.

- Je vois. C'est un puissant sortilège de magie noire. Pourquoi a-t-il fait cela ?

- Mon père s'est évadé d'Azkaban cet été. Il s'est présenté immédiatement à la Forteresse Sombre. Voldemort m'a fait venir. Il m'a de nouveau demandé de me joindre à son armée. J'ai refusé. Mon père a insisté pour que j'accepte. J'ai pensé à tous ceux qui se battaient contre le Lord Noir et j'ai crié que je ne changerais jamais d'avis. Voldemort m'a menacé de me priver de mes pouvoirs. Mon père m'a dit : « Prends tes responsabilités, mon fils. » J'ai encore refusé. Alors Voldemort a pris sur son bureau ma baguette magique qu'il avait confisquée, Il a appuyé la pointe sur la Marque des Ténèbres de mon bras et ….

La voix de Draco s'enraya. Il ferma les yeux et devint pâle comme un mort. Il revivait ce moment tragique où il avait cru mourir de douleur. Le Doloris n'était rien à côté de ce qu'il avait enduré à ce moment-là. Il avait eu l'impression que tous ses os étaient broyés, que le sang se retirait de ses veines, que sa tête éclatait. Il avait hurlé, hurlé puis il était tombé et s'était évanoui. Il s'était retrouvé sur le sol de pierre froide de son cachot, faible, perdu, privé de toute chaleur magique.

... Mes pouvoirs sont concentrés dans ma propre baguette, elle est encore reliée à moi. C'est pour cela que je suis toujours vivant mais aussi vulnérable qu'un Moldu. Je n'ai pas revu mon père. Je sais seulement qu'il fait partie de sa garde rapprochée. Il y a toujours une centaine de Mangemorts parmi les plus fidèles présents dans la Forteresse.

Le professeur Lupin lui demanda :

- Qui a déchiré votre dos de ses griffes ?

- Greyback. Il n'était pas transformé en Loup-Garou mais ses ongles restent griffus en permanence. J'étais trop près de la grille. J'essayais de protéger la fille Moldue que les Mangemorts avaient jetée dans mon cachot la veille en me disant d'en profiter parce que je n'en aurais pas l'occasion de sitôt. Ils l'avaient battue, torturée, violée. Je la tenais dans mes bras pour l'aider un peu mais elle était presque morte. Greyback est arrivé par derrière, il a attrapé le bras de la fille, il l'a tirée vers lui. Je voulais qu'il la lâche alors il m'a attaqué. Les Mangemorts encore présents lui ont crié de me laisser tranquille parce que leur Maître me voulait vivant. Il a obéi en grondant mais c'était trop tard …

La voix de Draco faiblissait mais il dit avec un petit sourire triste :

- Vous m'avez donné du Véritasérum et je vous raconte tous mes malheurs. Mais je ne dois m'en prendre qu'à moi-même. Je n'aurais jamais dû accepter cette Marque infamante.

Puis il ajouta à voix basse en regardant le professeur :

- Avez-vous vu la fille ? Etait-elle encore vivante ?

- Non, Draco. Elle ne souffrait plus. Elle était morte, répondit Remus tristement.

- Ah … dit le jeune homme en se crispant un peu.

Le silence retomba dans la chambre. Ils étaient tous stupéfaits et horrifiés. Draco Malfoy, qu'ils étaient prêts à tuer sans merci, avait vécu des moments très durs et hors de cette maison, il était considéré comme le pire des assassins. Seul Ron doutait encore. Il grogna :

- Ce sont des histoires à dormir debout. Il cherche à nous tromper.

Mais il y mettait déjà moins de conviction. Harry fit alors quelque chose qu'il faisait rarement. Il pénétra rapidement dans l'esprit de Malfoy par Légilimencie. Cela faisait partie avec l'Occlumencie de ses nouveaux pouvoirs. Il ne vit que sincérité et désir de convaincre … et aussi autre chose qu'il n'eut pas le temps d'approfondir. Madame Weasley s'était levée et disait :

- Il est presque midi. Laissons ce jeune homme se reposer un peu. Nous allons déjeuner puis nous reprendrons cette conversation.

Draco la regarda avec reconnaissance, il était épuisé. Il se reposa un peu puis Molly lui apporta un plateau repas. Elle avait pris soin de préparer sur une assiette des aliments coupés en petits morceaux pour que Draco n'ait pas de problèmes avec sa fourchette. Elle avait remarqué son bras gauche inerte. Qu'est-ce qui lui était encore arrivé ?

En bas, les conversations allaient bon train. Ils étaient tous d'accord, même Ron qui ne voulait pas l'avouer, pour dire que Malfoy ne mentait pas. Maintenant, qu'allaient-ils faire de lui ? Monsieur Weasley était au courant. Sa femme lui avait parlé le soir à son retour du Ministère. Lui aussi avait d'abord mal réagi, Draco ignorait combien de fois dans la journée il avait échappé à l'Avada Kedavra. Mais Bill et Fleur devaient venir en fin de semaine et Fred et Georges pouvaient apparaître à l'improviste. Le blessé ne pouvait rester dans la chambre de Percy.

Ce fut Harry qui décida de le faire transporter à Poudlard mais cela ne pourrait se faire que le lendemain, il fallait d'abord en parler à la Directrice. En attendant, ils retournèrent dans la chambre. Draco somnolait mais il se réveilla aussitôt qu'ils entrèrent. Il avait l'air moins tendu. Le professeur Lupin toussota un peu et dit :

- Nous pensons que vous êtes sincère mais …

Il lui tendit une deuxième fiole de Véritasérum. Draco soupira et la but. Il faudrait du temps avant que les autres lui fassent de nouveau confiance. Madame Weasley dit en montrant son bras gauche :

- Comment cela vous est-il arrivé ?

Il eut un sourire sans joie et dit d'une voix amère :

- Encore une histoire triste à raconter … C'était il y a un mois peut-être. J'avais perdu la notion du temps. Je n'avais rien pour m'occuper. Tous les matins, deux Mangemorts me conduisaient dans une salle d'eau pour que je fasse une rapide toilette. L'après-midi, j'avais droit à une heure de promenade, toujours seul, dans une cour entourée de hauts murs. J'avais essayé deux fois de m'enfuir mais il n'y avait aucune issue. A chaque fois, j'avais eu droit à plusieurs séances de Doloris. Mes seules distractions … si on peut appeler ça comme ça … c'était quand Voldemort me faisait venir pour que l'autre me raconte ce qu'il avait fait sous mon apparence. Et puis un jour, il m'a dit qu'il allait me montrer ce que j'avais perdu en refusant de lui obéir. Il m'a parlé de sa Couronne d'Or. Il m'a emmené tout en haut de la Forteresse, au dernier étage je pense. Nous étions derrière une porte vitrée, enfin ce n'était pas une vitre, c'était un miroir sans tain. Ceux qui étaient à l'intérieur ne nous voyaient pas. Il a répété que c'était sa Couronne d'Or. Je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire, je ne voyais qu'un groupe d'enfants blonds assis autour d'une table ronde, en train de faire leurs devoirs. Et puis j'ai reconnu deux élèves de Serpentard et les jumeaux Priscall et j'ai su …

Ils avaient tous sursauté, Hermione avait poussé un cri et le professeur Lupin s'était levé en disant d'une voix cassée :

- Tu as vu les enfants qu'il a enlevés cet été ? Est-ce qu'ils vont bien ? Combien étaient-ils ? Qui s'occupent d'eux ? Parle, Malfoy !

Draco se rendit compte que dans son émotion, le professeur l'avait tutoyé, ce qu'il ne se permettait pas d'habitude. Il vit aussi que tous semblaient très intéressés. Il se tourna vers Harry et s'aperçut que celui-ci le regardait avec des yeux brillants. Il en eut chaud au cœur. Il allait pouvoir se rendre utile. Jusqu'à maintenant, il avait surtout eu l'impression de raconter ses malheurs. Il reprit très vite :

- Ils sont huit. Ils ont l'air en bonne santé. C'est … ma mère qui s'occupe d'eux avec nos elfes de maison. J'ai vu aussi le professeur Snape …

- Qui ? Lui ? Cet assassin ? cria Ron.

- Ne juge pas trop vite, Ron, dit Madame Weasley. Que fait-il avec les enfants ? reprit-elle en se tournant vers Draco.

- Il leur donne des cours.

- Des cours de magie noire ? gémit le professeur.

- Non, non, je ne crois pas Ce sont des cours comme ils pourraient en avoir à Poudlard. Voldemort ne leur veut aucun mal. En fait, il veut se faire aimer d'eux.

- Mais c'est pire, dit le professeur en prenant sa tête dans ses mains. Il va en faire ses disciples, de parfaits petits Mangemorts. Ils sont perdus. Il vaudrait mieux qu'ils soient morts.

- Tu exagères, Remus, ils sont vivants tout de même, c'est une bonne nouvelle. Nous pourrons dire à leurs parents …

- Dire quoi, Molly ? Que Draco Malfoy nous a révélé que leurs enfants sont en vacances chez Lord Voldemort et qu'ils vont bientôt avoir sur le bras un joli tatouage ?

- Tu ne sais plus ce que tu dis …

Harry se leva d'un bond.

- SILENCE ! cria-t-il.

Draco sentit son cœur se gonfler d'admiration. Cela faisait presque six mois qu'il survivait en pensant à Harry Potter. Au début, c'était par … haine … mépris … dégoût … jalousie aussi peut-être, il ne savait plus. C'étaient encore ces sentiments ridicules qui le poussaient à se moquer depuis six ans du Survivant, du Griffondor trop gentil, de l'attrapeur de Quidditch si doué, du favori de Dumbledore. Puis en écoutant Voldemort et aussi ses sbires qui discutaient dans les couloirs de la Forteresse, il avait compris son combat et un nouveau sentiment s'était glissé dans son cœur. Il se réjouissait de ses victoires et chacune d'elles lui redonnait de la force face à ses tourmenteurs. La nuit, il rêvait de lui, il revoyait son visage, ses yeux verts, ses cheveux en bataille, son air à la fois innocent et résolu. Un nouveau sentiment était né, fait d'admiration, de tendresse … d'amour ? Oui, Draco aimait Harry et il avait peur que le Véritasérum ne lui fasse révéler ses sentiments secrets.

- Continue, Malfoy, dit l'Elu d'une voix vibrante.

Draco respira profondément et reprit :

- Voldemort m'a dit qu'il voulait qu'on l'aime lui aussi. Il a donc choisi des enfants encore jeunes, appartenant à chacune des quatre Maisons et bien entendu de Sang Pur. Il leur fait donner une éducation de jeunes lords, c'est pourquoi il a fait venir ma mère. Je ne l'ai pas rencontrée, elle sait cependant que j'ai refusé d'obéir à son Maître, elle m'a envoyé un parchemin avec ces mots : « Ce que je fais, je le fais pour toi, mon fils. » Voldemort m'a dit en ricanant qu'elle garantissait ma vie. Il m'a pétrifié derrière la porte puis, grâce à un sortilège, il s'est totalement transformé. Il portait une robe de sorcier verte brodée d'étoiles et de lunes, un magnifique masque d'argent, des gants de cuir noir très fin et ses cheveux blancs tombaient jusqu'à ses épaules. Il a traversé la vitre comme si c'était de l'eau et dès que les enfants l'ont vu, ils ont couru vers lui en riant. Il leur a parlé doucement mais je n'ai pas entendu ce qu'il disait. Les enfants sont retournés s'asseoir et il s'est penché sur leurs travaux comme l'aurait fait un bon père de famille. Puis il est sorti. J'étais bouleversé. Il m'a dit alors qu'il avait choisi des enfants blonds parce qu'il voulait que je sois leur exemple, leur … capitaine. Je lui ai demandé par quel sortilège il obligeait les enfants à l'aimer. Il a ri. « Felix Felicis, m'a-t-il répondu, et une légère potion d'Oubliette pour qu'ils ne pensent plus à leur parents. Ils me sont déjà très attachés.» Il m'a de nouveau demandé si je voulais le rejoindre. J'avoue que cette fois, j'ai hésité. Mais la veille, l'autre avait raconté comment les Mangemorts avaient fait dérailler un train de voyageurs et comment il avait achevé trois Moldus blessés. J'ai refusé. Voldemort est entré dans une violente colère. Il a dit que la Marque ne me servait plus à rien. Il a jeté un sortilège et mon bras est devenu inerte.

Un grand silence suivit le récit de Draco. Il pouvait voir sur tous les visages l'horreur et le désespoir. Pauvres enfants, soumis à un tel abus affectif … et on ne pouvait même pas avertir les parents ! Leur chagrin serait immense ! Cette fois, personne ne retenait ses pleurs sauf Ron qui crispait si fort ses poings que ses jointures étaient blanches et Harry qui ne versait plus de larmes depuis la mort de Ginny. Il se leva et s'approcha de Draco qui trembla intérieurement. Il défit le carré de soie qui soutenait son bras et posa sur la peau le bout de ses doigts.

- Sens-tu quelque chose ?demanda-t-il.

- N … Non, répondit Draco avec difficulté.

- C'est un sortilège rare. Je ne connais pas le contre sort mais je le chercherai.

Le jeune homme blessé lui fit un sourire rayonnant. Pendant ce temps, Hermione réfléchissait. Elle dit soudain :

- Harry, je sais ce qu'il veut faire. Il veut contrer la magie ancienne, celle qui a permis à ta mère de te sauver en donnant sa vie pour toi. Nous avons en face de nous une nouvelle arme. S'il parvient à ses fins, il sera protégé par l'amour de ces enfants Qu'allons-nous faire ?

- Je ne sais pas encore. Vincent, Grégory, cessez de vous lamenter. Malfoy a raison, ce n'est pas le moment. Y a-t-il un groupe à Poudlard qui travaille sur les sortilèges d'amour ?

- Oui, Pansy avec cinq Pouffsouffles et deux Griffondors.

- Hermione, tu parles à Pansy mais sans lui révéler ce que nous venons d'apprendre. Vous êtes d'accord, je pense, pour que ceci reste entre nous pour le moment.

Harry se tourna vers Draco et lui dit :

- Poudlard a beaucoup changé, Malfoy. Tu le verras par toi-même. Nous avons décidé de t'y emmener demain soir … à moins que tu ne préfères te faire assassiner dès que tu mettras le nez dehors ? Ton séjour sera secret pendant quelque temps. Es-tu d'accord ?

Revenir à Poudlard était plus que tout ce que Draco avait pu imaginer. Il murmura un « Oui » presque inaudible. Il était tard. Tous se levèrent et sortirent. Harry s'arrêta à la porte de la chambre, il réfléchit un instant, se tourna vers Draco et dit :

- Pourquoi m'as-tu appelé par mon prénom ? Tu ne l'as jamais fait avant.

Draco rougit violemment. Il avait redouté une question de ce genre et il était toujours sous l'effet du Véritasérum. Il avoua :

- Quand j'étais prisonnier dans la Forteresse, je rêvais toujours que tu venais me délivrer. Je t'appelais et tu apparaissais. J'ai cru que je rêvais encore …

Ce fut au tour de Harry de rougir. Il répondit sans regarder le jeune homme qui le dévorait des yeux :

- Tout le monde s'appelle par son prénom maintenant à Poudlard. Tu peux m'appeler Harry et si tu le permets, je t'appellerai Draco.

- A … Avec plaisir, dit une voix un peu tremblante.

- Alors repose-toi. Merci pour ton aide. Dors bien Draco. »