2, plus un égal trois.
C'est étrange les instants de pérennité que nous réussissons à avoir alors que dehors, un monstre essaye de faire sa loi. Etrange comme, lorsqu'elle est dans mes bras, j'arrive de nouveau à espérer. Espérer qu'un jour je pourrais de nouveau l'emmener au parc sans avoir à guetter les présences suspectes. Espérer, que ce qui brillera dans mes yeux le jour où mes enfants rentreront à Poudlard, sera autre chose que le soulagement de les y savoir plus en sécurité que chez nous.
Nous sommes installés sur le fauteuil du salon, elle sur moi, ses bras autour de mon cou. Nous ne faisons rien d'autre que de regarder la neige du mois de janvier tomber derrière la fenêtre en savourant la chance que nous avons d'être au chaud. Inutile de chercher la moindre activité, la regarder pourrait combler toute ma vie. Pourtant, depuis quelques semaines, ma Lily n'est plus la même. Je ne vois plus cette lueur briller dans ses yeux. Cette lueur qui m'assure que quelque soit ce que je vivrais dehors, je pourrais tout oublier en me noyant dans son regard. Non, Lily semble perdre foi au fur et à mesure que la guerre s'intensifie. Je ne peux que la comprendre.
Hier, nous sommes allés à l'enterrement d'un gars qui faisait parti de l'ordre. Un homme célibataire et sans famille qui offrait tout le temps de sa vie à aider les membres dans leur mission. Il y a avait une semaine que nous ne l'avions pas revu lorsque son corps nous fut déposé devant le quartier général, nous donnant d'autre choix que de trouver une autre planque. Sur son corps, il y avait un parchemin sur lequel était posé le nom de chaque membre affligé d'un numéro, et cette menace : « vous y passerez tous un par un ».
La question s'est posée. Devions-nous réellement persister à traquer les mangemorts. La réponse s'est imposée : si personne ne le faisait, nous ne verrions pas la fin de cette fichue guerre. Plus que jamais, nous sentions que le temps presse, que leur armée prenait plus de pouvoir que jamais et que les enfants de moldus étaient de plus en plus décimés.
Par Merlin, je donnerais tout pour la voir rire de nouveau.
Je me contente de la regarder sans trouver de mots qui risqueraient de la blesser encore plus. Je me sens si inutile que ça en devient insupportable.
- James, il faut qu'on parle.
Je pensais ne jamais avoir à entendre ça en dehors des fois où je laisserais mes chaussettes traîner en boule dans le couloir de la salle de bain. Et pourtant, elle vient de le faire.
Je la regarde, m'attendant à recevoir tout un tas de remontrances. Je m'attends au pire, même à une chose qui pourrait me donner envie de me sacrifier pour sauver les autres. Je suis prêt à tout, pourvu qu'elle le sache.
Seulement voilà, elle se met à pleurer. Ma Lily si forte se met à pleurer comme un enfant. Qu'avais-je bien pu faire ? Que pouvais-je bien y faire ?
Je la resserre plus fort contre moi, comme si j'espérais pouvoir la protéger plus de cette manière. C'est idiot, tout le monde le sait, les douleurs physiques peuvent être surmontées, c'est rarement le cas de celles morales.
Que pourrais-je bien lui dire ? Que tout irait pour le mieux ? Ma Lily décèle si bien le mensonge que je risquerais bien d'y perdre ma vie.
Seul un râle arrive à sortir de ma bouche, comme une marque de désespoir :
- Lily…
- Comment va-t-on faire James… C'est tellement peu le moment… Mais j'en ai tellement rêvé.
Il y a des personnes qui disent que les femmes et les hommes ne parlent pas le même language. J'ai l'impression que j'aurais dû m'intéresser de plus près à cette théorie vaseuse.
- C'est injuste de lui faire ça… Un monde pareil…
Et sa main vient prendre la mienne pour la déposer sur son bas-ventre. Elle me regarde fixement. Essaye-t-elle de me dire quelque chose ?
- Je ne devrais pas pleurer… je devrais être heureuse non ?
Elle continue à me regarder fixement et je sais qu'elle attend une réponse. Mais que pourrais-je bien lui dire ? Je ne sais pas de quoi elle parle. Où du moins, j'imagine que je ne le veux pas. Et pourtant…
- Il arrivera en août James.
J'ai du mal à respirer. Comme si… comme si l'air frais de l'hiver avait été remplacé par celui étouffant de l'été. La vérité vient de frapper mon esprit et je lui demande de se lever. J'ai besoin de respirer et là, je ne le peux pas.
Silencieusement, je me dirige vers la fenêtre, l'ouvre en grand et y passe ma tête. En me moquant pas mal des flocons qui viennent se glisser dans mon col.
Alors comme ça j'allais être père. Comme ça, ma Lily allait avoir un marmot de moi. Comme ça, j'allais connaître le tendre bonheur des biberons à deux heures du mat', des couches remplies de substances nauséabondes. La joie de se faire vomir dessus de bon matin et d'avoir en permanence de la bave sur son épaule. J'étais un homme comblé.
Enfin j'allais pouvoir regarder les balais pour enfant sans avoir le regard réprobateur de Lily sur moi, elle qui me dit que les enfants grandissent vite. La tête qu'allait faire Pattemol en voyant son neveu voler dans les airs. Et puis Lunard ! Lui qui a toujours eu ce don pour enseigner, il va pouvoir apprendre à mon fils comment devenir un animagus. Et Queudver ! Enfin il ne sera plus celui a qui on doit tout apprendre !
Enfin l'air rentre dans mes poumons et je me retourne vers Lily. Ma merveilleuse Lily. Je ne peux m'empêcher de la trouver sublime et de la prendre dans mes bras, de poser des milliers de baisers sur ses joues, rien que pour faire rentrer ces maudites larmes. Elle me regarde, surprise. Et enfin un sourire vient éclairer ses joues rosies.
Mes mains se posent sur les siennes et je m'amuse à la faire tourner, mes yeux sur ce ventre que je vois bizarrement plus rond. La tête me tourne mais j'en ai que faire. Je vais être père. Il me tarde de voir ce jour d'août plus que jamais. Me tarde de le voir et de me dire que oui, il a un avenir. Car c'est certain. Mon enfant sera quelqu'un.
- On va être parents ! Ne puis-je m'empêcher de crier. On va être les plus merveilleux parents de la Terre !
Et voilà qu'elle rit. Ma Lily a le plus beau des rires, se répandant comme une cascade et tellement frais, tellement énonciateur d'un futur qui ne peut être que merveilleux.
